‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 2 sur 43 · LE MONDE CHRISTIANO-PAÎEN · texte numérisé non relu

LE MONDE CHRISTIANO-PAÎEN

Uu des moyens de sauver le monde autrement énergique que les moyens employés jusqu'ici, c'est de renverser de leur piédestal les idoles ou les types souillés que le Monde adore, pour mettre à la place les Saints ou les types purs qu'il dédaigne. Les chrétiens ont renversé les idoles du monde païen, ils n'ont pas encore renversé les idoles du monde christiano-païen.

Après le monde païen du vieil homme, nous avons eu le monde christiano-païen du nouvel homme et du vieil honmie combinés, ou la corruption du meilleur ; une horreur ! corruptio optimi pessima. Après le siècle de Périclès et le siècle d'Auguste, ou le monde païen

a LE MONDE NOUYBAU

dans sa fleur, nous avons eu les siècles céleste-olympiens de Léon X et de Louis XIV, ou le monde christiano-païen dans sa beauté et sa. pureté idéales!

Les siècles de Léon X et de Louis XIV ont réalisé le type parfait du monde christiano-païen que Dieu vomit depuis i 789, pour faire place au monde chrétien de la pureté pure et de la beauté belle.

Laissons de côté le siècle de Léon X. Le silence est une forme de jugement qui n'exclut pas le respect. Parlons du siècle de Louis XIV, du plus magnifique des siècles, selon Chateaubriand, un connaisseur consommé en beautés de ce genre.

Le siècle de Louis XIV offre tous les types, et les types achevés, du monde christiano-païen à l'apogée de sa gloire et dans l'éclat de sa pompe.

Catholiques du monde de justice et de vérité, nous n'excluons aucune des véritables grandeurs de ce siècle pas plus que du siècle de Léon X, et, si nous faisions de l'histoire, nous célébrerions toutes les gloires, et les gloires incomparables, d'un monde qui a suscité des hommes d'autant plus purs qu'il les a plus cruellement éprouvés. Nous célébrerions même les gloires de Louis XIV et de sa pléiade de grands esprits et de grands capitaines. Ce n'est pas nous qui déprécierons les grandeurs de la France. Mais, avec M. Véran, admirateur comme nous de ces grandeurs, nous pensons « que le glorieux despotisme de Richelieu et de (t Louis XIV rejeta la France en dehors de ses tradi- « tiens nationales, » et la précipita dans les abîmes de

ou LE MONDB DE JÈ8US-€BRI6T. 1 :}

« r Ancien régime, résumé dans Tordre politique de « tous les abus, de tous les vices et de toutes les er* « reurs (1). »

On doit donc s'incliner avec respect devant les hommes illustrés du grand siècle dans ce qu'ils ont fait de pur et de beau, et on doit réprouver les attaques systématiques de quelques historiens récents contre ces hommes. Mais le beau côté de ces personnages est trèsconnu de nos frères, tandis que beaucoup, grâce à une éducation déplorablement incomplète, ignorent les hontes et les ignominies d'un monde contre lequel ils devraient réagir avec une sainte colère. Cette éducation défectueuse en empêche beaucoup de voir clair dans l'histoire, et d'orienter sagement leur conduite dans l'avenir. Ils ne songent guère à réagir contre un monde honteux qui, leur ayant été présenté sous des dehors séduisants, les corrompt à leur insu, et avec lequel ils sont plutôt portés à faire des accommodements.

Un des buts de ce livre n'est pas de cacher, comme leproposait M. Gaume dans son Ver rongeur^ mais au contraire de faire connaître ce monde et de le démasquer, afin que ne se laissant pas aller aux entraînements séducteurs des souvenirs classiques, les catholiques du monde sans tache reportent plus haut leur pensée, vers le monde très-pur de Celui qui a voulu naître au sein delà Pureté même. De la lumière et la parole haute ! pas de boisseaux, pas de sourdines!

Qu'on fasse connaître les chefs-d'œuvre, afin de

(1) Voyez la Revue indépendante du «5 mars 1863.

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flétrir les faiblesses de leurs héros, et les génies qui ont eu la bassesse de raconter ces faiblesses sans les flétrir. Suppléons aux bassesses de l'histoire et de Fart.

Les catholiques du monde sans tache doivent avoir horreur des mélanges de pureté et d'impureté, horreur du siècle de Léon X et du siècle de Louis XIV tout en r^ndant hommage à leurs gloires. Ils doivent donc connaître ces siècles. Un des moyens énergiques de sauver le genre humain, c'est d'inspirer l'horreur de ces siècles à toutes les âmes vraiment chrétiennes, ayant encore conservé, au milieu du naufrage de leur mauvaise éducation, quelque chose de la pudeur de la Vierge. Le devoir des écrivains, sérieusement pénétrés du type du Christ et de la Vierge, est de convier ces âmes à une sainte croisade, au nom du Crucifîé et de la Vierge immaculée, contre les souvenirs classiques qui nous faussent l'esprit et le cœur. Car ils présentent sans cesse à nos admirations des types horriblement mêlés de vrai et de faux, d'autant plus dangereux qu'ils s'offrent à nous avec le masque du christianisme, afln de mieux nouiî tromper. Corruptio optimipessima.

Les catholiques doivent séparer le bon grain de l'ivraie. Ils doivent être comme un écho anticipé du jugement dernier manifestant au grand jour le secret mobile des hommes ; nous montrant Louis XIV, un des types les mieux doués de facultés hautes et de patriotisme ardent, ayant le sentiment profond de l'ordre, de la règle et du commandement, mais dénaturant et dégradant ce type magnifique par ses faiblesses et son

ou LE MONDK DK iftSUS-CBRlST. It»

orgueil : accablant les peuples voisins subjugués et dévastés sous Tinsolence de son patriotisme et de sa vaste ambition ; jamais plus petit que dans sa gloire et au milieu de ses victoires; jamais plus grand que dans sa défaite, et s'élevant alors au sublime, en menaçant de s'immoler, lui et son peuple, plutôt que de sacrifier la moindre parcelle de la dignité de la France ; admirable enfin dans la seconde partie de sa vie ou dans son humiliation, généreusement acceptée comme une expiation éclatante de la partie trop éclatante de son règne !

Nous voudrions dire cela. Mais notre but n'est pas de faire aimer et admirer, ce que d'autres, hélas! ont su faire aimer et admirer assez pour que nous soyons dispensé de reproduire ici leurs éloges même fondés. Nous renvoyons aux» historiographes ceux qui voudraient voir lendroit de la médaille. I^'objet de ce livre est d'en montrer le revers, pour rétablir l'équilibre entièrement rompu par des éloges menteurs comme tout ce qui est incomplet. Or le mensonge est essentiellement dangereux. Eq voici la raison :

L'enfant, une fois dans le monde, est frappé des lumières de l'histoire. Les souillures des femmes et des hommes ôfiTerts par ses maîtres à son admiration, lui apparaissent dans leur nudité bien que lui ayant été cachées. Et alors, placé entre l'autorité de l'enseignement de ses maîtres, qui lui ont appris à aimer et à admirer ces types de corruption mêlée de gloire, et la vérité vraie qui proteste contre ce faux enseignement, l'enfant devenu homme cherche à concilier avec lui-même le person-

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nage aimé et admiré, afin de concilier avec la vérité le respect de ses maîtres. Et il sort de cette conciliation un horrible replâtrage, un vrai pot-pourri, qui influe sur sa conduite et sa manière de voir jusqu'à la tombe.

N'est-ce pas l'histoire de chacun de nous? Et y en at-il beaucoup parmi nous , qui, ayant reçu cet enseignement, ne fussent honorés de ressembler à quelquesuns de ces héros mêlés, sur cette parole abominable de certains maîtres, qu'un héros ne peut être intéressant, un vrai héros, s'il n'a pas de honteuses faiblesses?

Le vrai héros est celui qui, ayant de grandes passions, trouve en soi, avec le concours de Dieu, le moyen de les surmonter bravement, en substituant à ces passions la passion des choses divines. Âlocs le drame commence avec un intérêt véritable, le vrai drame, Ja divine épopée du monde nouveau, du monde de Jésus-Christ, qui sera aux épopées d'Homère et de Virgile et à leurs héros remplis de faiblesses, ce que le nouvel homme est au vieil homme, ce que le Christ est au diable. Nous entrerons alors dans le vrai domaine de l'art, dans la vraie sphère de l'héroïsme, dans les passions vraies qui ravissent jusqu'à l'extase, quand les passions fausses démasquées devraient nous faire mourir d'ennui et de dégoût, si nous étions élevés chrétiennement.

Mais en attendant que la grande éducation chrétienne puisse se produire sur un plan et une échelle en rapport avec la hauteur et l'importance de ses types, flétrissons l'enseignement de ceux qui nous ont appris à aimer et à admirer sans restriction le grand siècle. Ce

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siècle où les payens {Phèdre, Iphigénie) étaient chrétiens, et où les chrétiens (Louis XIV et sa cour olympienne) étaient à moitié païens, un siècle de types faux, un vrai siècle de masques, un siècle de Salàmmbôs (1).

Le caractère distinctif du monde christiano-païen, est d'avoir fait de ses types un mélange de paganisme et de christianisme, mais le caractère distinctif du siècle de Louis XIY est d'avoir fait l'apothéose de ces types. Tous les mondes de corruption aboutissent à l'apothéose avant de finir dans la boue. Le monde païen aboutit à l'apothéose du divin Auguste avant de finir dans la boue des Héliogabale. Le monde christiano-païen dcr vait aboutir à l'apothéose de Louis XIV, le soleil ! avant de finir dans la boue de Louis XV. Un des amusements favoris du grand roi était de représenter des scènes olympiennes avec sa cour. Et la réalité des aventures, dans l'ombre des alcôves, accompagnait presque toujours la fiction.

Racine, Condé, mesdames de Sévigné, de La Vallière. de Montespan, de Maintenon, sont les dieux et les

(1) Nous nous servirons souvent dans ce livre d'expressions fortes pour exprimer notre indignation, contrairement à l'opinion de certains rhéteurs qui n'approuvent que les expressions adoucies. L'École romantique a raison d'approuver les expressions fortes, quand, dan« un mouvement franc et vigoureux, il s'agit d'exprimer vivement une idée ou un sentiment. Mais il n'en est pas de même dans les cas ordinaires, où les rhéteurs o^t raison d'exiger des exprès • sions adoucies. Il faut réprouver toute opinion systématique, et s'en tenir systématiquement à l'état vrai de Tâme, et des sentiments et des situations qu'elle veut exprimer. Le Vrai est le système de Dieu. LesRhéteurslroids et faux seront chassés du monde nouveau comme les vendeurs d'opium.

déesses de TOlympe chrétien dont Louis XIV est le Jupiter converti : superbes de beauté et de perfection la plupart, dans une partie de leur vie, de leurs actes et de leurs écrits, c'est-à-dire, quand ils étaient chrétiens, et c'est toujours par le christianisme qu'on finissait alors ; déplorablement faux et médiocres quand ils étaient païens : sorte de balance entre le monde chrétien qui les attirait vers les cieux, et le monde de la Renaissance païenne qui les poussait aux abîmes, où le régent et Louis XV ont décidément entraîné la France :

Racine auteur de Phèdre et d'Athalie, « qui était, « dit madame de Sévigné , pour les choses saintes (( comme pour les profanes ; »

Condé discutant des thèses de théologie le lendemain d'une victoire et offrant publiquement ses hommages à Ninon de T Enclos ;

Madame de Sévigné entretenant des relations scabreuses avec le plus grand libertin de son temps, Bussy Rabutin, et avec les personnages les plus austères en apparence de la mystique chrétienne, Nicole et Pascal ;

Madame de Maintenon , épouse de Scarron et de Louis XIV, amie de Ninon, sa compagne de lit, institutrice des bâtards du grand roi et confidente de ses amours, une sainte effacée, assez conciliante et accommodante pour elle-mttne et son royal disciple, d'une piété sévère pour les autres et souvent admirable de zèle et de dévouement pour l'Église ;

Louis XIV, le modèle accompli de tout ce monde-là,

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avec le décorum de tous les vices et de toutes les vertus, un Louis XY supportable , aussi débauché que le Jupiter de roiympe, mais en ayant la majesté avec infiniment plus de grandeur : un Gharleibagne s'il eût voulu se vaincre lui-même et réaliser l'intégrité de son type ; à peine digne de figurer à la suite des héros ^ Alexandre, César, etc.; tout aussi faible qu'eux, et qu'on doit mettre à sa place par respect pour Tautorité, avilie par lui, et qu'il faut relever, dans la vénération et l'affection des hommes, en la dégageant de ces avilissements compromettants.

A côté de ces types de corruption, dé demi- corruption ou d'effacement, les types purs, les types divins, toujours les mêmes dans tous les temps, protestent par leurs exemples ou leur éloignement delà cour : les Beauvilliers, les Fénelon et la Madeleine repentante, Louise de la Miséricorde, victime du grand roi, s'ensevelissant au fond d'un cloître, comme pour apprendre à ces payens à estimer leur monde à sa valeur.

Tous les types sont là. Là toutes les admirations peuvent se satisfaire à l'aise. Il yen a pour tous les goûts et pour toutes les vertus, hautes, basses et moyennes.

Le dix-septième siècle a donc été le prototype du monde christiano- païen dans sa beauté et sa pureté idéales,

Le dix-huitième siècle, c'est le dix-septième siècle s'enfonçant dans la boue. C est le monde christiano-

païen se dépouillant au nom de rhumanîté, au nom de l'Homme, de l'élément divin. Le dix-huitième siècle est le siècle de l'Homme (1), de Tamour de l'homme. Il a poussé l'amour de la fraternité jusqu'à la mort, effroyable caricature du Christ mourant pour ses frères. Le dix-huitième siècle a aimé l'humanité comme Voltaire, en s'attaquant aux sources de la vie, comme le Serpent Ta aimée en excitant les convoitises d'Eve, comme Circé aimait les hommes en en faisant des pourceaux après en avoir joui. Voilà comment le dix-huitième siècle a aimé l'humanité. Il l'a aimée jusqu'à la tuer.

Le dix-huitième siècle a surtout aimé les femmes !

Si le dix-septième siècle a été le monde christianopaïen dans sa fleur, le dix-huitième siècle a été le monde christiano-païen jetant le masque et affichant son impiété. C'est le monde christiano-païen dévergondé, arrivé à sa dernière période, à la période de la décomposition, avec ses corruptions, ses hontes et ses abus ; avec ses exactions, ses malversations, ses pots-devin des gens de cour ; avec les gaspillages, les dilapidations et les vols de la noblesse et des traitants, et leur orgueil et leurs exactions insupportables; avec la collation scandaleuse des bénéfices et des prélatures par les laïques; avec le désordre des finances, les banqueroutes, les famines périodiques, corollaires du désordre des mœurs et des idées; avec ses abbés titrés et leurs soixante mille livres de rente de prébendes, menant

(1) Voyez l'Apocalypse. 11 s*agit ici de l'homme séparé de Dieu.

ou LK MONDE DK IÈSCS-€HRIST. îl

joyeuse vie, et se faisant servir leur première messe par leurs maîtresses déguisées (1).

Aussi Rome a toujours manifesté son dégoût pour les abus et les excès de Tancien régime.

« L'ancien régime avec ses abus, son arbitraire, sa « tyrannie, dit la Correspondance de JRome^ ne fut ja- (i mais le régime du Saint-Siège, qui a désapprouvé « ses excès, sa dilapidation des deniers publics, sa « vente des charges, ses concessions, ses marchés, ses « emprisonnements sans procédure, ses fusillades, ses « villes brûlées et rasées (2). »

Or le dix-huitième siècle est Tancien régime ou le monde christiano-païen arrivé au dernier période de la corruption, un vrai cloaque où sont venus affluer tous les abus dans Tordre matériel, toutes les iniquités dans Tordre de la justice, et tous les vices dans Tordre des mœurs. L'État y était fait à Timage de ce désordre et de cette confusion effroyables. Viabilité publique nulle, ins* truction populaire nulle. Système des impôts au rebours, les nobles en étant affranchis et les pauvres supportant toutes les charges.

Les conditions austères de la société chrétienne avaient été dénaturées et faussées complètement. La royauté avait corrompu la noblesse qui s'était laissé corrompre, et elle avait presque insurgé le clergé contre Rome en le gagnant à ses faveurs et en en faisant un instrument de despotisme.

(i) Nous pourrions citer les nôms^ et quels nomsl (2) Vo^ez aussi le Monde du 9 janvier 1863.

Une partie du clergé, la noblesse et la Royauté qui alors étaient tout, semblaient donc s'être donné le mot pour tout corrompre. Et, comme si le mal n'avait pas été assez profond, le désordre et l'impiété des hautes classes avaient gagné les membres même du gouvernement, et le parlement et les légistes insurgés contre Rome se prêtaieut à toutes ces dépravations.

Le peuple était réduit à une condition affreuse. Indépendamment des charges, des impôts, des redevances et des corvées par centaines, que seul il supportait, car là était l'iniquité, il supportait aussi l'impôt du sang. Si les nobles en effet commandaient les armées et se faisaient tuer avec gloire^ le peuple servait sous les nobles et se faisait tuer sans profit et sans gloire^ plus dévoué que la noblesse par conséquent, quand le dévouement est la seule raison d'être de la noblesse.

Pour tout dire en un mot, le dix-huitième siècle était le règne du bpn plaisir du roi (Louis XV), et quel roi! quand ce n'était pas le bon plaisir des ministres athées et des maîtresses philosophes.

Et ces guerres injustes, ces dévastations de provinces, ces égorgements de femmes, d'enfants et de vieillards, et ces partages de peuples comme de vils troupeaux échappés à la boucherie (la Pologne), qu'était-ce que d'illustres brigandages !

Le monde christiano-païen, après dix-huit siècles à l'état de chaos mais couronnés de l'auréole de quelques

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nobles personnages et d'un grand nombre de Saints, s'est donc effondré, au souffle de la Révolution, dans les bas-fonds du siècle de Louis XV, Il est donc désormais fini et fini sans retour. Car que reviendrait-il faire? Et que pourrait-il nous apprendre de nouveau dans son genre ? 11 a épuisé sa veine. Il a donné tout ce qu'il pouvait donner, il a parcouru toutes les phases de la civilisation, du monde barbare (Je l'invasion au monde féodal, du monde féodal au monde de l'ancien régime, d'Attila à Charlemagne, de Charlemagne à Louis XIV, de Louis XIV à Louis XV.

Il commence baii)areiavec l'invasion, il se constitue à demi barbare avec Charlemagne, il atteint son apogée de gloire et de civilisation avec Léon X et Louis XIV, il se décompose et se dissout avec Louis XV.

Le monde christiano-païen a donc parcouru toutes les phases de l'existence, de l'enfance à la décrépitude, du germe à la décomposition fétide, figurée par la mort fétide de Louis XV, le type de ses hontes, si Léon X et Louis XIV sont les types de ses gloires.-

Mais à côté de ce monde qui naît, se développe et meurt dans la dépravation, nous voyons un monde qui germe, s'élève, grandit sans cesse et ne périra pas; un monde de pureté et de beauté sans tache, le monde des Saints, le monde de sainte Agnès, de saint Martin, de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Léon, de saint Grégoire le Grand, de Charlemagne, de saint Anselme, de saint Bernard, de saint Grégoire VII, de Jeanne d'Arc, de saint Louis, de sainte Thérèse, de saint Vin-

cent de Paul. Un monde où se résument toutes les gloires vraiment/w/r^5 du monde qui s'effondre, les perles dans le fumier de Thistoire, la vraie grandeur à côté de la fausse grandeur, les vrais grands hommes et les vraies grandes femmes à côté des faux grands hommes et des fausses grandes femmes, sainte Catherine de Sienne, saint François d'Assise à côté des Borgia et des Henri VIII. .

Quels types à côté de quels types! Et quelle gloire pour la religion qui a pu survivre à ces types de honte et d'infamie et produire ces types d'idéale beauté ! Or ces types d'idéale beauté sont là qui se perpétuent sans cesse, toujours identiques à eux-mêmes, en vertu d'un principe de vie toujours identique à lui-même, toujours vivace, et toujours jeune ; aussi jeune aujourd'hui et aussi vivace qu'aux premiers jours du christianisme, quand tout le reste s'affaisse.

Ce principe divin, après avoir survécu au déluge barbare, au monde féodal, au monde corrupteur de la renaissance, au monde corrompu du dernier siècle, travaille en ce moment à survivre à la Révolution, au monde de la Révolution, et à produire un type social contre-partie du monde christiano-païen.

Or la chose n'est pas une utopie, elle est déjà à moitié faite. Le monde christiano-païen en effet est déjà mort et le monde delà Révolution va à la mort avec une rapidité encore plus effrayante, pour faire place sans doute au monde de Jésus-Christ, à moins de faire place au néant.

« lly a longtemps, disait M. Keller à la séance du

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« corps législatif du ^^ février 1863, il y a longtemps « que lancien régime et la Révolution ont cherché leur « force en dehors de la justice qui seule est de droit « divin, mais leurs tentatives ont abouti àla même im- « puissance. Partout l'ancien régime se meurt, et si « elle n'est pas morte la Révolution a vieilli. »

M. Keller n'est pas assez hardi dans l'expression de sa pensée. L'ancien régime est mort, bien mort, mort pour toujours, et la Révolution va à la mort avec la rapidité de la locomotive lancée à toute vapeur en face d'un abîme, entraînant prêtres et bourgeois à sa suite.

Ce livre est un cri de détresse, et, afin de se faire entendre, ce cri montre aux hommes le ciel sur la terre en perspective, mais le ciel gagné à la sueur du front.

Ce cri sera-t-il entendu ?

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