‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 25 sur 43 · LA PRESSE DU MONDE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LA PRESSE DU MONDE NOUVEAU

Mais c'est surtout dans la Presse que les catholiques laïques peuvent rendre des services signalés.

La presse est une force énorme, la plus grande de toutes, à une époque de grande publicité où ropinion régit le monde. Or laf presse en ce moment est entre les mains de Tennemi. Le tirage du Times dépasse le tirage des feuilles catholiques du monde entier.

11 en est de même de la librairie. Telle librairie de Paris édite plus de mauvais livres que les libraires catholiques réunis n'en éditent de bons. Et, pour comble d'infortune, la presse et la librairie religieuses, réduites à cet état pitoyable, ne fonctionnent que pour le clergé et quelques milliers de familles laïques clair-semées ! En d'autres termes, la presse religieuse et la librairie religieuse n'existent pas pour la bourgeoisie, pour les classes ouvrières. Et, comme nous sommes en pleine bourgeoisie et en pleine démocratie, on peut dire à la lettre que la presse religieuse et la librairie religieuse n'existent pas du tout.

ElIjBs existeront' quand le peuple nous lira, quand la bourgeoisie nous lira, c'est-à-dire quand la société nous lira, car ce qui constitue la société dans nos modernes démocraties, c^est surtout la bourgeoisie et la classe ouvrière.

Enlevons la barrière qui nous sépare du Peuple et de la Bourgeoisie, si nous voulons régner en faisant régner le Christ dans le monde. Comprenons notre siècle puisqu'il faut le combattre. Développons sur une échelle imiàense la presse catholique laïque, au lieu de déclamer contre la presse, qui répond à nos anathèmes en nous inondant de ses productions. Fondons une librairie catholique, ou, ce qui revient au même, lisons et faisons lire. Encourageons les publications de nos amis au lieu de les laisser dans la misère.

Les catholiques sont aujourd'hui cruellement punis de leur apathie. Ils ont dit : Que signifient ces nouveautés? Que nous importent ces progrès dont le siècle se vante? Que nous font ces idées qui agitent le monde? N'avons-nous pas autre chose à faire que de nous occuper de ces futilités? Elles tomberont d'ellesmêmes. Ne lisez pas ces mauvais livres, fermez la porte à ces journaux incendiaires. Vivez dans l'innocence, ignorez ce qui se dit et se fait dans le monde. Ce qui sa dit et se fait dans le monde, est ou dangereux, ou inutile.

On est donc resté dans Tignorance des fausses doctrines au lieu de les combattre. On s'est tenu hors du

mouvement des esprits et des idées, au lieu de le contenir et de lui faire échec*

On est sorti de la vie publique par mépris, indifférence, haine ou peur. On s'est retiré sous sa tente, comme Achille, avec la Bible, Flmitation de Jésus- Christ et Bergier, et on a laissé dans l'abandon les vaillants, les malheureux écrivains catholiques, qui, emportés par le feu sacré, venaient tour à tour expirer sur la brèche de la presse et de la librairie religieuses, où personne ne les suivait. « Pourquoi aussi toutes ces nouveautés? avez-vous la prétention de mieux penser, de mieux écrire, de mieux faire que Bossuet? »

Il n'est pas un jeune écrivain laïque d'il y a vingt ans qui n'ait entendu cette parole glaciale, anti-chrétienne, destructive de toute vie, de toute action laïque dans l'Église. Et cette parole atroce, impitoyable, était l'arrêt de mort de ce généreux champion, venant s'offrir en holocauste sur la brèche de la Presse religieuse. « Pourquoi des journaux, pourquoi des livres nouveaux? « N'avons-nous pas la Bible, saint Augustin, Bergier et (( le dictionnaire de Feller? »

C'est avec de pareilles paroles que V Univers a mis trente ans à se fonder, que pour se fonder il a englouti ou compi'omis je ne sais combien de patrimoines de familles honorables, qu'il a végété pendant un quart de siècle, ne pouvant faire vivre ses dignes et laborieux rédacteurs des premiers jours. Ah ! ce n'est pas ainsi que nos adversaires traitent leurs écrivains ! Aussi, on est au-dessous de la situation qui nous emporte, on est

ou LE MONDE DR JÉSUS-CHRIST. 289

débordé, vaincu, terrassé sur toute la ligne. Au lieu d'une offensive vigoureuse, qui est notre droit et qui ferait notre forée ^ on en est réduit à une pitoyable défensive. « La religion n'est pas incompatible avec la science, avec la raison, avec le iponde moderne, avec la civilisation ! » Vraiment !

. Et on ne trouve pas autre chose à dire, c'est bien la peine I On est si faible, si dérouté 1 on plaide les circonstances atténuantes. « La religion n'est pas incompatible avec ceci, cela, un peu d'indulgence pour lamour de Dieu. » Est-ce d'un chrétien, qu'une pareille attitude ?

Cette pitoyable attitude, qui accuse une déplorable impuissance, a une cause, cette cause nous venons de la dire. On est sorti du monde, on est sorti du siècle pour mieux combattre le iponde ^t le siècle : on s'est enseveli dans l'antiquité, dans les anciens, chose parfaite et adorable, si en s'y ensevelissant on n'avait pas oublié les modernes et surtout les contemporains. Aussi quelle terrible leçon! Les catholiques ne sont rien, et ils devraient être tout !

Mais il faut être juste. Ces observations sévères ne sauraient s'appliquer aux catholiques d'aujourd'hui. Le mal remonte plus haut, il remonte à nos pères. De nos jours il n'est pas un catholique éclairé qui pense autrement que nous. Nous ne sommes ici que l'écho

affaibli de ce qui se dit tout bas, et quelquefois tout haut par les plus intrépides. Et n'était le respect de nos pères, on serait tenté de s'en plaindre pour nous avoir laissé tant à faire.

Honneur donc aux catholiques du milieu du dixneuvième siècle, leur malheur a produit le réveiL Se sentant mourir, ils ont compris le danger de dormir les yeux fermés sur ce qui se faisait et se tramait dans le monde, par la seule raison que cela se faisait et se tramait contre nous.

Nos pères, les catholiques, n'ont pas cru à la transformation de la société, mais, la transformation une fois opérée, leurs fils ont dû ouvrir les yeux. Il était temps ! Le Monde Nouveau leur en gardera un éternel souvenir.

Voilà le mal que nous pensons de nos aoiis, les catholiques contemporains. Nous admirons leur tenue superbe et leur zèle intrépide, manifesté par tant et de si belles fondations, tant et de si beaux livres, tant et de si beaux efforts même sur le terrain de la presse, qu'ils s'efforcent à étendre et à développer, pour mettre cette arme redoutable en rapport avec les coups qu'ils méditent de porter. D'autant plus dignes d'éloges qu'ayant été privés d'écoles et d'universités, ils ne sont encore ni assez préparés ni assez libres.

La cause secrète de notre impuissance d'aujourd'hui, c'est donc notre inintelligence d'autrefois. Il faut dire le mot pour que la chose ne puisse se reproduire. La cause secrète de notre impuissance, c'est l'obstination

ou LE MONDE DE JÈSUS^GHRIST. 291

acharnée de nos pères à fermer les yeux à la lumière da Monde Nouveau. Aussi le Monde Nouveau s'est fait sans eux dans Tordre politique, social, économique et scientifique. II n'est donc pas étonnant si ce monde fait pitié! Mais s'il fait pitié, frappons- nous la poitrine, et demandons-en pardon à Dieu, pour nos pères, qui ont laissé faire ce monde sans eux, malgré eux, contre eux, et, chose prodigieuse, à leur insu !

En même temps honorons les catholiques contemporains, et à leur tête Pie IX, d avoir compris que la société ayant été littéralement retournée, depuis trois quarts de siècle, une tactique et une attitude différentes sont absolument nécessaires.

Ils ont compris qu'avec les idées de nos pères, nous ne pouvions être qu'impuissants, impuissants comme les partis politiques. Et c'est en effet ce qui est arrivé, l'impuissance des catholiques, nos pères, n'a été ni moins éclatante ni moins profonde que celle des partis.

Les catholiques sont devenus quelque chose, aux yeux de leurs contemporains, le jour Feulement oh ils ont abordé sérieusement l'examen de toutes les questions scientifiques, philosophiques, esthétiques, politiques et sociales, objet des vives et constantes préoccupations de leur époque.

En d'autres termes, les catholiques n'ont commencé à être comptés, que le jour oîi ils sont résolument entrés dans l'action, en prenant part à leur manière au mouvement de transformation qui s'opère. Jusque-là

292 LE MONDE IfOOYBAU

ils ont été impuissants, et s'ils le sont encore, c'est qu'ils portent le poids de l'impopularité de leurspères et d'une montagne de malentendus qui les font passer pour des hommes étroits, sans portée, sans idées politiques et sociales, sans philosophie, sans science, sans littérature, sans art; pour des hommes enfin étrangers à leur siècle, que dis-je, à leur planète, pour de vrais habitants de la lune. Et qu'on ne dise pas que nous exagérons ; le peuple et la masse flottante de la bourgeoisie qui fait les majorités dans les démocraties, croient encore tout cela.

Or, une des choses qui ont le plus donné lieu à ce mépris qu'on fait de nous, c'est la vénération exclusive de nos pères pour l'antiquité, c'est leur dédain superbe pour les modernes et surtout pour leurs contemporains; en y comprenant même les malheureux écrivains laïques qui, sortant de ce cercle de mort, ont voulu faire éclater aux yeux des masses la science, la philosophie, l'esthétique, la politique et l'économie sociale catholiques, dans toute leur ampleur.

Vénérer en efifet la seule antiquité, traiter avec dédain les modernes et surtout les contemporains, mettre à l'écart toutes les nouveautés littéraires, scientifiques, philosophiques et politiques; la conséquence inévitable de cette conduite imprudentç, c'est que pas un journal religieux et pas un livre religieux nouveaux ne peuvent se produire faute de lecteurs.

Alors les éditeurs ferment leur porte aux jeunes écrivains, et les capitalistes leur caisse aux journalistes re-

ou LE MONDB DE JÉ8US-GHR18T. 293

ligieux, pour louvrir aux écrivains et aux journalistes hostiles (1).

Voilà la conséquence, elle est inévitable, et on arrive ainsi à cette plaisante situation que, par haine de la nouveauté, il n'y a que les nouveautés impies qui se produisent; que, par haine des journaux, il n'y a que les journaux révolutionnaires qui puissent s'établir; que, par haine de la science, il n'y a que les matérialistes qui fassent de la science!

Ainsi il n'y a de place au soleil que pour les écrivains irréligieux, de fauteuils aux académies que pour des immortels hostiles, de chaires dans les universités que pour des démolisseurs des Livres Saints (M. Renan), ou des historiens protestants (M. Guizot), ou des philosophes sceptiques (M. Cousin). Tout pour l'ennemi, rien pour les amis, voilà le dernier mot de cette inintelligence des catholiques de l'ancien régime et de leur imprévoyance coupable, résumée dans ce mot profondément cruel dont Dieu leur demandera un compte sévère, et qui a glacé cent fois les débuts du

(1) Au moment où nous écrivions ces lignes, nous ignorions le projet de rEncycIopédie du dix-neuvième siècle, fondée sous les auspices de MM. Pereire et des juifs de la finance. Ce projet vient confirmer toutes nos appréciations. La carrière est fermée aux écrivains catholiques, et les Saints-Simoniens, avec leurs millions, ouvrent le chemin de la fortune et de la gloire à tous les jeunes talents qui^ au lieu de s'étioler dans les bureaux de quelque malheureuse feuille religieuse sans abonnés, vaudront consacrer leur plume à la glorification du lingot d'or ou à Tapothéose de l'industrie !

jeune écrivain religieux : « Vous ne ferez pas mieux que Bossuet! » C'était leur dire : Ne comptez pas sur nous, ne comptez pas sur des lecteurs, ne comptez que sur la misère. Voilà tout ce que nous pouvons vous donner, avec l'espoir des palmes éternelles; et encore !

Si, les catholiques du Monde Nouveau feront mieux que Bossuet, que saint Thomas, que saint Augustin! Car ils feront ce que ces grands hommes n'ont pu faire, et ce qu'il est absolument indispensable de faire en ce moment.

Le divin Idéal à poursuivre est placé à une telle hauteur que les plus grands docteurs de l'Église n'en sont que les échelons, en sorte que, sans avoir plus de génie, on peut toujours monter plus haut.

L'Église en outre est un Être vivant qui se développe sans cesse. Figure du monde surnaturel, le monde naturel nous offre, dans le travail de la végétation et de la vie des êtres organiques, la figure de la végétation et de la vie divines de l'Église.

Rien de curieux comme de suivre, avec Catherine Emmerich (1) dans l'ordre mystique, et avec Bossuet dans Tordre historique, la gestation du Christ au sein des patriarches et du peuple juif pendant les quatre millénaires du monde antique. Or, cette longue gestation, cachée au fond des entrailles du monde antique,

(i) Nous renouvelons ici l'observation, que nous n'attachons aux. révélations de cette sainte fille, ni plus ni moins d'importance que les pieux et vénérables Religieux et Évéques dont nous avons invoqué le témoignage dans une note précédente.

ou LE MONDB DE iÉM78-CHBIST. 295

n'a été que la préparation à ravéoement du Sauveur.

Mais croyez- vous qu'il ait suffi de la naissance du Verbe incarné pour que l'Église entrât de plein pied dans la gloire? Non. Car, depuis bientôt dix-neuf siècles, le christianisme fait effort pour se produire sous sa forme catholique ou cosmigtœ, dans l'univers entier, sans jamais avoir pu y réussir.

Le monde moderne n'a donc été jusqu'ici que le monde de la préparation au triomphe ou à la gloire. Aussi Dieu sait ce que les Saints, ce que l'Église ont souffert, durant ces longs siècles de végétation du germe divin qui, ayant levé avec le Christ, a dû grandir et se développer au milieu de la corruption païenne, de la barbarie germaine et de l'impiété moderne en révolte!

Mais nous touchons à l'épanouissement intégral de l'arbre divin. Après le travail de la souffrance et de la mort, les joies du triomphe, ou la résurrection sur la terre avant l'ascension dans le del.

Le Christ étant l'archétype de TÉglise et de sa destinée, son humanité, transfigurée et glorifiée durant les quarante jours qui ont suivi sa résurrection et ont précédé son ascension, est la figure, sinon de la transfiguration, du moins de la glorification de l'Église sur la terre, durant les siècles qui suivront son triomphe et sa délivrance et précéderont son ascension dans le ciel. Après la période épique que nous avons encore à traverser viendront les siècles de gloire.

Pie IX a détaché la Croix de la croix, crux de cruce^ afin qu'elle soit portée en triomphe jusqu'aux extré-

296 LE M019DB IfOUVIAU

mités du monde. Une fois descendue de croix, la croix sera toujours la croix, mais elle sera surtout un signe d'allégresse, resplendissant de l'éclat de la lumière qui approche, htmen in toelo.

« Nous touchons, dit M. de Maistre, à la plus grande « des époques religieuses (1)... à une révolution méii morable dont celle que nous avons vue n'a été que « le terrible et indispensable préliminaire (2)... à une « époque sacrée dans les fastes du genre humain (3). . . « à je ne sais quelle grande unité vers laquelle nous « marchons à grands pas (4).

« Le plus grand événement du monde est universelle^ c ment attendu... Il faut nous tenir prêts pour un évér- « nement immense dans F ordre divin ^ vers lequel nous « marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper « tous les observateurs. Il n'y a plus de religion sur la « terre : le genre humain ne peut demeurer en cet état. « Des oracles redoutables annoncent d'ailleurs que « les temps sont arrivés. Plusieurs théologiens ont « cru que des faits du premier ordre et peu éloi- « gnés, étaient annoncés dans la révélation de saint « Jean.

« Il n'y a peut-être pas un homme véritablement « religieux en Europe qui n'attende dans ce moment «quelque chose A' extraordinaire. Or, dites-moi, « croyez-vous que cet accord de tous les hommes

(1) Du Pape, dise. préJ.

(2) Ihid., liv. IV.

(3) Ibid.

(4) Soirées de Saint-Pétersbourg, ii« entretien, t. ï.

ou LE HONDB DS jéSUS-GHRIST. 297

« puisse être méprisé? Pi' est-ce rien que ce cri général « qui annonce de grandes choses?

« Jamais il n'y eut, dans le monde, de grands événe- « ments qui n aient été prédits de quelque manière. «: Cette assertion est justifiée par toute l'histoire. Pour- « quoi voulez-Tous qu'il n'en soit pas de môme au- « jourd'hui? L'unii^ers est dans l'attente. Comment « mépriserions-nous cette grande persuasion?

« Attendez que l'affinité naturelle de la religion et « de la sci^ee les réunisse dans la tête d'un seul « homme de génie: l'apparition de cet homme ne sau- « rait être éloignée, et peut-être même existe-t-il déjà. « Celui-là sera fameux. Alors les opinions, qui nous pa- « raissent aujourd'hui ou bizarres ou insensées, seront « des axiomes dont il ne sera pas permis de douter ; et « l'on parlera de notre stupidité actuelle comme nou& « parlons de la superstition du moyen âge. Alors toute « la science changera de face : V Esprit longtemps dé-- (^ trôné et oublié reprendra sa place. Il serg. détnontré « que les traditions antiques sont toutes vraies ; que le <* paganisme entier n'est qu'un système de vérités cor- « rompues et déplacées; qu'il suffit de les nettoyer, « pour ainsi dire^ et de les remettre à leur place pour « les voir briller de tous leurs rayons. En un mot, « toutes les idées changeront ; ^i^ puisque de tous côtés « une foule d'élus s'écrient de concert : Venez, Sei- « gneur, venez ! pourquoi blâmerions-nous les hommes « qui s'élancent vers cet avenir majestueux ?

« Le nombre trois se montre de tous côtés, dans le

298 LB MONDB NOUVEAU

« monde physique comme dans le monde moral et dans (( les choses divines, etc., etc. (1). »

Encore quelques efforts, et nous touchons au triomphe sur toute la ligne, nous touchons au plus grand déploiement de la puissance et de la splendeur divines, à la plus abondante effusion de TEsprit-Saint ; à Tère des Saints, non pas les plus grands mais les plus glorieux et les plus sympathiques en général ; à Tère des docteurs, non pas les plus profonds mais les plus savants et les plus éclatants. Nous touchons à Fère des docteurs qui, planant sur le Cosmos tout entier, illumineront Tart, la science, la philosophie, la politique, de clartés inconnues. Nous touchons à Tère des Saints qui, réchauffant le peuple du feu de leur enthousiasme, lui apprendront à surmonter la misère à force de travail, de vertu et de charité; à Tère de saint Vincent de Paul glorifié et non persécuté, à Tère de ses nobles enfants affranchis et délivrés, « faisant régner la charité en souveraine partout (2). » .

Ainsi saint Augustin, saint Thomas et Bossuet n'ont pas tout dit, n*ont pas tout fait. Us ont laissé quelque chose à dire et à faire à TÉglise.

Ont-ils proclamé le dogme de Timmaculée conception ? L'Église est donc un être vivant, qui se développe à travers les siècles comme un être vivant, suivant son type immuable éternellement conçu par le Verbe, et

({) Id., xi« enlrelien. Oq peut consulter utilement, sur ces questions, l'excellent petit livre de M. Chevé, intitulé V Idéal. Paris, 1862, Sarlit, éditeur, rue Siiot-Sulpice, 25.

(2) Saint Jean Chrysostôme, homél. sur la 1'* aux Cor.

ou LE MONDE DE JÉSUS-CHRIST. 299

avec la prétention hautement avouée de couvrir le Cosmos de sa végétation luxuriante. Mais, en se développant ainsi catholiquement^ le divin organisme reste toujours identique à* son germe, à TÉvangile.

Or, si TÉvangile a dit implicitement tout ce qui s'est dit et se dira durant les siècles et l'éternité, F Alpha et rOméga, il n a pas tout dit explicitement, il n a dit explicitement que ce qu'il fallait dire alors.

Gardons-nous donc, comme les protestants, de nous atrophier, de nous pétrifier dans la lettre qui tue., au Heu de jeter de vigoureuses pousses dans l'esprit qui vivifie, qui dilate sans cesse le cercle de la loi, le cercle delà formule, immuable dans ses éléments constitutifs, mais dont le diamètre peut s'allonger indéfiniment sans rien changer à Tçssence du cercle.

Donc le crétinisme est le plus mortel ennemi de l'Église; il est l'étouffoir de toute pensée d'avenir et de tout sentiment généreux; il empêche le Monde Nouveau de se faire chrétiennement, sans pouvoir l'empêcher de se faire révolutionnairement. Nous l'avons prouvé.

DiqitizedbvVjQ OQ IC

Page 1