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LES CORPORATIONS OUVRIÈRES AVANT ET APRÈS LA RÉVOLUTION

Le droit chrétien est un droit essentiellement différent du droit païen. Le droit Romainr est la raiscn écrite. Le droit romain est le rationalisme dans la loi. Cest le droit naturel à l'exclusion du surnaturel, c'est le droit de V homme, de la Bête, dans sa majesté souveraine. Nous parlons du droit romain corrompu.

Mais nous connaissons fort heureusement la nature de riiomme. Nous savons sa valeur depuis sa déchéance. La* nature de l'homme décku tend irrésistiblement à Tempire, à la domination, à Tapothéose césarienne, à la divinisation de Néron. Tout cda est naturel l'homme étant dégradé. Si tout cela n'était pas profondément naturel, comment expliquer la tyrannie aboutissant à l'apothéose des empereurs et des rois, partout, chez les Babyloniens , chez les Romains, comme chez les Aztèques du Mexique? Le glorieux empereur des Aztèques (Mexique), Ahuitzotl, offrant au dieu Huitzilopochtli une hécatombe de soixante mille

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victimes en une fois, et arrachant, lui et ses prêtres, le cœur de ces victimes pour les présenter aux quatre points cardinaux, obéissait à la nature du vieil homme, à la nature brute; Le Christ s'immolant pour ses frères obéissait à Tordre de la grâce, à Tordre de Thomme nouveau, de Thomme surnaturel.

Le droit chrétien ne repose pas sur la nature des rationalistes ou sur la nature déchue ; il repose sur la nature régénérée, sur la nature suruaturalisée, sur le naturel et le surnaturel, intimement unis dans Tordre des réalités ou de la pratique vraie du christianisme, quoique parfaitement distincts dans leur sphère et même séparés dans Tordre logique et idéal.

La nature et la grâce combinées sont le fondement du dix)it chrétien. Aussi Tessence du droit chrétien c'est la liberté. L'homme, à Tétat de nature déchue ou à Tétat de brute, vise à la domination, Thomme, à Tétat de nature régénérée par la grâce, vise à la fraternité, qui est le contraire de la domination et le fondement de la liberté.

Ces deux sources diamétralement opposées du droit païen et du droit chrétien, qui ont marqué de leur sceau le pouvoir antique (Néron et Timour), et le Pouvoir chrétien (saint Louis, Louis XVI), ont aussi marqué de leur sceau la corporation païenne et la corporation chrétienne. « Les corporations païennes, dit « M. Coquille, étaient fondées sur l'esclavage : aussi « les enfants étaient forcés d'embrasser la condition « de leur père La personnalité n'existe pas chez les

« païens La religion chrétienne, en rendant à

u rhomme la personnalité et la conscience, ouvre une H yie nouvelle. » Le self-government prend la place de Tautorité impériale, un souffle nouveau anime les institutions. Les corporations d'artisans reprennent l'empire d'elles-mêmes. La liberté des corporations résulte du droit de s'administrer elles-mêmes. Tout un ordre nouveau jaillit des débris de l'empire. « Tout au moyen « âge était communauté : communautés rurales, com- « munautés d'artisans... mais ce n'est plus le com- (( munisme de TÉtat, c'est la communauté volontaire « émanée du droit naturel d'association et fondée sur « la personnalité. Le jugement par les pairs, cette cou- « tume de l'Europe chrétienne, consacrait publique- « ment la liberté ou la personnalité de l'homme (1). »

Ne recevant la loi que de Dieu, le chrétien développe spontanément le droit sous la dictée de sa conscience, inséparable de la coopération de Dieu en lui ou de la grâce. C'est le droit de l'homme nouveau, ce n'est plus le droit du vieil homme.

(c Les coutumes chrétiennes, ajoute M. Coquille, « avaient ennobli le travail, en appelant l'ouvrier aux « pluâ grands hoïineurs, à la plus haute considération. « Fils libre et dévoué de l'Église, il participait à là li- (( berté des enfants de Dieu. Il était souverain; dans la « sphère de ses droits et de ses intérêts, il ne relevait « que de lui, ne connaissait d'autre autorité que la

(i) Monde du 3i janvier i863.

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« sienne. La corporation , société vivante , que nul « n'avait créée, que nuJ ne pouvait détruire, se gou- (i vernait et s'administrait. Elle avait droit de justice <i sur ses membres. L'ouvrier n'était soumis qu'au ju- « gement de ses pairs, ce qui est véritablement la « liberté. Racine, dans sa Correspondance, s'étonne « d'avoir vu siéger à Uzès des ouvriers cardeurs en « robes rouges. La corporation était une société; elle « avait ses trois' ordres , maîtres , compagnons , ap- « prentis ; en quoi elle ne ressemblait pas à nos asso- « ciations d'ouvriers fondées sur l'égalité et çjépour- « vues de gouvernement intérieur et de juridiction. »

M. Coquille a raison, les associations fondées sur l'égalité n'ont pas et ne peuvent pas avoir de gouvernement intérieur et de juridiction. Aussi même les socialistes ont été obligés de recourir à la hiérarchie des chefs d'atelier, des caissiers, des gérants. L'égalité sans hiérarchie est une utopie contre nature. L'égalité n'a de valeur que comme point de départ des hiérarchies. C'est le fonds commun ou toutes les supériorités doivent prendre racine.

Livrée à sa conscience chrétienne et à l'abri de suggestions socialistes, la classe ouvrière comprendrait aisément que la corporation, pour être vivante comme la famille et pour former un tout organique, a besoin d'une hiérarchie. Or, le catholicisme étant le principe typique d'organisation et d'association, comme nous l'avons prouvé, peut seul lui apprendre à fonder sa hiérarchie, dans la fraternité, en prenant pour point

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de départ Tég^lité. L'égalité est le poi&t de dépast^ la fraternité le moyen, et la hiérarchie le but à atteindre. La corporation alors est constituée sur des bases indestructibles»

Le despotisme a de tout temps été l'ennemi dQ la véritable corporation, et réciproquement. Les communautés chrétiennes ont sapé à la longue le césari^me romain, leur ennemi acharné. Ouand les hommes sont opprimés, ils éprouvent l6 besoin de se réunir et de se concerter. Le salut de la société actuelle, est dans la corporation qui a fait le salut de la société antique.

Les corporations ouvrières et les communes du moyen âge où les corporations ouvrières exerçaient une véritable influence, ont été un mouvement de réaction contre les excès de la féodalité.

Les corporations modernes donneront le signal fiu mouvement de réaction contre le despotisme révolutionnaire, qui tend à s'établir partout en Europe sous la direction maçonnique. La claisse ouvrière doit surtout se méfier de cette direction qui cherche à la pervertir, en l'engageant dans la résolution et en la détournant de la corporation chrétienne ou la confrérie..

On cherche à pervertir l'ouvrier, et à lui faire perdre la trace de la tradition du moyen âge oîi il a joué un si grand rôle, dans les villes et les communes en lutte contre la féodalité, sous les traits de laquelle le monde païen avait cherché à se reformer en corrompant le moyen âge et ses principes d'origine chrétienne et germanique du self-government.

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Mais lâmaçoDoerie, presque partout au pouvoir, aura beau faire, elle ne sera pas plus heureuse que le socialisme ; elle pourra un instant troubler et dérouter la classe ouvrière, mais elle ne parviendra pas à la détourner de sa voie. Malgré la perfidie de ses jouiiiaux et les faui mirages des utopistes, l'ouvrier tend instinctivement vers la corporation chrétienne.

11 en ignore les conditions, il tâtonne, il hésite. Les préjugés socialistes offusquent son esprit. Mais comme il y a toujours eu, dans les sociétés chrétiennes, « une « démocratie préconisée parles meilleurs génies, aimée « des plus grandes âmes » (I), une bonne et loyale démocratie, reposant sur les principes de religion, de famille, de fraternité professionnelle, l'ouvrier finira par ouvrir les yeux et par comprendre où sont ses véritables amis.

M. Coquille a fort bien compris cette démocratie, et il lui a souvent rendu hommage : « Cette démocratie des « arts et métiers était le gouvernement (!u peuple par « le peuple, le gouvernement des classes laborieuses « par elles-mêmes. Depuis, le peuple a été convié au « gouvernement de l'État ; il a perdu sou autonomie, « et il n'a plus été que ^ le comparse des intrigants et « des ambitieux. Est-ce que le peuple gouverne, juge, « administre quelque part? 11 est gouverné, jugé, ad- « ministre par des gens d'une autre classe, séparés de « lui par rinstruction, par les habitudes, par les inté-

(1) Rome et les deux Démocraties, par M. E. Villedieu.

« rets. Ni r industrie ni le commerce ne décident chez « nous les afifaîres de l'industrie et du commerce : elles « sont remises aux mains de la finance, de la philoso- « phie, de la littérature, de Téconomie politique (1). » M. Coquille voudrait donc ouvriràtous, auxouvriers, aux commerçants, aux industriels, aux propriétaires, comme aux avocats, la porte de la Corporation, quia fait par les ordres religieux la grandeur de TÉglise. Et il appelle avec raison cette libre entrée dans la corporation sous toutes les formes la vraie liberté, cette liberté si vainement cherchée, pour laquelle on a fait vainement une demi-douzaine de révolutions, qu'aucun parti n'a pu nous donner et que le christianisme seul nous donnera.

Nous venons de parler de la corporation du monde païen et de celle du moyen âge. Mais hélas! il est arrivé à la corporation du moyen âge, ce qui est arrivé à la féodalité. Elle s'est corrompue ou on Ta corrompue immédiatement. La corporation de l'ancien régime a fini par ne plus être qu'une horrible caricature de la véritable corporation chrétienne.

Tout à fait à l'origine et dès le moyen âge, on voit la Griffe de la police et de la royauté s'appesantir sur la corporation et la marquer de son sceau indélébile de réglementation.

(l) Monde du i2 novembre 1862.

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Dès Tan 1258, le prévôt de Paris Etienne Boileau érigea, sous le titre de confréries, les corporations en communautés. Il réglementa ainsi les diverses compagnies de marchands et d'artisans de Paris (1).

Louis XI favorisa les corporations des arts et métiers et il leur fit de nombreuses concessions. Il faisait même des dons aux corporations, vrais dons de Grec (2), car il conçut le projet de les placer sous la main et la dépendance du gouvernement pour faire tourner leurs forces au profit du trône (3). Tous les corps de métiers furent partagés et réunis sous soixante-une bannières des compagnies. Mais les bannières furent placées dans des coffres à trois clefs, et les armes des corporations ne pouvaient leur être remises que par ordre du Roi ! on voulait prévenir les séditions qui avaient forcé Charles VI à supprimer les corps de métiers.

Mais il y aurait un moyen encore plus radical de prévenir ces séditions, ce serait d'interdire le droit d avoir des armes, et de diviser les corporations, dans les grands centres oh elles seraient trop nombreuses, à Paris, par exemple, de manière à prévenir les dangers des rassemblements. Mais les corporations du moyen âge, même avec le droit d'avoir des armes, ne donnèrent aucun embarras au pouvoir depuis l'ordonnance de 1467.

Les corporations de l'ancien régime avaient fini par

(i) Il existe aux Archives du royaume un registre d'un grand nombre de ses statuts. J. 97. Trésor des chartes,

(2) Six pipes de vin, par exemple, aux mariniers de No(re-Dam^ de Montuzei, pour dépenser le jour de la solennité de la Confrérie.

(3) Ordonnance de 1467.

tomber dans un complet asservissement, asservissement de l'apprenti et de l'ouvrier aux maîtres, asservissement du maître à la police de TÉtat. La maîtrise était devenue un privilège, une sorte de champ clos oii personne ne pouvait entrer qu'à des conditions onéreuses, sévèrement réglementées.. C'était sans douté un moyen de prévenir la concurrence, mais ce moyen dégénérait en monopole odieux, souvent aussi gênant pour le maître que pour le simple ouvrier.

La loi réglm la forme, les <lroits et les devoirs de la corporation , son apprentissage , «on compagnonnage,"" sa maîtrise. Elle surveillait Texercice des droits de la corporation, les marques de ses marchandises. Elle spécifiait ses devoirs et ses contributions, le genre de dépendance de ses membres et surtout Y inspection qu'ils devaient subir pour leurs ouvrages.

La corporation de l'ancien régime était la contrepartie de la corporation libre et autonome du monde nouveau. La loi était trop sage, trop prévoyante; elle surveillait, spécifiait, inspectait beaucoup trop. C'était vraiment trop de sollicitude. La corporation de l'ancien régime était la corporation corrompue, la corporation sous la griffe du despotisme.

Ce n'était pas la corporation qui se réunit librement, où tous les membres demeurant libres de s'établir comme patrons ou de rester compagnons, s'assemblent et discutent librement leurs intérêts, sans préjudice des mesures de surveillance et de répression de droit commun contre les corporations dont les

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réunioDS dégénéreraient en conciliabules politiques.

La corporation du monde nouveau n'est pas soumise, comme les anciennes corporations, à un examen et à un jugement; à aucune taxe et à aucun cautionnement, chef-d'œuvre, serment à Tautorité ; à aucune défense de travailler la nuit; à aucun apprentissage réglé et limité. Elle ne jouit d'ancun privilège, d aucune exemption. Elle n'a pas de roi des merciers ayant autorité sur les merciers, etc., etc. (1). Les ouvriers delà corporation nouvelle ne conservent en un mot de l'ancienne corporation du moyen âge que la Confrérie (2) ou son caractère religieux. Et ils substituent, à toutes ces entraves de la loi et de la coutume et à tous ces privilèges et charges, de simples réunions ayant pour objet de discuter ensemble et à l'amiable leurs intérêts, recueillir leurs économies dans des caisses d'épargne et de prévoyance, nommer des arbitrés chargés de régler sans frais leurs différends.

Mais, comme les ouvriers dé la corporation de l'ancien mionde, les ouvriers de la corporation du monde nouveau auront leurs jours de repos, de recueillement et de fête. Sans compter leurs solennités particulières et leurs repas de corps, les fêtes de l'Église seront les fêtes des ouvriers. De la vie de brute que leur fait la

{\) De Laurière, Glossaire du Droit français, t. H, p. 329.

(2) La Confrérie purement religieuse du moyen âge, se distinguait de la Corporation, qui avait Un caractère civil. Cependant il est des statuts où Ton trouve le mélange de la Confrérie et de la Corporation. Drapiers de Paris, Ordonn. des rois de France, t. UI, p. 58i-&88,

démagogie ils passeront à la vie intellectuelle et morale. Ils seront alors vraiment affranchis.

Nous venons de remonter aux origines de la corporation ouvrière. Les corporations ouvrières, on le voit, ne sont pas une nouveauté. Jusqu'à la Révolution française, elles ont couvert TEurope, et, si elles ont été abolies en France, elles existent encore, sous une forme ou sous une autre, dans une grande partie deTEurope. Elles ne sont donc pas une utopie. Leur complète disparition ^n France est bien plutôt de nature à constituer la classe ouvrière dans une situation plus qu'utopique, dans une situation anormale ou contre nature.

Les corporations ouvrières existent encore en Angleterre. Le prince de Galles a été reçu, à Toccasion de son mariage, membre de Tantique corporation des poissonniers de la Cité de Londres, insigne honneur! et, après la cérémonie de son admission, il a reçu les félidlations de la corporation sur son prochain mariage, lia pris part ensuite à un splendide déjeuner servi dans la magnifique salle qui a vue sur le pont de Londres. Il existe dans la Cité de Londres un certain nombre de corporations de cette espèce qui, autrefois, formaient des guildes commerciales et imposaient des règlements à chaque branche d'industrie.

Leurs anciens privilèges, sous ce rapport, sont depuis longtemps tombés en désuétude ; mais les compagnies

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elIeF-mêmes fleurissent encore et constituent des corporations distinctes et subordonnées à la grande corporation ou municipalité de la Cité. Plusieurs d'entre elles, telle que la compagnie des orfèvres, celle des merciers celle des marchands taiileurs, celle des épiciers, ont des revenus énormes, consacrés principalement à des établissements de bienfaisance, d'éducation et d'hospitalité.

Parmi elles, la compagnie des marchands de poisson, qui n*a rien à faire aujourd'hui avec la pêche, est iine des plus riches. Tous les principaux hommes d'Étal wbigs ont été membres honoraires de cette corporation, et nombre de grandes harangues et de manifestes ont été prononcés dans ses banquets. Elle a compté des Pois dans ses rangs. Geoi^e III et le Prince-Époux comptèrent parmi ses membres; plusieurs des fils de George 111 en firent également partie. Enfin, l'héritier présomptif de la Couronne a suivi l'exemple de son père, à l'occasion de son mariage, auquel ont assisté la plupart des corporations, accompagnées de bannières à leurs armes , portant les images de leurs patrons et des écussons à leurs antiques devises.

Mais l'Allemagne surtout se distingue, en ce moment, par la création de corporations ayant le caractère éminemment chrétien du Monde Nouveau. Et, si nous ne nous hâtons, nous serons devancés par elle en fondalions de ce genre.

L'association du compagnonnage catholique, fondée

par Tabbé Kolping, ancien ouvrier, est placée sous le patronage deTÉglise « Fidèle à son but de moraliser « les ouvriers et de raviver leur vie Teligieusç,, dit « M. Hermann Kuhn, elle embrasse la vie enUèçede a louvrier, depuis l'apprentissage jusqu a son établis- « sèment, et elle laide dans sa vie matérielle et morale. <( Elle possède, dans presque toutes les villes où elle « s est établie, une maison qui sert aux ouvriers d'école « du soir, de lieu deréuniod le dimanche et les jours « de fêtes, et d'hôtel pour, les associés en voyage.

(( Les caisses d'épargne^ formées par tes cotisations « hebdomadaires des membres , fournissent le capital « des avances, des prêts aux membres qui s'établissent et « continuent à appartenir ,â l'association par leur affilia-r a tion à la Société des msHives (Meisterverein), laquelle « se recrute presque exclusivement parmi les membres « du compagnonnage catholique. Les apprentis forment « de môme une association coordonnée au compagnon- « nagie, dont les membres protègent et surveillent ces « apprentis de concert avec les maîtres. C'est donc, sous (' tous les rapports, la corporation qui renaît au dix-neu- « vième siècle, sur les principes des anciennes corpora- « tiens. Le bien qu'elle a déjà fait est immense, et s'étend « encore tous les jours, malgré les entraves législatives. (( Sous le rapport social, elle garantit l'oqvrier contre « la toute-puissance du capital, en J'habiti^ant à l'éco- « nomie et à la réunion .des forces, par* l'association. « C'est ainsi que se trouve résolue, mieux que par toute « autre institution, la grande question sociale posée et

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« agitée dans les écoles des libres penseurs et des soii cialistes (1). »

A ferlin, Hambourg, Munster, Cologne, ^tc, ce mouvement général des ouvriers vers Fassoeialion se manifeste avec plus d'intensité, et a su se préserver de rimmixtion des meneurs révolutionnaires. Une réuni(m générale de délégués des ouvriers a eu lieu à Weimar. Cette réunion a décidé la fondation d'une association générale des ouvriers {Handwerkerbund)^ pour réunir tous )es moyens de créer des corporations basées sur les conditions actuelles de la société.

Les associations économiques d'ouvriers {Erwerbgenos senschaften) , organisées par M. Schultze-Delitsch, député radical de Berlin, ont eu un véritable succès populaire. Le procédé de M. Schultze consiste à réunir un certain nombre d'ouvriers, qui prennent l'engagement de verser leurs économies dans une caisse commune; ces économies servent à faire des prêts aux affiliés, à acheter en gros les matières premières et des virreset h, les revendre ensuite aux associés. L'artisan trouve ainsi le crédit nécessaire, les matières premières à meilleur marché , et , tout en restant dans son atelier, il a les moyens d'échange du capitaliste.

Les 50 millions déthaiers d'affaires que ces associations font annuellement et qui augmentent toujours, démontrent l'immense succès qu'elles 'ont trouvé en

(1) Monde du 13 povembre 1862.

itti LR MONDE NOUVEAU

Allemagne, et presque exclusivement dans les petites villes.

La possibilité d'organiser les corporations ouvrières n'est donc pas une question. Mais l'esprit catholique surtout est favorable à leur établissement, et c'est une nouvelle preuve que le catholicisme est le véritable principe de l'association. Le protestantisme en AUeoiagne a voulu créer aussi son compagnonnage, mais il a démontré une fois de plus qu'il était condamné à une stérilité relative ; il a réuni à peine 5 à 6,000 membres quand le compagnonnage catholique en a réuni 20,000 facilement.

L'ouvrier a donc fort peu à attendre en dehors de l'Église, même au point de vue de ses intérêts matériels, puisque c'est à peine si le protestantisme peut aller jusqu'à la corporation. Que serait-ce si on lui demandait d'aller jusqu'à l'association, ou même jusqu'à la communauté religieuse ? Ici éclaterait son impuissance absolue, l'Église seule pouvant donner à l'ouvrier, avec des vertus surnaturelles, l'idée et le goût du célibat, de la vie et du travail en commun, résultant de la mortification des caractères et de la pensée des récompenses éternelles.

La question démocratique et sociale n'est donc pas une question pour le catholicisme, mais sa solution dépend du triomphe du catholicisme. Avec le catholicisme toutes les difficultés s'aplanissent et la corporation ouvrière fonctionne régulièrement au grand avantage du peuple et de la société. Sans le catholi-

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cisme les difficultés surgissent de toutes parts, et les corporations ouvrières, au lieu d'être un élément d'ordre , de conservation et de liberté , peuvent devenir un obstacle à la liberté et une source de désordres et de perturbations.

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