FOLIE DES VISIONNAIRES A LA RECHERCHE DE LA CLEF DE L'APOCALYPSE
Un autre danger à éviter, c'est la folle manie des mystiques cherchant, dans \ Apocalypse^ la clef de la destinée.
Une grande initiative, Tinitiativë d un mouvement d'ensemble, ayant pour but Favénement du Monde Nouveau ou du monde de Jésus-Christ, était à prendre, mais cette initiative serait bien vite compromise s'il s'y mêlait de ces visions apocalyptiques nuUenàent justifiées, et dont le moindre inconvénient serait de rendre ridicules ceux qui auraient le malheur de les considérer comme venant de Dieu.
L'initiative à prendre ne saurait réussir qu^en ayant toujours l'Église et le bon sens pour guides, et en s'appuyant sur des considérations scientifiques, historiques, philosophiques, politiques et sociales, autant que sur des considérations religieuses et pratiques. Car c'est surtout aux suffrages des personnes sages, savantes et pieuses que les hommes du Monde Nouveau doivent tenir.
Ils se feraient une étrange idée du monde de Jésus- Christ, s'ils croyaient pouvoir «ortir impunément des voies tracées par la sagesse et Texpérience des siècles, pour s'élancer dans le vague, l'extraordinaire et Tinconnu. Le Monde Nouveau n'est que l'application en grand des éternels principes.
La cause du Monde Nouveau est excellente. Elle peut et elle doit triompher par les voies communes. Gardons-nous de compromettre une si belle cause, en y mêlant des excentricités indignes d'elle et de nous.
Le triomphe est facile par les procédés ordinaires, gardons-nous de nous faire moquer de nous en recourant à des procédés bizarres. Nous vivons aune époque positive, où nous ne devons nous permettre d'autres folies que les folies de la croix. 11 serait souverainement puéril de mettre les rieurs contre nous, sous le spécieux prétexte qu'il faut faire mépris de l'estime et de la considération des hommes quand il s'agit de Dieu.
Dieu veut triompher de la science par la science, de l'art par l'art, de la politique par la politique; ne nous rendons pas ridicules en voulant être plus sages que Dieu . L'espèce humaine n'a besoin que d'un peu de bon sens pour redevenir chrétienne, et résoudre ainsi simplement, avec le catéchisme, toutes les questions qui l'agitent vainement depuis six mille ans.
Dans l'intérêt donc de ce mouvement grandiose, — auquel Dieu convie toutes les âmes généreuses et surtout les âmes pieuses, dont les prières pourraient être d'un si puissant secours, — nous devons éviter toute
380 LR MONDE NOUVEAU
-fâcheuse compromission, et répudier hautement toute solidarité avec les illuminés, les visionnaires, les prophètes, s'attribuant des rôles apocalyptiques, dont le nK)indre tort serait d'être parfaitement inutiles et nuisibles au triomphe, alors même qu'ils ne seraient pas parfaitement puérils et ridicules.
Nous devons répudier aussi toute espèce de solidarité, même avec les millénaires tolérés, pour nous en tenir à la pratique simple de l'Église et à la croyance du commun des fidèles.
Nous devons, enfin, répudier toute espèce dé solidarité avec ceux qui viendraient se mettre à la traverse de ce mouvement, par une intervention intempestive, inconsidérée, excentrique; par un zèle outré; par un désir immodéré de la gloire de Dieu, qu'ils auraient la prétention de procurer autrement que par les moyens lents et difficiles, imposés par Dieu même à notre fragilité, comme étant les plus propres à nous tirer de notre misère.
En un mot, nous pensons que Dieu bénira nos efforts dans la mesure même de notre modestie, et qu'il imprimera au mouvement un caractère d'autant plus grand, que nous aurons recours à des moyens plus simples : la prière, la communion, la charité, le travail et Fétude, en vue de faire de tous les hommes, des Lapons et des Hottentots comme des membres de Tinslitut, de bons et solides chrétiens, pratiquant leur religion avec la foi du charbonnier, et la simplicité et la candeur de la jeune fille.
La conversion du monde dépend de là, et la solution de toutes les questions scientifiques, esthétiques, politiques, diplomatiques, démocratiques et sociales, n'est pas plus difficile que cela.
Nous allons donc, sous le bénéfice de ces observations, entreprendre une interprétation de la Bible et de X Apocalypse, au point de vue des destinées de Thumanité des avant-derniers jours.
Mais, nous avons besoin de dire auparavant, que, si nous ne sommes pas partisan des millénaires, des visionnaires, des illuminés, s'attribuant un rôle ou une mission apocalyptique, nous ne le sommes pas davantage de ces prophètes et de ces prophéties, qui courent les rues, et viennent nous annoncer, comme une grande nouveauté, un mouvement inévitable, dont la nécessité frappe tous les regards un peu clairvoyants et toutes les âmes pieuses et simples^ et qui n a besoin que des lumières toutes nues du bon sens le plus vulgaire pour être clairement aperçu.
Aussi, un autre Moïse viendrait en ce moment, au milieu de nous, que nous lui dirions humblement et en nous inclinant jusqu'à terre, qu'il est le bien-venu, mais que son rôle, au point où en est Thumanité, est absolument inopportun et même superflu, Jésus-Christ et l'Église pouvant, jusqu'à nouvel ordre, nous suffire amplement.
Nous tenons donc à ne donner, à l'interprétation apocalyptique que nous allons entreprendre, aucun de ces caractères prophétiques ou sybillins qui ont, avec raison, jeté tant de discrédit et de ridicule sur ceux qui ont eu la prétention d'avoir trouvé, dans ce livre, le secret de la destinée.
Nous entendons appliquer à la Bible et à Y Apocalypse les simples procédés du bon sens et de la Science, tels que nous venons de les expliquer. Nous n'avons pas d'autre prétention.
On ne saurait, selon nous, être assez difficile dans cette matière délicate. Aussi, nous trouvons défectueuses la plupart des interprétations apocalyptiques, même des docteurs les plus éminents, parce que ces interprétations nous paraissent forcées , manquer de simplicité, et être souvent plus obscures que le teite, qui, à notre sens, devient parfaitement clair, si on veut un moment réfléchir que l'objet de ce livre étonnant est surtout la Révélation du Monde Nouveau.
Les divers interprètes, auxquels nous faisons allusion, n'avaient pas même le sentiment du Monde Nouveau. Comment donc auraient-ils pu avoir ces lumières simples et vives du monde de Jésus-Christ, qui donnent à ce Livre divin la transparence du cristal, transparence nécessaire aux hommes des avant-derniers jours?
«ou LE MONDE DE JÈSUS-OHRIST. 383
N'ayant pas ces lumières nécessaires, les interprètes Ae V Apocalypse se sont souvent écartés de ces procédés sages et réservés dont nous venons de parler. Aussi leurs hypothèses sont parfois hasardées, et si elles servent à nourrir médiocrement la piété, elles ne laissent après elles aucune trace durable de clarté.
Nous avons donc écarté la plupart des interprétations que nous avons eues sous la main, pour nous en tenir à la recherche de la signification mathématique des chiffres et des diverses figures de la Bible et de V Apocalypse^ ayant rapport à l'avènement du Monde Nouveau.
Nous sommes parti de cette pensée, tout au moins spécieuse, que très-probablement, dans les Livres saints, Dieu ne s'est pas servi sans intention d'une foule de nombres dépourvus, à première vue, de toute espèce de signification, s'ils n'étaient l'expression figurée des diverses périodes apocalyptiques de la destinée du genre humain.
Nous avons donc recherché les propriétés mathématiques de ces nombres, en leur faisant, tout simplement, l'application des procédés scientifiques en usage dans les écoles.
Nous nous en sommes tenu, en un mot, à la racine et à la propriété de ces nombres singuliers, et nous croyons avoir trouvé, sinon la clef de la Bible et de \ Apocalypse^ du moins la méthode qui devra conduire à la découverte de cette clef.
Notre procédé est donc un procédé purement savant et en même temps rigoureusement orthodoxe.
384 LE MONDK NOUVEAL •
Partant de ce principe, parfaitement orthodoxe, que tout, dans la Bible, est figure de tout, ou représentatif de tout, que rien n'y est inutile ou arbitraire, et encore moins les chiffres et les nombres que les autres expressions ou formules des Livres saints ; nous avons appliqué les procédés purement scientifiques à ces chiffres, et nous en avons fait sortir des lumières inattendues. Ces lumières nous ont même parfois épouvanté, en voyant la précision avec laquelle elles nous dévoilaient les destinées de Thumanité des derniers jours.
Mais nous nous sommes rassuré en pensant, que ces périodes, en apparence si précises, de la fin des temps, laissent toujours planer une certaine incertitude, nqn dans les rapports des périodes entre elles, mais dans leur durée absolue ; la Bible, par exemple, prenant souvent les jours pour des ans, notamment au ch. xiv des Nombres.
Nous avons pu ainsi nous convaincre de la vérité si consolante de cette parole de Notre-Seigneur, que personne ne peut savoir, avec certitude, Tépoque précise du dernier jour. « De die illo vei hord nemo scit,
« neque angeli in cœlo (1). Non est vesirûm nosse
« tempora vel momenta quœ Pater posuit in suâ potes- « tate (2). » Mais ceci n'empêche pas, comme le fait observer la Civil ta cattolica, dans un des numéros du commencement de 1^3, qu'il « est permis de dire, non « avec certitude, mais simplement avec probabilité et
(\) Saint Marc, xiii, 32.
2) Act., I* 7.
ou LE MOKDE DE JÊSUS*GHRIST. , 3S5
« vraisemblance, à quelle époque le monde doit finir. » Bellarmin, en effet, après beaucoup de Pères, a cherché à fixer la date de ce grand événement, sans croire manquer de respect à Dieu, qui a voulu lenvironner d'une mystérieuse obscurité (1).
Si donc nos supputations apocalyptiques n'ont rien d'arbitraire, elles n'ont pas non plus un de ces caractères prophétiques, que certains interprètes cherchent souvent à imprimer à leurs imprudents commentaires de ce livre extraordinaire. Nos calculs, d'ailleurs trèssimples, n'accusent aucun effort à vouloir pénétrer les secrets de Dieu.
Nous trouvons même étranges, les tentatives incroyables faites jusqu'ici, pour chercher à donner un sens précis et définitif aux divers passages de l'Apocalypse, et ridicules, les prétentions de ceux qui s'imaginent avoir trouvé la clef de ce livre mystérieux.
Mais nos idées sur le monde de Jésus- Christ, — simples produits, non d'aucui^e inspiration singulière, mais de pures observations scientifiques, philosophiques, politiques, historiques et religieuses sur la situation actuelle du genre humain, — nous ont fait apparaître l'Apocalypse sous un jour nouveau. Ces idées nous ont aussi prouvé d'une manière évidente que ce livre, par un eflfet miséricordieux de la bonté de Dieu, en
(\) De summo pontifice, liv. UI, ch. ni.
faveur de rhumanité des avant-derniers jours, renferme surtout la révélation de ce monde de Jésus-Christ, dont saint Jean est véritablement et à la lettre rhistoriographe.
On ne devra donc pas s'étonner, si nous avons aperçu, dans les Livres saints et dans l'Apocalypse, une foule de vérités, qui ont échappé à la plupart des interprètes, faute par eux d avoir eu une conscience assez nette du caractère historique du Monde Nouveau, et de l'époque probable de son avènement, d'après toutes Tes supputations résultant de l'étude attentive de la marche des événements et de l'état présent du genre humain.
Les lumières qui nous sont venues de l'Apocalypse, avec un caractère vraiment éblouissant, n'émanent donc pas d'une sorte d'illuminisme, ou d'une inspiration prophétique. Elles n'émanent même pas de considérations mystiques pareilles à celles de la plupart des interprètes de ce Livre merveilleux.
Elles proviennent simplement, nous aimons à le redire, de considérations scientifiques et philosophiques. Nous appliquons à ce livre une loi certaine des mathématiques, tirée de la propriété des nombres en général, et à laquelle les nombres apocalyptiques sont soumis comme tous les autres.
Nous appliquons encore à ce livre une autre loi non moins certaine du cosmos, que tout est représentatif de tout.
Et, à l'aide de ces deux lois, l'une mathématique, l'autre philosophique, nous arrivons, sans eflfort et avec
ou LE MONDE DE JÉSUS-CHRIST, 387
une grande simplicité de déduction et d'induction, à des résultats extraordinaires. Mais est-ce notre faute, si Dieu a voulu soumettre ce Livre inspiré à ces deux lois de la science? Et est-ce une raison de rejeter notre interprétation, parce que ces deux lois lui donnent un caractère savant qu aucune autre interprétation n a jamais eu jusqu'ici?
Nous ne sommes pas de ceux qui voudraient, dans des vues de curiosité indiscrète, consacrer un mois de travail, et encore moins une partie de leur vie, à pénétrer les secrets de l'Apocalypse. Et nous déclarons ici, que notre interprétation nous a coûté tout au plus quelques jours de réflexion et quelques heures de calcul; sans cela, et si nous n'avions aperçu tout d'abord un résultat pratique dans nos réflexions et nos calculs, nous aurions cru perdre notre temps et notre peine, et offenser même le Seigneur, en cherchant à surprendre ses recrets, sans en avoir reçu la mission.
Il ne faut donc voir, dans notre interprétation, que l'œuvre modeste d'un savant, d'un philosophe, et d'un publiciste, cherchant simplement à savoir, si les Livres saints sont ou non incompatibles avec l'idée profondément scientifique, philosophique et politique du Monde Nouveau, ou si plutôt ils ne rendent pas témoignage de son prochain avènement.
En d'autres termes, le Monde Nouveau, devant fatalement arriver et étant même fait aux trois quarts, comme nous croyons l'avoir prouvé avec évidence, nous nous sommes demandé, si les Livres saints ne rendraient pas
encore ici, comme partout, hommage aux lois cosmiques et universelles qui conduisent le genre humain.
La réponse à cette question a été affirmative, et nous osons dire péremptoire. Nous allons donc la mettre avec confiance sous les yeux de nos lecteurs, en les suppliant d'être pleins d'indulgence si nous nous étions fait illusion sur quelque point essentiel.
Mais cela n'est pas à craindre, notre seul but ayant été, non d'ouvrir le Livre aux sept sceaux, mais de mettre de plus savants et de plus pieux sur la voie, en leur indiquant la méthode à suivre.
Nous croyons que Dieu ne livre jamais tous ses secrets. Il tient à laisser quelque chose à faire au travail des siècles. Et nous nous considérerions comme digne de pitié, si nous pouvions penser avoir fait autre chose qu'un pas dé plus, dans la magnifique exploration de l'œuvre divine, dont le caractère est d'être inépuisable et la Beauté de présenter toujours des horizons sans fin.