ROLE DES LAÎOUES DANS LE MONDE NOUVEAU
Les laïques n'ont dans l'Église aucune autorité. L'autorité réside dans le Sacerdoce. Le rôle des laïques est d'écouter la parole de Dieu, émanant de la bouche de ceux qui ont la mission de l'annoncer et de la répandre. Le rôle des laïques est de se conformer, sans arrière-pensée, sans subterfuge ni restriction mentale, à cette Parole, de s'effacer quand elle se fait entendre, de s'incliner avec respect et amour devant les décisions du Sacerdoce. Mais le respect serait encore insuffisant, ils doivent accueillir avec amour, comme émanant de Dieu même, la parole du Prêtre.
Le Prêtre a des grâces d'état, qui doivent inspirer au laïque une grande confiance. 11 a le pouvoir de lier et de délier, il est juge, et juge toujours porté à absoudre. Il est chargé à profusion des bienfaits de Dieu.
Au respect, à l'amour, doivent donc venir se joindre la confiance et la reconnaissance. Il porte à Dieu les prières des laïques. Il dispose du Christ, qui va et vient
LE MONDE NOUVEAU OU LE MONDE DE JÉSUS-GBRIST. 27i
à sa voix et se donne à tous par ses mains. Il est un porte-Dieu, comme disait le vénérable curé d'Ars.
Il est le Christ du monde, puisque le Christ et lui c'est tout un.
Ces prérogatives plus que royales le mettent donc hors ligne ; et elles placent son rôle sur la terre en dehors de toute comparaison avec le rôle des laïques.
Placé entre la terre et, le ciel, les mains levées vers Dieu, comme Moïse sur la montagne, son attitude est celle de la Toute-Puissance enchaînée à lui, pour faire descendre Dieu sur les hommes. Et si les laïques veulent marcher à la conquête de la terre promise, à la conquête du Monde Nouveau, c'est sous sa direction souveraine, sur son indication d'En haut.
Le rôle de Tautorité dans l'Église est réservé aux prêtres, le rôle du combat est le rôle de tous.
Mais, chose admirable et qui devrait faire tomber à genoux les incrédules! le rôle de l'initiative, comme celui du combat, est aussi le rôle de tous, le rôle du Laïque comme du Prêtre.
Expliquons-nous.
Rome décide des initiatives, de la valeur et de l'opportunité des initiatives. C'est le rôle de la Majesté de décider des initiatives, et la Majesté est à Rome.
Mais la divine constitution de l'Église est ainsi faite, que chacun est libre de faire pour l'Église, dans l'intérêt de l'Église et sous l'autorité de l'Église, ce qu'il croit pouvoir être utile au développement de la foi, au Triomphe. Le Laïque peut donc agir, combattre et con-
quérir des âmes et des empires à Dieu, en vertu de sa propre initiative, pourvu que, l'autorité de TÉglise restant toujours sous-entendue, il lui soit soumis en tout état de cause.
Grâce à ce sous-entendu ou à cette approbation tacite, le Laïque jouit, dans TÉglise, au sein de cette divine Mère, d'une liberté illimitée, de la liberté dans Tordre, de la liberté de Dieu.
Il lui plaît de convertir des âmes, comme saint François-Xavier convertissait des millions de Chinois et d'Indiens? il le peut.
Il lui plaît de prendre la défense de la Religion, de rÉglise contre Voltaire et Rousseau, contre MM. Michelet et Renan? il le peut.
Il lui plaît de faire la charité, comme la société de Saint-Vincent de Paul, sur une échelle immense, indéfinie? il le peut. En tous cas ce n'est pas de l'Église que viendront les obstacles.
Il lui plaît de devenir un Saint? il le peut, fût-il une simple bergère comme la Bienheureuse Germaine Cousin de Pibrac, ou un pauvre mendiant comme le Bienheureux Benoît Labre.
Jusqu'ici, les grandes initiatives religieuses ont généralement été prises par les membres de la Hiérarchie sacerdotale. Mais c'est une chose curieuse que, même dans la Hiérarchie sacrée, la plupart des grandes initiatives ont été prises par les plus humbles, par les derniers de la Hiérarchie, souvent par de simples moines : Pierre THermite, saint Benoît, saint Bernard, saint
ou LB MONDE DE JÉSUS*GHR1ST. 273
Antoine de Padoue, saint François d'Assise, saint Dominique, sainte Thérèse, saint Vincent de Paul, le Vénérable de la Salle , et le grand saint Ignace de Loyola, soldat et étudiant quand il conçut le projet de fonder sa compagnie de Jésus.
Saint Paul a eu, comme apôtre, une initiative plus éclatante que saint Pierre, chef des apôtres. Rome a eu ses initiatives brillantes, sous saint Grégoire le Grand, par exemple, mais Rome surtout préside, commande, dirige, modère, plutôt qu'elle ne précipite le mouvement, Rome a souvent ralenti et retenu les grandes initiatives, avant de consacrer et d'accélérer leur triomphe en leur disant : Allez! Saint Ignace a été longtemps contenu et arrêté, il n'en a été que plus préparé et plus fort quand Rome a pu lui dire : Marchez I Alors il s'est répandu en conquérant, des Indes orientales aux Indes occidentales, et l'armée de Jésus a envahi la terre.
Les grandes initiatives peuvent donc être prises par de simples religieux et même par de simples laïques. Et de nos jours l'intervention des laïques est même devenue, pour la conservation de la foi en Europe, une question de vie ou de mort.
La société actuelle s'étant de plus en plus sécularisée, la bourgeoisie de plus en plus développée, la démocratie de plus en plus affirmée, les laïques, voués
Î74 LE MONDE NOtlYEAU
à la vie de Tintelligence, se sont multipliés dans une proportion énorme.
Le nombre des prêtres, par rapport au nombre des laïques instruits, éclairés, savants, littérateurs, poètes, artistes, est dans la proportion d'un à cent. Le monde est renversé. La Parole esit passée à la multitude.
Un prêtre, Tévôque d'Orléans, perdu à l'Institut dans la foule des immortels, est la figure de ce qui est au dehors.
Il y a, à Paris, un prêtre sur mille laïques d'intelligence et de savoir. Et c'est Paris qui donne le ton au monde !
Gomment le Prêtre pourrait-il suffire à la tâche énorme de porter partout la parole, la charité et l'exemple? Comment surtout pourrait-il porter la charité, la parole et l'exemple dans la profondeur des masses? Les hommes de savoir ne vont pas plus à ses sermons que les hommes de la multitude. Le Prêtre est étranger aux hommes de savoir et à la multitude, qui ne le connaissent que pour le voir passer dans la rue. ,
Le prêtre pour eux est comme s'il n'était pas ; son rôle i
est nul dans la société sécularisée de la Révolution, i
qui a envahi toutes les couches, depuis l'homme du I
peuple jusqu'au savant de l'Institut. Le Prêtre pèse un atome dans la balance des destinées du monde oii nous sommes.
Qui donc ira porter la parole et la charité au fond de ce monde inconnu au prêtre, et oii le Prêtre ne peut pénétrer ? Qui pénétrera au fond de la société des temps
ou LE MONDE DE JÉSUS-CHRIST. 275
nouveaux? Le catholique laïque. Son rôle est de porter la parole, la charité et Texemple où le Prêtre ne peut les porter. Là est la raison providentielle de la fondation de la société de Saint-Vincent de Paul, et de tant d'autres sociétés émanant d-initiatives laïques.
Là est la raison profonde du rôle attribué par Dieu aux laïques des temps nouveaux, aux quatre animaux de l'Apocalypse, figures du monde des laïques, prosternés aux pieds de Dieu ou de l'Église et venant, à la fin des temps, prendre sur leurs épaules le trône de Dieu et de l'Église sous l'œil des vingt-quatre vieillards, figurant au-dessus d'eux la Hiérarchie sacrée, la Hiérarchie de l'Église de tous les siècles.
Au Bœuf (au peuple, à l'artisan, au prolétaire, à l'agriculteur, à l'industriel, au commerçant, au financier) ; au Lion (aux armées, aux magistrats, aux corporations, aux parlements, aux chefs d'empire et de république) ; à l'Animal ayant la forme d'homme (aux nobles, aux riches, aux bourgeois, aux salons, aux classes instruites, aux classes bienfaisantes) ; à l'Aigle (aux poëtes, aux savants, aux philosophes, aux artistes), — aux laïques en un mot de prendre la chaise du saint Père, la ges-tatoria^ sur leurs épaules, de l'ombrager de leurs six ailes, de la protéger de leurs yeux du dehors et du dedans (industrie, science, art, politique, mystique) toujours ouverts sur les ennemis de Dieu et de l'Église, toujours prêts à les foudroyer.
Mais au Bœuf, au peuple, au plus généreux, rinitiative ; à lui de donner Texemple, à lui d'ouvrir les sillons du monde nouveau, à lui de prendre, comme saint Joseph, le charpentier, lenfant Jésus dans ses bras!
Au peuple, au dernier des enfants du peuple, à la plus humble fille du peuple, l'initiative du Monde Nouveau, puisque les Lions, ou les grands et les rois, et les Aigles, ou les savants, les philosophes et les artistes, ne savent ou ne peuvent la prendre !
Ils sont tous impuissants, nous Tavons prouvé, re§te à savoir si Tignorant, le faible et le délaissé, n'aura pas plus de puissance.
Remarquez ce phénomène touchant de la mystique des temps nouveaux : les Saints des temps nouveaux portent généralement sur leur front une auréole populaire : le curé d'Ars, la Bienheureuse Germaine, le Bienheureux Benoît Labre, et bientôt sans doute le zouave Guérin; et, si on béatifie la Reine de Naples, on peut dire d'avance qu'on trouvera, même sur ce front royal, le caractère et le rayonnement d'une âme populaire. Il doit en être ainsi, ou la Reine ferait pauvre figure à côté de la Bergère.
C'est dans les classes populaires que notre Sauveur a rencontré le plus de sympathies, quand les pharisiens et les docteurs lui suscitaient toutes sortes d'entraves. Le peuple étant le plus dépouillé est naturellement le
ou LE MONDB DB JÊ8DS-CDRI8T. 277
plus rapproché de la Croix. On peut donc lui dire : « .Les docteurs et les pharisiens vous scandalisent, leur « religion fausse et efféminée, et leur politique repous- « santé et sans entrailles, excitent votre profond dé- « goût ; eh bien, donnez à ces docteurs et à ces pharisiens « l'exemple d'une conduite et d'une politique foncière- « ment chrétiennes, en menant une vie irréprochable <( et en vous organisant chrétiennement en confréries. « Comnaencez par votre propre réforme, l'accueil sym- ((.^pathiquedes prêtres et des religieux ne vous fera pas « défaut, et puis, après vous être réformé, offrez vos « familles et vos' corporations comme modèles aux po- « litiques, et dites-leur : c'est ainsi qu'on gouverne les « hommes, par la fraternité. Quelle gloire dans cette « leçon ! et quelle plus noble initiative ! »
Les laïques instruits ont aussi à jouer un rôle considérable; au premier feu. On n'enfantera pas le monde de Jésus-Christ, le monde des grands labeurs, sans efforts héroïques. Aide-toi, le ciel t'aidera.
La joie est le prix de la lutte.
Or, on est heureux de constater que de nos jours le feu sacré semble surtout avoir soufflé du côté de ces lauques. Mais nous ne voulons pas approfondir ce mystère, de l'initiative si fortement prononcée, si fortement accentuée, des laïques instruits.
Nous aurions Tair de méconnaître les glorieux labeurs
278 LB MONDE KOUVRAU
du Sacerdooe, et ce serait une injustice. Car jamais la chaire n'a retenti de voix plus éloquentes. L'exégèse s'honore en France et en Allemagne des prêtres qui ont trouvé le moyen d'ajouter à son éclat. Les Bénédictins dé Solesmes continuent les traditions de leurs pères. La haute mystique n'a pas déchu, et les révélations de la sœur Catherine Emmerich sont destinées peut-être à devenir en ce genre un des monuments du Monde Nouveau. Les sciences ecclésiastiques ont fait de grands progrès, et M. Migne a opéré dans la bibliographie religieuse une véritable révolution.
Mais malheureusement les magnifiques travaux du Prêtre et du Religieux n'ont, en général, qu'une action inappréciable sur ce public bourgeois et prolétaire, qui ne va guère à l'église et ne lit jamais de pareils ouvrages.
Les prêtres et les religieux ont donc lair, quand ils prennent la plume, de ne travailler que pour eux, malgré les énergiques efforts dequelques^-uns, de Mgr de Ségur, par exemple, pour populariser dans les masses une certaine lit tératu re religieuse .
Et que d'autres travaux remarquables émanés du clergé, des professeurs de la Sorbônne et des corporations religieuses, deMgr Maret, de Mgr Dupanloup, de Mgr Parisis, de M. l'abbé Bouix, de M. l'abbé Gabriel, de M. Tabbé Meignan, de M. l'abbé Glaire, de Mgr Ketteler, de M. deGenoude, de Mgr Wisemann, de M. Newmann, du P. Ramière, du P. Faber, du P. deBoislève, du P. Delaporte, etc., etc.! Nou% sommes donc loin
ou LE MOUDB de JÈ8US*CHRI8T. t79
de méconnattre tout ce qui a été entrepris et accompli avec succès dans divers genres I
Nous voulons dire simplement que, toutes proportions gardées, les catholiques laïques, si peu nombreux, ont généralement tenu la tête du mouyiement politique et social^ sinon mystique et tbéologique, et ont prêté à TÉglise un concours décisif. Cela tient à leur position, et, dans un siècle essentiellement politique et philosophique, il n'y a pas à s'étonner de leur initiative politique et philosophique.
Cependant cette initiative des laïques dans TÉglise doit donner à réfléchir à NN. SS. les évoques et à Rome. L'initiative des laïques au dix*>neuvième siècle est un fait énorme, qui annonce une révolution déjà accomplie dans les esprits ! Les catholiques laïques sont en avant du mouvement catholique, et la preuve c'est qu'on est obligé de les contenir, tant ils frémissent d'impatience, tant ils sentent leurs cœurs brûler d'ardeur. Est-ce un bien? est-ce un mal? ce n'est pas à nous de le décider. \Nous nous bornerons à dire que souvent on a été obligé de les conteniré Le feu est donc là tout au moins. •
Il est dans le clergé aussi et surtout dans les corporations religieuses. Mais là il se trouve également contenu. Autre mystère que nous ne chercherons pas à approfondir. Nous en connaissons des prêtres, des religieux, et des meilleurs, qui eux aussi rongent le frein sacré, qui se taisent par vertu, quand le feu les dévore et les excite à parler. Martyrs sublimes de l'amour, du
280 LE MONDE RODYBAU
respect et de l'obéissance ! Les plus grands de tous les martyrs sans comparaison !
Les plus haut placés se taisent aussi, et parmi eux les évêques les plus aimés des catholiques.
Le pape lui-même ne peut dire ce qu'il tait par sagesse, par prudence et pour la plus grande gloire de Dieu.
Que se passe-t-il donc dans les conseils de Dieu, que tous, grands et petits, laïques, évoques et pape, nous soyons remplis d'un feu que, par je ne sais quelle pression, nous sommes forcés de contenir?
La situation n'est donc pas ce qu'elle devrait être. Nous nous trouvons donc dans les liens que le monde nous a tendus. Nous sommes plus ou moins enlacés dans les liens du vieux monde. Nous sommes enlacés dans un réseau aux mille mailles qui ne laisse à aucun de nous la liberté de ses mouvements.
Mais si nous n'avons pas toute la liberté que nous devrions avoir les uns et les autres, dans l'ordre politique et social, dans Tordre des reconstitutions et des réorganisations religieuses, il nous reste au moins une liberté, celle que nous avons invoquée au profit des ouvriers des faubourgs, la liberté de donner de grands exemples d'abnégation, de dévouement et de sacrifice. Et sous ce rapport nous n'avons rien à envier à l'antiquité. Ah ! si le prêtre pouvait parler I
oc LE MONDE DE JÈSUSrCHRIST. 281
Les catholiques ont dans un rôle immense à jouer à l'avènement du Monde Nouveau. Avec un peu^u zèle du Voltairienau dix-huitième siècle, ou du franc-maçon au dix-neuvième, ils peuvent provoquer un mouvement d'où sortirait nécessairement le Triomphe.
Les francs-maçons en ce moment se remuent et se concertent d'un bout de TEurope à l'autre, ils agitent de grands projets de souscription, de propagande, de fondations de temples partout. Le Père Enfantin vient de trahir le secret desSaint-Simoniens, des juifs de l'époque. Ils apportent leurs millions à l'Encyclopédie du dix-neuvième siècle. La religion de l'industrie doit remplacer la vieille religion. La chair est réhabilitée, il n'y a plus qu'à réhabiliter l'esprit. En trente ans les Saint-Simoniens ont renouvelé la face matérielle de la terre; encore trente ans, et ils auront renouvelé le monde intellectuel, et la religion tombera d'elle-même, il n'y a qu'à allécher par l'appât de l'or les savants et les écrivains. On leur fait donc un pont d'or avec l'Encyclopédie du dix-neuvième siècle.
Le Père Enfantin nous a révélé ces beaux projets dans un article à V Opinion nationale du mois de mars i863.
Ainsi l'ennemi entonne déjà ses chants de triomphe, et il ne serait permis aux catholiques que de se poser éternellement en vaincus ! Des cris de victoire partent de toutes parts dans le camp ennemi, et, dans le camp
282 LE MONDB NailYBAU
catholique, on serait désavoué et mis au rang des cerveaux creux, des utopistes, pour pousser un seul cri de triomphe! Car tout est dans ce mot : le triomphe! puisqu'on doit repousser, comme étant le produit de rêves insensés, les utopies efféminées des Millénaires, et affirmer l'étemelle lutte, mais la lutte toujours couronnée par le triomphe ; suivant cette généreuse parole de M. Chantrel : «Les forces de Tennemi étaient « dispersées ; on les réunit, tant mieux, on pourra « les écraser d'un seul coup. Cette victoire est réservée « à l'Église, et nous voyons avec plaisir les préparatifs « de la bataille. L'encyclopédie du dix-huitième siècle «a préparé, Tencyclopédie du dix-neuvième achèvera « le triomphe (1) ! »
Et, malgré la gravité de la situation, les catholiques resteraient impassibles et désunis, quand les francs-maçons se recrutent, quand les MM. Pereîre ouvrent leur caisse à l'ennemi, et que le Père Enfantin songe à faire, des savants et des artistes, les prêtres du monde du lingot d'or, en leur ouvrant sa caisse de crédit intellectuel IQnoil les forces de Tennemi étaient dispersées, et maintenant on les masse, et, en présence de ces préparatifs de la bataUle sur toute la ligne, les catholiques, s'en tenant aux petits moyens, resteraient profondément désunis et divisés!
Cela n'est pas possible. 11 y aurait dans cette division, en face d'un ennemi fortement concentré, une sorte d'apostasie et en outre un signe de mort. Tout au moins
(1) Monde du 28 mars 1863.
ou LE 1IION08 DE JB8US*CnRIST. 283
cela prouverait que les catholiques en sont à chercher leur voie. L'union se fera donc, parce qu'èlleest nécessaire. Encore une utopie qui se réalisera à coup sûr.
L'union des catholiques Isaques seira le signe du Triomphe ou de ravénement du Moadfe Nouveau. Elle sera le signal deJa mise en marche, ou leeommencémtent du mouvement religieux de la fin 4 u dix -neuvième siècle, contre-partie du mouvement antireligieux de la fin dn dernier siècle.
Ce mouvement, devant produire l'uiîiion de tous, les enfants des hommes, devra être précédé d'un mouvement destiné à produire l'union de tous les catholiques. Un imnaense recueillement devra précéder l'attaque de l'ennemi. L'armée devra se replier sur elle-même et s'unir avant d'engager la lutte. Jl n'y a pas à s'occuper de l'ennemi en ce moment. L'important est de former ses rangs, l'important est de s'unir pour unir, l'important est de s'affirpaer soi-même, avant d'affirmer le Monde Nouveau.
Chacun devra chercher son unité, et s'affirmer sup le terrain de la Vérité pure et sans mélange d'ancien Régime et de Révolution. M- Montalembert devrs^ s'affirmer ainsi et proclamer son unité.
M. Veuillot devra s'affirmer ainsi et proclamer son unité.
. M. de Montalembert'devra convenir qu'il est resté toujours lé même, avant 1848, le 20 octobre 1849(1) et en 1863.
({) C'est le jour où M. de Monlalembert prononça ce discours, où
28 i LE MONDE NOUVEAU
M. Veuillot devra convenir qu'il est resté toujours le même, avant et après 1848.
Afin que nous, pauvres catholiques qui avons connu l'unité et Tamitié de ces grands esprits, nous puissions affirmer l'unité de M. de Montalembert et de M. Veuillot; l'unité de V Univers d'avant 1848 et l'unité de l'fJmvers d'après 1848. M. de Montalembert d'avant 1848 = M. de Montalembert du 20 octobre 1849 = M. de Montalembert de 1863 = M. Veuillot d'avant 1848 = M. Veuillot d'après 1848.
Sauf quelques dissidences à faire disparaître, chose toujours facile autant que nécessaire en face de l'ennemi, c'est la même formule que Pie IX de 1847 = Pie IX de 1861.
M. de Montalembert n'a pas plus à rougir de son discours du 20 octobre, que M. Veuillot de son libéralisme d'avant 1848. Il y a là une antinomie qui n'est pas insoluble, mais il n'y a pas contradiction essentielle. M. Veuillot et M. de Montalembert n'ont qu'à faire retour sur eux-mêmes, et ils trouveront en eux la solution de leur antinomie. Et cette solution donnera le mot de la solution de l'antinomie du dix-neuvième siècle. Or l'antinomie Veuillot -Montalembert n'est certes pas insoluble.
Qui oserait dire que des dissidences sur la manière d'appliquer les mêmes principes, que des dissidences de conduite ou de tactique, soient des dissidences fon-
il déclara le régime constitutionnel incompatible avec la souveraineté du Saint-Père.
oc LE MONDE DE JÉSU8*€HRI8T. 285
dameutales, à tout jamais irréductibles et destinées à empêcher à tout jamais runion, c'est-à-dire Tunitédu moude, c'est-à-dire le Triomphe!
Malheur à ceux qui diraient que Pie IX de 1847 n'égale pas Pie IX de 1861 ! Malheur à ceux qui refuseraient de s'unir, en face de l'ennemi, la veille du grand combat de Dieu ! Ils seraient impitoyablement rejetés, leur rôle serait fini. Le mouvement du Monde Nouveau s'accomplirait sans eux et malgré eux, quand nous avons besoin qu'ils se mettent à notre tête.
Malheur surtout à ceux qui n'apporteraient pas dans leur rôle des pensées pures et des vues désintéressées!
Dieu pourrait faire des exécutions terribles comme avant l'entrée d'Israël dans la Terre promise.