‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 32 sur 43 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

DANGERS POUR LE MONDE NOUVEAU DES VISIONS DES MILLÉNAIRES ET DES ILLUMINÉS.

Les causes les plus belles ont leurs amis compromettants. Pendant bientôt dix-neuf siècles, l'Église a eu constamment à se tenir en garde contre ces sortes d*amis, non moins dangereux souvent que ses ennemis déclarés.

Le faux zèle, Tilluminisme, les visions prophétiques, les missions apocalyptiques ont commencé avec T Église et ne finiront qu'avec elle.

Le ridicule n'a jamais guéri l'imagination humaine de ces travers singuliers, qui touchent de si près aux idées fixes, aux hallucinations, tranchotis le mot, à la folie.

Un orgueil secret, se couvrant du spécieux prétexte de la gloire de Dieu, et voulant la manifester d une manière éclatante, prompte et décisive, est souvent le premier mobile de ce zèle à froid, de cet illuminisme creux, de ces désirs immodérés d'une perfection et d'un bonheur imaginaires. Et 3e là viennent aussi ces

visions prophétiques et ces missions apocalyptiques, à faire perdre la tête et la réputation à ces malheureuses victimes de ces hallucinations et du Démon.

Car le démon, témoin invisible de ces puériles faiblesses, trouvant la voie ouverte à ses suggestions intimes, ne manque jamais de se mettre de compte à demi dans toutes ces extravagances, et il est même là sur son terrain de prédilection .

Un homme se prête à ses manœuvres, le démon en fait le théâtre de ses manifestations et de ses mystifications. Il échauffe le cerveau de cet homme, il lui ouvre des horizons, à perte de vue, sur le monde invisible, avec des lueurs souvent saisissantes, aussi fugitives que Tétincelle électrique, mais qui, se renouvelant sans cesse, entretiennent le malade dans ses illusions constamment déçues et constamment renaissantes.

Sous l'inspiration de TEsprit de ténèbres, la pensée la plus simple et la plus vulgaire prend subitement, dans ces cerveaux débiles, des proportions colossales et se revêt d'une forme, dont la nouveauté (l'excentricité) persuade aisément à ces malheureuses victimes de l'orgueil que l'Esprit-Saint inspire leur Génie (Satan), car Satan ne manque jamais de leur donner du Génie.

'Ce désordre déplorable des plus nobles facultés de l'âme humaine, est surtout à redouter dans un siècle

OÙ, SOUS le nom de magnétisme, de somnambulisme et de spiritisme, tous les esprits de ténèbres semblent s'être donné rendez-vous sur la terre, pour Séduire les hommes et les pousser à des extravagances. ' ' Le spiritisme fait en ce moment d'effroyables ravages, à Paris, à Lyon, à Bordeaux, dans toutes les grandes villes, et, après d'être étendu du Nord au Midi, il gagne les provinces du Sud-Ouest.

Les maisonjs de santé se peuplent de spirites. « Le « spiritisme, dit la Correspondance de JRome^ conduit à « la folie plus encore que la politique, et nous ne « croyons pas qu'à aucune époque les maladies de Tin- « telligence aient été aussi répandues. Les grandes « commotions sociales sont toujours précédées ou ac- « compagnées de ces inventions diaboliques.

« Les anciens ont pratiqué les sciences occultes et « entretenu un commerce sans entraves avec les esprits, « dieux impurs de leur Olympe impur, et, quand l'Em- « pire romain courait à sa perte, César n'avait plus foi K< que dans la magie. Une boule d'ivoire était suspendue 1K au-dessus d'un bassin d'airain dont lés bords présen- « taient un alphabet ; l'esprit invisible agitait la boule, « et la boole écrivait les réponses et prédisait l'avenir \i en frappant les diverses lettres de l'alphabet.

« Il a été dit que deux augures ne pouvaient se re- « garder sans rire. Les augures, disciples du Prince des « ténèbres, ne riaient pas plus que les médiums de nos « jours. Ils étaient marqués d'un sceau fatal.

« Mesmer, Cagliostro et k légion coupable des ma-

ou LE MONDE DB JÊSUS-€HRIST. 367

« gnétiseurs peuvent disputer à Voltaire, à Rousseau « et aux écriTains philosophes du dix-huitième siècle, « Thonneur d'avoir prjéparé les intelligences à toutes « les folies modernes.

« A cette heure, les ravages épouvantables du spiri- « lisme nous annoncent les plus grands malheurs. Le « mon.de est peuplé d'hommes qui acceptent les con- « tradîctions les plus flagrantes, qui confondent tout « et se livrent tout entiers aux influences du mal.

« On voit ce que le spiritisme a fait du peuple amé- « ricain, et quelle est en réalité cette civilisation dont « on a fait naguère des éloges si ridicules.

« Près de cinq millions d'hommes ou femmes en « Europe s'occupent avec une avide curiosité d'expé- « riences spirites. La France, T Allemagne, la Russie a surtout, sont en proie à cette calamité. Tout cela préce pare une contagion de maladies mentales, et une « affreuse pluie d'âmes dans ce que TÉcriture appelle « les abîmes inférieurs. »

Le désordre qui règne dans Tordre philosophique, politique et social, règne donc aussi dans là mystique, symptôme avant-coureur d'une transformation nécessaire.

Tout est en mouvement à cette heure, au wel, sur la terre et dans les enfers. Quelque chose de grand se prépare ou quelque chose de terrible. Cela n'est pas douteux.

Aussi, chacun étant travaillé par ce pressentiment, il est grandement à craindre que les faux mystiques.

368 LE HOMDB NOUVEAU

cédant à des désirs exaltés et à la secrète ambition de se poser, au premier rang, dans ce travail de palingénésie inévitable, ne se laissent aller aux suggestions des habitants de Tabîme, qui inondent la terre en ce moment solennel de l'histoire.

Chacun voudrait accaparer le mouvement à son profit et le marquer à son effigie, Satan surtout. De là ses efforts extraordinaires et ceux de ses ténébreux acolytes, sur les organisations faibles, délicates et nerveuses.

Hommes du Monde Nouveau, nous devons nous tenir en garde contre ces suggestions, et contre ceux qui ont eu le malheur de se laisser séduire.

Nous devons décliner toute espèce de solidarité avec ces hommes, avec ces illuminés, avec ces apôtres de mauvais aloi, avec ces usurpateurs sacrilèges de la divine mission des prophètes, avec ces pépinières de THérésie ou de la Révolte.

Arrière les régénérateurs du monde ! à Dieu seul et à ses ministres de régénérer le monde, en régénérant Findividu par la vertu, seule efficace et légitime, de la Parole et des Sacrements !

Arrière tous ces mystiques dangereux, qui nous auraient bientôt perdus dans l'estime des hommes de bien, dans la considération des hommes de bon sens, dans la confiance des hommes religieux et dans la sympathie des âmes pieuses et saintes !

Malheur irrémédiable !

Car notre force et la conditian indispensable du

ou LB MONDE DE JÉSUS-GHRIST. 369

succès résident justement dans cette estime, cette considération, cette confiance et cette sympathie. Nous ne pouvons rien, en dehors des hommes de bien et de bon sens, en dehors des hommes religieux et des âmes pieuses et saintes.

Et c'est même par ces nobles personnes, et exclusivement par elles, que le Monde Nouveau doit se faire, si nous tenons au concours de VÉglise, dont nous ne pouvons nous passer, de l'Église qui est la raison, le bon sens, la prudence et la patience des siècles.

Nous avons rompu tout pacte avec l'iniquité. Nous avons attaqué et ruiné dans la coascience de nos lecteurs, autant qu'il a dépendu de nous, les hommes du vieux monde, les hommes de la révolution. Nous attaquons en ce moment, et nous voudrions ruiner aussi les illuminés, les visionnaires, les faux prophètes, les personnages apocalyptiques, pour ne laisser debout que l'Église, au milieu de cette déroute universelle de tous les fous et de tous les suppôts de l'Enfer,

Tous les partis ont leur mauvaise queue. La mauvaise queue duMonde Nouveau, c'eslTilluminisme, c'est l'impatience, c'est Torgueil des rôles apocalyptiques, c'est le désir immodéré de la gloire de Dieu. Surtout, c'est le zèle outré, qui veut aller plus vite et autrement que TÉglise ; qui a d'autres allures et d'autres espérances que l'Église ; qui rêve des nouveautés mystiques condamnées par dix-neuf siècles d'expérience ; qui compte sur un changement de scène subit, ou sur un coup de théâtre, venant modifier, à la vapeur, la face du monde

et les conditions de la destinée hunoiaine et delà destinée chrétienne, telle que cette double destinée se déroule depuis des siècles.

Voilà où est le danger du Monde Nouveau. Signalons recueil où viendrait sombrer la plus magnifique des causes, quand il suffit d'un peu de bon sens, de raison, de science et de piété, pour assurer son triomphe, avec le concours de l'Église, qui lui est d'avance acquis, si le mouvement s'appuie exclusivement sur le bon sens, la raison, la science et la piété, sous l'égide et TinspiratioD du Pasteur suprême.

Ne compromettons pas la plus sainte des causes, par des extravagances ridicules ; gardons-nous de nous jeter dans des voies inconnues, quand les voies ordinaires doivent forcément conduire au triomphe.

Bornons -nous à exposer simplement les principes du christianisme, et que toute la nouveauté de notre tentative consiste exclusivement à provoquer, au sein des catholiques , un mouvement combiné et d'ensemble, ayant pour unique objet de faire l'application de ces principes à la philosophie, à l'art, à la science, à la politique, à l'économie sociale et à la solution de toutes les questions qui agitent en ce moment l'esprit humain.

JII

Le but du Monde Nouveau en effet n'est pas d'innover, mais de faire produire toutes leurs conséquences aux

ou LE MONDE DE JÉSUS-CHRIST. .'Hl

germes divins, déposés par Jésus-Christ au sein de la société chrétienne. Le but du Monde Nouveau est de se tenir à l'écart de toutes les excentricités.

Rien de dangereux comme tes excentricités dans un siècle surexcité.

Dans le mouvement religieux du Monde Nouveau, on doit, comme dans la politique, se tenir à égale distance des hommes religieusement rétrogrades et des hommes religieusement révolutionnaires.

Les extrêmes se touchent : la Réaction provoque la Révolution.

Les utopistes du passé engendrent les utopistes de l'avenir, et sont tout aussi excentriques et non moins dangereux par conséquent. En excitant les passions contraires, ils fomentent Tesprit d'hérésie et fournissent un prétexte et un aliment à la révolte.

Cette loi cosmique de Faction et de la réaction, après trois quarts de siècle de Révolution, hélas! n*est aujourd'hui que trop connue. N'insistons pas.

Les hommes religieusement rétrogrades, par haine du progrès de la cité du monde qui conduit à la décadence, et, méconnaissant la possibilité du progrès indéfmi de la cité de Dieu qui conduit, de perfection en perfection, à la vie éternelle, voudraient fixer irrévocablement l'Église dans cet état d'humiliation où elle gémit depuis des siècles.

Nous avons déjà signalé ces hommes. Ce sont eux qui disent : A quoi bon écrire ? pourquoi une presse religieuse? Bossuet ne suffit-il pas, ou Bergier et le dic-

31 Û LE MONDB NOUVEAU

tionnaire de Feller? Pense-t-on faire mieux que l'ancien clergé gallican? La destinée de TÉglise est d'être toujours défaite, il faut en prendre son parti. Le mieux est de ne rien faire. Méditons lès anciens. La Bible, Y Imitation, la prière, cela suffit. Dieu aura bien raison de la science et des savants, de la philosophie et des philosophes. Ils s'useront eux-mêmes. 11 ni y a qu'à savoir attendre. Le bon ancien régime reviendra, et tout alors sera poui le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Ce sont les réactionnaires de la religion. .

Les illuminés, au contraire, voudraient lancer l'Église dans les aventures, et, sous prétexte que ses ministres sont endormis, ils voudraient suppléer à leur zèle par une impatience inconsidérée.

Ce sont les révolutionnaires de la religion.

Les millénaires en sont les socialistes. Encore un danger à éviter ; et le danger ne vient pas seulement de ces millénaires ridicules, condamnés par l'Église à toutes les époques; de ces millénaires qui attendent un second avènement de Notre-Seigneur et son règne visible sur la terre, ou bien le règne du Saint-Esprit s'incarnant, à son tour, à l'exemple du Verbe. Ces bizarres folies ne sont guère à redouter ; mais ce qui est à redouter, ce sont ces millénaires plus sages, que rÉglise , toujours prudente et réservée , n'a jamais condamnés; ces millénaires qui attendent, avec une

ou LE MONDB DR JÉSUS-CHRIS r. 373

candeur naïve, je ne sais quel monde de cocagne qui rappelle, à s'y méprendre, les cifés imaginaires de Platon, de Thomas Morus, de 'Campanella, et même^ la république de Salente du bon et pieux Fénelon.

Or, les passions politiques à part, les socialistes rêvent-ils autre chose que ces millénaires déçus et efféminés? Et n'est-ce pas tomber dans les illusions du socialisme, que de prendre à la lettre ces passages des Livres saints, où les prophètes nous feraient de la société du Monde Nouveau un tableau vraiment chimérique, si la plupart de ses traits étaient autre chose que la figure sensible des réalités purement mystiques du monde de Jésus-Christ?

Est-il rien de fade, d'insipide, d ennuyeux comme la société éclose des rôves dorés des millénaires? Leur terre est devenue lout à coup plantureuse; tout y pousse comme par enchantement, le lait et le miel y coulent en abondance. L'homme n'a plus besoin de V arroser de ses sueurs. A la paix universelle, exceptionnellement possible à un moment donné, se joint le désarmement de toutes les passions. L'état de lutte cesse, Tagneau paît à côté du loup dans de gras pâturages. La croix devient presque inutile ; le Christ règne sans contradiction d'un pôle à l'autre. Les conditions de la sainteté se trouvent complètement modifiées. Le chemin du ciel est semé de roses ; on jouit sans effort, avec profusion et dans une sécurité parfaite, de tous les biens et plaisirs de la terre.

N'est-ce pas ridicule? Et cett« singulière manière

37 i LB MONDE NOUVEAU

d'interpréter les Livres saints, qui imprimerait au Monde Nouveau un caractère méprisable parce qu'il serait fade et faux, ne ressemble-t-elle pas, à s'y tromper, à ces interprétations littérales des Juifs, attendant le Messie sous la forme charnelle d'un triomphateur dominant la terre entière avec empire, et comblant leur race de toutes les satisfactions de lorgueil et de toutes les jouissances des sens?

Non, non, ce n'esl pas sous cette forme mystiquement sensuelle que nous apparaît le Monde de Jésus- Christ, le Monde de la Croix présidant, même durant la période triomphale, à toutes les relations des hommes.

Sans doute le triomphe et la gloire viendront, majs le triomphe et la gloire prenant, par la lutte et la souffrance, les proportions d'une épopée vraiment divine. L'Église de Jésus-Christ sur la terre porte le nom d'Église militante, et elle le portera jusqu'à la fin des temps. Il est de son essence d'être contredite, attaquée, combattue, avant d'arriver à la Gloire.

La grandeur et l'éclat du triomphe ne sauraient consister à supprimer les palmes, mais à les cueillir en grand sur la surface de la planète entière; non à supprimer la Croix partout, mais à la porter partout.

Or, tel est le caractère du triomphe, et d'un triomphe capable assurément de donner une ample satisfaction à l'ambition la plus vaste. Les catholiques sont désormais acculés à une situation telle, que, pour reprendre la direction de l'humanité, comme un instant au moyeu âge, ils sont forcés d'entreprendre la conquête

ou te MONDE DB JÉSDS-GBRIST. 375

de la terre entière. Or ce but est assez noble et assez grand, et ils auraient mauvaise grâce à lui préférer je ne sais quelle existence placide, sans travaux, sans mérites, et peu digne par conséquent de tenter leur grande âme.

Se proposer la conquête du monde, l'annoncer publiquement et l'entreprendre hardiment avec la certitude du succès: voilà le but, et il est assez éclatant et assez séduisant pour produire sur les hommes une impression capable de les enlever. Au surplus les catholiques auraient beau faire, ils n'ont pas d'autre moyen de ramener les hommes qu'en frappant ce grand coup. La conquête du monde entier, ni plus ni moins, après des travaux vraiment épiques, qui donneront au Monde Nouveau un éclat sans précédent, voilà ce qui reste à faire aux catholiques fortement trempés, désireux de grandes choses, et rêvant,- comme nous, un avenir plus imposant que ce que l'histoire des siècles et surtout le présent offrent partout à nos regards.

Mais Dieu nous garde de faire des rêveries des Millénaires l'objet de nos espérances. Nous avons une trop haute opinion de Tintelligence des catholiques, et une trop grande estime de kurs mâles vertus et de leur courage viril, pour leur proposer les oignons de l'Egypte. Nous croyons les honorer mille fois mieux, en leur proposant des palmes à cueillir en abondance, et l'amélioration de la condition des multitudes à poursuivre : c'est-à-dire la croix portée en triomphe, d'un bout du monde à l'autre, dans les bras de la charité.

Nous ne méconnaissons pas cependant, même au point de vue du bonheur ou du bien-être matériel, les conséquences incalculables de la conversion des peuples au christianisme. Aussi nous croyons, sans partager les généreuses illusions de saint Jean Chrysostome, que tout n'est pas chimérique dans ce passage éloquent d'une de ses homélies : « Représentons-nous la charité a régnant partout en souveraine, quelle ère de félicité « s'ouvrirait pour le monde! On n'aurait plus besoin (( ni de lois, ni de juges, ni de supplices pour maintenir « la société civile parmi les hommes. Si tous aimaient (f et étaient aimés, personne ne ferait jamais injure ou « tort aux autres. On ne verrait plus de meurtres, de « guerres, de séditions, de vols, de rapines dans le « monde. Tous les maux disparaîtraient, tous les fléaux « seraient bannis de la terre; on ne connaîtrait pas

« même le nom du vice Si les hommes s'entr'ai-

« maieiat, ils feraient de la terre un paradis, ils joui- (1 raient continuellement d'une paix inaltérable; toutes « leurs oeuvres seraient autant de couronnes qu'ils se « tresseraient. De tels hommes garderaient leur âme 0 pure de la haine, de l'envie, de l'orgueil, de la vaine a gloire, des mauvais désirs, de l'amour désordonné et « de tous les autres vices. De tels hommes, remplis de « charité, seraient plus éloignés de faire du mal aux «autres que de s'en faire à eux-mêmes. De tels

ou LE MONDE DE JÈSUS-CHRfST. 377

(( hommes seraient des anges parmi les hommes. Tel « est celui qui a la charité. La charité est plus forte « que les murs les plus solides, plus ferme que le dia- « mant. La richesse et la pauvreté cèdent à sa force; « ou plutôt, si la charité régnait, il n'y aurait ni richesse « ni pauvreté. On posséderait tous les avantages de « Tune et de l'autre, puisque nous aurions à la fois et « cette paisible abondance que Ton trouve dans la ri- « chesse, et cette liberté d'esprit, cette absence d'in- « quiétude dont jouit la pauvreté. Nous ne sentirions ni « les soucis, ni les épines des richesses, ni la crainte, « ni l'appréhension de la pauvreté (1). »

Ceci revient toujours à dire : « Cherchons le royaume « de Dieu, et le reste nous sera donné par surcroît. » Mais comme, sur cette terre, on ne peut arriver au royaume de Dieu que par la croix, la conséquence à tirer de cette promesse du Sauveur, c'est que la réalisation des belles paroles de saint Jean Chrysostome ne pourrait elle-même être obtenue qu'au prix de généreux labeurs. Qu'on fasse produire à la terre au centuple, et qu'on distribue les productions avec plus d'équité et de charité, nous le voulons bien, et c'est là notre ferme espérance; mais il faudra toujours l'arroser de ses sueurs, et il en sera de même des autres conquêtes et de la plus glorieuse de toutes : la conquête de soi-même sur les passions, ou la conquête du royaume de Dieu.

(i) Sur la !'• Kp. aux Cor., ch. xiii.

Page 1