‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 27 sur 43 · LA SCIENCE DU MONDE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LA SCIENCE DU MONDE NOUVEAU

Le Monde Nouveau s'offre à notre pensée comme le résultat d'un mouvement de l'esprit humain ayant un caractère général et universel. Le Monde Nouveau s'étend à tout, il embrasse tout, la science et l'art comme la politique. Ce caractère universel est le signe de la majesté souveraine, et la preuve que la puissance et l'empire seront donnés au monde de Jésus-Christ.

Mais à raison môme de ce caractère universel, le triomphe ne saurait s'opérer par fractions. Avant de passer en acte , le Monde Nouveau suppose un nàouvement d'ensemble dans les idées. Mais ce mouvement une fois fait, et une fois le Monde Nouveau accompli dans les Idées, son explosion dans les faits ne se fera pas longtemps attendre.

Nous sommes en plein travail de préparation Idéale. Voilà pourquoi, avant que ce travail préalable et d'ensemble soit accompli, toutes les questions restent en suspens, tout le monde étant impuissant à les résoudre, puisque leur solution dépend du triomphe, dans les

idées, des principes qui doivent renouveler la face de la terre. Il faut que l'Esprit descende avant que le renouvellement s'accomplisse : Emitte spiritum tuum et créabuntur et renovabis faciem terrœ. Toutes les questions de la politique et de la diplomatie se trouvent accrochées en ce moment, le triomphe du christianisme dans les idées aplanira toutes les difficultés, à commencer par les difficultés, en ce moment insolubles, de la question romaine.

Le rôle de la politique et de la diplomatie, en attendant, est de raccommoder les choses au mieux, d'ajourner les solutions, d'étayer le vieil édifice, de rapiécer le vieux vêtement usé qui couvre nos hontes. Pauvre rôle ! qui prouve justement la nécessité d'un renouvellement complet sur toute la ligne, d'un renouvellement d'ensemble.

On ne pourra résoudre aucune question isolément, il faut donc l'ajourner jusqu'au jour solennel des croisades du Monde Nouveau, jusqu'au jour solennel où lîn nouveau Pierre THermite aura réveillé, dans la conscience humaine, la foi dans l'unité *de l'Europe chrétienne, de l'univers chrétien, en inspirant, à cette Europe chrétienne, à cet univers chrétien, un enthou- . siasme et une volonté capables de faire prévaloir cette unité sur toute la face de la terre^

Jusque-là, c'est à la prière d'opérer dans l'ombre, à la charité d'amasser des trésors de bénédiction. Au moment du triomphe, qui sait? il suffira peut-être d'une larme tombée de la paupière d'une humble paysanne

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pour faire déborder le calice des bénédictions du Sei-

gneur.

. Car ce mouvement d'ensemble doit être si universel, que tout doit y coopérer sur la terre et dans les cieux, surtout les labeurs inconnus, les labeurs de la mystique, les gémissements de l'humilité dans Tombre des vieilles cathédrales et des cloîtres.

Rien ne doit être négligé, tout doit aller à Tunisson. Le mouvement devant embrasser le monde entier, doit être par conséquent le produit de tous les concours, grands et petits, du concours du père Félix et du frère Ignorantin, de la Reine de Naples et de la Bergère de Pibrac couronnées de la même Auréole.

Mouvement et concours tout doit être universel pour être en harmonie avec l'universel Triomphe.

Le savant et l'artiste doivent donc aussi apporter leur pierre à Tédifice. C'est ce qu'il nous reste à démontrer.

Le tableau du Monde Nouveau serait en effet incomplet, si, après avoir exposé le triomphe de la politique et de la diplomatie chrétiennes, sur la politique et la diplomatie du vieux monde, nous n'exposions, avant de finir ce livre, le triomphe de la science et de l'art du Monde Nouveau, sur la science et l'art du monde qui s'en va.

La religion précède et couronne la science dans l'ordre du développement de l'esprit humain à travers les ^es.

Le monde a commencé par la religion et finira par la religion.

La Religion domine toutes les hautes positions de la science. Sur chaque question de métaphysique, de physique, de morale, elle termine, elle couronne le travail de la raison humaine. Analysez, vous trouvez bientôt une limite à la raison séparée. L'objet de la Critique est de fixer irrévocablement ces limites, et Tobjet de la science du cosmos d'aller au delà, sur les ailes de la révélation positive ( I ) .

(\) Nous entendons par science du Cosmos, la somma de toutes les sciences ramenées à l'unité dans le catholicisme, tout en conservant à chacune sa sphère à part, ses principes^ ses procédés et ses limites. Entendu dans ce sens générique , le mot science s'applique aussi bien à la science qui découle de la révélation et des vérités de l'ordre surnaturel, qu'à la science qui découle de la raison et des vérités de l'ordre purement naturel. En d'autres termes, ces deux ordres de vérités ou de réalités existant séparément, il faut bien aussi que deux ordres de sciences leur correspondent, entièrement distinctes comme elles. Mais quoique parfaitement distinctes, on peut et on doit en faire la somme, en en faisant ressortir l'unité dans l'unité du plan divin. C'est la tâche que nous avons imposée à notre vie d'écrivain et de serviteur de l'Église, en nous conformant toujours, avec une fidélité scrupuleuse, à la méthode et aux principes généralement suivis à Rome, et dernièrement confirmés et rappelés avec une grande précision, dans le bref apostolique du 11 décembre 1862, contre les ouvrages du docteur Frohschammer, professeur de l'Université de Munich.

Nous disons cela afin d*ôtre bien compris, et de prévenir toute équivoque. Il nous arrive, en effet, souvent de prendre le mot science dans un sens générique, comprenant la religion et la philosophie, mais alors on doit entendre cette expression dans le sens de •la somme et non de la confusion.

De môme, quand nous disons des mystères qu'ils sont profondément philosophiques, nous sommes loin de prétendre qu'ils appartiennent à la philosophie proprement dite, qui est du ressort de la raison. Nous voulons dire simplement qu'il y a plus de philosophie.

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L'homme a voulu faire deux fois de la science sans religion. Cette tentative insensée a été ou sera le signal de l'écroulement de deux mondes.

L'homme a voulu faire de la science sans religion, à la fin du monde païen, dans les beaux jours d^ la philosophie grecque et romaine, et le monde païen s'est bientôt écroulé.

L'homme fait la môme expérience, depuis Descartes ; et c'est la cause de l'écroulement du monde christianopaïen et de lavénement du monde de Jésus-Christ venant remplir le vide.

La philosophie , qui est la science à sa plus haute puissance, puisqu'elle a la prétention de ramènera elle tous les principes des sciences, la philosophie a subi deux fois les mêmes phases, dans la Grèce antique une première fois, et dans T Europe moderne une seconde fois. Des philosophies antiques, en y comprenant même

et de véritable philosophie, dans la religion que dans la philosophie purement naturelle; plus de philosophie dans la Révélation que dans la Raison; plus de philosophie dans les lumières répandues surnaturellemenl par le Verbe, dans l'Évangile et l'Église, que dans les lumières au moyen desquelles il éclaire naturellement tout homme venant en ce monde; plus de philosophie, en un mot, dans le catéchisme que dans tous les livres des philosophes. Mais tout cela ne signifie pas que la philosophie des mystères soit une philosophie rationnelle, et encore moins que la raison puisse nous donner la clef de ces'myslères. 'Cependant, la raison ou la science proprement dite, nous conduit sur le seuil des mystères sans pouvoir nous y faire pénétrer. Et nous ne voulons pas dire autre chose, quand il nous arrive d'affirmer si souvent que la science humaine aboutit exactenientaux mêmes formules que la science divine, ou à la Trinité, au Christ et à TÉglise. Cela signifie simplement qu'elle nous conduit à ces mystères, mais sans pouvoir nous y faire pénétrer, ainsi que nous l'avons expliqué dans notre Philosophe.

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celle de Tlnde, sont sortis le sensualisme, Tidéalisme, le scepticisme, le mysticisme, l'athéisme, etc. Le même phénomène s'est produit dans les temps modernes. Nous assistons depuis deux siècles au défilé des mêmes systèmes, à la danse macabre des philosophes.

Toutes les formes de la raison séparée se trouvent donc épuisées par une double épreuve. A moins de recommencer une troisième fois pour aboutir au même résultat, Fimpuissance, il faut reporter ailleurs notre activité, vers cette science comparée si clairement annoncée par de Maistre, dans laquelle, après six mille ans de recherches et de tâtonnements, les affinités de la raison et de la foi nous apparaîtront enfin sous leur forme unitaire et systématique , et avec leur caractère cosmique ou universel.

L'avenirjappartient à cette nouvelle scolastique qui mettra à nu le plan divin, considéré dans son ensemble, monde naturel et monde surnaturel. L'ancienne scolastique est venue après la philosophie du monde antique, après Platon et Aristote. La nouvelle scolastique devait venir après la philosophie de l'Europe moderne, après Descartes et Hegel.

Il est dans l'ordre historique que les nations et les grandes périodes de la civilisation commencent par la religion, ^finissent par la philosophie, renaissent par la religion, et atteignent les hautes cimes de la gloire et de la puissance, une fois fécondées sous le baiser de la philosophie et de la religion.

L'antiquité païenne a commencé et fini de la sorte.

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Mais sa religion et sa philosophie étant fausses , leur alliance dans le néoplatonisme n a fait qu'accélérer leur dissolution et celle de la société qu'elles avaient la prétention deiaire revivre. Alors, sur les ruines de Tancienne religion et dé l'ancienne philosophie, s'est élevé le christianisme qui a commencé une ère nouvelle. Supérieur, comme philosophie, à la philosophie antique, le christianisme s'est développé dans la sco-» lastique, s'assimilant Platon avec saint Augustin, et Aristote avec saint Thomas qui a fait la somme de son temps.

La philosophie moderne a cru le mouvement scolastique épuisé. Enorgueillie par de brillantes découvertes que saint Thomas n'avait pu même soupçonner, elle a voulu dépasser la somme. Elle s'est donc émancipée, et elle a de nouveau parcouru les diverses phases des systèmes antiques, au milieu des profondes ténèbres de la raison séparée. La philosophie moderne s'est engloutie et a engloutie le monde moderne dans son orgueil.

Le moment est venu de sauver la philosophie et le monde, en faisant subir à la philosophie et à la science modernes le même travail d'assimilation et d'épuration, que saint Augustin et saint Thomas ont fait subir à la philosophie de Platon et d' Aristote. Le moment est venu de fonder une nouvelle scolastique, et de jeter les bases d'une œuvre analogue à la somme et qui en" sera la couronne. Nous voulons parler <le rencyclopédie du Monde Nouveau, projet dont nos ennemis se sont déjà

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emparés en parodiant Tidéal encyclopédique que les catholiques, seuls, sont en mesure de réaliser.

La scolastique du Monde Nouveau sera d'autant plus brillante et plus belle qu'elle pourra s'assimiler les trésors de théologie, de science, de philosophie et d'histoire accumulés par dix-neuf siècles de christianisme- Et ainsi se continuera, vers le Christ, cette marche ascendante de l'esprit humain, allant, par retours périodiques et d'action en réaction, comme tout ce qui est faible et misérable, de la religion à la philosophie et de la philosophie à la religion, pour s'arrêter pendant quelque temps dans les baisers de l'union : toujours progressant, sous le regard de Dieu, qui tire, des révoltes périodiques de l'orgueil humain et des révolutions qu'elles entraînent, le moyen de faire avancer la relrgjon et de faire éclater le triomphe final.

Car, comme les destinées de la politique sont liées à celles de la religion et de la philosophie, à cette longue période de troubles qui ont suivi le travail de désagrégation de la Réforme et de la philosophie moderne, devra succéder inévitablement une longue période d'ordre et de développements réguliers, qui seront, comme au moyen âge, le fruit du baiser d'union de la science et delà religion, de la politique et du christianisme, de l'Empire et du Sacerdoce. La religion commence donc les destinées humaines et elle les accomplit. La science humaine, la science séparée, apparaît un instant, entre le commencement et la fin ou au milieu des destinées deThumanité, mais elle n'a ni l'honneur de présider à

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son berceau, ni rhonneur de présider à son épanouissement intégral et à son triomphe. La science séparée prépare les voies, elle démolit, elle fait table rase, et puis elle se dévore elle-même, afin que l'homme, une fois dans le vide, se retourne vers le Seigneur.

La philosophie de nos jours, ayant parcouru toutes ses phases et épuisé tous les systèmes, ne pourrait plus que rouler sur elle-même indéfiniment. Son rôle est fini, comme le rôle de la philosophie antique ; à la religion de reparaître glorieuse sur la scène du monde, à Jésus-Christ de reconstituer, dans lunité de la religion, les divines harmonies de la science.

L'unité de la science, c'est la religion, ramassant à terre toutes ces pauvres sciences contemporaines qui se traînent, sans Dieu, sans lumière, sans beauté, sans lien entre elles, décousues, à l'état d'enfance encore au maillot, incapables de bégayer même le nom du Seigneur.

A la religion de secouei' tout cela, d'élever tout cela, de donner à tout cela la puissance de l'unité ou la majesté souveraine.

La société Européenne, au moment oîi nous écrivons ces lignes, tend visiblement à l'unité sous toutes les formes, unité dans la science, unité dans J art, nnité dans la politique, unité dans les nationalités, unité dans la religion, unité en tout. Cette tendance vers

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Tunité doit être pour les catholiques une source d'espérance^ illimitées, en songeant que le catholicisme, et le catholicisme seul, peut réaliser cette unité. Unité grandiose qui, dépassant de beaucoup le cosmopolitisme, ce necplus ultra des rêves humanitaires, revêtira une forme cosmique ou universelle, puisque même les sciences positives, la géologie, l'astronomie, la physiologie, comme lontologie et la psychologie, viendront rendre homiûage au Dieu du christianisme, le catholicisme étant le vaste confluent de toutes' les sciences et de toutes les belles tendances sans exception.

Le Monde a compris cela dans ce beau passage de M. Chantrel, qui résume exactement la pensée de cet ouvrage et celle de nos autres publications scientifiques, philosophiques et politiques :

« Pendant que le savant marche, sans même avoir la (( conscience de la grande œuvre à laquelle il coopère, « le plan divin se développe, et le chrétien, instruit par « l'histoire et par la révélation, saisit de siècle en siè- « cle quelques traits de plus de ce magnifique plan, 0 qui réunit dans une merveilleuse unité Tordre phy- « sique, Tordre moral et Tordre surnaturel. Les pro- « grès des sciences physiques, comme les révolutions « politiques et sociales, doivent aboutir à la glorification «du Christ, roi du monde et médiateur universel. « Toutes les sciences viendront un jour rendre hom- « mage à la vérité révélée, comme toutes les nations « reconnaîtront que le Christ est leur véritable roi. La

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« science incrédule cljLerche à renverser les bases de la « révélation, comme la Révolutioii cherche à former, « contre la seule Unité véritable, une espèce d'unité ou « plutôt de confusion diabolique qui réunirait tous les « hommes sous la verge d'un seul despote, au lieu de « les rassembler sous la houlette d'un seul pasteur. « Mais elles auront beau faire, la science incrédule et la « Révolution travaillent au triomphe de la vérité et de « la vraie Unité ; les découvertes de la première viennent « peu à peu confirmer le dogme catholique, les ruines <( accumulées par la seconde préparent la reconstruc- « tion de l'édifice catholique, et font de plus en plus « sentir la nécessité de revenir à l'Église fondée par « Jésus-Christ. Nous n'avons rien à craindre, en déû- « nilive, ni de la science, ni de la Révolution : ce qui « peut nous arriver de pire, c'est d'obtenir plus tôt par (i la mort le triomphe individuel promis à chaque chré- « tien fidèle, et de hâter ainsi par le sacrifice l'heure du (( triomphe général qui précédera le second avéne- « ment (I). »

Tout tend donc au fusionnement de la pensée humaine dans la pensée divine, et c'est le caractère du Monde Nouveau. Est-ce à dire que l'homme va disparaître parce que, conservant tout son être, toute son individualité, il éprouvera le besoin de s'unir à Dieu d'une manière tout à fait intime?

Est-ce à dire que la science purement humaine, pu-

(S) Monde du ? décembre 1862.

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rement pationDelle, va disparaître parce que, sans rien changer à sa méthode sure et solide, elle ira droit à son couronnement, à son auréole, à la science de Dieu, à la science de la révélation? Non certes. Nous allons le prouver.

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