LE MONDE ACTUEL OU LE MONDE DE TRANSITION
La société actuelle est en voie de transition. Elle passe d'un monde à un autre, du monde christianopaïen au monde purement chrétien. Mais elle est encore dans le tourbillon de la révolution, en plein travail d'enfantement. Aussi Thomme gémit, il pleure. Il sent qu'on le dépouille, cela le fait crier. Il ne comprend rien au tourbillon qui l'emporte. 11 ne sait oîi il va. Tout est en suspens, rien de stable, l'homme ne sait oîi se prendre. Il cherche, il tâtonne. D'étranges aspirations l'agitent; devant les grandioses perspectives de l'avenir tout lui déplaît. Il éprouve un profond dégoût des hontes qui l'entourent. Il sent que rien n'est assis, que tout cherche à s'asseoir, que l'humanité est en marche vers une destinée inconnue. Jamais pareil phénomène dans l'histoire.
Autrefois l'homme était content de sa position, il savait à quoi s'en tenir. Il n'était pas en l'air, dans un mouve-
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ment perpétuel. Il pouvait se fixer. Aujourd'hui tout est changeant, aussi tout lui échappe au moment où il croit tout tenir. S'il s'atta<;he à une forme de gouvernement, cette forme s'évanouit et une autre lui succède mais non moins fugitive.
Il n'est pas deux hommes politiques qui, ne s'étant pas vus depuis quinze ans, et s'accostant dans la rue, ne s'abordent en disant : Que de choses depuis notre dernière entrevue! En eflfet, il suffit de quelques années, d'un intervalle de quatre ans, 1848 à 1852, par exemple, pour voir passer sous ses yeux : royauté, gouvernement parlementaire, république, dictature, empire. Et ces épisodes étranges se reproduisent partout en même temps, à Paris, à Berlin, à Vienne, à Rome! La face de la terre se renouvelle, et souvent en quelques heures.
11 serait curieux de savoir ce que penserait de nous un marquis ou une marquise de l'ancien monde, du monde d'il y a soixante-quinze ans, de l'autre monde, oui, de l'autre monde. Relations civiles, politiques et sociales, rangs, dignités, conditions économiques, système de locomotion, agriculture,* industrie, fortunes, caractères, mœurs, habitudes, plaisirs, tempéraments, tout est changé, rien ne ressemble à l'autre monde, au monde d'il y a soixante-quinze ans ! Une chose, une seule, n'a pas changé, la religion catholique, apostolique et romaine !
Nous assistons à l'écroulement d'un monde. Cet écroulement est même opéré aux trois quarts, et nous
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travaillons à tâtons, au hasard, la tète prise, à la reconstruction de l'édifice, sans songer à cette colonne immuable de TËglise, qui seule reste debout, et seule peut le soutenir.
Le travail de reconstruction sociale est fait aux trois quarts dans Tordre économique. Des travaux gigantesques ont été accomplis. La Terre embellie et fécondée est sillonnée de part en part. Toutes les barrières s'écroulent. L'homme est mis en communication instantanée d'un pôle à l'autre. Les peuples se visitent et se pénètrent en tous sens d'Occident en Orient.
L'humanité est emportée par un mouvement divin vers les régions d'où elle est partie à l'origine. Les grandes croisades, les croisades triomphales, les croisades h coup sûr du monde nouveau, se préparent dans l'ombre, dans le secret de la conscience des peuples, suppléant à la conscience et à l'impuissance des rois et les entraînant, comme au moyen âge, au jour marqué dans les desseins de Dieu. Encore une fois l'Orient servira à pacifier l'Occident. Encore une fois l'Orient apportera la solution de toutes les questions de l'Occident, en servant de dédommagement et d'appoint aux rois dépossédés par l'afifranchissement des peuples. L'Orient dira le mot de l'énigme. L'Orient est la patrie de Dieu, la patrie de la divine Famille. L'Orient a des profondeurs mystiques où l'on
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se perd. Le monde a commeueé en Orient, le monde finira en Orient (1).
Des choses immenses remuent au fond des entrailles de rhumanité, vagues, insaisissables. L'humanité sortie de r Egypte, du monde christiano-païen, erre dans le désert avant d'entrer dans la terre promise. Situation affreuse oîi l'homme se perd dans le vague, se demandant où il va. Ayant en face de soi Tinconnu, on avance, on plonge dans Tespace, et toujours des horizons sans fin! On se console en parant sa tente d'un jour, (étendus sur de moelleux coussins, et on se remet en marche le lendemain. On s'attache avec des ardeurs fiévreuses au présent, ne pouvant pénétrer l'énigme de l'avenir.
Et pourtant l'énigme est bien simple!. Nous sortons deFÉgypte, nous nous acheminons à travers le désert, vers la véritable terre promise, dont l'autre, la terre ' promise aux enfants de Jacob, n'était que la figure. Mais nous murmurons dans le désert, nous regrettons les oignons des bords du Nil. Nous offrons notre encens au veau d'or [le lingot cTor). Nous murmurons contre Dieu, nous le blasphémons, nous le nions, nous lui préférons les vieux dieux de l'Egypte.
Écoutons Pie IX : « Une épouvantable diffusion des « plus affreuses doctrines s'accomplit et marche avec « une infernale activité. Elle se produit par les mau- « vais livres, les mauvais journaux, les mauvais exem-
(1) Voir VOccident en Orient de M. de Juvigny. Dentu, 48*>0,
« pies, par la parole, par d'odieuses et lâches aposta- « sies. Le scandale est partout, avec un luxe effréné, « un besoin immense de plaisirs, de jouissances gros- « sièreset coupables qui gagne tout, même les classes « humbles et pauvres... Mais nous avons pour nous « les paroles du Maître qui assure à l'Église un triom- « phe admirable. . • Après la lutte la victoire (1 ) ! »>
Le monde où nous vivons est un affreux mélange de bons et de mauvais éléments. On dirait le chaos. Tout y est, tout y fermente; ic'ost le germe de vie au sein des détritus du vieux monde et des matières en décomposition, entassées par la révolution pour étouffer ce germe divin.
Mais M. Viguié (2) va nous dire ce qui sortira de là : « Toutes les idées qui doivent faire la société chré- « tienne régnent souveraines dans les esprits. La Révo- « lution, instrument aveugle de la Sagesse, a brisé a toutes les institutions qui n'avaient point de place « dans le monde chrétien. Et le terrain est prêt pour « élever la cité nouvelle.
« La société païenne, c'était ladomination de l'homme « sur l'homme.
(1) Paroles du Saint-Père aux prédicateurs du carême de 1863. Le Pape inspiré ne se décourage pas. Il voit la profondeur du mal, mais il croit à la terre promise, aujourd'hui comme en 1854 dans sa bulle dogmatique de l'Immaculée Conception, où il annonçait avec une grande assurance le règne du Pasteur universel.
(2) Les citations que nous donnerons de cet auteur sont extraites de son Humanité au dix neuvième siècle, ouvrage entièrement épuisé et devenu très-rare.
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« La société chrétienne, c'est le respect et l'amour « de l'homme; c'est la liberté et l'égalité par la frater- (' nité.
« Liberté, égalité! c'est la loi de la justice, recon- « nue, et les mots d'esclaves et de serfs, de castes et de « privilèges injustes et injurieux, effacés de la langue « des hommes.
« Tous les hommes obéissent à une même loi.
« Dans la vieille société, le travail était haï et mé- « prisé. La vieille société plaçait la dignité et le bon- « heur dans une vie de faste, de mollesse, d'inutilité. « Un homme superbe , entouré d'hommes avilis et « dégradés, pour le coucher, l'habiller, le prome- « ner, le faire manger, c'était là l'homme libre, « l'homme noble, l'homme honoré. La vieille Société « méconnaissait la destinée de l'homme et le but de « la vie.
« Le travail est la loi et la gloire de l'Être intelli- « gent : le travail est la loi et la gloire de l'homme.
« Les animaux de la terre ne savent ni semer, ni « moissonner : et le Travailleur Céleste les nourrit. Les « herbes des champs ne savent ni travailler, ni filer : « et Dieu les vêtit.
« Mais l'homme, fait à l'image de Dieu, l'homme, « comme Dieu, être intelligent et voulant, Dieu l'a as- « socié à sa création. »
L'homme doit donc travailler. Le travail est la première loi du monde nouveau, du monde de saint Joseph, le charpentier.
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Un autre caractère du monde nouveau, c'est son unité et son universalité. Il faut donc que les frères oubliés et perdus dans les profondeurs de l'Afrique centrale, sur les plateaux sans fond de FÂsie, dans Timmense archipel océanique soient retrouvés. Il faut que tous les champs du globe soient explorés pour relier entre eux tous les lieux où habitent les hommes.
L'homme va donc entreprendre le prodigieux voyage qui doit enfanter l'unité.
« Vainement l'océan fait gronder ses larges abîmes. « L'Océan voit ses plaines béantes parcourues, explo- « rées par le voyageur sans peur; et tous les mondes a perdus dans l'immensité de ses déserts sont révélés à « la lumière. »
Évidemment Dieu veut prendre possession de son domaine.
Aussi les hérauts de la bonne nouvelle parcourent tous les chemins du globe, et ce n'est pas sans dessein que Dieu, de nos jours, a donné aux missions catholiques cette vie ardente comme l'amour, ce mouvement vaste comme l'espace. La prise de possession de la planète entière par l'homme, au nom de Dieu, n'est donc pas une utopie. Elle est un fait à peu près accompli. L'utopie est dans ceux qui, témoins de ce fait, méconnaissent les caractères de préparation de l'époque merveilleuse, où nous est donné cet étrange spectacle du Roi de la création prenant possession de son domaine d'un pôle à l'autre.
Un autre caractère du monde nouveau^ c'est Tinstruc-
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tion et surtout la bonne éducation mise à la porlée de tous.
Ce qui fait Thomme c'est l'intelligence- C'est par la vie de l'inteUigence, par l'instruction que l'homme \it de la vie de l'homme et occupe le rang que Dieu lui a a donné dans la création. L'homme vivant dans les ténèbres ne peut mêler sa pensée, son amour, sa vie, à la pensée, à l'amour et à la vie de celui qui vit au milieu des lumières; ne parlant pas la même langue, ils n'habitent pas lé même monde.
Or le monde couimence à comprendre que Jésus- Christ étant venu évangéliser les pauvres, il importe de les instruire, de les former à la vie de l'intelligence, de façonner leurs cœurs à l'amour.
Mais laissons encore parler M. Viguié :
« Jésus-Christ est venu retirer les malheureuses mul- « titudes des ténèbres de la vie obscure de la matière, et « les fait participer à la lumière de l'esprit. Le monde a chrétien ce sera le monde de l'intelligence : ce sera « l'instruction ouvrant toutes les porter de son sanc- « tuaire divin, et tous les hommes appelés à la vie de « l'intelligence, à la vie del'homme. L'Église de Jésusa Christ a travaillé pendant dix-huit siècles à préparer « l'œuvre chrétienne, à élever les pauvres à la vie de « l'Esprit. Or, après dix-huit siècles de travail et de « préparation, les jours de l'intelligence sont venus. » Les jours de l'instruction et de l'éducation pour tous.
Un autre caractère du monde nouveau, c'est un développement extraordinaire de la science faisant surgir
du génie de rhomme une foule d'inventioas et de découvertes.
L'Esprit de Dieu a donc illuminé l'Esprit de rhomme. Il lui a livré les secrets de la science (1). Nous voici au temps oîi, suivant Isaïe, « la science de Dieu, immense « comme la mer, doit inonder la terre (2) » et oti, suivant Daniel, « la science doit être multipliée (3). »
L'imprimerie est donc venue se mettre au service de rhomme. L'invention des machines qui travaillent pour l'homme est venue délivrer l'homme de l'asser-
(1) Voyez notre Philosophe devant le Cosmos, où nous prouvons que les catholiques peuvent entreprendre, quand ils le voudront sérieusement, la construction de la Science, en ramenant à Tunité toutes les sciences horriblement morcelées et mutilées par les savants. Nous indiquons dans ce livre les trois lois universelles ou cosmiques, pivot central autour duquel on peut ramener toutes les sciences à Tunité, de manière à constituer la Science du monde nouveau^ ou le triomphe du catholicisme dans la science.
Cette Science, dont nouj avons fait depuis vingt ans notre spécialité, commence à prendre possession des intelligences. Elle a eu Tinsigne honneur^ comme nous le verrons plus loin, de faire le sujet de la quatrième conférence du P. Félix, à Notre-Dame, pendant le carême de 1863. Ce^père a exposé avec autorité, dans cette conférence, tout ce que nous avons dit (dans nos Essais sur VÊlre divin, publié il y a vingt ans, et dans notre Philosophe, publié il y a cinq ans), sur la loi cosmique de la substance, des lois et des forces, ou la loi de la Trinité. Cette loi, avec la loi du perfectionnement par l'épreuve, ou loi du Christ, et la loi de l'association hiérarchique des êtres au sein de Dieu, ou loi de l'Église, constituent ia divine trilogie ou le plan typique suivant lequel Dieu a créé l'univers. Mais un plus grand honneur avait été réservé à ces idées, aujourd'hui consacrées par l'enseignement de la chaire catholique. Pie IX a appelé les bénédictions de Dieu sur les travaux de l'auteur, dans une lettre qu'il lui a fait adresser par Mgr Fioramenti, le 20 novembre 1858.
(2) Trad. de M. de (ienoude, ch. xi, 9.
(3) Ch. xiï, 4.
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yissement à la matière, et elles lui donnent la liberté pour la vie de l'intelligence.
L'imprimerie et les miracles de la mécanique, que chaque jour de notre siècle voit éclore, révèlent dans les conseils divins un ordre nouveau, tout différent de tordre ancien^ une humanité nouvelle, toute différente de r humanité ancienne : l'humanité des prodiges de l{i matière, l'humanité de la matière triomphante venant rendre à Dieu ses hommages ; mais aussi l'humanité de l'intelligence, Thumanité du christianisme, sortant de l'humiliation des siècles anciens et entrant dans la gloire des siècles nouveaux I
Le père Ramière, dans son livre des Espérances^ porte aussi loin et même plus loin ses espérances. Mais s'il ne signale pas les souffrances et les grands labeurs, généreusement supportés par tous, dans le monde nouveau, dans le monde du travail et de l'âge viril de l'humanité, en vue du perfectionnement des justes et de l'amélioration du sort des malheureux; pas plus que nous il ne se fait illusion sur le présent, sur ce monde transitoire qui passe, et sur ces épouvantables instincts de notre époque avec lesquels il n'est aucun accommodement possible, qu'il faut foudroyer au plus vite, afin de précipiter au plus tôt dans l'abîme celui qui vit de ces instincts et les fomente, r antique serpent, le vieux dragon (Apec, ch. xx).
Le père Ramière voit la mort des intelligences sortir
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de cette même machine merveilleuse, destinée à enfanter le monde nouveau à la vie de l'intelligence, Fimprimerie, organisant sur une vaste échelle lempoisonnement de l'esprit et du cœur de Thomme. « Cette « puissance supérieure, au sceptre et à Tépée, cette ar- « tillerie qui porte plus loin que les canons rayés, et ^<( détruit irrésistiblement les remparts les plus invin- « cibles (1), » qui empoisonne plus infailliblement notre espèce que Topium de l'Angleterre n'empoisonne les quatre cents millions d'Indiens et de Chinois ses tributaires. L^ Vérité est captive, incapable de s'élever à la grande publicité. La presse de la Vérité est inférieure à la presse de l'Erreur, et son enseignement est incomplet par le malheur des temps et des circonstances. Les intelligences perdent leur lucidité à mesure que les ténèbres de l'erreur s'épaississent. Le doute a pris la place de la foi, et, chose afifreuse et la plus afifreuse de toutes, les chrétiens transigent avec ce siècle maudit, et s'accommodent volontiers de ses faiblesses, sinon de ses hontes et de ses turpitudes !
Mais si la mort est dans les intelligences, elle est aussi dans les cœurs. Le sensualisme brise l'essor des âmes, et l'égoïsme étoufife le dévouement et les fortes vertus. Les caractères s'affaissent, et c'est le symptôme le plus certain de la décadence.
L'industrie enfante des merveilles, mais elle sème la mort de l'âme autour d'elle sur une échelle à faire fris-
(i) P. 669 et suiv., librairie de Régis Ruffef. Paris, 1862.
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sonner. Elle corrompt la femme, elle corrompt le peuple, si Timprimerie corrompt surtout les hautes classes. L'attaque victorieuse de l'ennemi s*étend donc sur toute la ligne. Cela ne s'était jamais yu sur d'aussi vastes proportions. Aussi, si le mal triomphe, tout étant gâté et corrompu, même la femme, même le peuple, par qui et par quelle classe ce monde transitoire où nous sommes pourra-t-il se retirer de la mort, puisque ce monde transitoire n'a pas même la suprême ressource des barbares, qui sont venus tirer de la mort le monde antique s'efifondrant dans la corruption?
Ce monde de transition qui n'a rien de définitif, rien de fixe, rien de stable, puisque sa destinée est de passer, peut donc aboutir à la mort comme il peut aboutir . à la vie, puisque tout fermente en lui , dans une effroyable confusion, les éléments de la vie et les éléments de la mort.
Aussi ne nous étonnons pas si le monde a été soumis, depuis 1789, aux terribles flagellations du chapitre XIX de l'Apocalypse, où nous voyons apparaître le Fidèle et le Véritable ou le Verbe en personne, monté sur un cheval blanc (la couleur des Saints), et venant avec son sceptre de fer et son épée à deux tranchants, séparer le vieux monde du monde nouveau, abattre rois et tribuns^ riches et pauvres^ esclaves et hommes libres également coupables .
Or ces terribles flagellations ne sont pas finies; le faux prophète (Mahomet, l'empire turc) , et le vieux Dragon (le diable) n'ont pas encore été précipités dans Tablme.
Mais, après ces grandes exécutions qui doivent être le signal de Tavénement du Monde Nouveau, saint Jean nous montre, au chapitre xx, FAgneau mystique, le çrand Monarque, le Christ, inaugurant lui-même le règne des rois nouveaux à qui la puissance de juger sera donnée, et le règne des saints et des martyrs du Seigneur, jouissant du sein de la gloire, du triomphe de l'Eglise sur la terre.
Et saint Jean n'est pas le seul à nous faire part de ces promesses, on les retrouve dans les prophéties de Daniel (1), de Balaam (2), d'isaïe (3), de la Genèse (4), de David (5), de saint Paul (6), de Jérémie (7), d'Ézéchiel (8), d'Osée (9), de Michée (10), deZacharie (H), de Sophonie (12), de Jort (13), de saint Luc a4), du cantique des cantiques, véritable épithalame du sou- Ci) Ch. II, viii,
(2) Nombres, ch. xxiv.
(3) Ch. II, XXXV, xr, lix, xlv, xxxii, xxvj, lx, iv.
(4) Ch. m, xviii, xxii, xxvi.
(5) Ch. II, LXXI, LXXXV, XLIV, xxviii.
(6) Rom. XI, Éph. iv.
(7) Ch. m, XXXI.
(8) Ch. XVI, XXIII, xxxviT.
(9) Ch. VI, II.
(10) Ch. IV.
(14) Ch. IX, X.
(12) Ch. II.
(13) Ch. II.
(14) Ch. III, V.
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per des noces de l'Agneau, annoncé dans l'Apocalypse, chapitre xix.
Les Saints et les pieux personnages ont eu de tout temps les mêmes pressentiments, saint Vincent Ferrier (1), sainte Hildegarde (2), Marguerite-Marie Alacoque (3), Pie IX, dans la bulle dogmatique de Tlmmaculée Conception; et, dans les temps de la primitive Eglise, saint Barnabe (4) faisant, dans son commentaire de la Genèse, des six jours de la création la figure des six premiers millénaires du monde, qui devront être suivis du septième millénaire ou de la grande période sabbatique.
On retrouve les mêmes figures dans les six jours de Daniel au fond de la fosse aux lions, et sa délivrance au septième (5).
M. labbé Gabriel rattache à la même interprétation la croyance d'Élie et des rabbins, de l'historien Josèphe, des écrivains chaldéens, d'Origène, d'Hippolyte, d'Eustache, de Lactance, de «aint Jérôme, de saint Hilaire, de saint Gaudens, de Cassiodore, d'Isidore, de Tertullien, etc., etc.
Sans doute les^ versions chronologiques de la Bible diffèrent entre elles, mais l'opinion la plus répandue
(1) Traité de la vie spirituelle.
(2) Patrologie dôMigne, t, XCVU, p. 1019, l638,
(3) Sa Vie, Lyon, 1842, p. 282. Ses Écrits^ Avignon, 1830, p. 238, 283, 246.
(4) Voir Cotelier, 1. 1, p. 65, ép. Bamab.^ n* 15.
(5) Daniel, ch. xiv.
semble placer vers notre époque la fin des six premières périodes ou six premiers millénaires.
Papias, disciple de saint Jean et ami de saint Polycarpe, qui avait recueilli les traditions verbales sur les discours et les actes de Jésus-Christ et des disciples, s'est rendu célèbre pour avoir popularisé la croyance à Tavénement du règne de Jésus-Christ. Il en est de même de saint Irénée (!).
Saint Justin déclare que de son temps « cette doc- « trine était celle de tous les orthodoxes (2). w
Ces auteurs varient sur la nature et le caractère du monde de Jésus-Christ, mais ils s'accordent pour le signaler.
N'oublions pas les Juifs qui attendent, depuis quatre mille ans, le grand monarque et son empire universel. On retrouve enfin des traces de cette tradition défigurée, dans rinde, en Perse, chez les Boudhistes, les Égyptiens, les Grecs, les Etrusques, etc. (3). El elle est si fort enracinée dans la nature humaine que V Utopie de Thomas Morus, la Cité du Soleil de Campanella, la République de Platon, et de nos jours les pressentiments universels des hommes politiques, depuis 1789, semblent venir lui rendre hommagp. Ces vagues, mais indestructibles aspirations vers un monde meilleur doi-
(1) n déclare avoir reçu cette doctrine des évoques et des prêtres, qui la tenaient de saint Jean lui-môme, et il ajoute que Papias l'avait consignée dans ses écrits. Adv. hœres,, 1. v, c. xxxiii.
(2) Dial., c. xxxii, xxxiii^ xxxix.
(3) Voyez le Christ et le monde, de M. l'abbé Gabriel, de la p. 38S à 395, et le P. Ramière, Espérances de rÉglise, p. 499 à 638.
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vent être rangées parmi les principales causes de la révolulion.
Évidemment Thumanité attend, avant la fin du monde, un état préférable aux états du passé. Cette aspiration générale a bien aussi sa valeur, du moment surtout où elle s'accorde avec les données des Livres saints.
Elle est si forte et si universelle chez les chrétiens, que celui qui se lèverait, pour affirmer que cette aspiration est absolument contraire aux Livres saints, exciterait une réprobation générale. On peut ne pas la partager et interpréter différemment les saintes Ecritures, mais on ne saurait condamner, d'une manière absolue, cette généreuse croyance sans s'exposer soi-même à être condamné.