‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 38 sur 43 · DE LA FIN DU IHONDE · texte numérisé non relu

DE LA FIN DU IHONDE

La Civiltà cattolica^ du commencement de 1863, a publié, sur la dernière époque du monde, un article où elle s'attache à faire ressortir les symptômes avantcoureurs de cette crise redoutable. Nous ne trouvons, à rénumération de ces symptômes, qu'un défaut; elle nous semble incomplète. Il y a, dans la physionomie lamentable de la société du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, vendue corps et âme à l'Impiété et à la Révolution, des indices delà dissolution finale plus profonds peut-être et, à coup sûr, plus frappants que les indices signalés parla Civiltà.

Le monde a touché et touche encore à la dissolution, ou plutôt il est en pleine dissolution. Si Tapparitioû de TAntechrist est un indice de la fin des temps, il semble que le monde a déjà eu des antechrists ou des précurseurs de TAntechrist du plus sinistre caractère (Voltaire donnant pour mot d'ordre à ses adeptes : écrasons l'Infâme) ! Nous avons vu la terre

adorer la Bête, et fedtterram adorare bestiam (1) (l'Humanité ou la Raison humaine, sous les traits d'une prostituée, adorée à Notre-Dame de Paris, en 1793). En 1 848, aux effroyables journées de juin, la société toute entière a été sur le point de tomber entre les mains de Gog et de Magog (les démagogues), qui, à la fin du monde, s' assembleront pour le combat^ environ-^ fieront le camp des Saints et assiégeront la ville bienaimée (2).

Mais nous avons été témoins alors d'un événement encore plus effrayant, comme symptôme : Pie IX, à la merci de la Révolution, obligé de se sauver de ses États. Or, d'après l'apôtre saint Jean, un des signes de la Fin sera la mise à mort du chef de l'Église, chargé de rendre témoignage jusqu'au moment de l'ascension de l'Église dans la gloire (3).

Nous pourrions ajouter, à ces signes significatifs, l'indice non moins significatif de l'envahissement général d'une démocratie du plus mauvais aloi, qui, maîtresse des élections, a placé la société, sous la dépendance d'une masse de prolétaires dépourvus de tout frein religieux, et l'a mise ainsi dans l'impossibilité d^ vivre sans être tous les jours exposée à mourir.

Nous ne sommes donc pas étonné de voir les éminents rédacteurs de la Citiltà cattolica^ venir confirmer ces tristes appréhensions, avec toute l'autorité de leur

(1) Apoc, ch. xii.

(2) Apoc.,ch. XX.

(3) ApoCyCh.xi.

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talent et de leur position : « Que Ton jette maintenant les yeux sur l'état actuel de la société, on sera forcé de reconnaître que l'apostasie se développe et s'étend aujourd'hui avec une extension qu'elle n'a jamais eue. Sans parler de la grande hérésie du protestantisme, qui a attaqué en bloc tous les dogmes chrétiens en attaquant l'autorité de l'Église, le traité de Westphalie (ajoutons le traité de Paris, introduisant les enfants de Mahomet dans le concert de l'Europe, qui cesse ainsi d'être chrétienne pour devenir humanitaire!) a écarté ridée religieuse des relations internationales, et plus tard le naturalisme politique a exigé que la religion fût séparée de l'État et de toutes les parties de l'organisation publique.

« Ce même naturalisme a également séparé la famille de la religion parle mariage civil ; il en a fait autant de l'éducation, au moyen des* universités constituées en dehors du christianisme et de l'opinion publique, qu'il a dirigée par la liberté de la presse.

« La société désormais séparée du Christ a renié Flncarnation du Verbe, en ôtant tout caractère sacré à chacun des actes de la vie civile, pour le ramener à l'état de pure nature.

« Restent les individus ; mais, vivant dans une atmosphère sociale oti ils respirent un air infecté de l'esprit de négation, et au milieu du rationalisme qui s'est infusé dans toutes les relations et les conditions de l'existence humaine, ils en viennent peu à peu, non-seulement à se refroidir dans la charité, mais à s'affaiblir dans la foi.

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« Ainsi le mystère d'iniquité, qui s ourdissait dès les temps apostoliques, est, sinon accompli, du moins porté à un tel degré d'accomplissement, qu'il reste peu à faire pour qu'il soit entièrement consommé.

« L'esprit de révolution prend une extension effrayante, faisant surgir des despotes contempteurs de toute loi divine et humaine, et acclamés cependant par les peuples, qui en sont tout à la fois les instruments et les victimes.

« Le nom de Messie est profané par des langues sacrilèges et attribué à tous les prétendus sauveurs politiques. Dernièrement M. Petrucelli donnait ainsi, du haut de la tribune, la raison des ovations enthousiastes que reçoit Garibaldi, de la part de peuples même étrangers et éloignés.

« En outre, la facilité des communications par les bateaux à vapeur, les chemins de fer et les télégraphes électriques; la centralisation administrative et gouvernementale, avec sa bureaucratie formée à une discipline presque militaire ; l'organisation des sociétés secrètes, reliées entre elles par la communauté d'intérêts et de direction, et enveloppant dans un réseau tous les peuples de la terre : tous ces moyens ne semblent-ils pas préparer le despotisme d'un seul homme (F Antéchrist), en mesure, avec l'appui de ses nombreux partisans, de faire exécuter ses volontés tyranniques par toute la terre?

(( Les honneurs divins mêmes auxquels prétendra l'Antéchrist, n'ont rien d'invraisemblable, à considérer

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les doctrines panthéistes, en vogue en ce moment, et qui font Tapothéose de l'humanité, et surtout ce stupide entraînement des masses égarées et déjà prêtes à se porter aux plus sacrilèges excès du fanatisme. N'a-t-onpas entendu dernièrement, dans quelques contrées de l'Italie, des cris blasphématoires proclamant Garibaldi homme-dieu? Quelle distance y a-t-il, entre ces cris et les hommages d'adoration, prodigués à quelque malheureux plus grand que celui-ci et mieux en mesure de fasciner les peuples, par des œu vreséclatantes et de faux prodiges?»

Nous sommes de l'avis de la Civiltà; la situation ne saurait être plus grave.

« Le monde, en avançant vers son terme, se partage d'une manière chaque jour. plus tranchée en deux grandes catégories : celle des amis et des disciples du Christ et celle de ses ennemis. La première a pour chef visible le Vicaire de Jésus-Christ , l'autre l'Hommedemal qui ne doit pas tarder à se montrer; et, en attendant, elle combat sous la direction des précurseurs et des faux prophètes qui le précèdent. Ces faux prophètes portent sur leur front les signes de l'Agneau, mais leur langage est celui du Dragon. Ils ont à leur service des phrases et de grands mots [os loquentium mgentia),9.yw lesquels ils séduisent les multitudes. »

La Civiltà a raison; nous touchons à la fin du monde, puisque l'influence des catholiques touche

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presque partout à sa fin. Obligés de s effacer constamment, devant des hommes qui ne les valent pas, les catholiques laïques sont exclus des conseils de la plupart des gouvernements, et si, dans la vie privée, ils jouissent encore d'une certaine considération; dans la vie publique, leur rôle est généralement insignifiant, et ils ne comptent pas en politique (élections de 1863!!!).

Le Prêtre ne compte pas davantage, car, s'il est encore toléré... rfan^ la sacristie; en dehors de la sacristie, les Francs-Maçons, qui dominent partout, lui disputent même le Cimetière !

La religion est bannie de toutes les institutions. La séparation de TÉglise et de l'État, de la politique et de la religion, du citoyen et du chrétien, a définitivement prévalu (1). Le principe de la sécularisation a été appliqué à tout, et Tordre purement naturel, à l'exclusion du surnaturel, régit désormais la société, autrefois réglée et constituée sous l'influence du catholicisme. C'est une sorte de défection générale qui a même gagné plus d'un catholique, et qui rappelle la défection dont parle saint Paul : nisi venerit discessioprimùm (II . Thess. , ii , 3) .

Les progrès matériels de la science et de la civilisation sont incontestables, mais ils coïncident avec la déca-

({) Autant la distinction du spirituel et du temporel est une bonne chose, autant la séparation absolue de l'Église et de l'État est une mauvaise chose. Les allributions du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel doivent être séparées^ mais l'accord doit régner entre les deux puissances, agissant, à leur rang hiérarchique, sous Tinspiration de Jésus-Christ ou du Monarque universel, non pour contraindre mais pour diriger et protéger. Telles seront du moins les relations des deux puissances dans le Monde Nouveau.

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dence morale, iûtellectuelle et physique de Thomme^ nouveau symptôme de la Bissolution t On ne saurait nier rafibiblissement des caractères et la progi^ession effrayante des crimes contre les mœurs.

« Oo parle beaucoup de la liberté, il est vrai ; mais, « où est cette noble et calme indépendance qui est le « produit des vertus fortes et modestes? La multiplicité « toujours progressive des cas de folie atteste unaffai- « blissement continu et général de la raison. La taille « même de Thomme a diminué, et le nombre de ceux « qui peuvent suivre la rude carrière dès armes et sup- « porter les fatigues de la guerre s'est restreint graduel- (( lement depuis soixante ans. Ce sont là des faits telle- « ment constatés, que la science en a cherché bien des « fois l'explication (1). » La dépopulation augmente; le règne végétal et le règne animal eux-mêmes sont, depuis près de vingt ansjrappés de maladies jusqu'iciinconnues. Nous avons dît un mot du culte abominable et sacrilège de FHumanité t)u de la Bêle adorée à Notre-Dame de Paris, sous les traits d'une fille de théâtre. Mais nous voyons se produire aujourd'hui une foule de faits, qui nous laissent entrevoir quelque chose de plus abominable et de plus sacrilège encore. Nous voulons parler du culte adressé au démon lui-même. Or, le spiritisme aboutit à cette infamie.

« Le commerce avec les esprits amène naturellement 0 le culte des esprits. Quand on les invoque on les croit,

(0 M. Rupert, Monde des 13, 17 et 20 mai 1863.

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« et, quand on croit en eux, on leur obéit. On redoute « leur puissance trop évidetnnient constatée; on a pour « eux cette crainte qui est un caractère du culte et qui « n'est due qu*à Dieu. Ce que Ton adorera, dans les ^< derniers temps, ce ne sera plus seulement la chair « déifiée, comme à la fin du siècle dernier; ce sera, a selon toute apparence, Satan lui-même, opérant des « prodiges en faveur de TAntechrist , parlant par sa a bouche, lui prêtant son concours et toute sa puis- (i sânee : Cujus est ddventus, s^cundum opéraiionem Saiit(mœ,in omni virtute, et signis, etprodigm mendadbus, « et in omni seductione iniqtiitatis (1). Tout ce que Ten- :<( seignement de r Église appelle ennemis de Thomme, « les démons, le monde et la chair, réuniront leurs « efiforts et leurs moyens de séduction, pour rendre la (( défection et l'idolâtrie universelles, s'il était possible. « Et la triple concupiscence de la chair, des yeux et de .(( Torgueil satanique, entourée des hommages des hom- (t mes, prendra' ainsi, dans le lieu' saint, la plâcie de la « divinité. Ce sera Tabomination de la désolation, et, à a cette vue, il ne testera aux fidèles qu'à fuir et à cher- .(( cher, dans lés lieux les plus inaccessibles, un refuge « contre la rigueur- des supplées et les dangers de la a séduction (2) 1 »

Un autre signe de la dissolution finale, d'après saint Paul, c'est le mystère diniquité^ se tramant dans l'ombre des siècles, et se manifestant, tout à coup, au grand jour,

(1)n Thess., 11,9. •

(2) M. Bupert, Monde, ibid.

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par rapparition de F Antéchrist, comme le mystère de sainteté, caché aux générations anciennes, s*est manifesté soudainement, avec éclat, par Tincarnation de Jésus-Christ. My^terium quodabsconditumfuitasœmlu et generationibuSj nunc autem manifestum est sanctis ejus {\).

<* Ce mot de mystère ne désigne-t-il pas une trame « secrète remontant aux premiers temps du christia- « nisme ; et ne peut-on penser que du jour où il vit son « empire détruit et Thomme racheté par la mort du « Christ, le Démon, ce grand contrefacteur des œuvres « divines , conçut quelque dessein ou plan mystérieuï « dont l'accomplissement se préparerait, d'une manière « cachée, à travers les temps, jusqu'au jour où il pour- « rait être révélé à tous les yeux?»

Tel serait sans doute le tpavail des sociétés secrètes.

Les sociétés secrètes ne sont pas un fait isolé et récent. Ainsi, la Maçonnerie, qui en est la plus large expression, se rattache, avec des sympathies et une communauté de langage frappantes, à Tinstitution des Templiers, qui apparaît vers le milieu de l'ère chrétienne, ou dès le commencement du deuxième millénaire.

« On a déjà fait ressortir bien des points de confra- « ternité ou plutôt de filiation entre le Temple et la Ma- « çonnerie. Or le Temple était le dépositaire secret de « doctrines qui, se rattachant aux premiers âges du

(i) Golos.^ I, 26.

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« christianisme, avaient traversé les siècles et se trouce vent aujourd'hui relier la Maçonnerie au manichéisme « par une parfaite conformité d'idées; car, quelle dififé- <» rence y a-t-il, entre la doctrine des deux principes « émise autrefois, et le principe actuel d'égalité de droits « entre Terreur et la vérité, entre le bien et le mal : « système que la Maçonnerie s'attache à faire prévaloir « dans tous les pays du monde, comme le moyen le plus « sûr d y implanter la Révolution ?»

Or, la lutte, entre la personnification du Bien (Jésus- Christ) et la personnification du mal (1* Antéchrist), éclatera, sans doute, sous l'influence de la Révolution, représentée parles sociétés secrètes, déjà disséminées sur tous les points du globe.

«Mal comprimée, mollement combattue, la'puis- « sance de la Révolution ira grandissant, jusqu'au jour « où, les défections et les trahisons étant suffisamment « préparées, elle sera en mesure de livrer à son chef le « souverain pouvoir sur tous les empires, sur toutes les « nations de la terre. Mais comment existe la Révolu- « tion, comment agit-elle, avec cet ensemble qui lui • « donne une puissance déjà redoutable pour la plupart « des gouvernements et des monarques, si ce n'est par « les sociétés secrètes, qui en sont Tâme, qui l'organi- « sent , la dirigent, lui intiment le mot d'ordre et lui « donnent l'impulsion? N'est-ce pas là le mystère dini- « quité^ dont l'action a commencé dès les premiers jours « del'ère chrétienne, et dont on ne craindra plus de nous « révéler le secret , quand on pourra faire peser sur

« nous toutes les conséquences de son entier accom- « plissement (I)?»

Mais le signe de la dissolution finale le plus frappant, le plus sinistre, sans contredit, c'est Le peu de foi de beaucoup de chrétiens en la puissance de Dieu^ et leur découragement désespérant à la vue de ren\ahissement général de l'iniquité : et quoniam abundavù iniqvitas refrigescet caritas multorum (2) .

« On n ose plus proclamer les droits de la Vérité et la « nécessité de la faire régner sur le monde, parce que « Ton désespère de la voir jamais acceptée, par tant de « gens qui paraissent à peine la connaître, s'ils ne la « haïssent pas; et Ion désespèi^e ainsi parce que l'on n'a « pas accepté soi-même le don de la foi, dans cette me- « sure qui fait que l'on aime et que Ton comprend la « Vérité ; on n en. soupçonne pas dès lors la merveilleuse « puissance. On ne sait pas encore ce que la Foi a de vie « secrète dans le cœur et dans l'esprit des populations « qui chaque jour voient ses.œuvres, mais que tout en - « traîne hors de ses voies. El, quand nous disons, d'après « des symptômes non équivoques, qu'elle n'est pas en- « core éteinte et que le pouvoir retrouverait en elle une ({ admirable force, en la prenant pour règle de ses actes, « en se montrant prêt à la faire respecter sans prétendre

({) M, Hupert, ihid. Les souverains Pontifes ont eu le sentiment profond du rôle souverainement dangereux et dissolvant des sociétés secrètes. Clément XII, Benoîi XIV, Pie VII, Léon XII et Pie IX ont condamné la franc-maçonnerie et les autres sociétés secrètes de même nature, et toùtei participation, aide ou encouragement à leurs réunions.

(2) S. Matlh., XXIV, ^2.

ou LE MONDE DE JÈSUS-GURIST. 47 f

« dù reste l'imposer à personne, on nous dit que le mal « est trop grand aujourd'hui [quoniam abundavtt iniqui" « tas) , pour que les sociétés jowm^n/ être gouvernées chré- « tiennement. Et, nous ne pouvons te nier, il y en e un <t bon nombre qui eous tiennent ce langage : refrigescet <i carùas multorum H).»

. Un des signes de la fin des temps, enfin, c'est Tincroyable apathie avec laquelle les catholiques, témoins de ces symptômes effrayants, acceptent Fidée de la catastrophe finale, et en prennent même leur parti, sans chercher à réagir, pour la coiijurer^ avec l'énergie virile qui '•devrait animer et enflammer toute âme vraiment chrétienne.

A considérer cette attitude déplorable, on reporte naturellement sa pensée sur ces chrétiens pusillanimes du neuvième ou du dixième siècle, qui, attendant; aussi la fin du monde, vendaient leurs biepset en consacraient le produit à de pieuses fondiations, quand, hélas! ils ne se livraient pas à toutes sortes de dérèglements pour jouir de leurs derniers rçtstes* ., .

Nous acceptons, on le voit, tous les motifs de crainte développés dans la Cimltà cattolica^ et reproduits par M. Rupert dans Xç^ Monde, et nous avons même essayé de les compléter en y ajoutant d'autres considérations,.

(i) M. Rupert, ibid.

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qui, pour appartenir à la politique, n'en ont pas moins de gravité.

Et, cependant, notre conclusion ne saurait être celle de ces écrivains. Et, d'abord, nous trouvons qu'il ne suffit pas, comme le fait la Civiltà , d'exposer les motifs de crainte. 11 faut, si l'on veut être complet, ajouter les motifs d'espérance, de manière à embrasser la vérité sous toutes ses faces, et à présenter le pour et le contre de cette grave question, afin de pouvoir tirer de cette exposition d'ensemble des conclusions pratiques, conformes à la Vérité et aux desseins de Dieu sur l'humanité coupable des derniers jours.

Le signe, le seul signe décisif de la dissolution finale, consistera, principalement, en ce que tout sera sombre, dans le tableau que les écrivains de cette époque néfaste auront, alors, à tracer de la société, au sein de laquelle ils auront eu le malheur de naître, et où la pensée de pouvoir en sortir au plus tôt sera leur unique bonheur.

Mais est-ce bien le cas de la société où nous vivons? Et le tableau de ses hontes est-il tellement chargé de couleurs sombres, que des éclaircies ne laissent encore passej' çà et là quelques rayons du ciel?

La foi des catholiques laïques est tiède et endormie et leur charité s'est considérablement refroidie, mais en est-il ainsi de tous, et n'y en a-t-il pas au contraire, et beaucoup, d'une piété ardente et d'un dévouement exemplaire pour les malheureux ? L'Église fut elle jamais plus vivante, et le clergé a-t-il jamais été plus fécond en actes de vertu et d'héroïsme? Or, un des signes de la fin du

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monde consistera justement dans le relâchement de la piété et l'affaiblissement de la foi, non-seulement parmi les catholiques, mais encore parmi les enfants du sanctuaire.

Les catholiques sont découragés, à commencer par les écrivains de la Civiltà^ qui, en cela, sont à leur insu un des plus tristes symptômes de la dissolution. Mais en est-il ainsi de tous les catholiques ? N'y en a-t-il pas au contraire un grand nombre, et des plus intelligents, qui nourrissent une indomptable espérance dans le triomphe de TÉglise? A-t-on oublié les paroles de notre chef bien-aimé et de notre guide à tous, de Pie IX, qui . ne laisse passer aucune occasion sans faire paraître, même au milieu de ses plus cruelles angoisses, son invincible confiance aux destinées cosmiques de la Papauté des avant-derniers jours ? ^

N'est-il pas même nécessaire que TAntechrist, despote momentané delà planète entière, suivant Ibl Civil tdj soit précédé de Tavénement du Pasteur universel ? Le règne de T Antéchrist sera un règne éphémère, sans doule, mais il sera universel. Or, comment un empire universel, que les grands conquérants des temps anciens et modernes, Alexandre, César, Attila, Gengis-khan, Timour , Charlemagne, Napoléon, ont vainement cherché à établir, pourrait-il devenir possible, si le Pastorat universel, sur les ruines duquel il cherchera à s'établir, ne lui avait auparavant frayé les voies?

Évidemment Dieu ne voudra pas se montrer inférieur au démon. Il est donc raisonnable de penser que

Ali LE MONDE ROCVEAU OO LE MORDE DE JÈSCS-CHRIST.

l'Antéchrist ne sera pas plus puissant que le Christ. Si donc l'Antéchrist peut établir «ur les corps; et les âmes un empire universel, malgré laconfiguratioii du sol, les déserts et les mers, malgré les diversités de races et les séditions inévitables de peuples corrompus ; il est permis de croire que le Christ pourra encore plus iiisément établir sur les âmes, avec le concours des gouvernements et l'esprit d'unité du catholicisme, son règne universel de douceur et de mansuétude que le moyen âge a été sur le point de réaliser.

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