‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 21 sur 43 · L'ÉTAT DANS LE MONDE NOUVEAU · texte numérisé non relu

L'ÉTAT DANS LE MONDE NOUVEAU

La régénération de l'individu par le travail, le sacrifice et Tamour, c'est la régénération de la Corporation, de 4a Commune, du Parlement, du Pouvoir, de la société tout entière. L'individu régénéré, tout est régénéré.

Jésus-Christ, en venant régénérer l'individu, a donc fait la plus considérable et la plus radicale de toutes les révolutions. Il y a en germe dans le christianisme de quoi dépasser les théories des utopistes les plus hardis.

AvQC le christianisme largement compris et appliqué tout est possible, même le paradis sur la terre, le paradis du travail et du sacrifice devenus attrayants par l'amour. Tout est doux et léger à celui qui aime. L'amour, c'est le ciel de celui qui travaille. et qui souffre.

Jésus-Christ, venant régénérer l'humanité, ne s'est occupé que d'une chose, la régénération de l'individu. Il a appris à l'individu à opérer sur lui-même par la prière, le retranchement, l'esprit de sacrifice. Mais,

connaissant la faiblesse de l'individu, il lui a donné des moyens surnaturels et un sacerdoce pour rendre cette réforme de lui-même facile. Quelle bonté 1

Le sacerdoce est donc Tinstrument de régénération de Tindividu et de la société, un véritable instrument de rénovation générale , l'élément essentiel de Télat chrétien, sa cheville ouvrière ! .

L'élimination du prêtre, c'est le retour à la barbarie, au paganisme.

L'État chrétien se compose donc nécessairement de deux hiérarchies, la hiérarchie civile et la hiérarchie sacerdotale.

Ces deux hiérarchies s'appellent et se complètent. Voyons leur jeu et leurs harmonies.

La hiérarchie civile se compose de corporations, d'associations, de communes, de magistrature, de parlement, d'un chef de l'État; la hiérarchie sacerdotale se compose parallèlement d'ordres religieux, d'évêques, de conciles, d'un chef ou pasteur suprême, filais la hiérarchie sacerdotale appartient à un ordre supérieur, à l'ordre divin. Elle représente Dieu, et la hiérarchie civile l'homme.

C'est donc à la hiérarchie sacerdotale à pénétrer au cœur de la hiérarchie civile, et non à la hiérarchie civile à pénétrer au cœur de la hiérarchie sacerdotale. Aussi nous allons retrouver l'action cachée du prêtre au fond de toutes les corporations, de toutes les autonomies civiles, car leur vie vient de Dieu par le canal du Sacerdoce.

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Suivons le phénomène à travers Thomme et les diverses corporations.

L'homme est libre dans l'état chrétien, mais c'est la religion qui, en affranchissant l'homme et en le retirant de la servitude des passions, lui ouvre le champ sans limites de la liberté indéfinie au sein de Dieu.

Dans la corporation ouvrière l'ouvrier, libre de cette liberté illimitée que la religion seule procure, s'associe au patron, discute avec lui ses intérêts, parlemente avec lui, s'élève par ce contact et cette discussion au niveau du patron par l'intelligence, par le cœur, par la pratique de la libre parole. Au sein de cet embryon d'État, se forment des orateurs, des penseurs, des artistes en leur genre qui n'ont rien de commun avec les orateurs, les penseurs, les artistes que les autres associations produisent à l'envi. C'est la mâle éloquence de la vie au jour le jour, l'éloquence de la faim qui crie, de la misère qui pleure, c'est l'art du désespoir qui se résout en espérance, c'est la philosophie pratique, la philosophie de Jacques Bonhomme qui vaut bien l'autre. Mais au fond le christianisme inspire tout cela; et les maximes évangéliques, sous leur forme nette, loyale, sincère, sans distinctions et sans ambages, seules, tranchent toutes les questions.

C'est le sermon de la montagne, se reproduisant sans cesse sous mille formes, comme il se reproduisait sans cesse dans la plupart des prédications de Jésus dont il

était le thème favori, s'il faut en croire Catherine Emmerich : Heureux les pauvres d'esprit ! heureux ceux qui souffrent! etc.

L'ouvrier associé à son patron et discutant avec lui les intérêts communs de la corporation, c'est l'ouvrier au Pouvoir, c'est Touvrier dans son parlement véritable, dans sa politique à lui, mais en dehors de la politique qui divise, détruit, brûle et égorge. C'est l'ouvrier apprenant, dans ce maniement du pouvoir ou du gouvernement limité à ce qui le concerne, l'art même dii gouvernement; orateur, diplomate tour à tour, et par cette pratique des affaires s'élevant ainsi sans cesse dans Tordre moral et intellectuel.

Mais il perd tout le fruit de celte libre pratique et il retombe dans l'abrutissement, s'il ne tient ses assises le dimanche, afin que le dimanche soit chômé, s'il ne vit ce jour-là de la vie du Christ ou de la vie morale : de sa vie à lui, se perfectionnant sans cesse et sans effort, par le seul contact de ses frères, assemblés religieusement à l'église et dans la salle de la Corporation, le dimanche. Toujours la religion au fond, c'est-à-dire le Sacerdoce.

Les mêmes phénomènes d'activité pratique se reproduisent, mais toujours mêlés à la religion, dans toutes les autres associations et corporations de l'État, avec un déploiement de vie variée à l'infini. Car le franc jeu de la magistrature, par exemple, ne saurait produire les mêmes formes de vie que le franc jeu de la corporation ouvrière ; les mœurs, les habitudes et les

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intérêts étant différents. On doit en dire de même de la corporation des hommes de lettres, des artistes, des savants. Mais cette variété d'éloquence, de poésie, de philosophie, de politique, de diplomatie, s'évanouit dans le vide, si la religion ne Finspire. Les Communes, dans l'État chrétien, ont une autre langue que les deux chambres du Parlement. Mais que deviennent les garanties d'ordre et de conservation, si la religion ne préside encore ici à toutes les délibérations? Nous retrouvons donc toujours, au fond de tout, l'action cachée du Sacerdoce, ou la main invisible de Dieu.

Et cette pénétration incessante de Dieu, c'est la pénétration même de la liberté. C'est le Prêtre qui se glisse partout, dans la conscience de l'individu, dans la famille, l'atelier, la boutique, la commune, le parlement, la cour des chefs de république ou d'empire, pour soustraire l'humanité à la servitude des passions et la lancer à toute vapeur dans les sphères sans limites de la liberté pleine, de la liberté de Dieu. Son action est donc ici purement spirituelle et s'exerce dans le for intérieur, librement acceptée si l'homme veut rester libre, librement repoussée s'il veut rester esclave.

Si l'homme échappe au Prêtre, il tombe dans la servitude, et il en est de même de l'État et de toutes les autonomies qui composent la hiérarchie civile.

Mais si le prêtre dépasse les limites de son domaine spirituel et fait irruption dans le temporel, il tombe à son tour dans la servitude. Une réaction se produit contre lui, T Homme se redresse en face de lui avec co-

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1ère, et TÉtat forge à son adresse des lois liberticides. Le Prêtre devient le paria de la société poyr avoir voulu la dominer sans mission et sans titre.

Dieu veut descendre au cœur de Thomme et de toutes les autonomies sociales, au cœur du peuple et des magistrats. Mais c'est une union purement spirituelle qu'il veut contracter avec rhumanîté. Il vient nous affranchir et non nous opprimer. L'amour est son arme de guerre.

Le Sacerdoce doit s'armer de cette arme, s'il veut percer l'humanité au cœur.

C'est r Amour, sous les traits d'un beau Séraphin, au visage enflammé, qui perça le cœur de sainte Thérèse avec un dard d'or dont la pointe était en feu (1).

L'Amour est une flamme qui pénètre partout dans le plus intime de Tâme. Dieu veut, avec cette flamme, faire le monde nouveau en l'embrasant.

Représentons-nous maintenant l'État, dans le monde chrétien , universellement embrasé de cette flamme et transpercé au coeur d'outre en outre par le dard en feu du Séraphin.

Les deux hiérarchies, la Hiérarchie civile et la Hiérarchie sacerdotale, pénétrées d'amour, s'embrassent et s'unissent au lieu de se déchirer et de se faire la guerre.

(i) Œuvres de sainle Thérèse; Paris, i8o2, 1. 1, p. 396. Trad, du P. Bouîx.

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Le peuple est laborieux, économe, de bonne vie et mœurs; Dieu bénit ses travaux et sa bonne conduite; il lui donne de ces lumières naturelles ou plutôt surnaturelles de TAmour , de ces lumières de flamme, qui montent sans eflfort du cœur à la tête et la remplissent d'idées saines et droites.

Les passions humaines perdent de leur empire, les dissentiments civils, au lieu d'aboutir à la guerre civile, se résolvent par des transactions. Une rivalité généreuse de sacrifices s'établit entre les termes opposés de chaque antinomie, entre la noblesse et le peuple, louvrier et le patron, le riche et le pauvre, les gouvernants et les gouvernés, et il résulte, de cette émulation à vouloir s'immoler les uns aux autres, que le sacrifice devient léger et pour ainsi dire insignifiant et pour les uns et pour les autres.

Le peuple se suffit à lui-même, l'amour de Dieu met en honneur le célibat. La population s'accroît régulièrement, mais elle est contenue, dans des bornes raisonnables, par le développement des corporations religieuses d'artisans et de paysans, se vouant à la virginité dans des communautés, hors du monde, ou même au sein de faniilles patriarcales, dans le monde.

La liberté préside à toutes les relations civiles, commerciales, industrielles, politiques, internationales et religieuses, et une liberté illimitée, puisqu'elle s'exerce dans l'ordre, la liberté de Dieu même.

L'Empire et le Sacerdoce, au lieu de se jalouser, de chercher à se dominer, concourent à Tœuvre corn-

mune, le Sacerdoce dans le for intérieur, TEmpire dans Je for extérieur. L'ordre moral et Tordre matériel se donnent la main. Dieu donne à Thomme le baiser de paix que les hommes se sont donné.

L'État devient une famille, la sainte famille : la famille de Joseph, Jésus, Marie; du Père, du Fils, du Saint-Esprit.

Les Croisades du monde chrétien contre le monde infidèle s'organisent, pacifiques ou sanglantes, suivant les cas. Le drame des guerres justes et bienfaisantes se joint au drame du travail et de la misère poursuivie dans ses derniers retranchements, au prix des plus rudes labeurs. La divine Épopée de la grande lutte finie se continue sous une autre forme mais toujours triomphale.

Les hommes se passionnent pour bien faire comme autrefois pour mal agir; les passions s'exaltent par l'émulation. L'homme plus rapproché de Dieu reçoit de lui des communications intimes; les Esprits bienheureux se mettent plus directement en relation avec l'humanité. A la divine Épopée de la terre répond la divine Épopée du ciel, ou plutôt ces deux Épopées n'en font qu'une. L'histoire du ciel nous ouvre les secrets de la terre, TArt s'exalte et produit des chefs-d'œuvre devant lesquels les Cafres et les Esquimaux du monde nouveau, transportés d'enthousiasme, s'écrieront, en parlant de nos grands hommes anciens ou modernes : Les Barbares !.

Il est dans Tordre que la Famille humaine réalise

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tout OU partie de ces merveilles, puisque des hommes les conçoivent et montrent clairement les moyens pratiques de lés réaliser avec un peu de zèle, la moitié du zèle à peu près dépensé par Voltaire à pervertir les hommes, au dix-huitième siècle, et par les Francs- Maçons à leurrer les multitudes, en plein dix-neuvième.

Ayons un peu d*amour, la science nous sera donnée par surcroît, avec le style de feu et la parole de flamme du Saint-Esprit, et les multitudes ravies suivront le mouvement avec entrain.

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