‹ Le monde nouveauChapitre 22 sur 44 · REFLEXIONS · texte numérisé non relu

REFLEXIONS

« Eh bien! Brémond, es-tu content? serastu enfin désabusé?... Voilà déjà du sang, un meurtre !... Viens donc faire encore des utopies sur ce cadavre !...

» Oh! que ne donnerais-je pas pour ressaisir le fil de mes premières pensées , lorsque , seul débris vivant de la création , je méditais sur cette grande scène ! Que ne donnerais-je pas pour me rappeler une à une , dans leur

l3o EÉFLEXIONS.

moindre détail , les arriéres imprécations que

j'adressais, pour adieu, au monde détruit!...

C'est maintenant que je les pourrais apprécier

à leur juste valeur.

» Et cependant j'étais de bonne foi; oui, c'est de bonne foi que j'accusais la société de tous les vices humains, de tout le mal moral... La société! N'allons pas trop vite; n'est-ce pas la société qui qualifie de vice ou de crime telle ou telle disposition de l'âme , tel ou tel acte qui, dans la nature, ne sont qu'une manière d'être, un fait ordinaire? Quand le lion lutte contre le lion pour lui ravir ou une proie ou une femelle ardente , commet-il un meurtre en tuant son rival? il cède à son instinct. S'il y avait une société de lions organisée, l'agresseur serait puni du meurtre. C'est donc la société qui transforme en faits coupables des faits indifférens en eux-mêmes, et elle est obligée d'agir ainsi dans l'intérêt de sa conservation.

» Sous ce point de vue, ni l'homme ni la société ne sont coupables.

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