‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 12 sur 43 · LA DÉCENTRALISATION · texte numérisé non relu

LA DÉCENTRALISATION

Le Monde Nouveau est un monde de Liberté, de Liberté vraie. Le monde païen, le monde christianopaïen, le monde de la Révolution n'ont pu nous donner la Liberté, au Monde Nouveau de nous la donner, et de nous la donner sur une échelle immense.

La liberté générale, la liberté des communes, des départements, des associations civiles, industrielles, religieuses, la liberté des corporations ouvrières, et surtout celle de TÉglise ; voilà, avec une sage centralisation de l'action gouvernementale et politique, la liberté du monde nouveau, la grande liberté, la liberté de tous.

Elle est la liberté de tous. Son point de départ, c'est la liberté de l'individu, ou le self*government de chacun se produisant librement et enfantant de lui-même, en vertu de sa propre spontanéité, toutes les personnes morales et toutes les autonomies donl nous venons de parler, à l'exception de l'Église et de ses corpofetions qui émanent de Dieu et non de l'individu. Et c'est une chose admirable, car alors l'individu se trouvant relié

à Dieu par la chalee des diverses autonomies, il n'y a plus de solution de continuité entre la terre et le ciel. L'état chrétien se trouve ainsi constitué avec la liberté à la base et Dieu au sommet. A la base l'homme, en haut le divin Flambeau éclairant les voies de l'homme.

La Hberté, la grande liberté n'est pas une utopie ; depuis longtemps elle a été entrevue par les politiques et les législateurs de toutes les nuances, et elle règne aujourd'hui théoriquement en souveraine, même dans la tête de ceux qui, vivant d'une centralisation outrée, ne peuvent s'empêcher de lui rendre hommage, tant la vérité est puissante !

On fait remonter la centralisation aux assemblées de la Révolution. On se trompe. La Révolution a abouti et devait finalement aboutir à une eflFroyable concentration des pouvoirs. Mais, eu théorie, la Révolution aurait voulu faire aller ensemble un pouvoir fort et une grande décentralisation : nouvelle preuve de son impuissance ! Les pouvoirs delà Révolution, au lieu d'être forts, ont été faibles, et comme alors ils ne pouvaient trouver la force jen eux-mêmes, ils l'ont cherchée dans la centralisation dont la Révolution ne voulait pas.

Toujours le même phénomène : l'idéal planant audessus des hommes, les hommes le saluant de leurs acclamations et ne pouvant le réaliser ! Le monde nouveau sur leurs têtes et dans leurs têtes, voulant faire irruption dans les réalités de la pratique et ne le pouvant, faute par les hommes de vouloir se rattacher à Celui qui seul pourrait faire cesser leur impuissance!

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Mais voyons cet émouvant spectacle des hommes rendant hommage à Tldéal et impuissants à le réaliser;

: Robespierre, daàs la discussion de la con^titutioD Girondiûe^'et Syèjès dsms la discussion de la ^constitution de la Montagne, proclamèrent rinaliénabilité des droits de Tindlvidu ditôs l'état et signalèrent; comme destructive de la liberté^ la souveraineté illimitée du- Peuple. Ces belles maximes, qui aboutirent aux égorgements du comité du salut public, au nom du Peuple souverain, servirent de jalon aux diverses assemblées de la Révolution, à commencer j^ar l'assemblée consti-tuante de 1789. On connaît les tendances de Tancienne^ Monarchie à tout centraliser, surtout depuis Louis XIV se personnifiant dans TËtat. L'astiemblée constituante, réagissant contre ces déplorables tendances d'avant i 789, avait organisé tout un système de municipalités, i d'assemblées, de districts et de départements chargés de répartir et pet*cevoir les impositions, maintenir Tordre et gouverner par des fonctionnaires purement électifs. La Gironde après la Constituante, et la Montagne après la Gironde^ avaient sueeessivëmeait pms à tâehe, dans leurs constitutions , de morceler, s^r tous les points du territoire, l'esetciee de ce qu'elles àppieâiaieiit ta souveraineté nationale; tout en ibaintenant, au centre, un pouvoir capable de tenir tête aux ennemis du dedans et du dehors.

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La Constituante) la Gironde et la Montagne ont donc tour à tour rendu hommage aux principes du monde nouveau : une grande liberté, combinée avec une grande autorité.

Mais voyez leur impuissance! Incapables de constituer lautûrilé autrement que sous une forme tyrannique, ils ont préparé les voies à Napoléon qui la reconstituée, mais en détruisant k liberté et en démolissaiit leur système incohérent de pouvoirs locaux et de fonctionnaires électifs. La constitution consulaire de Fan VIII, destructive de ToBuvre de décentralisation de la Constituante, de la Gironde et de la Montagne, a commencé en grand la mise en exécution de toutes les tendances administratives de centralisation de l'ancienne monarchie, que les constitutions de l'empire ont dépassées du preoûer coup, en faisant de la France une vaste organisation régimentaire.

Et cependant Rœderer en l'an XII et Napoléon luimême, lors de la conspiration Malet (1) en (812, et en 1815 aux Cent jours, étaient forcés de rendre hommage aux principes dont les constitotions du consulat et de l'empire étaient la négation et la ruihe.

Il faut rendre cette justice à la restauration qu'elle a

(i) Malet avait fait>épandre la nouvelle de la mort de Napoléon et s*é(ait emparé par un coup de main du pouvoir, n avait consigné les ministres et fait mettre à la Conciergerie le préfet et le ministre ;de la police. Le préfet de Paris préparait déjà Tinstallation d*un gouvernement provisoire à rHôtel-de^Vîlle. Malet, en mettant le doigt sur le grand ressort de la centralisation, se flattait, non sans raison, d'avoir toitte la Fr^enee pour lui s'il avait réussi. Ce sont ses expressions dans son interrogatoire*

tout à la fois rendu hommage à ces principes et cherché à les mettre en pratique. Le grand ministre de la restauration, M. de Yillèle, déplorant, après M. Fiévée, Tétat de nullité des communes et des départements dans la gestion de leurs affaires, s'écriait : « On a ainsi déa truit Tesprit public, achevé de désunir et de démo- « raliser la nation, isolé les Français les uns des autres, « brisé.lous les liens entre les citoyens et le gouverne- « ment, enfin préparé le retour inévitable de Vru narchie avec un* gouvernement faible, et du despo- « tisme avec un gouvernement fort (1). » Quelles paroles ! Voilà un ministre, un vrai homme d*État , le seul homme politique peut-être que nous ayons eu dans ni>s révolutions, s'il n'avait mêlé à ses fortes conceptions des idées fausses sur le rôle de l'Aristocratie dans le travail de réorganisation de la société du monde nouveau.

Aussi le libéralisme d'alors lui fit une opposition violente, et le réduisit à une aussi complète impuissance que la Gironde, la Montagne, Napoléon et les gouvernements postérieurs à^ la restauration. Toujours l'Idée planant en souveraine au-dessus de l'impuissance des hommes I

On sait ce qu'a £kit, sur cette question de la centralisation, le gouvemementde Louis- Philippe. Rien : voilà son bilan.

Aujourd'hui , tous les partis rendent hommage à l'Idée, c'est-à-dire à leur impuissance, puisque tous

<1) Voyez «on discours sur les assemblées départementales et son discours sur les douasièmes provisoires.

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ont été deux fois aux affaires sans avoir su ou pu la réaliser. Aujourd'hui les hommes intelligents de Tem^ pire, de la restauration, du gouvernement de juillet (1), de la république rendent hommage à l'Idée : « c est, dit « le Monde du 11 janvier 1863, dans l'individu, la face mille, la commune, la province que sont les racines a des libertés politiques. »

Il n'est pas jusqu'aux prétendants qui n'apportent à ridée le tribut de leurs promesses.

M. le comte de Ghambord, dans une lettre sur la décentralisation (2), attribue avec raison l'insuccès du régime parlementaire en France, pendant trois quarts de siècle d'efforts impuissants, aux excès d'une centralisation qui fait de notre pays, un pays propre à être administré et non à être représenté : mot profond 1 Le prince reconnaît en outre que la Démocratie coule à pleins bords, et que le seul moyen de la contenir, c'est d'en faire sortir une sorte de noblesse qui ne froisse pas ses instincts d'Égalité.

Or la décentralisation, en mettant tous les intérêts en commun, en établissant une sorte de concours d'émulations, dégage naturellement les supériorités et crée « une « hiérarchie mobile qui contient et élève la Démocratie. » ce sont les paroles du prince. Si, à ces considérations vraiment élevées, on ajoute le franc jeu des associations

(0 Voyez les aveux de M. Duvergier de Hauranne,dans son Histoire parlementaire.

(2) Voyez dans les journaux légitimistes du mois de février 1863 la lettre de M. le comte de Ghambord sur la décentralisation admi- •nistrative.

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et des corporations de toute nature, fonctionnant librement pour produire aussi des supérioriiés ou une Noblesse démocratique, on aTidée du Monde Nouveau dans sa plénitude. Or, Napoléon III, dans son discours à la réunion'des chambres de 1863, est venu à son tour rendre hommage à cette idée à laquelle, on le voit, n'a manqué aucun hommage, et que nous avons longuement exposée et développée en 1860, dans notre Démocratie h laquelle nous renvoyons le lecteur pour les détails (1 ) .

11 peut donc sortir du fécond principe de la liberté de mouvement de chacun et de tous, toute une organisation, toute une végétation puissante, toute une hiérarchie d'associations, se groupant et se coordonnant suivant leur rang, leurs affinités, leurs fonctions, sous la puissante inspiration du catholicisme.

Car il faut toujours en venir au catholicisme, si Ton veut fonder quelque chose de grand, de fécond et de durable. Seul le catholicisme peut donner l'âme et la vie aux institutions. Et comme ses vues sont désintéressées et tendent toutes à la gloire de Dieu et au bien (les hommes, il n'a pas seulement la prétention, il a le droit d'entrer la tête haute partout, d enfoncer toutes

(1) La Démocratie française dans ses rapports avec la monarchie et le catholicisme. Voir aussi, comme hommage à Vidée, les considérants du décret de M. de Persign^ sur la décentralisation des pouvoirs des préfets, relativement à quelques points de détail dans leurs rapports avec les ministres.

Içs portes, de forcer toutes les consignes. L'individu ne lui suffît pas, il lui faut les corporations, il lui £atut lÊtal.

Ce sont les corporations, c est TÉtat que l'Église veut convertir. Mais elle entend si peu se mêler de leurs affaires et si peu entraver leurs fonctions, que son unique but est de les rendre libres^ afin que les corporations et TÉtat puissent faire leurs affaires et remplir leurs fonctions avec; une complète indépendance, une fois Tâme affranchie du joug du péché et de la naort.

Ainsi rÊglise convie à la jouissance de la liberté pleine, de la liberté illimitée du Vrai et du Bien ou de la liberté de Dieu , non-seulement les individus mais les corporations etTÉtat, affranchis du joug abrutissant de Satan,

Arrière les .révoltés, que Je, Christ pénètre partout, qu'il soit J'ajiment, Tâine et la vie de tout! Que les cantiques du . Seignovir , que ses chants de triomphe éclatent dans ton tQçles^ réunicms d'hommes! L'humanité a besoin d'une vie, unique, d une pulsation unique du Kamtchatka au ca^ Horn., Or cette vie unique et cette unique pulsfttiQU ne peuvent lui venir que du Christ, du Christ à Tétat social. La liberté est là, et elle n'est que là,: dans notjje ftfifraflchissement et notre délivrance de l'empire d^i diable. :

Au diable Satan ! Que faire de cette figure ignoble en plein dix-neuvième siècle, i^n plein monde nouveau? La liberté! la liberté! la liberté immense, infinie, la liberté du Bien et du Vrai , la liberté de Dieu! Dieu

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n'est libre que de faire le bien^ mais là est infinie la splière de sa liberté. Convions Thomme à cette liberté pleine s'exerçant dans la sphère de l'Infini, dans les champs sans Ifhiites de l'Infini.

Ah ! nous ne sommes pas surpris si la Révolution, qui abhorre le catholicisme, a horreur de la liberté 1 La liberté, c'est sa mort, c'est la mort de Satan, car la liberté porte le catholicisme au Pinacle et forcément l'implante au cœur de. toutes les institutions. Voilà le secret de toutes les haines de la Révolution contre la liberté, et de toutes les conspirations de la Révolution contrele catholicisme.

Instinctivement elle comprend que la liberté de l'enseignement, c'est le catholicisme dans les écoles, dans les universités, dans les académies, et que la liberté des associations, c'est encore le catholicisme: faisant surgir de terre une foule d'associations religieuses et da bienfaisance; bénissant même les associations émanées d'une autre initiative que la sienne; distribuant aux corporations ouvrières, avec leur bannière, le corps du Christ, c'est-à-dire scellant dif sceau diviu TÉgalité et la Fraternité au sein de toutes les hiérarchies sociales.

Car comment, sans le Christ, pourrait-on constituer une association digne du Monde Nouveau, du monde d'Amour ? Comment surtout constituer une corporation ouvrière sans le Christ?

Tout nous ramène donc à la même conclusion. L'homme a rendu hommage, sous toutes les formes, à l'idée de liberté, à Tidée de décentralisation du Monde

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Nouveau. Le triomphe de cette idée, le triomphe du Monde Nouveau, est donc dans Tordre des choses. Le Monde Nouveau sur cette question, comme sur toutes les autres, sort des domaines de Tutopie. Il est réalisé dans ridée ou en théorie, et des travaux considérables ont été faits ou se font pour faire passer cette idée, ridée d'une sage décentralisation, dans les réalités de la pratique. Les préparations louchent donc ici à leur terme.

Mais Thomme est impuissant sans Dieu, sans le Christ, sans TÉglise. L'Église^ le Christ et Dieu sortiront donc encore delà. C est toujours le triomphe après la lutte, ou la Croix venant s'imposer au bout de toutes les questions, comme une des nécessités de l'histoire : <( in hoc siffno vinces. »

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