‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 14 sur 43 · LE SOCIALISME · texte numérisé non relu

LE SOCIALISME

Aux antipodes du christianisme, on trouve le socialisme révolutionnaire ou la société organisée ou plutôt désorganisée révolutionnairement, parodie satanique de la société du Monde Nouveau, de la société organisée chrétiennement. Le socialisme révolutionnaire est le dernier mot de l'homme satanique, de Thomme séparé de Dieu, tombant, comme le fruit séparé de sa tige, de son propre poids dans Tabtme. Le. socialisme révolutionnaire est le dernier mal, ou le Gog et le Magog (démagogue) du chapitre xx de l'Apocalypse, le Gog et le Magog donnant à la fin des temps, par son triomphe, le signal de l'écroulement du genre humain.

Le christianisme repose sur cette donnée profondément philosophique et historique, que, l'homme ayant besoin de réforme, la régénération de la société dépend de la régénération de l'individu. Le socialisme révolutionnaire, au contraire, repose sur cette donnée antihistorique et anti-philosophique, que l'homme est sans défauts, sans mauvaises inclinations, souverainement

intelligant^ et que la s4>ciété seule Fabêtit et le déprave. Il faut donc changer la s(>Diété, et; comme la famille, la propriété et la religion constitue»! la société, il faut réformer la famille, la propriété et 1» religion. Rien que cela! ^

h^ socialisées^ ont beau s'en défendre, toutes leurs doctrines se résument d^ns cesi^iielqu^s mots. Ils sapent tous plus ou moins la famille, ja propriété et la . religion^ Aussi nous ne nous arrêterions pasià Texamen dis»i théorie^ aussi peu dignes d'attention, s'il n'y avait >jen:ellé8 quelque chose de profondément vxai et qui fait mir^e* JSous voulons parler du commun engouemen dés socialistes révolutionnaires pour Je principe d'association, principe éminemment chrétien ,;<jui leur donne 4e faux airs de christianisme. Mais c'est encore une parodie. . . .

Le principe d'associatioû porte avec lui le salut d genre humain. ^^

11 n'est pas ,^^ depuis la création du monde, un seul intérêt légitime qui, se seiitant isolé, n'ait cherché dans l'association, la force de résister à ses ennemiâ. Là famillev la cmnmune, Téta^ sont des assôcilUdons, comme l'É^llse^' et des associations constituées e^vue d'Anne protedioncommu ne.

Il est certain, en second lieu, que, pendant toute la durée du monde christiano-païen, les intérêts se sont groupés de manière à feire la part la plus petite possible aux faibles et aux déshérités. Eii général tous les chefs de hiérarchie, même dans l'Église, et il ne servirait de

i68 LE HOKBE NOUVEAU

rien de le nier, ont alors cherché à se faire de grandes positions personnelles. Il est résulté de cette malheureuse pente de notre nature à tout absorber à son profil, que tous les avantages politiques et sociaux sont devenus le partage des puissants. Les propriétés et les honneurs se sont concentrés sur quelques têtes. Et il s*est formé, entre les divers ordres de puissants, un pacte tacite pour se soutenir mutuellement.

De là, les esclaves, les serfs, les vilains, les gueux d*un côté, et de Tautre les patriciens, les seigneurs féodaux, les nobles et tous leurs établissements politiques et territoriaux, qui, sous le nom de fiefs, de prébendes, de bénéfices légitimes en principe mais bientôt abusifs, avaient fait passer à peu près la terre entière entre les mains ou du moins sous la dépendance directe ou indirecte de la noblesse et du clergé. Cette situation n'était pas tolérable. De là, en 1789, cette explosion de haines populaires qui explique sans les justifier les excès épouvantables de la Révolution, et qui éclata non contre la religion et l'autorité, puisque la religion et lautorité furent rétablis sous TEmpire aux acclamations de la multitude, mais contre le clergé et la noblesse coupables.

L'autorité est une si inexorable nécessité sociale et la religion un si grand besoin de Tâmeiiumaine, que c'en sera fait des révolutionnaires et des philosophes, le jour où les puissants comprendront que leur mission n'est pas de dominer, mais de rendre des services ; de jouir exclusivement de tous les avantages de la vie, mais d'y faire participer la multitude dans la mesure du possible.

ou LE MONDE DE JÊSOS-GHRIST. 169

Ce serait certes par trop commode de se poser en face des misérables, comme les possesseurs exclusifs et à titre inaliénable et sacré de la richesse et des dignités, non en vue de servir le peuple, mais de le commander^ en le réduisant parla force s'il s'avisait de remuer.

Des prétentions aussi monstrueuses ne sont plus* de notre temps. Et tant pis pour ceux qui seraient scandalisés de la sévérité de ce langage, cela prouverait qu'ils sont incapables de réduire la révolution faute de la comprendre.

Ainsi les socialistes avaient raison de dire qu'on avait souvent négligé et dédaigné le Peuple, pour ne penser qu'à jouir et à commander, au lieu de le servir et de lui être utile.

L'Église, disons-le à sa gloire, s'était occupée des malheureux, et ses innombrables institutions de bienfaisance en sont l'éloquente attestation. Quelques rois, saint Louis, Henri IV, avec sa poule au pot, Louis XVI, distribuant d'abondantes aumônes et prenant l'initia* tive des réformes, avaient manifesté de généreuses intentions. Mais ce n'étaient là que des palliatifs impuis-, sants, la propriété étant en grande partie le privilège du clergé et de la noblesse.

Il fallait une révolution, elle était absolument nécessaire. Et comme Dieu conduit les événements, il la permise. Sans cela il serait impossible de justifier Ta providence, si miséricordieuse et si juste, d'avoir toléré les abominables excès de la révolution contre l'ancien ordre de choses s'il avait été entièrement innocent.

170 LE XGNUB NOUVBAU

Âifjoiird' hui un pas immense A été fdt. L'instrument de tit&vail par excellence, la terre, est entre les mains du peuple. Et il ne la lâchera pots. Le peuple aujourd'hui né meurt plus de faim en masse, comme dans les famines périodiques del'aQcien régime où il était réduit i dévorer Therbè des rues, au témoignage de madame de Sévigné, qui racontait cela avec le ton aisé d'une personne du grand monde habituée à be spectacle.

Un autre ps^s immense a été fait par l'organisation sur une vaste échelle de grands travaux publics, ex^ cutés parles compagnies et le gouvernement, au profit de la classe ouvrière, et par les pratiques du libre échange et des communications rapides.

Grâce à ces trois choses, la division delà propriété, lès grands travaux publics et la facilité dès échanges et des communications, on peut dire que rinstr«iinent de travail, avec la dignité que cet instrument confère en V affranchissant Thomme, a 'été mis entre tes mains des paysans et de l'ouvrier des villes « Aujourd'hui les hommes qui peuvent vivre en travaillatit constituent la presque totalité de la i^lasse agricole et de la classe ouvrière, et l'extrême cherté des salaires prouve que les bras manquent plutôt au travail qOe le travail aujc bras.

L'affranchissement du paysan et du prolétaire est donc un fait accompli, et c'est le résultat le plus

ou LE MONDE DE JéSDS-CHRlST. i 7 i

grandiose et le plus fécond en conséquences de la Révolution

Que r^ste-t-il à faire ? A refaire la société du faîte à la base, comme le proposent les socialistes ? A Dieu ne plaise!

Selon nous, ia révolution est finie dans Tordre économique, elle a détruit tous les obstacles, elle a fait table rase de tous tes piiviléges injustes, ejle a affranchi le paysan et l'ouvrier, elle a rendu le travailleur à sa digoité origiqelle : il peut travailler pour lui, et non pas seulement pour les autres.

^ous soipmes donc en pleine réalisation de Vutopie eAr^/2>/?n^, de l'utopie nécessaire. Le Monde Nouveau est la conséquepqe forcé-e de Fémiancipation du prolétaire et du paysan. Cettç émancipation met en effet la classe aisée dans la bienheureuse nécessité de se convertir et de donner au peuple l'exemple de la pratique religieuse, sous peine . d'être prochainement dévorée par le Minotaure de la révolution. Sa conversion est donc une bonne affaire à tous les points de vue, et elle assure le triomphe de l'Église, sans exiger un de ces déploiements extraordinaires d'énergie et de sainteté malheureusement au-dessus de la faible portée de notre nature dégénérée.

Ainsi l'instrument de travail est aujourd'hui entre les mains du paysan et du prolétaire. Et c'est un pas

172 LE MONDE NOUVBAt

énorme, mais qui ne suffit pas, car cet instrument est encore à beaucoup d'égards à Tétat anarchique, faute d'une sage organisation qui permette au peuple d'eu tirer tout le fruit qu'il est en droit d'en attendre.

Il reste aussi à organiser le paysan et l'ouvrier pour qu'ils deviennent, comme les autres associations et corporations, des éléments conservateurs de la société. Et ils le deviendront, l'objet de leur organisation étant de conserver à leur profit, avec l'instrument de travail, le résultat des précieux avantages matériels que la révolution leur a valus.

En d'autres termes, il faut constituer la corporation des paysans et les corporations des divers corps d'états, sous la forme éminemment morale, quoique sensiblement modifiée, de « ces confréries dont l'initiative indicé viduelle avait, dit le Monde (1), doté le moyen âge. »

Et il faut les constituer non dans une pensée socialiste ou révolutionnaire, non pour changer la condition de la classe ouvrière en bouleversant la société et en courant après des chimères, mais dans le but pratique et éminemment conservateur d'aflfermir et d'améliorer la situation actuelle du peuple, en prenant pour point de départ l'état économique où il se trouve en ce moment.

Nous disons corporation^^ ouvrières et agricoles et non associations^ non que nous repoussions d'une manière absolue et en principe les associations de paysans

(0 Du H janvier 1N63.

en vue d'agrandir leur culture, et les associations d'ouvriers en vue d'exploiter en commun une branche (l'industrie. Et nous avons même, dans le chapitre xi de notre Démocratie^ donné des exemples de ces diverses sortes d'associations, dont quelques-unes ont fleuri même a^i moyen âge et en plein ancien régime.

Mais, après Texpérience faite en 1848 avec le concours des finances de TÉtat et suivie d'un échec à peu près général, nous croyons que les socialistes s'étaient bercés d'illusions chimériques en pensant que ces sortes d'associations pourraient un jour se généraliser, au point d'envahir la société tout entière et de détruire, à leur profit, le capital oisif et toutes les positions officielles de la richesse et des dignités. Résultat déplorable, selon nous, la hiérarchie des richesses et des dignités étant une des conditions de l'harmonie du monde et une source de beaux types à présenter à la multitude sous toutes les formes.

La solution du problème ne consistait donc pas à se bofner à l'application du principe A' association à la classe agricole et à la classe ouvrière, application possible seulement sur une petite échelle ; mais elle consistait surtout dans l'application du principe de la corjmration. Cette application est en effet susceptible de se généraliser successivement et indéfiniment, sous une forme essentiellement différente du socialisme chimérique et révolutionnaire de M, Louis Blanc, de Saint-Simon, de Fourier, et surtout du communisme bestial de Cabet.

i 74 LK MOIfDB NOUVEAU

M. Proiidhoa nous a toujours semblé avoir entrevu cette solution, la solution par la corporation, qui n'exclut pas, je le répète, le principe de Vassociation^ ni même celui de la communauté religieuse ouvrière (1). Mais la haine de la propriété, de la religion et de toutes les sommités et hiérarchies civiles, politiques et religieuses, a fait faire fausse route à M. Proudhon. A son avis, il suffisait, pour organiser les classes ouvrières, — depuis il est revenu de cette idée, — de constituer la mutualité des services entre les divers corps d'états, s'échangeant leurs produits au moyen de bons de papier conventionnels, signes représentatifs de ces produits.

M. Proudhon croyait, à Taide de cette combinaison, rendre caducs ou inutiles le capital, la propriété, les grandes fonctions publiques ou religieuses occupées par les sommités sociales. 11 voulait détruire la propriété, la religion. Dieu, ou plutôt les riches, les rois et les

(1) n existe encore à Paris des débris à* associations ouvrières fondées en 1848. Ce sont simplemeat des sociétés commerciales en participation ou en commandite. Les trappistes nous offrent un modèle de communauté religieuse de paysans et d*ouvriers. Et il existe eo Angleterre et en Allemagne un grand nombre.de corporations oavrières ou de confréries, et quelques-unes commencent à s'organiser sur le type dont nous aurons bientôt à-entretenir ie lecteur, sur le type du Monde Nouveau, du monde du travail encouragé et stimulé par la noblesse et la classe aisée, et se protégeant lui-même p&r IV^change, la mutualité ou la réciprocité des bons offices.

ou LE MONDE DE JÉSUS-CHRIST. 175

prêtres, en disàfit aux OU V rieurs : Concertez-vous, vous êtes les plus nombreux et lès plus forts, et c'est vous qui pitxiuisez toutes choses; 3 suffira donc de votre concert pour faire disparaître tous lés oisifs .^ Vous serez^ tout' alors, gouvernement, rois, prêtres et Dieu.

La haine des oisifs a fourvoyé M, Proudhon. Sans cette haine, M. Proudhoji était dans la voie. Sa pensée fondamentale consistait à faire échec aux autres socialistes, qui sont au fond plus ou moins communistes (1). M. Proudhon avait même entrevu la véritable formule du problème ou la corporation agricole et ouvrière se constituant librement. Mais il avait eu le tort d'écarter comme improductives et parasites les autres corporations civiles et religieuses utiles, qui représentent, à un autre titre et à un titre tout aussi légitime, des intérêts non moins respectables que les intérêts des patrons et des ouvriers.

Or M. Proudhon, toujours égaré par la môme haine, exclut toutes ces corporations, contradicloirement à son principe de la liberté illimitée ou de lanarchie, ce qui pour lui signifie Tabsence de toute entrave gouvernementale.

La préoccupation d'organiser la classe ouvrière contre le capital, lui a donc fait perdre de vue le principe de la corporation, et sa pensée fondamentale si féconde a abouti à un complet avortement. Tant il est

(i) Le commuflisme ou la communauté est possible en ReUgion. 11 est contraire à Tordre des choses de vouloir, sans religion, Timposer à toute Tespèce humaine.

vrai que si Tainour est le principe de toute solution et surtout de la solution de la question démocratique et sociale, la haine porte avec elle son châtiment en faisant avorter ce qu'elle touche.

Page 1