CHAPITRE IV
Ainsi le monde christiano*païen, antérieur à 1789, est mort comme le monde païen antérieur à Jésus- Christ. Depuis 1789 nous sommes entrés dans le monde de la Révolution ou de révolution, dans un monde transitoire qui passe et va s'effondrer à son tour dans les abîmes de l'histoire.
Les signes de décomposition de ce monde d'évolution sont palpables. Art, philosophie, politique, diplomatie, tout est impuissant, tout est fini.
L'humanité descend dans le tombeau, cela est visible. Une réaction est donc nécessaire. Une étoile heureusement brille toujours au firmament, l'étoile de l'Église, obscurcie par les vapeurs de l'Abîme, mais dont l'éclat va toujours en augmentant d'intensité.
Ainsi, à mesure que le monde de la Bête s'enfonce dans la boue, le monde de Jésus-Christ s'élève dans la lumière. C'est le progrès à côté delà décadence, la vie à côté de la mort.
Un monde de corruptio^ qui se dissout ; un monde de pureté qui se forme ;
LE MONDB NOUVEAU OU LE MONDE DE JÉ8U£hGHBIST. 53
Un monde allant, de progrès en progrès naatériels, à la mort éternelle ; un monde allant, de progrès en progrès spirituels, à la vie éternelle ;
Un monde à Tétat de fumier; un germe divin au sein de ce fumier ;
Ou la fin du monde, ou le triomphe.
C'est le triomphe I
Le triomphe du monde de Jésus-Christ, la fin du monde de la Sorcière (Michelet) et dé la Bête (Taine, Feuei'bach, Stirner, etc.).
Il y a eu plusieurs fins de monde, la fin du monde du déluge, en 1656; la fin du monde païen, en 4004; la fin du monde christiano-païen, en 1789. Mais cette dernière fin de monde a présenté un moment tous les caractères apocalyptiques de la fin du monde générale ou cosmique. L'apostasie était à peu près universelle au dix-huitième siècle. Ceux qui devaient donner l'exemple, rois et grands seigneurs, avaient apostasie ou s'étaient prostitués à la Bête. L'Antéchrist (Voltaire) trônait à la cour de Frédéric le Grand, de la grande Catherine de Russie, de Joseph II, de laPompadour (la Sorcière). Une partie du clergé s'était corrompu. La Bête avait pénétré dans plus d'une abbaye.
L'idolâtrie, l'hérésie et l'infidélité régnaient dans les neuf dixièmes du globe, et le sensualisme et l'impiété dans le dixième restant.
Dieu alors aurait foudroyé le monde que, au point de vue de l'esthétique delà justice, toute conscience droite aurait souscrit à cet arrêt de la Colère.
S4 LB MONDE NOVVBAU
La Miséricorde a préféré agir. La Miséricorde s'est surpassée, elle a permis à la Révolution de se produire. Elle a i^Dgé rhumamté dans le bain de sang de la Révolution, et dans ce bain elle a lavé les souillures que le clergé, les corporations religieuses, et les catholiques de la conciliation et de l'accommodement avaient contractées au contact du monde christiano-païen, du monde de l'accouplement du pur et de l'impur.
En un sens, la Révolution est un des grands bienfaits de Dieu à la terre. La Révolution est un bienfait supérieur au bienfait du déluge des eaux en l'an 1656, et du déluge des Barbares aux premiers siècles du christianisme.
La Révolution est le sphinx de l'humanité.
La solution de toutes les énigmes restera suspendue jusqu'au moment où la Révolution sera comprise. La Révolution est le bain de sang du monde christianopaïen, et le creuset où Jésus-Christ prépare le monde auquel il veut donner son nom. Voilà pourquoi elle a été acclamée par les peuples, du détroit de Gibraltar à la Yistule ; pourquoi les peuples ont allumé des feux de joie sur toutes les montagnes à sou avènement, et pourquoi ils se sont ouvert les veines pour coopérer à son triomphe durant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Voilà pourquoi Robespierre, Garibaldi, Mazzini ont reçu la puissance de démolir jusqu'à la dernière pierre le vieux monde christiano-païen, comme Attila, Genséric et Alaric avaient reçu la puissance de démolir jusqu'à sa dernière pierre le vieux monde païen.
ou LE ilONDB DE JÉSUS-CHRIST. tSti
On a heau faire, rhumanité est sous le coup d'un arrêt de mort du Seigneur. 11 faut que Tarrèt s'exécute.
Heureusement il est aux trois quarts exécuté. Nous n'aurons pas à souffrir les souffrances de nos pères. Ils ont acquitté la dette du sang aux trois quarts. Gomme victimes ou bourreaux, ils ont payé de leur vie le droit pour les mfants d'espérer un sort meilleur, après les redoutables mais courtes épreuves qui précéderont rétablissement définitif du mondo nouveau.
Des tribulations apocalyptiques devaient donc éprouver l'Église et l'humanité, comme préparation aux joies apocalyptiques qui nous étaient réservées. Le labeur devait être proportionné à la récompense, et l'ardeur de la lutte à la grandeur et à l'éclat du triomphe.
L'homme est un Révolté. Il fallait donc que durant de longs siècles le Christ régnât avec son «ceptre de fer et son glaive à deux tranchants, afin que l'homme fût dompté.
L'homme est orgueilleux, il fallait donc que l'orgueil humain atteignit ses dernières limites, afin que l'impuissance de l'homme arrivé au sommet du savoir se manifestât avec pompe.
Il fallait que toutes les aspirations des hommes vers le bonheur, la puissance et la gloire se produisissent avec force et sous toutes les formes possibles, afin qu'il fût bien prouvé que l'homme est impuissant à les satis-
56 LB MONDK NOUVEAU
faire. Il fallait que rhumanité se fût tournée et retournée en tous sens, c£n qu'il apparût clairement que l'immortel malade est atteint d'un mal qui défie la médecine des hommes .
Dans l'ordre du savoir il fallait que la méthode de la science humaine fût découverte par Bacon, afin qu'il fût démontré que la science humaine^ arrivée à son apogée, ne peut nous donner autre chose que des combinaisons de corps, des mesures de temps et d'espaces, et rien de ce qui est essentiel.
Il fallait que la méthode de la philosophie humaine nous fût donnée par Descartes, afin qu'il fût bien établi que cette philosophie aboutit au néant (1).
Il fallait que lart humain atteignit tous les sommets, que la Grèce, la Renaissance et le Romantisme fussent représentés par des génies de la taille d'Homère, de Corneille et de Gœthe; afin que l'esprit humain, à son apogée, dût confesser sa honte de ne pouvoir distraire les hommes qu'en mêlant au spectacle de leurs vertus celui de leur orgueil, de leurs voluptés, de leur cruauté, de leurs bassesses.
Il fallait que la politique humaine nous offrit Témouvanf spectacle de toutes les formes de gouvernement tour à tour essayées et tour à tour impuissantes, afin qu'à la vue de tant d'écroulements il fût bien établi
(1) Nous faisons ici allusion à la philosophie séparée, à la philosophie de VorgueiL Nous prouverons plus loin que Thomme pourrait, à :1a rigueur, avec sa petite raison, faire une petite philosophie très - valable , si son orgueil et ses passions n'y mettaient obstacle.
ou LE MONDE DE JÉSOSHÏHRIST. 57
qu'on avait fait fausse route. Il fallait que tous les partis politiques parussent sur la scène du monde deux fois (1), avec des acteurs de la force de Mirabeau et de Napoléon, afin qu'ayant fait deux fois leur expérience, avec un talent immense et des résultats négatifs, le peuple portât plus haut ses espérances.
11 fallait surtout que le clei^é et la Papauté, épouvantés à la vue de ce pandémonium de la science, de la philosophie, de l'art et de la politique humaines^ éprouvassent un incommensurable dégoût, afin que ridéal du Christ, consistant à se soustraire aux liens du monde, leur inspirât un incommensurable désir de s'aflfranchir.
Le moment est venu de dire les conditions principales de ce grandiose affranehissement qui fera éclater le triomphe attendu par Pie IX avec une confiance entière et absolue {2) .
La science, la philosophie, l'esthétique et la politique humaines ont donné ce qu'elles pouvaient donner ; essayons delà science, de la philosophie, de l'esthétique et de la politique divines (3).
Les passions humaines ont dit leur dernier mot dans
(\) Les légitimistes avant 4789 et en 4815; les parlementaires en i789 et en 1830; les républicains en i793 et en 1848; les bonapartistes en 1804 et en 1854. Ceux-ci en sont à leur seconde expérience.
(2) Paroles de la bulle de l'Immaculée Conception.
(3) Nous verrons, dans un chapitre spécial, que la science, la philosophie, l'esthétique et la politique divines ne sont pas exclusives de la science, de la philosophie, de Pesthétique et de la politique humaines, et qu'elles en sont distinctes, bien que devant leur être unies.
l'histoire, et ce mot est une horreur, voyons un peu ce que les passions divines sont capables d'enfanter de grand et de parfait.
On a tort de croire que le Christ n'est que le roi de l'Église. Le Christ est l'époux de l'Église et le roi du monde. Il règne à Pékin^ à Calcutta, au Congo avec son sceptre de fer, comme à Rome avec sa houlette. Le catholicisme est plus grand qu'on ne pense !
Voilà l'histoire, non pas l'histoire humaine, mais l'histoire divine qui est encore à faire. Oui, l'histoire des passions est à faire sur le plan de l'éthique divine, puisque l'éthique humaine nous a donné en spectacle, sans en soupçonner la raison, les scandales des siècles sur lesquels pèse la colère du Christ, faisant fouler sous le pied de ses archanges et foulant lui-même le pressoir de la fureur de Dieu (1).
L'homme et Satan ont donné la mesure de leur puissance, à Dieu de donner la sienne; la prétention n'a rien d'exagéré. Il faut que l'homme, ayant essayé sous toutes les formes et en détail ce qu'il est et ce qu'il peut faire sans Dieu, essaye avant la fin ce qu'il est et ce qu'il peut faire avec Dieu.
Convions l'homme à des passions divines.
Il y a eu un monde païen ou idolâtre. Au milieu de ce monde la cité de Dieu nous apparaît, à Jérusalem,
(1) Apoc. ch. XIX, 15.
ou LK MOKDE DE JÂSOS-GHRIST. 59
comme un germe à peine perceptible. Ce germe a levé h Tavénement de Jésus-Christ, et il a produit une cité capable de se mesurer avec le paganisme et Thérésie et de les vaincre ; capable d'enfanter le moyen âge et Tancien régime des Saints, et le monde moderne des aspirations chrétiennes, à côté du moyen âge et de l'ancien régime de Satan, et des aspirations sataniques du monde moderne. Le moment approche, le voilà, où le germe devenu arbre devra s'épanouir et s'élever en Dieu pour affranchir le moyen âge et l'ancien régime des Saints, du moyen âge et de l'ancien régime de Satan, et donner une ample satisfaction aux splendides aspirations chrétiennes du monde moderne, en étouffant les aspirations sataniques de ce monde maudit.
Voici la loi de l'histoire :
L'humanité part du monde païen, travei^se le monde christiano- païen, et aboutit au monde de Jésus- Christ. Dieu au commencement, au centre et à la fin; au commencement la.création, au milieu la rédemption, àjafin^la gloire. L'humanité déchue, l'humanité rachetée, l'humanité glorifiée.
Pie IX est l'emblème du monde nouveau, du monde de Jésus-Christ, du monde qui se fait.
Pie IX de 1847 est l'expression exacte des aspirations chrétiennes du mo^de nouveau, contre ce que l'ancien monde avait de païen. Et Pie IX de 1861 (1) estl'ex-
(0 Voyez Vallocution du 18 mars 1861, où Pie IX condamne le monde moderne, le monde du vieux libéralisme, le monde de la Révolution.
60 LE HONDB NOUVEAU
pression exacte de ce qu*il y avait dans Tancien monde de chrétien, contre ce qu'il y a de païen dans le monde de la Révolution.
Pie IX est venu séparer le bon grain de Tivraie ; mais en condamnant le monde ancien en 1847, et le monde de la révolution en 1861, il a affirmé le monde nouveau, qui n'est ni le monde ancien ni le monde de la Révolution. Ke IX, en proclamant le dogme de l'Immaculée Conception, a versé Teau lustrale sur le monde nouveau et il l'a baptisé du nom de monde de Marie, ou, ce qui revient au même, du nom de Jésus-Christ. L'inspiration de Pie IX en 1847 a été une inspiration du Saint-Esprit. Et il n'est pas jusqu'au malheureux essai du régime constitutionnel dans les états de l'Église qui n'ait été providentiel. Cet essai a prouvé la parfaite incompatibilité du gouvernement représentatif et de la souveraineté temporelle du pape (1). L'avenir, 6t un avenir prochain, fera éclater les conséquences grandioses de cet échec. Toutes les expériences ayant été faites à Rome comme ailleurs, il ne reste plus qu'à expérimenter les idées du monde nouveau exposées dans ce livre. Or il se trouve que, fidèle à son inspiration de 1847 combinée à son inspiration de 1861, le Saint-Père annonce son intention d'entrer dans le courant du monde nouveau, qui est tout à la fois la ruine de l'ancien monde christiano-païen condamné
(I) On peat consulter, à Tappui de cette opinion, M. de Montalembert, Des intérêts catholiques au dix-neuvième nèele, et son discours du 20 octobre 1849.
ou I.E MONDE HE JÊ5CS-GBR18T. 61
par Pie IX en 1847, et du monde de la Révolution condamné par Pie IX en i 861 .
Le monde nouveau est le salut de la Papauté. Le monde nouveau apporte la solution. Le monde nouveau c'est le triomphe de l'Église, ni plus ni moins.
Ce qui fait la force de Garibaldi et de Mazzini, c'est qu'ils sont des hommes de désir et d'espérance. Dépassons-les, soyons à un degré supérieur des hommes de désir et d'espérance, et Mazzini et Garibaldi disparaissent de la scène avec lancien monde, et le monde nouveau qui se fait, s'achève. et triomphé.
Pie IX est le point de jonction du monde qui s'en va et du monde qui se fait. Il a porté les deux croix de ces mondes. Pie IX n'appartient pas au vulgaire des papes. Il est de la caste des hommes providentiels.
Pie IX, comme les autres princes, comme Napoléon, a été dans les détails de la politique dominé par la grandeur des événements, mais au point de vue de l'inspiration générale son type est pur de la pureté de la Vierge dont il a proclamé l'idéale beauté, de la pureté des Saints dont il a inauguré le Règne en les canonisant (chap. XX de l'Apocalypse) .
Son inspiration constamment divine a donc toujours été à la hautetrr-drfa situation apocalyptique où il s'est trouvé placé.
Pie IX de 1847 = Pie IX de 1861. Voilà notre formule algébrique, voilà notre drapeau ; et, sans nous occuper des actes diversement appréciables de la politique humaine^ pour nous en tçnir à la double inspi-
ralion divine de Pie IX de 1847 et de Pie IX de 1861 , nous disons :
Pie IX de 1847 a condamné le monde ancien, Pie IX de 1861 a condamné le monde de la Révolution. Nous sommes donc ou au commencement d'un monde nouveau, ou à la fin du monde. Il n'y a pas de milieu. Il n'y a pas de tiers parti, pas d'accommodements possibles en présence d'actes aussi tranchés.
Mais entendons-nous. Pie IX a condamné l'ancien monde, c'est-à-dire ses abus. Pie IX, le pape de l'Immaculée Conception, ou de la Pureté Idéale, ne pouvait condamner ce que ce monde avait de bien. Mais il a compris ce qu'il avait de mêlé et d'impur, et il l'a condamné, comme il a condamné le monde de la Révolution. Il est aujourd'hui incontestable qu'aucun de ces mondes n'exprime le type idéal d'une société vraiment chrétienne. Le rôle mystique de Pie IX a été de flétrir deux types de société mêlés de pur et d'impur, de vrai et de faux, afin d'ouvrir à l'humanité la voie vers le monde sans tache ou le monde nouveau.
Cependant ne nous faisons pas illusion. Ce monde est sans tache comme concept, mais au fond le péché originel y fera toujours la guerre au nouvel homme, afin que le monde du nouvel homme ait toutes les perfections, même celles de la lutte et des grands labeurs. La lutte, les grands labeurs, et l'écrasement triomphal de tous les reptiles toujours écrasés mais toujours vivaces, seront même le caractère de ce monde, puisqu'il sera tout à la fois profondément
ou LE «ONDE DE JÉSDS-CHRIST. 63
chrétien et profondément démocratique, c'est-à-dire extraordinairement difficile à contenter, à raison de ses aspirations vers le Bien absolu en tout.
Le monde nouveau sera donc le monde des grandes passions, des grands drames, de la divine épopée, et il dominera déboute la hauteur de Dieu la science, l'esthétique, l'histoire et la politique humaines du passé, en produisant, sous une forme épique, à une hauteur inaccessible à la portée de l'homme déchu, la science, l'esthétique, l'histoire et la politique divines AeVlkomm^ régénéré, de l'homme divin, de l'homme de Jésus- Christ, incarnation de toutes ces grandes et sublimes choses.
Oui, le Christ, au nom de qui tout doit se faire et tout genou fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers, oui, le Christ est la science, l'esthétique, l'histoire et la politique divines incarnées, vivantes ou épiques, c'està-dire la Parole ou le Verbe qui est venu nous manifester ces grandes et sublimes choses.
On peut juger par ces quelques mots de la hauteur à laquelle on doit se placer pour dominer l'humanité. Or, il ne fallait rien moins que soixante siècles pour que l'humanité pût s'élever à cette hauteur divine.
Ce qu'il faut en effet, à l'homme des temps nouveaux, ce n'est pas une science, une esthétique, une éthique et une politique ayant quelque rapport avec la
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science, l'esthétique, l'éthique et la politique des vrais ou faux grands hommes de l'histoire, des Homère, des Virgile, des Voltaire, des Gœthe, des Mirabeau ou de Napoléon P^ Comment, avec de pareilles ressources dont le génie fait ressortir l'inanité, aujourd'hui constatée par soixante siècles d'impuissance humaine, espérer régénérer le monde, et introduire ce monde dans la sphère sublime où ses aspirations extraordinaires le portent? Au Christ seul de régénérer le monde!
Il n'est pas un vrai ou faux grand homme, des temps anciens ou modernes, qui puisse quelque chose pour l'homme. Mais l'impuissance de Jésus n'a pas encore été constatée que nous sachions.
On peut donc dire aux catholiques sans les blesser : Si nous sommes impuissants, c'est un peu notre faute, si nous ne dominons pas nos ennemis, c'est que nous ne voulons pas les dominer. Car ayant le Christ avec nous, le Tout-Puissant, il dépend de nous de sortir de notre impuissance. Il dépend de nous de nous affranchir des obstacles qui arrêtent notre élan, et nous empêchent de nous placer au cœur même de cette science, de cette esthétique, de cette politique supérieures et vraiment divines, dont l'éclat et la majesté porteraient avec elles la conviction dans les âmes.
L'homme des temps nouveaux n'a pas le temps de nous suivre dans nos raisonnements, faisons éclater la lumière, la sainteté et la charité, et il se rendra à nous, comme se rendaient aux apôtres sans autre raisonne* ment les multitudes des temps apostoliques.
ou LE MOUDS DE JÊSCS-GBRIST. 65
Faisons éclater Dieu 1 Élançons-nous sur les hauteurs ! sursuml élevons-nous, élevons-nous encore par . la pensée et par les actes.
Notre apologétique est admirable, ajoutons-y l'apologétique de la splendeur philosophique, scientifique, esthétique et politique, ou lapologétique franchissant lenceinte des écoles pour s'élancer dans le domaine des connaissances aimées et pratiquées dans la société.
Dépassons notre apologétique,* tout en la conservant soigneusement comme le monument du génie des siècles, dépassons-nous nous-mêmes, en restant nousmêmes. Soyons ce que nous sommes et ce que nous avons toujours été, inébranlables comme un roc sur les principes, intraitables dans la garde du dépôt sacré, mais dépassons-nous nous-mêmes, en faisant produire à ces principes et à ce d^pôt d'une fécondité inépuisable la science, l'esthétique et la politique divines des temps nouveaux. •
Ce progrès superbe n'est pas une utopie. L'utopie consiste à ne pas vouloir tirer de principes infiniment féconds la série indéfinie des conséquences qu'ils renferment.
Nous avons dit un mot, dans la note relative au père Félix, de la possibilité de constituer la Science que nos adversaires ne peuvent que morceler et mutiler. On
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peut en dire de même de Testhétique et de la politique. Là aussi il appartient aux catholiques, et aux catholiques seuls, d'apporter l'unité.
La dualité des passions de Tesprit et de la chair, de Tâme et de^ la. bote, de l'ange et du démon^ ou le manichéisme, constitue l'essence même de l'art et de la politique des anti-catholiques. Aux catholiques de substituer à ce mi(nichéisme absurde et dégoûtant des grands hommes de l'histoire, la féconde dualité de rhomme et de Dieu étroitement unis et associés. Or, cette dualité de Dieu et ^e l'homme unis et associés n'est pas le manichéisme, elle est l'unité même. Mais comme il y a deux termes dans cette unité;, ^t le vieil homme pour repoussoir, les grandes et belles passions, au lieu de se trouver exclueis dii domaine de Tart et de la politique catholiques, viennent féconder l!un et l'autre. Ou plutôt alors les vraies passions commencent, les payions divines, et on a la divine épopée et la politique divine, ou le grand drame palpitant d'intérêt et de vie. Mais nous reviendrons sur ce sujet.
Il nous suffit de constater ici qu'il dépend des ca- Jtholiques de sortir de leur ilotisme, et d'entrer, bannière haute, dans la société de leurs contemporains en pénétrant au vif des questions qui les agitent. Les catholiques ont l'air de n'être pas sur la terre, ils semblent vivre dans la lune, seuls avec eux-mêmes, dans une société à part, et ils se font une étrange illusion de croire exercer une action appréciable sur les hommes de leur temps. Il faut donc qu'ils dilatent leur apolo-
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gétiqueet qu'ils la portent enfin sur le terrain pratique des questions qui remuent le monde, sur le terrain pratique de la science, de l'esthétique, de la politique et de l'histoire, grandement comprises et grandement interprétées. Hors de l'utopie I tel doit être leur mot d^ordrew
Des horizons sans 6n ^'offrent à nos regards^ Nous voilJi en face de l'Idéal divin. Or, il est infini et il nous ouvre le& portiques de la science, de l'esthétique et de la politique, sanctuaires explorés à peine (1) ! entronsy, entrons-y. Ou, ce qui revient au même, élançonsnoup de l'École, riches de nos connaissances acquises, pour planer sur les hauteurs du monde, sur les hauteurs de la pensée où l'humanité haletante courrait risque, sans nous, de s'égarer dans les r^ons des nuages et de la foudre.
Devant cette science, cette esthétique et cette politique supérieures s'évanouiront, comme les ténèbres au lever du solei^ la science, Testhétique et la politique mondaines.
Ne dédaignons pas les hauteurs, si nous aspirons au triomphe. Les grands triomphes de l'Église sur le monde ne s'obtiennent que par des manifestations d'un
(1) Saint Augustin, et^ au moyen âge, Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaventure, ont exploré ces divins sanctuaires. Mais le cosmos leur était inconnu. Cvsi au monde nouveau de faire éclater la gloire du Seigneur dans la magnificence du cosmos. Le moment est venu où to^t doit rendre gloire au Seigneur. Notre planète avant de clore ses destinées doit à Dieu cet hommage. Le ciel et la terre, avant de s'enfuir, doivent confesser le Seigneur, puisqu'après on les chercherait vainement. (Âpoc, cb. xz.)
éclat extraordinaire jointes à une immense humilité : l'humilité des Saints qui meurent inconnus dans le sein du Seigneur, et l'éclat des Tertullien, desOrigène et des Augustin.
Les œuvres, les œuvres surtout, la charité des grands pour les petits et des petits pour les grands, mais la science aussi, pas de crétinisme en aucun genre. N'ajoutons pas foi à ceux qui nous disent : la charité et le petit train train de la piété placide suffisent ! Ceuxlà en ont menti. L'Église les condamne, car toujours l'Église a deçiandé à Dieu de lui susciter des docteurs, de vrais grands hommes. Elle ne rougit pas plus de saint Bernard ou dé saint Thomas, que de Benott Labre et de la bergère sainte Germaine de Pibrac.
0 misère! les grands hommes du christianisme sont morts, mais les prières innombrables des bonnes femmes, et des bons hommes du peuple qui se font depuis quelques années sur une échelle immense, vont faire surgir de terre une légion de grands homiftes, de grands Saints. L'Église en a besoin ; il en faut. Ils viendront.
En tout cas, dût-on être lapidé, on doit dire hardiment : le triomphe est assuré, si on veut s'en donner la peine et faire le nécessaire. Mais on se tromperait dans cette généreuse affirmation avec Pie IX, le Pape inspiré, chose impossible, qu'on devrait travailler à ce triomphe comme s'il devait arriver ne dût-il jamais arriver, et fussions-nous toujours, toujours, jusqu'à la dernière heure du monde, condamnés à
ou LB MONDE DE JÊSUS-GHRI8T. 69
mordre la poussière sous les pieds de nos ennemis.
Mais cette attitude nous fait horreur, si d'autres Faiment. Nous éprouvons une suprême répugnance à sentir sur nous le pied de qui vaut moins que nous. Il nous platt de nous redresser de toute notre hauteur.
La majesté de la pose-, après tout, est la seule qui convienne aux catholiques du monde nouveau, du monde de Jésus-Christ, vainqueur et triomphateur par la Croix.