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LA RÉVOLUTION

11 est donc vrai, en dehors du christianisme et de ses merveilleuses productions en tout genre, Tancien monde était un afireux mélange de bien et de mal, où la conscience humaine ne pouvait que s'égarer. Rien n'y était sincère, ni le paganisme de ceux qui, abusant de leur position, de leurs privilèges et de leur autorité, couvraient leur vie honteuse du simulacre de la religion, et se faisaient pardonner leurs crimes en dotant des églises ou des monastères ; ni le christianisme de ceux qui, prenant leur large part du banquet des privilèges, s'étudiaient à concilier leur piété avec le faste del'opulenceetdes grandeurs. Replâtrage déplorable et du plus mauvais aloi, contre lequel TÉglise romaine n'a jamais cessé de protester par la bouche de ses plus saints pontifes.

C'était un odieux mensonge, une criminelle hypocrisie. Le christianisme ne réprouve ni la grandeur et la richesse, ni les plaisirs légitimes et honnêtes, mais il réprouve sévèrement la grandeur, les richesses et les

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plaisirs à son profit exclusif, c'est-à-dire, le sensualisme et Tégoïsme, et s'ils se couvrent du manteau de la religion, Dieu les maudit.

Dieu a donc permis la Révolution pour balayer un monde d'iniquités et venger son Église de la corruption du meilleur. La tête de la société avait fait quelque chose de pire que de passer à l'ennemi, elle s'était souillée elle-même; et les vertus éclatantes de quelques personnes de haut rang, ne servaient qu'à faire ressortir avec plus de force, par le contraste, l'abîme de dégradation où la royauté et la noblesse étaient tombées.

Il est temps de venger Dieu des calomnies de l'his-* toîre ! C'est calomnier Dieu que de lui attribuer un rôle niaisement atroce. Or, quoi de plus niaisement atroce que d'avoir permis, dans notre Révolution, le triomphe sanglant de méchants qui n'auraient été que méchants, égorgeant froidement, aux acclamations d'un peuple élevé dans le christianisme, tous les représentants d'un passé qui n'aurait été que bon, saint, irréprochable à tous égards ! Quel Dieu que ce monstre que vous offrez à nos adorations I

Et, comme on est mille fois plus dans la vérité et le respect, en disant : La Révolution est le déchaînement de l'enfer contre l'enfer, c'est l'enfer du sang qui dévore l'enfer de la pourriture, et qui lave cette pourriture avec le sang des Saints, pour préparer et rendre possible l'avènement du monde de Jésus-Christ.

Et voilà pourquoi, exceptionnellement, car Dieu est bon même dans ses rigueurs, il y a eu à toutes les pé-

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riodes de Thistoire des victimes innocentes, et parmi ces victimes, les victimes innocentes qui ont expiré sous les coups de la Révolution : les nobles enfants du sanctuaire et Louis XVI, Elisabeth, Louis XVII. Et cette pauvre Marie-Antoinette pouvant à peine cacher ses hontes au moment de marcher à Féchafaud (1), encore sous le coup des infâmes calomnies dont on souillait la mère, comme si Dieu eût voulu lui faire boire jusqu'à là lie le calice de Joutes les turpitudes de Tancienne monarchie! Châtiment épouvantable de crimes dont ces victimes étaient innocenles, afin qu a côté ou à la suite des coupables il se trouvât des hosties pour implorer leur pardon.

Saint Louis, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI ! Quels noms et quelle destinée, et que de leçons dans ces noms et dans cette destinée! Saint Louis, le saint, mourant dans une croisade contre le faux prophète. Louis XVI, le roi de bonté, le roi du monde nouveau, du monde de Jésus-Christ, tué par la Révolution. Louis XIV et Louis XV, figures typiques du monde christiano-payen dans sa pompe et dans sa pourriture, mourant dans leur lit, pleins de jours mais dans la boue. Un sang jeune, noblement versé, mais qui féconde, un sang vieux qui se décompose. Deux corps de saints, deux corps putrides, exhalant Tinfection et faisant fuir les hommes, excepté les Saintes, les filles du roi ! Toutes les harmonies du monde christiano-païen semblent

(1) Voyez Marie-Antoinette à la Conciergerie, par M. Campardon.

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s'être concentrées dans ces quatre figures glorieuses et lamentables : la sainteté (Saint Louis), le repentir (Louis XIV) , le châtiment épouvantable (Louis X\) , Texpiation (Louis XVI). La sainteté à l'origine, le crime au milieu, l'expiation à la fin ! Mais toujours le caractère terrible et sombre du monde christiano-palen où le faux prophète et la bête dominent (ch. xiii et xix de l'Apocalypse) , et où les Saints sont réduits à l'impuissance et à la mort. Les croisades avec leur sainteté et leurs souillures, vouées à une sorte de stérilité et de confusion du nom chrétien, en attendant les grandes croisades triomphantes du monde nouveau, que nous entrevoyons dans les lointains d'un avenir prochain. Toujours l'âge de sang, l'âge de fer, l'âge du sceptre et du glaive à deux tranchants de l'Agneau apocalyptique.

Ceci est la loi de l'histoire écrite aux clartés de l'Apocalypse, et la raison divine du mystère épouvantable de ce glaive à deux tranchants et de ce sceptre de fer que r Agneau^ le Fidèle et le Véritable^ promène sur la tête des rois et des tribuns^ des riches et des esclaves ^ au chapitre XIX des Visions apocalyptiques.

Comprend-on maintenant la Révolution ? La Révolution est le branle-bas général sonné par le Fidèle et le Véritable, monté sur son cheval blanc ^ armé de son terrible glaive, et venant lui-même cette fois et cette seule fois, chose énorme ! mettre à la raison rois et tribuns.

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riches et pauvres ^ hommes libres et esclaves l {Ibid.) La Révolution, c'est le second mal qui passe, le mal du sang (Apoc, ch. ix). Le premier mal, c'est le mal de Teau (le déluge). Dieu a lavé les premiers crimes des hommes avec Feau lustrale du déluge (le baptême). Dieu a lavé et il lave encore les seconds crimes des hommes, les crimes du monde payen et du monde christiano-payen, avec le sang des coupables. Quiconque se servira du glaive^ périra par le glaive. Mais il lave aussi ces crimes avec le sang de l'innocent, avec le sang du Christ, des martyrs, de Saint Louis, de Louis XVI. Dans le monde nouveau. Dieu lavera les péchés des hommes avec l'Esprit, avec l'amour, car il y a trois choses qui rendent témoignage à Dieu dans le ciel , le Père^ le Verbe ^ et F Esprit, et trois choses qui rendent témoignage à Dieu sur la terre, f esprit, feau et le sang, et ces trois ne font qu! un (saint Jean, épître 1'®, ch. v).

La Révolution est le témoignage du sang. Elle clôt le monde de Satan. Elle lave le monde avec le sang. Elle frappe à droite, à gauche, rois et tribuns (Louis XVI, Robespierre), riches et pauvres (aristocrates et socialistes), esclaves et hommes libres (nègres et Yankees).

Le glaive de la mort se promène sur tous, et, comme si ce n'était pas assez d'un tranchant, il en a deux, tous devant être atteints; pas un coupable, grand ou petit, ne devant échapper au châtiment, et pas une goutte de sang innocent ne devant manquer au calice de l'immortelle expiation.

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Telle est la loi de rhistoire, la loi de la révolution aux clartés de TApocalypse, le seul livre lumineux qui reste encore aux hommes, au milieu des effroyables ténèbres que les historiens de ces cinquante dernières années ont accumulées sur l'histoire, sur la révolution (1).

L'humanité a pris son bain d eau en Tan 1656 du monde, depuis elle est dans son bain de sang plongée jusqu'au cou.

Assez comme cela, la révolution est finie, le monde nouveau commence, le monde retourné, le monde du triomphe des Saints et de la mystification des impies. La révolution a terminé son œuvre de démolition.

Qu'il descende donc de son cheval blanc (Apoc. ch. XIX) le roi de la Création, qu'il dépose son épée à deux tranchants, qu'il cesse de fouler le pressoir de la fureur de Dieu. Assez de sang comme cela; tous les oiseaux du ciel en sont rassasiés {Ibid.) ; ce sang nous fait horreur, et si ces effroyables égorgements qui ont fait jusqu'ici de la terre comme une immense boucherie ne venaient enfin à cesser, vraiment les Saints finiraient par ne plus rien comprendre, et par être scan-

(i) Les historiens du dix-neuvième siècle, en supprimant soUement le surnaturel, ont supprimé le soleil de l'histoire ; mais ils ont accumulé des montagnes de faits. Ces faits, sans être la science^ serviront de matériaux inapprécial)les aux historiens du monde nouveau. Que les historiens du monde qui s'effondre continuent donc à fouiller et à étaler les souillures de ce monde. Gela nous servira pour le foudroyer et les foudroyer, en faisant éclater la pureté des Saints, inaccessibles à ces souillures, et la pureté du monde nouveau.

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dalisés de tant d'expiations jointes à des résultats si peu appréciables humainement.

Après rhécatombe la fêté. Oui, la fête du souper du Seigneur ! Exurge, Domine^ exurge.

Utopie! utopie! oui utopie, mais utopie du Seigneur dans le Lévitique (ch. xx^^i), dans Isaïe (ch. xxxv et xi), dans l'Apocalypse (ch. xx), etc. , etc.

Mais le gendarme et le soldat! Qu'on se rassure. L'utopie signifie simplement : Après la tempête le calme; après les guerres apocalyptiques et la crise sanglante du remaniement prochain de l'Europe et du monde, les périodes de repos; après les guerres de conquête ou de brigandage du passé les guerres de la civilisation, de l'avenir; après les guerres de dévastation et d'égorgement de femmes et d'enfants, des guerres moins inhumaines : la guerre de Chine et de Cochinchine, la guerre des croisades triomphales du monde nouveau. Du sang, il en faut et beaucoup, mais cette fois versé par nos mains, par les mains des Saints, le sang immonde arrosant la terre des idolâtres, des fétiches, le sang des Turcs de Syrie violant les femmes et égorgeant les enfants.

Mais après six mille ans de carnage, l'ère de paix du chapitre xx de l'Apocalypse, et ensuite le soldat et le gendarme à force. On en aura ! hélas ! pas assez contre les égorgeurs Gog et Magog du verset 7, même chapitre.

L'utopie est donc ailleurs que dans ce livre. Ce que nous espérons a déjà prévalu en principe et tend à pas-

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ser dans les faits. L'utopie est dans ceux qui rêvent le retour du monde christiano-païen, le retour du passé, ou la consolidation, chose impossible, du monde de la révolution, du monde de la préparation qui passe et s'enfonce tous les jours dans le néant du passé.

L'oetuvre de la Révolution n'est pas seulement une œuvre de démolition et de déblaiement. Elle est aussi et surtout une œuvre de transformation sociale. C'est la trompette de Tarchange du second mal (Apoc. , ch. ix) appelant Fhomme à une nouvelle destinée. Satan l'a compris avec son instinct d'archange. Il a donc soufflé dans le cœur de ses enfants, les révolutionnaires, des désirs insatiables, des pensées audacieuses de renouvellement, et, comme il est l'esprit de mensonge et de tromperie, il les a leurrés et il les leurre d'espérances impossibles à satisfaire, le Christ seul, et non l'homme et encore moins Satan, ayant la puissance de régénérer le monde.

Mais qu'on ne s'y trompe pas. Les révolutionnaires ont' entrevu aux éclairs de l'enfer, le but sublime oîi le Christ conduit l'humanité des avant-derniers temps. Ils ont entrevu les gloires et les pompes du souper de l'Agneau (Apoc. , ch. xix) , les joies et le triomphe réservés aux Saints du Seigneur. Les révolutionnaires ont eu des lueurs^ s'ils n'ont pas eu des lumières. Mais les révolutionnaires ne sauraient prendre les catholiques au

dépourvu. Les catholiques ont plus que des lueurs, ils ont des lumières, et ils commencent à comprendre l'abominable contrefaçon que le diable a faite de leurs saintes espérances. Ils lui préparent donc la plus humiliante mystification de Fhistoire. Ils sont en mesure pour cela, c'est notre ferme conviction. Les catholiques doivent sentir instinctivement que leur tour de régner est venu. Au surplus, ils auraient beau faire, ils ne sauraient échapper à la bienheurjBuse nécessité de vaincre ou de périr, à moins de pourrir encore pendant quelques centaines d'années par de sages accommodements avec le monde de la révolution. Il ne demande pas mieux qu'on le fasse durer.

La révolution de 1789 est donc destinée à produire, mais dans un ordre tout à fait au rebours des espérances de l'impie, des conséquences sociales et religieuses autrement considérables que ne l'ont pensé même les révolutionnaires les plus avancés de la Convention et les socialistes les plus exagérés, que la révolution de 1848 a fait comme sortir de terre devant une société ébahie de stupeur.

Le parti démocratique et social, seul populaire en Europe, — l'attitude superbe de Garibaldi et l'arrogance de Mazzini en font foi, — a placé les hommes religieux, et le clergé à leur tête, dans l'obligation rigoureuse de finir misérablement ou de faire produire au christianisme toutes les conséquences politiques et sociales que la miséricorde de Dieu a cachées dans ses profondeurs, pour en faire sortir le salut

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du moDde dans cette heure critique de Thistoire.

Satan s'est posé en libérateur des peuples, et il a porté à l'Église un défi. 11 accuse l'Église dlmpuissance et d'incapacité, et il produit sur la scène du monde des hommes ayant une auréole populaire, et qui se posent hardiment comme les sauveurs de la multitude.

Jamais pareil défi n'avait été porté à l'Église, et sous cette forme apocalyptique. Il faut donc ou que l'Église avoue son impuissance et son incapacité, ou qu'elle ferme là bouche aux audacieux qui viennent la supplanter, autrement qu'à coups de canon, comme le font les rois.

Mais ne nous pressons pas. Nous verrons dans les chapitres suivants la réponse de l'Église à cet audacieux défi. Nous nous bornons à prévenir d'avance que la réponse sera écrasante. L'Église porte implicitement en elle toutes les solutions et la solution de la question démocratique et sociale comme les autres.

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