CHAPITRE V
LA POLITIâUE ET LA DIPLOMATIE.
L'impuissance de la politique de Tancien monde christiano- païen et du monde transitoire de la Révolution ou de révolution, est aujourd'hui suffisamment constatée par l'impuissance des divers partis représentant ces deux politiques à divers titres.
Cette impuissance, constatée par des chutes en partie double pour chaque parti, est d'une notoriété si éclatante qu'elle nous dispense d'entrer dans de longs développemenis.
Beaucoup d'expédients ont été tentés et beaucoup de combinaisons imaginées, en vue de consolider des établissements éphémères qu'un tour de roue de la Révolution a tour à tour précipités dans l'abtme.
Le talent n'a pas fait défaut à ces tentatives de replâtrage. Napoléon V^ est certes un hfimmè de génie. Mirabeau n'en était pas dépourvu non plus. Et ceux qui les ont suivis, sans cependant être à leur taille, ont incontestablement donné des preuves de capacité, et déployé des ressources assez ingénieuses pour faire
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tenir quelques jours debout les établissements de leur choix.
• Mais ils ont traité la Société sans la comprendre. Cela ne doit pas les humilier. Ils ont cela de commun avec les grands hommes des temps anciens et modernes. Au lieu de dominer les passions de l'homme déchu, de la Bêle, du \ieux Serpent, ils ont été les esclaves de ces passions, ils ont joué avec ces passioQs comme des enfants, et ils ont été brisés par ces passions. Au lieu de s'élever au^-dess^s de leur si^c|e, ilç l'opt servi, et ils ont fait consister la grandeur à dominer leur siècle, non en le combattant mais en le caressant. Or l'heure de Tapurement des comptes aanoncée par l'Apocalypse (ch. XX) approche, l'heure du triomphe des Saints et des vrais grands homîEies; Les faux grands hommes vont être jugés et jetés aux gémonies dej'histoire.
Il ne saurait en être autrement. Le triomphe de l'Église va nous donner les vrais caractères de la grandeur qui consiste à combattre le vieil homme^ le vieux monde, à le ruiner, à être sans pitié pour les faiblesses du passé et du présent, (Bt surtout pour les faiblesses de son siècle. Or, c'est le contre-pied de la grandeur selon le monde, de la grandeur du monde antique, Ajd la grandeur du. monde moderae. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas, il n'y aura jamais de vrai grand homme, en dehors de l'Église ou de l'âme de l'Église (1). Telle
(0 Socrate, sans être dans TÉglise, a pu être un grand homme s'il a été dans l'Ame de TÉglise, dans Tesprit de l'Église.
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est la loise avec laquelle on devra mesurer les grands hommes. Enfin ! cela promet une critique ! une critique armée de la toise du chapitre xi de F Apocalypse : « Lève-toi, mesure le temple de Dieu, Tautel et ceux « qui adorent. Mais laisse le parvis qui est hors du « temple, ne le mesure pas! d II n'en vaut pas la peine !
Les chefs d'empire, les princes quels qu'ils soient, qui comprennent, ou qui comprendront ces choses, seront les vrais grands hommes de l'histoire, infiniment plus grands qu'Alexandre et César, deux faux grands hommes. Et ils recevront à titre de serviteurs des Saints, de serviteurs de Dieu, la puissance de juger des temps nouveaux. (Apoc, ch. xx.)
Ils recevront la puissance ! quel mot !
Les princes n'ont donc pas la puissance? hélas I non, ou, s'ils l'ont, ils ne savent pas en user. Ils n'ont pas la puissance! Ils sont donc impuissants? Oui. Voyez en effet la conduite des gouvernements déchus , notre intention n'étant pas de porter un jugement sur ceux qui dirigent la société en ce moment (1).
Ils ont tous été impuissants, tous incapables de
(1) Voulant conserver à notre travail le caractère grave qui convient à un sujet religieux de cette inoiportance, nous comptons éviter avec soin les questions brûlantes de la politique, et faire taire en nous toute préoccupation de parti, qui pourrait nuire au but infiniment élevé que nous nous proposons d*atteindre.
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résoudre aucune question. La question de l'autorité et de la liberté, la question démocratique et sociale, la question de la république et de la royauté, la question internationale, et la plus importante de toutes sans comparaison puisqu'elle les renferme toutes, la question de l'Église, se sont tour à tour présentées à chacun de ces gouvernements, implorant une solution prompte et péremptoire, et ces gouvernements n'ont trouvé que des expédients, des palliatifs, des lois de septembre, des lois de police ou de sûreté, des lois de proscription, et, comme couronnement, la centralisation et le canon.
Mais ces expédients, ces palliatifs, et l'emploi du canon comme raison dernière, prouvent justement l'impuissance de tous les gouvernements déchus, et leur folle entreprise de vouloir faire tenir avec des étais un édifice ruiné quand il fallait le reprendre en sousœuvrev
Aucun de ces gouvernements n'a compris qu'il s'agissait d'une reconstruction nouvelle, et de la plus grande reconstruction des temps anciens et modernes; de la reconstruction intégrale de la société sur le plan du christianisme, en exaltant l'homme nouveau et en détruisant le vieil homme, autant que le vieil homme puisse être détruit dans un monde où doit régner jusqu'à la fin le péché d'origine, comprimé, réduit, jamais défait.
Aucun de ces gouvernements n'a compris qu'il s'agissait là d'un remède héroïque, et aucun n'a su l'administrer. Aucun n'a eu la pensée de nettoyer les
étables d'Âugias dans TEurope, dans le monde, en commençant chez soi. On s'est plus ou moins bien trouvé de ce monde de corruption, et on a essayé de s'y faire une place en faisant avec lui des accommodements. Tous les gouvernements déchus ont été plu^ ou moins des gouvernements de tiers parti. Ils ont pris à coéui* de ne résoudre aucune question, mécontentant ainsi tout le monde ei Dieu. Ils ont mécontenté le peuple , mécontenté rÉglise , mécontenté l'aristocratie, mécontenté la démocratie. Ils n*6nt su étouffer aucune aspiration criminelle, satisfaire aucune aspiration légitime.
Ils n'ont été ni philosophes, ni chrétiens, ni blancs, ni rouges, ni froids, ni chauds. Mais ils ont ététièdes, aussi Dieu les a vomis. La société a été mise en I air par la Révolution, ils l'ont trouvée en l'air et ils l'ont laissée en l'air. Ils ont su aligner des chiffres et des soldats^ Mais dans l'ordre religieux et moral, ils n'ont rien fait du tout. Dans l'ordre matériel ils ont fait des merveilles avec des milliards et des milliards^ mais ils ont laissé le peuple mburir de faim comme par le passé. Us ont eu pour la question démocratique et sociale de superbes dédains. Aussi ils n'ont pu prendre racine dans l'âme du peuple, qui, dévoré de désirs et n'étant jamais satisfait, a successiveâient renversé ces^ gouvernements dans l'espoir d'en trouver de meilleurs. .
Ces gouvernements ont disparu, mais nou& ont-ils au moins laissé des institutions capables d'abriter une grande nation pendant seulement un demi-siècle ? ne
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nous GDt41s pas plutôt Idssés comme loiseau sur la branche? Aussi leurs six cent mille baïonnettes ^i leurs milliards du budget ne leur ont servi de rien, parce qu'ils n avaient pas la moindre <foi?€e morale. Dans les questions intérieures ils n'ont donc rien compris au mouvement, apocalyptique en: voie de formation du monde nouveau, du monde de Jésus-Christ.
-Nous venons de voir Fimpuissance de la politique, mais rimpuissance de la diplomatie éclate en signes encare plus visibles, sll est possible.
Grâce à son travail souterrain qui n'a su rien, empêcher et rien prévoir, toutes les nationalité)» sont en l'air, comme dérç^çinées; tous les États fermentent sourdejçfientcaïqme la lave des volcans avant Téruption; toutes les q^estions nationales et internationales ont été soulevées, et aucune résolue ; tout le système social, en Europe, en Amérique, dans le Levant, dans l'extrême Orient, semble être à la veille d'un remaniement universel.
. N'est-ce pas une chose énorme que l'impuissance de la diplomatie devant cet étrange et déchirant spectacle de la Pologne prenant son suaire pour le drapeau de sa résurrection, toujours comprimée ou en révolte, toujours en sang ou en deuil (1) ?
(1) Mais voici quelque chose de prodigieux, rimpuissance de la politique confessi^e officiellement par M. Billautt, organe d'un gouver-
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N'est-ce pas encore un symptôme d'impuissance que le spectacle non moins étrange et émouvant de la Russie, travaillée sourdement par ses sociétés secrètes, ses journaux, ses pamphlets invisibles, ses conciliabules d'incendiaires, ses paysans qui veulent arriver à la propriété par le dépouillement immédiat de leurs Seigneurs ?
Autant de symptômes d'impuissance aussi que cette ' Grèce, frappant à toutes les portes et pouvant à peine trouver un roi ; que cet empire du sultan qui s'écroule sous le choc ou le démembrement à moitié effectué des races roumaines, serbes, monténégriénes, albanaises : incapables elles-mêmes de trouver leur assiette et un jour de repos.
Autant de symptômes d'impuissance enfin que cette Angleterre, pourtant si riche et si fière, s'obstinant, en haine des Russes, à soutenir FEmpire Turc quand il faudrait le laisser crouler ; tenant ainsi cette question en suspens jusqu'au moment où, pour la résoudre, il
nement qui commande à une nation de 40 millions d'hommes et à une armée de 600,000 baïonnettes :
« Depuis 18i5, bien des expériences ont été faites, et toutes ont « échoué 1 Les concessions d*Alexandre !•' ont conduit à la révolu- « tion de i 831 1 Le régime sévère de Nicolas n'a fait que rendre l'a- « gitation plus profonde et la crise plus sombre I Le caractère bien- « veillant d'Alexandre II a produit l'insurrection actuelle l Les « remèdes de 1815 ne sont pas un remède à la situation ! Si on ne u donne pas la liberté à la Pologne, elle est dans l'oppression; si on « la lui donne, elle en usera pour reconquérir ce qui lui manque « encore!... »
Mais ou est le remède ?
Il est dans le Triomphe ou dans Tavénement du Monde Nouveau.
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faadra sacrifier encore trois milliards et cent cinquante mille braves (1).
Et, à côté de ces symptômes d'impuissance, nous voyons des symptômes de rénovation universelle se manifestant de toutes parts avec non moins d*éclat : dans cette Bulgarie qui fait retour à l'unité ; dans cette Egypte qui nous ouvre la grande route de l'Orient; dans cette agitation populaire, bourgeoise et aristocratique de rAUemagne tout entière en travail d'une organisation nouvelle ; dans ces efforts intelligents de r Autriche, cherchant à se reconstituer en reconsti-
(1) Il est regrettable que là France, craignant sans doute les résistances de l'Angleterre, et gênée d'ailleurs par Talliance des gouyemements antérieurs avec l'Empire Turc, n'ait pu résoudre définitivement la question d'Orient, dans sa dernière guerre avec la Russie.
La France et TAnglelerre auraient alors été assez fortes pour aider les chrétiens à s'affranchir de ceux qui sont venus «nvahir l'Europe et l'ont arrosée du sang de nos frères. Aujourd'hui, la question étant résolue, on n'aurait pas à faire de nouveaux et peut-être de plus grands sacrifices pour la résoudre, quand elle s'imposera impérieusement à l'Europe chrétienne, au Jour de i'avénement du Monde Nouveau dont la chute de l'empire turc (le faux Prophète) doit être un des signes. (Ch. xix de l'Apocalypse.)
Le traité de Paris a fait entrer Vislamisme dans le concert chrétien. C'étaient les peuples chrétiens d'Orient qu'il fallait faire entrer dans ce concert en repoussant l'Islam. Mais l'Angleterre n'aurait pas compris cette politique. Les desseins de Dieu sont profonds. Le moment n'était pas venu. On dirait que Dieu a permis à la politique d'indécision de l'Europe de soulever toutes les questions et de les suspendre en l'air, afin qu'elles soient toutes résolues à la fois sous le souffle de Dieu, puisque les gouvernements, malgré le génie de leurs hommes d'État, sont impuissants. Irlande, Pologne, Italie, Orient, espérez I le Seigneur prendra votre cause en main quand le calice de votre expiation sera plein. Et sans doute le temps approche, s'il n'est déjà venu.
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tuant ses autonomies de races ; dans le réveil des idées d'union des trois royaumes Scandinaves ; dans Tagitation religieuse de TÀnglet^re et de l'Irlande ; dans le mouvement de rénovation radicale de l'Italie ; dans les aspirations singulières vers la civilisation du nouveau roi de Madagascar, de lempire Persan, de la Chine, de la Cochinchine, au grand Soudan , quand le continent américain lui-même est eh feu de Tisthme de Panama aux mers polaires ! . *
Partout, de lorient à l'occident, du nord au midi, du Nouveau ou une immense et universelle aspiration vers le NOUVEAU, sans bien connaître au juste ce que ce Nouveau doit être.
Et, en attendant que ce Nouveau vienne se poser et s'affirmer nettement à la conscience du genre humain, avec son caractère propre, avec sa physionomie ^t- ses garanties de force, de durée et de vie, tout demeure comme suspendu en l'air.
Et, au milieu de cet en-l'air universel , signe évident de la nécessité d*un universel rangement, nous soyons la plus grande force matérielle et politique du siècle, la France, devenir sous ses divers gouvernements l'instrument le plus actif de la Providence irritée, qui partout déracine pour partout recréer. Nous lavoywis, obéissant à l'impulsion de cette Providence, soulever toutes les questions, et puis les suspendre, attendant le mot d'ordre d'en haut; ne pouvant en résoudre aucune que ce mot d'ordre ne soit donné; brisant toutes les anciennes alliances , lalliance des peuples du Nord,
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celle des peuples de TOccident, et mettant toutes. les cours dans Timpossibilîté d'en renouer aucijne.
Et, comme si Dieu lui avait imposé la terrible mission de surveiller la Révolution, chaînée de tout démolir pour que tout puisse se reconstruire sur un plan mieux conçu, voilà que le branle ayant été mis à Tlta^ lie, où tout est en ébullition, où toutes les questions soulevées attendent aussi lear solution, la France est obligée d'étayer de son mieux Tédifice ébranlé, jusqu'au «moment sans doute où la voix mystérieuse du Monde Nouveau viendra souffler à son oreille le grand secret des solutions.
Et comme si ce n'était «pas assez des- embarras et de l'ébranlement général de l'Europe chrétienne, la France , protectrice des faibles et gardienne de l'ordre universel, est obligée de porter ses armes partout où se produit une commotion, pour tout remettre de** bout de ce qui s'écroule, ou pour tout faire ëcrouler de ce (fui fait obstacle à la civilisation, en Syrie, en Chine, en Côchincbine.
^ Et elle soutient ainsi la vieille Europe, le vieux monde.
Pauvre Europe ! pauvre vieux mondé !
Donc le vieil édifice s'en va, et le nouveau est à placer sur son assiette, comme je ne sais quelle ville de l'Amérique du Nord, envahie par les eaux et que ses habitants soulevèrent de terre pour la mettre de niveau.
Et ce besoin d'étais partout démontre aussi à sa ma-
nière riocuràble caducité de cette société, qui s'écroule pour faire place à une société mieux constituée.
Mais malheur à nous et malheur à l'Europe, si nous étions surpris par une crise, au milieu de cet en-Fair général, où, chose triste et la plus triste de toutes, le transitoire même dans lequel l-Europe a bien ou mal vécu depuis si longtemps, ne semble désormais avoir aucune chance de durée même relative, et n'est assuré d'aucun lendemain.
L'impuissance de la vieille politique et de la< vieille diplomatie est donc un fait établi. La solution ne saurait donc venir de là. Elle ne peut venir que du triomphe de rÊglise.>
Que le triomphe éclate, et toutes. les solutions se feront d'elles-mêmes. Partout le pouvoir retrouvera son assiette, les peuples leur liberté, les nations leur autonomie; et le Turc, repliant ses tentes rouvrira à la civilisation les portes de l'Orient. Alors, le Monde Nouveau embrassant Tunivere entier, la prophétie d'Ézéchiel se trouvera accomplie : « Je susciterai le pasteur
« unique... le vrai David (Jésus-Christ) et je serai
« leur Dieu, et Je vrai David, mon serviteur, sera au « milieu de mes brebis comme leur prince. Je ferai
« avec elles une alliance de paix lorsque j'aurai brisé
« leurs chaînes et rompu leur joug et que je les aurai « arrachées des mains de ceux qui les dominent avec « empire (1). »
(4) Ch. XXXIV.