O LE RÉVEIL
divan, lisait un journal, et lady Sara, pâle, inquiète , interrogeait le docteur des yeux.
« — C'est une nouvelle crise , » dit celui-ci en soufflant.
« — Eh ! non, » dit le Pococurante, « c'est » la fin du rêve.
» — Où suis-je? » s'écria Brémond.
« — Où vous étiez hier, » répondit le Pococurante.
« — Mais cette chambre...
» — Vous voyez bien, » reprit le docteur , « que la raison n'est pas encore complètement » revenue.
» — Et les ii\... ma république... la doctrine?...
» — Cette doctrine m'a envoyé bien des ma- » lades cette année , » dit le docteur , « sans » compter les doctrinaires.
» — Et vous faites fort bien de ne les pas » compter, docteur, » dit le Pococurante : « la médecine n'a que faire des incurables.
LE REVEIl
» — Mais enfin, » reprit Brémond , « ce «monde que j'ai fondé, ces sanglantes révo- » Iutions...
» — Encore une potion , » dit le docteur en prenant la plume.
« — Qu'est-ce donc ? » demanda Brémond.
« — Ce n'est rien , mon ami , » répondit le Pococurante; « c'est une léthargie , un sommeil
• de quelques jours.
» — Se pourrait-il? Mais non , non : vous «voulez me tromper, vous voulez calmer ma
• douleur en me faisant croire que je suis dupe «d'une illusion. Sara, chère Sara, venez à «mon aide; dites-moi ce qui se passe. Nos «enfans...
» — Peste î • dit le Pococurante, « dans vos » rêves vous faisiez des enfans à madame ! «Que Dieu m'envoie des rêves aussi doux! »
Milady rougit et baissa les yeux. Quiconque a vu rougir une Anglaise , et n'a pas adoré l'ange, est indigne d'avoir un cœur d'homme.