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L'EXILE

Sous les plus sombres voûtes de la forêt, dans une savane dont les abords semblaient impénétrables, s'élevait une hutte construite avec des troncs d'arbres et recouverte de terre et de feuillage. Jamais cabane de sauvage n'offrit un aspect plus misérable; et toutefois, le seuil franchi, vous trouviez dans cette grossière habitation tout ce que , dans l'ancien

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monde , les arts avaient pu inventer de plus recherché pour les jouissances du luxe. Sur la terre , à peine battue , s'étendait un tapis dont la laine moelleuse figurait deux branches de lis entrelacées ; près d'un riche divan était une table d'acajou ornée de bronzes et de cristaux; des fusils de Versailles d'un travail parfait, d'une ciselure exquise, pendaient aux murailles tendues de soie cramoisie. On ne s'engagera pas dans la description des autres pièces ; il suffit qu'on ait indiqué le contraste de cette demeure de petit maître avec la nature sauvage et primitive qui l'entourait.

Telle était l'habitation de l'exilé. Brémond la parcourait d'un regard triste et distrait, lorsque , au bruit qu'il avait fait d'abord, Alfred, suivi de ses quatre fils, entra brusquement dans la salle. A la vue d'un étranger, l'aîné des enfans sauta sur une arme; mais Alfred le contint du geste , et , s'avançant vers Brémond :

« — Vous ici, mon père! » dit-il. « Venez-

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»vous tendre à ma misère une main secou- » rable ?

» — A votre misère !... Certes, si j'en juge » par ce que je vois , ce mot a droit de m'é- » tonner dans votre bouche.

» — Eh ! n'est-ce pas une misère atroce , » insupportable, que de vivre séparé des hom- »mes, de ne pouvoir échanger avec eux ni » une parole ni un regard, de n'avoir que soi » pour appui au monde !

» — C'est un juste châtiment de votre crime.

» — Oui, » dit Alfred en poussant un soupir, « j'ai mérité mon sort; mais, mon père, il n'y » a pas de malheur éternel sur cette terre.

» — Alfred , » reprit Brémond d'un air sévère , « il est un vice que je méprise au delà » de tous les autres, et c'est l'hypocrisie.

» — Est-ce à moi que ce reproche s'adresse?

» — Vous osez vous plaindre de votre iso- » lement, quand j'ai la preuve que vous entre- » tenez avec un de vos frères des rapports de » tous les jours ! L'oserez-vous nier?

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