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CHAPITRE XXVUl

L'Art c'est Dieu. C'^st Dieu manifeslant ses types, ses idées, son Verbe, se manifestiant par conséquent lui-même. A cette hauteur, l'art et la science se confondent. A cette hauteur, l*art est la science revêtue de splendeur, la science drapée dans la Majesté de sa Gloire. Cetle splendeur et cette Mapsté souveraines réveillent l'âme engourdie, et eitcitent en elle des sentiments d'admiration et d'enthousiasme. L'amoui' des types se produit alors, avec unB puissance qui ravit l'âme jusqu'à Fextase, c'est l'union de l'âme à Dieu dans le Saint-Esprit. C'est le Verbe vu et le Saint-Esprit ^w/?, le Saint-EqE)rit opérant en nous par Taïnour ; le Saint- Esprit nous attachant au Verbe d'où émanent les types, nous ftdsant aimer le Verbe oti les types; le Saint- Esprit nous montrant, dans ce mouvement extatique de l'Artiste, le Dieu caché au fond de ces types ou le Père, Principe des types, Përe des types. L'Art^ est donc la manifestation du Père, du Verbe et de l'Esprit,

L'âme possède alors la Trinité au grand complet, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Elle est inondée d*Être, de Lumière et d*Amour, elle est dans le ciel autant qu'on peut être dans le ciel sur la terre.

Elle est à un million de lieues au-dessus de Tâme du Savant et de T Artiste, qui ne voient dans la Science et dans TArt que des formes qui passent, de T Artiste, qui végète et se traîne à la surface de la Terre, tandis que le Grand Artiste, l'Artiste du Monde Nouveau, \oit Dieu, voit Tlmmuable, non en lui-même, mais dans sa manifestation à travers les types réalisés. . Il voit la Gloire non dans son essence, mais la Gloire qui rejaillit de l'œuvre divine, des profondeurs du Verbe : Invisibiliaper visibilia conspiciuntur .

Ce rejaillissement de la Gloire qui s'échappe des créatures, c'est la Beauté souveraine, c'est Dieu qui éclate au dehors, tout en restant profondément enseveli et caché au fond de l'Être et des êtres.

11 manifeste l'éclat de son Verbe dans les types éternels, et il fait jaillir l'Amour ou l'Esprit de leur Beauté primordiale, 11 s'affirme ainsi à la conscience humaine sans se montrer à elle, visible et invisible ; visible dans son Verbe ou dans les types des créatures, invisible dans son être ; mais toujours senti dans l'Amour, qui nous ravit à la vue de la Beauté des types, et nous fait sentir l'être qui se cache, se voile, et s'eSace pour se faire toujours aimer et toujours désirer.

Dieu, c'est la Viei^e voilant ses charmes; toujours Beau parce qu'il est toujours Vierge, amour sans bornes

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se donnant sans cesse, Océan de jouissances qui toujours recommencent et jamais ne rassasient.

Au fond, la Science et l'Art se fusionnent en Dieu. Connaître Dieu, serait connaître toutes choses; jouir de la Beauté divine serait jouir de toutes les Beautés.

Dieu est la Vérité souveraine. Dieu est la Beauté souveraine. La Science et T Art, c'est Dieu.

« La Beauté est la splendeur du Vrai. » Ce mot de Platon nous révèle l'essence de la science et de l'art.

Pourquoi le vrai est-il splendide? Parce que le vrai c'est Dieu.

L'art est le produit de l'activité de Dieu et de l'homme, agissant de concert pour produire ce qui est bien, ce qui est beau, ce qui est convenable, ce qui est dans les bienséances, dans les justes proportions, comme dit saint Augustin, c'est-à-dire ce qui est selon les types, selon le Verbe. L'art c'est le Saint-Esprit, c'est l'amour dans l'enthousiasme, produisant le Verbe au dehors. Le Verbe est la loi ou la règle de l'activité; dirigeant l'activité d'une manière plutôt que d'une autre, il fixe l'attention de l'être actif sur la Beauté des

L'art s'étend donc à tout, aux plus petites comme aux plus grandes choses, parce que Dieu est partout dans les grandes comme dans les petites choses, avec sa loi souveraine qui règle l'activité humaine et lui manifeste les types éternels, le type de l'insecte sous l'herbe et le type des globes célestes dont les harmonieux accords

étaient saisis par l'oreille inspirée de Pythagore.

sa

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L'art s'étend à tout. Il est la forme même de la science, ou sa beauté ; il exprime le fcotitour suate, la chaleur, la vie des chosîes, leur amour, leur esprit qui fait fondre le cœur, qui le rend liquide comme devient liquide le cœur des mystiques dans loraison.

L'artiste, le vrai' artiste, dans l'ordre religieux, c'est l'homme en oraison à la manière de sainte Thérèse,! de saint Jean, le voyant de Palhmos, le grand Artiste du Monde Nouveau, dont laaint Joseph (le charpenticî*, l'artisan^ le peuple), est la base, le Christ, le grand Monarque, et la Vierge le cœur et le type immaculé. L'art, c'est le monde delà sainte famille, dans sa beauté esthétique universelle, ramenant et' rattachant lasairite famille humaine à la sainte famille divine, au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

Au fond de l'art il y a la science, la science des types. La science est la substance dé l'art.

Pour produire un type^ un idéal,; il faut le connaître. Si en outre on le sent, on est artiste.

Il faut connaître là science culinaire pour être un artiste culinaire, comme il faut connaitre la science de l'anatomie du corps humain pour être un artiste en peinture ou en sculpture, un artiste complet : J'artiste du Monde Nouveau, le grand Artiste^ l'artiste de la Vierge dans sa grandeur et sa majesté (1);

Le guerrier est un artiste, quand, possédant la

(1) Voir dans la Revue du Monde catholique du 10 avril 1863, un article où M. Hello développe cette pensée. Voir aussi les Étud^^ sur l'art, de M. de. Juvigny.

ou LE tfONDB-DE JÉ6US-GHRIST. 339

scie^e de la guerre^ il sait rappliquer avec cette am- . pleur, cette splendeur qui révèlent en^Iui le sentimmt des lois qu'il pratique. Napoléon était un grand artiste en batailles. Ce mot est de M. de Châfeaubriand.

L'artiste est celui qui montre Dieu avec aisiour, avec enthousiasme, avec dévouement, en se sacrifiant luimême, afin que cette manifestation ne sait pas la manifestation de lui-même, mais la manifestation de Celai qui rinspire, et se sert de son activité pour se produire.

L'artiste travaille avec Dieu, pour voir Dieu et manifester Dieu avec amour.

Tout homme complet est un artiste. L'art est le couronnement de r homme, le terme de son activité, son dernier mot sur la terre. Le savant complet, le.philosophe complet, le politique complet, le guerrier complet, est un artiste.

On est artiste en batailles, comme on est artiste en eheveux. Une fois arrivé sur les hauteurs. d6 l'art, l'homime éprauve le besoin démonter plus haut, parce ■qu'il entrevoit' encore au delà un abîme sans fond de nouvelles beautés, mais ils'^uiserait à vouloir les atteindre* Et c'est un vautre caractère de l'art d'être insaisissable, itidétermiiié, indéfini : il serait même infini s'il pouvait attendre l'Infini qui est sa tendance et sa fin. Et c'est une nouvelle preuve de la nature divine de l'art et de son objet qui est la beauté des choses, la beauté infinie de l'Être, insaisissable, parce que l'Être ne se manifeste qu'à l'extérieur ou au dehors. L'art

c'est la vue de Dieu prise du dehors : vue magnifique comme tout ce qui Tient de Dieu,

L'art est le terme du progrès humain, le sommet de son ascension. L'art dépasse la science, il est au faite de la science. Il la fait éclater.

Inséparable de la science, Tart est la science sentie, aimée, possédée, et cependant toujours désirée, parce que sa possession n'est jamais intégrale.

L'art est au faite de la science, il est son auréole.

Le grand artiste est ivre de Dieu, est possédé de Dieu. Il reçoit la lumière de Dieu ou de première main. Le faux artiste ne la reçoit que de seconde main. Au lieu de la puiser à sa source', en Dieu, il imite, il copie le Grec ou le Romain, et alors il est un imitateur; ou bien la nature crue, et alors il est un réaliste; mais dans Tun et l'autre cas il est un copiste, sans invention, sans génie. Ou s'il a du génie, il reçoit directement de Satan ces lueurs fausses, ces lueurs blafardes, venues du ciel à travers les noires vapeurs de l'abîme.

Nous comprenons donc les colères de MM. Jean Lander, Georges Seigneur et E. Hello dans la Revue du monde catholique contre le faux artiste, contre le faux grand homme.

Le faux artiste, le faux grand homme, est un profanateur, un sacrilège, un singe de Dieu ou du Diable, un Voltaire.

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« Être Voltairien ce n'est pas aimer Voltaire, c'est « détester Dieu (1). » Aimer les faux grands hommes, les faux artistes, c'est détester Dieu, c'est aimer ceux qui le profanent, qui profanent l'Art (Dieu), c'est aimer d'horribles Sacrilèges.

La manière du faux artiste, dit M. Seigneur, et la manière du grand artiste, « rappellent parfaitement la « manière de Satan et la manière de Dieu (2). »

L'art a une affinité profonde avec les esprits : avec les esprits de lumière, s'il est dans sa voie, et avec les esprits de ténèbres, s'il s'égare.

Il y a*de l'ange dans l'art : de l'ange dans la gloire ou de l'ange déchu. L'artiste dépasse la mesure de l'homme.

Voilà pourquoi Fart a été conservé dans le catholicisme, la religion de Dieu, et supprimé dans le calvinisme, la religion de l'homme. L'erreur abhorre ce qui dépasse l'homme. L'Erreur c'est l'homme séparé, l'homme sans art, c'est-à-dire sans religion, sans oraison, sans extase, c'est l'opposé de sainte Thérèse. L'Erreur c'est l'homme atrophié, crétinisé (Hegel, Strauss, Renan, Michelet, Littré, Taine) (3).

(0 M Jïello, le Style. 1861, chez V. Palmé, p. 177.

(2) La question divine. Paris, Douniol, 1859.

(3) Ceci n'est pas une injure. Nous voulons dire simplement que rhomme séparé de Dieu tombe nécessairement et fatalement dans le crétinisme, eût-il le génie de Descartes. G*est là le faux grand homme dont le Monde Nouveau fera justice : Thomme aux facultés puissantes, qui, en ayant fait Tusage de Tarchange déchu, a crétinisé et atrophié la nature humaine, en s^atrophiant et se crélinisant luimême.

L'art a des lois, de véritables loià, et non des règles de convention. Ses lois sont le§ loié mêmes du Verbe et non les lois derhomme, les loî^ du faux Rhéteur, les lois de la mécanique {[) . ...

Puisque Tart est la manifestation éèlatante défe types, il n*a rien d*arbifVaii^, les types n'ayant rien d'arbitraire. Il est un acte d'adoration. Le' vrai- artiste est toujours en présence de Dieu, toujours à genoux devant Dieu. Il le voit, il raîmé, ou il est un monâtre, un faux artiste,' miais alors il ûe le voit pas. Il ne se voit que lui-même ou la Bête, ou la matière brute;

Mais où sont les artistes qui ont vu Dieu, qui ont aimé Dieu, ou qui Tout vu et aimé complètement? Ces artistes oh sont-ils?

Où sont lés vrais grands artistes, où sont les vrais grands hommes? De faux artistes, de faux grands hommes, il y en à, et beaucoup. Le monde païen, le monde christiano-païen et le monde de la révolution en sont pleins. A peu près à eux seuls ils composent l'histoire. Et quelle histoire! Le plus souvent les mobiles de ces hommes sont des mobiles ignobles : l'orgueil, la domination, la cupidité, la volupté (César, Alexandre, etc.). Toujours de grandes faiblesses servie ,par de grandes facultés, rarement la résistance aux

(I) p. 8, du Style.

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passions, caractère de la véritable grandeur (saint Bernard), du véritable héroï&me (saint Louis). L'art est la pureté, Idéale : où sont les artistes purs, les grands iiofl^mes puF&, absolument purs? , . , .

Nous ne connaissons guère que des artistes et des grands hommes appartenant au vieil homme^ à Thomme iiéçlm^pec.^es passions, ses sôuljlures. Aussi que d'idoles à renverser de leur piédestal pour enfanter le monde 4e rbomme nouveau, de Thomme pur, de l'homme régénéré; le monde du drame vrai, de la passion vraie, de la divine épopée, de Dieu avec nous ; le monde Immaculé, au moins en théorie, puisque, hélas! la suprême perfection est une utopie en pratique I

Les grands hommes ne sont guère que des types de vertu, mêlés à des types d'orgueil, de vanité, de cruauté, de lu:çure.

Le démon voulant faire Tapothéose de ces types d orgueil, de vanité, de cruauté et /de luxure, sous la forme des héros de la fable et de Thîstoire, s'est servi du génie et des plus hautes facultés des poètes, des orateurs et des philosophes pour s'exalter lui-même dans l'Jiioiïime et dan^ Vhumanilé, au moyen de ces héros et de leurs poètes,

Tout grand homme qui ne sert pas Dieu, mais le Diable, en servant Jes passions des hommes, a des tares. C'est là un faux grand homme, et il en est de même du poète qui célèbre les passions du faux grand homme. Portât-il le nom le plus glorieux, il a des tares par cela seul qu'il touche à des souillures, sans les flétrir.

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Au Critique du Monde Nouveau, au grand Critique, de démasquer ces tares, de démêler le vrai du faux, l'or du clinquant, le faux éclat du vrai éclat, dans Tarchange déchu reparaissant sous le masque du poète et du héros !

L'art aux proportions vraiment divines, l'art voyant Dieu, l'art en extase,* n'est donc pas dans le passé; il est dans l'avenir, avec son grand style.

Tout dans le Monde Nouveau doit être renouvelé et agrandi, même l'art.

A l'époque solennelle où nous sommes, il faut des grands hommes sachant parler le grand style, « le style « de Christophe Colomb traçant avec la pointe de son « épée le signe de la croix dans le brouillard (1) : » des grands hommes n'égalant pas les Grecs et les Romains, mais les surpassant (2) : des grands hommes aussi supérieurs aux grands hommes du monde païen, du monde christiano-païen, et du monde de la Révolution, que le monde chrétien est supérieur à ces mondes de corruption I

De ces hommes il en faut, et ils viendront. Ils sont dans l'ordre des choses, dans les nécessités de la situation, puisque les grands hommes, que nous avons eus et que nous avons en ce moment, n'ont pu sauver les mondes qui s'en sont allés ou qui s'en vont.

(\) M. Hello, /c 5^y/e, p. 54.

(2) M. G. Seigneur, la Question divine^ p. 24.

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