DU PRINCIPE D'ASSOCIATION
L^homme est un être social. Il ne peut vivre en dehors de la société. Et cependant, depuis le commencement du monde, il se débat vainement contre cette inexorable fatalité de la déchéance de ne pouvoir s associer, se mettre en communauté, en communwn, alors que pourtant il est fatalement obligé de s'associer, de se mettre en communion, sous peine de mort.
De ce besoin impérieux de se mettre en association, en communion, procèdent toutes les tentatives de société essayées sans succès depuis la création : empires d'Assyrie, d'Egypte, républiques de Grèce, de Rome, sociétés féodales , municipalités italiennes , grands et petits duchés d'Italie, unité italienne, empire ailemand, confédération allemande, panslavisme, royaume de Pologne.
A cela il faut ajouter la misé à l'essai, toujours sans succès, de toutes les formes possibles de gouvernement, républiques militaires et fédératives, aristocratiques ou
démocrafiques, monarchies constitutionnelles, parlelementaires , représentatives, absolues, despotiques, théocratiques.
Car de quoi n'a-t-on pas essayé? Et tout cela a échoué, et tout cela n'a fait que constater une fois de plus l'impuissance de l'homme à se constituer en société sans la communion.
L'Église est la démonstration vivante de cette vérité. Seule elle -a la Communion, et seule elle dure et durera jusqu'au dernier jour du monde, et au delà. La Communion est son mode d'association, sa base, la raison de sa force.» de son immutabilité, de sa durée. Car la Communion est la participation à l'immutabilité et à Timmortalité du Christ , divin Époux de l'Église et prince de ce royaume spirituel, qui, n'étant pas de ce monde, peut braver impunément la malice des hommes et toutes les roueries de Salaa. Tout le reste a changé, s'est modifié avec les siècles. Cela seul est resté immuable et impérissable .
La Communion est donc le dernier mot des choses, sur la terre et au ciel. La Communion est l'apport de Notre-Seigneur dans toutes les formes de société, ou le principe su réminent de toute association, le principe du Monde Nouveau^ sa substance, son mode, sa puissance, sa fécondité, sa durée, sa Beauté pure et sans lâche.
La Communion est ce ciment nécessaire qui unit les âmes au sein des sociétés essentiellement divisées des hommes, puisque l'apport des hommes, c'est l'homme
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avec son individualité , avec ses intérêts personnels essentiellement distincts et opposés , et ne pouvant se rencontrer, s'accorder, s'agencer que dans Tordre moral, dans le monde des âmes, dans la société spirituelle du Sauveur, dans ce royaume divin qui n'est pas de ce monde, dans la communion enfin.
Commence-t-on à entrevoir la solution, la seule possible? Ah ! si Ton ne Tentrevoit pas, nous en dirons tant aux uns et aux autres, à ceux qui la rejettent et à ceux qui, la possédant, n'en comprennent pas la portée, ou dorment quand ils pourraient soulever la terre; nous leur en dirons tant, qu'ils seront bien forcés de comprendre et de faire leur devoir, quand surtout nous leur prouverons que la catastrophe finale est là, suspendue sur leurs têtes à tous, s'ils s'obstinent dans leur mauvais vouloir ou leur apathie.
Une chose a manqué, à ceux des hommes de la Révolution qui ont voulu fonder quelque chose, et y ont mis une bonne volonté et un talent incontestables, c'est de ne pas savoir qu'on ne peut rien fonder sans un principe supérieur d'organisation, qui depuis le Christ n'est pas seulement dans l'Évangile, mais dans le catholicisme, ou dans le christianisme pratique, dont le dernier mot est la Communion.
I^s théories de ces hommes étaient sans base prati-
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que, car ce n'est pas impunément que Ton élimine de la pratique de la liberté et du gouvernement un élément comme le catholicisme^ quand, ayant eu les idées agrandies dans une proportion divine, Thumanité, depuis le Christ, a conçu un idéal politique et social, auprès duquel Tldéal de la Grèce et de Rome est une pitoyable conception.
11 fallait donc un principe d'organisation en rapport avec tant et de si hautes aspirations, et, au lieu de re~ muer tant de systèmes chimérique», il fallait appliquer le catholicisme, comme principe d'organisation, à tous les éléments de la société nouvelle, afiu de leur imprimer la vie du Christ, ou la possibilité de fonctionner, de se développer et de durer.
Le catholicisme, avec son organisation puissante, est le type et la forme de toute forte organisation, et il a seul le secret de marquer de son sceau indéfectible toutes les formes d'associations qui se constituent sous ses auspices. C'est lui qui a fait vivre des milliers d'années et fera vivre des milliers d'années encore, les corporations religieuses, les Bénédictins, par exemple, qui remontent aux premiers siècles de notre ère.
En lui est la vie morale qui fait durer les faits. Une organisation, c'est un fait ayant vie. Au fond, tout se réduit à une question morale. Or la nature morale ou intime du catholicisme, c'est d'unir. Il est l'unité et l'unité universelle, et de toutes les forces morales il possède seul le singulier caractère d'avoir la propriété d'unir ou d'associer. Il est, avec sa communion, l'arché-
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type de la loi cosmique de Tassociation hiérarchique des êtres au sein de Dieu (1).
Cette force d*unioD et de cohésion du catholicisme u'a rien d'étonnant. Seul il pose Dieu au centre de tout, comme principe, moyen et fin, avec la prétention de tout constituer avec Dieu, et de faire du genre humain tout entier, des Blancs, des Nègres, des Mongols, un seul troupeau A' agneaux sous la houlette d'un seul pasteur.
Où est la puissance qui oserait afficher une prétention si haute avec quelque chance de ne pas se faire moquer d'elle? Donc le catholicisme est la force de cohésion ou d'association par excellence; donc il est le principe de l'organisation du nK)nde nouveau, puisque le monde nouveau a, lui aussi, l'extraordinaire prétention de se constituer, d'après le principe évangélique de la solidarité et de la réciprocité de tous les intérêts individuels et de tous les intérêts collectifs.
Toutes les autres formes morales à l'aide desquelles on a constitué les empires jusqu'à ce jour, et, dans les empires, les diverses associations qui y ont plus ou moins longtemps fleuri, ont été au bout d'un certain temps insuffisantes. Ge qu'elles ont fondé est bientôt devenu caduc, même l'empire romain, la plus colossale de toutes les organisations émanées du génie humain. Dieu seul donne l'immortalité aux formes sociales.
Toute association civile, industrielle, politique, peut
(1) Voyez dans notre Philosophe devant le Cosmos le développement de cette loi universelle qui, avec la loi de la Trinité et la loi du perfectionnement par l'épreuve, constitue la divine Trilogie, suivan laquelle le cosmos tout entier a été cpnçu et réalisé par Dieu.
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sans doute se constituer en dehors du christianisme, mais elle ne peut se constituer ainsi sans subir la conséquence de la division fatale des indépendances individuelles et des intérêts matériels qui s excluent ou s'opposent ; et cela est vrai sui*tout de la corporation ouvrière.
Les diverses formes sociales auront beau faire, et s'agiter, et se modifier, et se réformer, tous ces beaux essais, tous ces beaux progrès échoueront, tant que subsistera le vice radical de legr impuissance, la cause permanente de leurs divisions ou de leur dissolution, le ver rongeur qu'il faut extirper et détruire.
Les hommes poursuivent donc une chimère, depuis la création du monde, en voulant se constituer en dehors de Dieu. Cela ne les empêchera pas d'appeler chimériques, ceux qui leur indiquent le seul moyen pratique de rendre viables leurs établissements éphémères.
L'Église existe depuis bientôt deux mille ans, et nous défions qui que ce soit de nous indiquer le moyen de la détruire. Pourquoi les hommes ne feraient-ils pas participer leurs sociétés et leurs corporations à cette immortalité, en faisant passer l'Église en elles? Ils ne le feront pas, soit; mais alors, nous leur portons le défi de rien faire sortir de solide et de stable, de bien ordonné et d'heureux, de leur chimérique prétention de se constituer en société, sans Dieu.
Personne ne se fait moins illusion que les catholiques; ils voient clairement oîi est le salut de l'huma-
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nité, et ils le disent simplement. Il en sera ensuite ce que les hommes voudront. Dieu ne leur dit-il pas exactement la même chose depuis que* le monde existe, sous les formes terribles des leçons de Fhistoire et sous la forme si touchante et : si persuasive de Uenseigneiùenl direct de TÊvangile ? Et cependant ils croupissent dans l'apathie, pour ne pas dire dans la boue elle sang.
Mais nous pensons que la coupe est pleine, des leçons, de la Providence. La question iaujourd'hui est carrément posée, il faut périr révolutionnairement ou s'organiser chifétiennement : Go^et Magog ou le Christ, il n'y a pas de milieu. Cela nous donne à penser que les hommes y regarderont à deux fois. Peut-être ils finiront par avouer qu'ils sont allés, trop loin, et que les catholiques ne sont pas si dépourvus de sens de leur dire de s'arrêter puisqu'il en est temps encore.
Cette impuissance des nations à se réorganiser, surtout depuis que la révolution a fait table rase du passé, est un puissant stimulant à chercher le remède ailleurs que dans les expédients de l'Ancien Monde et du monde de la Révolution.
On commence à comprendre que l'économie sociale et la politique sont des éléments de désorganisation, si l'on ne les rattache à la morale, et que la morale n'est qu'un mot si l'on ne la rattache à la pratique, et que la pratique est impraticable sans le secours de Dieu. Les idées positives prévalent sur lesabstîactions des rêveurs, et de là à une religion positive il n'y a pas loin. Or le choix entre les religions positives ne saurait être difficile.
Pour un homme politique tout est dans ces quelques mots. Le triomphe est dans la pratique. La pratique est la solution de toutes les questions, de la question des associations comme de toutes les autres. La pratique est dans l'ordre des choses, dans Tordre des intérêts temporels ou matériels, comme dans Tordre des intérêts moraux du genre humain. La Pratique aura donc son triomphe.
Nous allons entrer dans le monde de la pratique, dans le monde de Jésus-Christ se donnant aux hommes dans le Sacrement de fraternité, principe éminent de toute association. L'Hostie, c'est Tamour faisant aimer la croix, labarum du Monde Nouveau, du monde des grands labeurs et des luttes triomphales.