‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 23 sur 43 · ROLE DU CLEAOÉ DAN$ LE MONDE NOUVEAU · texte numérisé non relu

ROLE DU CLEAOÉ DAN$ LE MONDE NOUVEAU

Tout dans le monde est antinomies ou contradictions. On appelle contradictions, deux termes qui se repoussent. On appelle antinomies deux termes qui s'opposent Tun à l'autre, l'esprit et la matière, par exemple, et qui, loin d'être contradictoires, peuvent s'unir dans l'amour. Les termes de l'antinomie, suivant Hegel, feraient plus que s'unir, ils seraient nécessaires l'un à l'autre. C'est une erreur monstrueuse. C'est le panthéisme. Hegel a confondu Tidée avec la réalité; l'idéal avec le réel.

Deux idées peuvent s'appeler réciproquement dans l'ordre logique, et leur réalisation rester indéfiniment en suspens dans l'ordre pratique. L'idée de l'infini appelle celle du fini, sans que la réalisation du fini s'ensuive nécessairement. Autre chose le monde idéal, autre chose le monde réel. Les confondre, c'est tomber dans l'idéalisme panthéiste d'Hegel.

La première et la plus haute de toutes les antinomies, c'est celle de l'infini et du fini, de Dieu et des

créatures. Les créatures sont éternelles dans la pensée de Dieu qui les a idéalement conçues de toute éternité, mais elles ont été produites dans le temps, l'homme, par exemple, qui n'aurait pu vivre sur une planète en ignition, ou en plein cataclysme géologique, en supposant que la planète n'ait pas commencé par une fusion plutonique.

Il y a donc, entre Dieu créateur et l'homme créé, un intermédiaire ou un médium qui a servi à produire celui-ci. Ce médium, c'est l'idée de l'homme, ou le plan typique suivant lequel Dieu l'a conçu de toute éternité dans son Verbe. L'idéal de chaque être est donc ce qui l'unit à Dieu, ou, en d'autres termes, ce qui résout dans l'unité l'antinomie de l'Idéal et du Réel. Nous allons voir que ce qui unit encore l'homme à Dieu, c'est l'amour, c'est le Saint-Esprit, autre moyen de solution des antinomies.

En Dieu sont contenues toutes les idées qui y sont vivantes de la vie même de Dieu, puisqu'au fond elles ne sont pas autre chose que le Yerbe concevant les possibles.

Toutes les idées sont contenues implicitement dans l'Idée par excellence ou le Verbe, de même que l'idée des trois angles dans le triangle. Car tout se ressemble dans l'univers, tout est représentatif de tout, tout est miniature de Dieu. Dieu, comme un divin instrument de photographie posé en face du Cosmos, voit reproduits dans son Verbe tous les détails même invisibles du Cosmos ; de même que sur la plaque photographi-

que, se trouvent reproduits les plus infimes détails de l'objet photographié, qui, invisibles àTœil nu, apparaissent soiis la lentille du microscope.

L*Idée de Dieu ou le Verbe renferme toutes les idées, parce que le Verbe est Tidée type, Tidée archétype de tous les possibles, et par conséquent des idées réalisées, comme de celles qui jamais ne se réaliseront mais pourraient se réaliser.

L'antinomie de l'idéal et du réel, de Dieu et du monde, est donc facile à résoudre, et, si nous pouvions ici consacrer quelques pages à ce sublime problème, il nous serait aisé d'en donner la solution de manière à ne laisser aucun doute.

Mais si le Verbe ou Vidée résout les antinomies , l'Être ou la substance (sub-stare) est ce qui leur sert de support. Tout ce qui est, est substance^ ear rien ne pourrait être sans être quelque chose. Il y a donc, entre nous et Dieu, cet autre rapport que nous sommes l'un et Tautre quelque chose* Mais qui pourra unir ces substances? C'est l'idée, avons-nous dit, rious ajoutons, et c'est aussi l'amour. L'Amour est avec Vidée ce qui unit les Substances rV amour unit ce qui s'oppose sans être contradictoire.

Prenez toutes les antinomies possibles. Le Cosmos est matière et esprit. Voilà encore une antinomie. Qui unira les deux termes? L'Idée, ou l'idéal qui les associe hiérarchiquement en couples, en groupes, en genres et en espèces, et TAmour qui les unit par les forces intimes qui, constituant sa nature propre, régissent

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et meuvent les êtres suivant les lois du Verbe.

L'homme est corps et âme, autre antinomie. L*Idée qui a conçu cet être complexe a fixé les rapports des deux termes opposés, et FAmour, le principe vital, le principe d'attraction qui unit toutes choses, unit Tâme au corps et les fait vivre ensemble, force intime, énergie intime qui est le mystère de Texistence.

Ainsi, le Père des êtres, principe de toutes les substances, le Verbe, où résident tous les idéaux ou types des choiSes, et V Esprit divin, foyer d'amour et résultante de toutes les énergies divines; voilà, au fond, ce qui produit, unit et fait vivre toutes les antinomies. Tout, dans le cosmos stellaire ou planétaire, est aussi antinomie. Le mouvement de projection qui emporte les planètes dans l'espace les emporterait eu droite ligne, si le Verbe n'avait tracé des orbites à ces corps et si l'Esprit divin n'avait placé, dans l'astre central et les planètes qui lui servent de cortège, cette force cachée d'attraction ou d'amour qui les attire les uns vers les autres, en raison inverse du carré des distances^ loi du Verbe régulatrice de l'attraction ou de la Force.

Semblable antinomie dans le mariage. Toujours le Verbe de Dieu unissant et reproduisant indéfiniment ses types par l'amour, l'Esprit de Dieu. La science et la foi, le naturel et le surnaturel, encore des antinomies, qui n'ont certes rien d'irréductible avec le Père le Verbe et l'Amour.

Que si nous revenons à Tordre politique et social, nous trouvons encore là toute une série d'antinomies :

le temporel et le spirituel, Tautorité et la liberté, les riches et les pauvres, les grands et les petits, le capital et le travail. Autant d'antinomies très-facilement réductibles à l'unité, à l'harmonie par l'Idée et TAmoar.

11 n'est pas jusqu'à la Corporation ouvrière telle que nous la,, concevons qui ne soit une antinomie : maître et ouvriers.

Pour ne parler que de cette dernière antinomie qui rentre dans notre sujet, ce qui la constitue c*est Vidée de réunir ensemble maîtres et ouvriers pour s'entendre sur leurs salaires, régler à l'amiable leurs différends, établir entre eux des caisses d'épargne, de prévoyance et de secours mutuels. Voilà Vidée de la Corporation envisagée du côté matériel. Du côté religieux. Vidée de la Corporation est de s'unir pour prier, assister en corps aux fêtes publiques et religieuses, rompre ensemble le pain dans des banquets fraternels. Ici, c'est V amour qui domine et donne à Vidée la puissance d'être, qui, en d'autres termes, réalise l'idéal.

Oui, c'est l'Amotir qui réalise l'Idéal. C'est l'Esprit divin ou l'Amour qui a produit, dans le sein de la Vierge, le Christ, le grand Idéal de Dieu ou le Prototype delà création. C'est l'Amour, c'est le Saint-Esprit qui, s'emparant de l'Idéal chrétien importé dans le monde par le Christ, l'a fécondé le jour de la Pentecôte, fécondation complète et néanmoins inépuisable, riche de toutes leséclosions du Monde Nouveau.

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Maintenant voulez-vous savoir ee qu'est le Prêtre ? Le Prêtre, c'est le trait d'union de toutes les antinomies sociales. 11 intervient partout par l'Idée, par l'Amour pour unir les termes opposés de toutes ces antinomies. Il prend tout ce qui s'oppose, Dieu et l'homme, par exemple, il délie l'homme de ses faites, et, avec le pain eucharistique, il le rattache à Dieu. Il unit les époux dans l'antinomie du mariage. Par l'éducation, il relie les enfants à leurs parents, à la patrie et à l'Église, et, quand ou lui arrache ces enfants, il pousse ce cri terrible qui a fait crouler Louis-Philippe de son trône.

Il rend possible, en réformant les hommes, en introduisant parmi eux les sentiments évangéliques, la coexistence de l'Autorité et de la Liberté, encore une antinomie. Il fait disparaître sous la Fraternité les impossibilités de l'Égalité et les dang^s de la Liberté. Il fait vivre ainsi les monarchies comme les républiques. Car tout- procède, au fond, de la réforme morale de l'homme par le Prêtre.

Dans les corporations ouvrières, il bénit la bannière et l'image et il dit les messes du saint Patron, le jour de sa fête, il répand dans l'âme du maître et de l'ouvrier des sentiments de confraternité^ en les faisant prier et communier ensemble.

Le Prêtre est donc très-réellement le trait d'union

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de toutes les antinomies, ou celui qui rend tout possible, aisé et profitable.

Voilà le beau côté de son rôle, le côté qui fait le charme de son existence, le côté de l'amour, de la bienveillance, des bons rapports, de l'administration des sacrements, le côté des bénédictions.

Mais, à côté de ce rôle, il en est un autre redoutable.

A côté des Antinomies qui peuvent se résoudre et qui se résolvent réellement dans Tunité par l'Idée et l'Amour, il y a les contradictions qui ne peuvent se résoudre que par la lutte ou la guerre. C'est de ces contradictions que Notre-Seigneur a dit : <i Je suis venu « dans le monde, non pour y apporter la paix, mais la « guerre, ^) et la guerre avec le glaive à deux tranchants. Le Dieu d'amour est venu apporter la guerre à la terre, et la guerre avec un glaive à deux tranchants ! pourtant rien de plus vrai que ces paroles. J'ajoute, rien de plus profondément philosophique. Car ce sont là de ces paroles divines qui, avec la divine Parole de la distinction du spirituel et du temporel, devraient faire tomber à genoux les hommes les plus hostiles à la divinité de Celui qui, seul au monde, est venu, avec ces paroles, résoudre toutes les antinomies, en déclarant la guerre à toutes les contradictions.

Cela signifie que, si les antinomies se résolvent par ridée et par l'Esprit ou l'Amour, c'est-à-dire par le Prêtre qui représente le Christ ou le Verbe fait chair et qui a reçu l'onction du Saint-Esprit, il n'est donné à personne, pas même à Dieu, de résoudre les contradic-

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lions, et à plus forte raison au Prêtre. La mission de Dieu ou du Prêtre est au contraire de leur faire la guerre, et une guerre à outrance, une gueireà mort.

La première et la plus redoutable de ces contradictions, c'est celle de TÉglise et du Monde. Vantinomie de TEmpereur et du Pape peut se résoudre, en rendant à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. La contradiction de TÉglise et du monde est irréductible. Sur ce terrain point de transaction, point de comproniis possible; la victoire ou la mort. C'est la lutte du Christ contre Satan, la lutte des deux cités de saint Augustin, la lutte du vrai contre Terreur, du bien contre le mal, du nouvel hommecontr^ le vieil homme, du monde nouveau contre le vieux monde.

Le monde, le vieux monde, jusqu'ici est resté aux trois quarts le maître. Il s'est glissé partout, il a cherché à tout corrompre, même le corps sacerdotal. Au fondTÉglise est demeurée intacte ; et il lui est resté assez de vie pour prendre sa revanche, dans ce duel à mort qui doit se terminer par la victoire ou Tavénement définitif du monde nouveau.

La contradiction de lespritet de la chair, de la chair luttant contre l'esprit, ne diffère pas de la contradiction de TÉglise et du monde. Car c'est la contradiction de l'homme en lui-même et contre lui-même, qui produit la contradiction du monde contre l'Église. Le Monde, en effet, c'est l'homme transporté sur le grand théâtre des affaires humaines avec ses vices et ses passions.

Toute l'économie du Cosmos, toute production, toute

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v^étation reposent sur cette double loi des antinomies et des contradictions. Cette loi constitue le drame émouvant de l'histoire, la beauté suprême de Tart, toute la science de la philosophie et de la politique. Cette loi embrasse tout à la fois la métaphysique et la morale; elle nous donne la clef de la loi universelle du perfectionnement par répreuve (1), et elle nous fait connattre le bien et le mal, dernier terme de la Science : Vom connaîtrez le bien et le mal (2). Enfin cette double loi fait la beauté, la force et la vie morale de Thomme, en le mettant sans cesse aux prises, avec les antinomies pour les résoudre, et les contradictions pour les détruire. Mais c'est surtout le rôle du Prêtre de résoudre ces antinomies et de détruire ces contradictions. En d'autres termes, c'est le rôle du Prêtre d'apporter au Monde Nouveau les solutions qu'il attend, et de détruire les erreurs qui s'opposent à son avènement.

On ne se plaindra pas du rôle que nous donnons au Prêtre; c'est. le rôle de Dieu même, à ce moment décisif et solennel de l'histoire, oti le christianisme doit recevoir son application cosmique, par la solution de tous les problèmes philosophiques, politiques, sociaux, et la mise en déroute de toutes les erreurs qui s'opposent à son triomphe.

(1) Voyez sur cette loi le chap. ix du Philosophe devant le Cosmos j et le Christ et le Monde, de M. l'abbé Gabriel, 2« part.

(2) Genèse, eh. m.

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Voilà donc le Prêtre mis en face de la chair et du monde pour détruire leur empire. Cela veut dire que le Prêtre doit soigneusement se tenir à l'écart du monde et de ses affaires, puisque sa lïiission est de combattre et de détruire le monde. L'immixtion du Prêtre dans le monde, c'est la corruption du meilleur, corruptio àptimi pessimà.

Le Prêtre dans le sanctuaire, au tribunal de la pénitence, en chaire et à l'autel, le pain eucharistique à la main et toujours prêt à foudroyer le crime qui ose lever la tête, est plus fort que le monde et l'enfer.

Il participe à la toute-puissance de Dieu, il gouverne la famille, qu'il unit même avant qu'elle engendre, il la gouverne par l'éducation des enfants, il gouverne indirectement l'État en faisant des citoyens religieux. Son influence préside à toutes les organisations politiques et sociales et s'étend à toutes les corporations , qui toutes ont besoin des bénédictions du Prêtre. 11 est le roi des hommes, le roi pasteur, le roi qui règne avec une houlette par l'amour, et reprend, corrige, en maître autorisé, même les rois.

Le Prêtre est le sel conservateur de la terre. Encore un de ces mots qui n'ont pu sortir que d'une bouche divine. Mais avec quoi saler si le Prêtre se corrompt, si, s'îngérant dans le monde, il vient àperdre son influence, sa toute-puissance, sa Royauté suprême? Quelle

philosophie divine, quelle profondeur divine dans cette institution du sacerdoce chrétien I

Que le Prêtre sorte de son rôle, il est faible, méprisé, ballotté en sens contraires, sans action sur ses semblables; car il doit servir d'exemple aux autres, et exprimer T Idéal de l'homme en sa personne. Or cet Idéal, c'est le Christ. Il doit donc faire comme le Christ, servir comme le Christ pour régner sur les âmes et les ramener à lui; souffrir comme le Christ, être détaché comme le Christ, pour devenir le trait d'union entre les riches et les pauvres, les heureux et les malheureux. Enfin le sermon de la Montagne doit être, à l'exemple de Notre-Seigneur, le texte de la plupart de ses prédications, et il doit y conformer sa conduite, afin que ses paroles ne se trouvent pas en contradiction avec ses actes et ne perdent pas ainsi une grande partie de leur efficacité.

En un mot, que le prêtre cherche le royaume de Dieu et sa justice, et le reste lui sera donné par surcroît^ même l'empire de la terre.

Placé entre le ciel et la terre, au centre de toutes les antinomies et en face de toutes les contradictions, le Prêtre, de son regard scrutateur, plonge au fond de tous les abîmes : abîmes de la misère et de la dégradation de l'homme, abîmes de la grandeur et de la sainteté de Dieu ; abîmes du châtiment, abîmes de la miséricorde; abîmes du vieux monde, du monde de la Bête et de ses hontes; abîmes du Monde Nouveau, du Monde de Jésus-Christ et de ses gloires.

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Placé au point de jonction de ces divers abîmes, juge et médiateur, lion et agneau, baume et sceptre de fer, huile d'onction et glaive à deux tranchants, sa mission est de s'armer de la foudre, pour foudroyer le vieux monde, le monde de corruption, et préparer les voies au monde de Justice et de Vérité.

Le Prêtre n'est pas ici en présence d'une antinomie à résoudre ou à concilier, il est en face d'une abominable contradiction ; son rôle est de la faire disparaître, en foudroyant le vieux monde et en bénissant le Monde Nouveau.

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