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CHAPITRE XVII

DANGERS DES CORPORATIONS OUVRIÈRES. MOYENS DE LES CONJURER PAR L'ÉDUCATION ET L'INSTRUCTION.

Les corporations pourraient dévenir une source de dangers et de désordres pour l'État, si elles s'organisaient révolutionnairement sous l'inspiration des théories subversives de M. Louis Blanc, de Saint-Simon, de Fourier ou de Gabet. Mais elles deviennent un puissant élément de conservation sociale si elles s'organisent chrétiennement sous les auspices de l'Église.

E]les deviennent aussi le boulevard de la liberté en donnant au parlement un point de départ solide et un appui inébranlable, dans un peuple instruit et éclairé sur ses droits, ses devoirs et ses intérêts.

Le meilleur moyen en effet de faire des corporations ouvrières un instrument de conservation et de liberté, est de leur donner une forte éducation chrétienne, soutenue par une large instruction professionnelle, économique et sociale, sur les arts , le commerce et l'industrie, de manière à leur faire comprendre que toute agitation populaire se résout finalement en

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diminution de salaires ou en misère pour le peuple.

L'enseignement professionnel du peuple est une chose nécessaire. En élevant Tintelligence de louvrier, elle le rapproche du patron. Elle lui donne le moyen de discuter avec lui les conditions du louage d'ouvrage, si à l'enseignement professionnel vient se joindre Féducation économique des masses.

L'ouvrier ne peut discuter les conditions de salaire avec justice et équité, s'il ne connaît les lois de l'offre et de la demande, et les conséquences désastreuses des perturbations économiques qui résultent d'une surélévation de salaire inopportune et des agitations populaires. L'ouvrier doit savoir que la première condition de l'amélioration des salaires, c'est sa sagesse, sa prudence, sa patience et souvent son esprit .de sacrifice momentané. Rien de tout cela n'est au-dessus de la portée de l'intelligence de l'ouvrier, discutant librement son salaire par lui-même, ou par ses délégués dans les grands centres où des réunions trop nombreuses pourraient occasionner des perturbations.

Mais ici se présente une question redoutable. La liberté d'association et le droit de réunion, sources de progrès matériel et de perfectionnement moral, deviennent une cause de ruine et de dégradation, si l'homme est mal disposé moralement, car alors son enseignement professionnel et son éducation écotfo-

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mique, d'instruments de conciliation et de bonne entente avec le patron deviennent des instruments de dissolution et de guerre civile.

C'est une chose terrible de penser que la société peut un jour se trouver à la merci d'une masse énorme de prolétaires instruits, capables, mais dégradés moralement. Gela s'est vu de certaines classes de la société : on a vu une noblesse pourrie sous l'ancien régime, et une bourgeoisie impie sous la Révolution ; que deviendrait le monde si on avait un jour une démocratie tout à la fois pourrie et impie ! Ce serait très-certainement la fin du monde, et c'est très-certainement ainsi que le monde finira quand Dieu, irrité au spectacle d'une pareille dissolution, fera descendre la foudre du ciel pour purifier la planète.

La théorie de MM. Darimon, Picard, Hénon. Jules Favre et Olivier demandant au Corps législatif, dans sa séance du 11 février 1863, l'abrogation de la loi des coalitions et le droit de réunion pour les classes ouvrières, ôfifrirait un véritable danger public dans l'état d'anarchie oii ces classes se trouvent, dépourvues qu'elles sont de toute instruction professionnelle, de tout enseignement économique et de toute éducation religieuse.

Et ces trois conditions préliminaires de toute bonne organisation se trouveraient encore insuffisantes, si à ces trois garanties d'ordre et de sécurité ne venait s'en ajouter une quatrième. Nous voulons parler de la Corporation élevée à la dignité de confrérie.

La masse ouvrière ne doit pas être livrée, sans garanties contre elle-même, aux oscillations de l'offre et de la demande, et aux perturbations momentanées résultant de crises inévitables. Elle ne doit pas être abandonnée à toutes les impressions du moment, sans y être préparée par la pratique de la charité et de la fraternité dans les jours de prospérité. La masse ouvrière ne doit pas être exposée comme TOcéan aux coups de vent de la tempête : elle doit être organisée contre les orages. Elle ne doit pas être livrée à tous les hasards de Timprévu.

Or l'organisation, par corps de métiers, de la classe ouvrière en confréries dirigées parla religion, nous semble être le seul moyen de prévenir tous ces dangers, et le remède le plus efficace à l'état de nivellement, de morcellement et de poussière oîi le peuple a été réduit par la Démocratie. Jusque*là toute réforme est un abîme couvert de fleurs.

Le Monde Nouveau ou le triomphe est donc encore ici la condition préalable de l'organisation de la classe ouvrière. Que le prolétaire s'humilie donc, qu'il s'agenouille, qu'il donne l'exemple, et que, se relevant régénéré, il revendique fièrement ses droits à la protection de lui-même, à la protection et à la conservation de Tordre social ; qu'il s'organise en confréries contre l'Impie ; qu'il donne à la société une base impérissable.

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en se portant le garant de Tordre public, puisque Tordre public peut seul assurer son bien-être.

Qu'il réagisse aussi avec force contre tous ces novateurs qui Tégarent et le réduisent à la misère, en le poussant à l'antagonisme, sous le spécieux prétexte de la liberté des coalitions, ou de la liberté des séditions et des dissensions entre maîtres et ouvriers ; quand il s'agit au contraire d'unir, au nom de la liberté, de Tégalité et de la fraternité, patrons et ouvriers, dans la même confrérie sous Tœil de Dieu !

Mais une large instruction peut seule apprendre à l'ouvrier que les solutions véritables sont aux antipodes des solutions socialistes; que le meilleur moyen de voir de haut, c'est de regarder au-dessus des socialistes, dans la lumière de l'Évangile; c'est de les dépasser par conséquent, c'est dé s'affranchir de leurs ténèbres; c'est de chercher le salut dans la corporation érigée en confrérie, en Communion, au lieu de le chercher dans les coalitions. Se coaliser ^pour se faire rendre justice, c'est un procédé anglais, un procédé de brute. C'est la violence du Prolétaire s'opposant à la cupidité du Patron, c'est l'état de lutte et de guerre, c'est la société à l'état barbare, c'est le contre-pied du Christianisme, la négation du Monde Nouveau, du monde du peuple émancipé par le travail, l'éducation et Tinstruction.

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