CHAPITRE ZTI
«— Ana.ïs, mon âme, pourquoi me fuis-tu?
» — Je ne te fuis pas , mon frère ; je t'évite.
» — Que t'ai-je fait ?
» — Tu as des mots qui me font mal; tu as »des regards qui me tuent. Quand je te vois, » quand je t'entends, un long frisson s'empare »de moi; je sens que mon âme est près de » m'échapper.
1 lO LE CRIME.
i» Viens , ô ma bien-aimée , viens errer avec » moi dans les profondeurs de la forêt , là où » l'air est si doux, où le soleil est si beau!
»— Non, non, plus jamais, mon frère! Nous » y sommes trop seuls ; rien ne peut m'y distraire de toi.
» — Anaïs, qu'as-tu donc? Tu rougis!... tu «pleures!...
» — Laisse, oh! laisse-moi, Alfred.
» — Anaïs, tout amour de sœur est-il éteint » dans ton âme? Dis : ne suis-je plus ton frère ? » Mes chastes baisers, mes baisers de feu ne te » font-ils plus tressaillir ? Et quand je te presse «dans mes bras, quand je voudrais, en bu- » vant les doux rayons de ton haleine , faire » passer tout mon être dans le tien , dis, » Anaïs, n'éprouves-tu d'autre désir que de «repousser mes embrassemens ?
t, — Alfred!... si tu savais!... Mais non; je dois »me taire. »
Et la malheureuse enfant éclata en uti long pleur.
« — Parle, » dit Alfred, dont les lèvres pâles
L£ CRiMI. 1UI
çt émues s'agitaient eu inouvemens convulsifs.
« — Mon amour, ma vie, «dit Anaïs d'une voix tremblante. « Il faut renoncer à nous » voir, à nous aimer. »
» — Que dis- tu?
» C'est Dieu qui le veut; c'est mon père
s qui l'ordonne.
» — Dieu!.. L'as-tu vu, ce Dieu ? T'a-t-il » parlé?
» — Par grâce, par pitié, Alfred, laisse-moi » fuir; plus tard, peut-être, il ne serait plus » temps. »
Et elle se déroba aux instances de son frère.
« -— Père, je vous cherchais, » dit Alfred d'un air contenu.
« — Je t'écoute.
» — Parmi vos enfans y en a-t-il un qui » mérite d'être préféré à l'autre?