‹ Le monde nouveau ou le monde de Jésus-ChristChapitre 8 sur 43 · LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ

La liberté du monde païen, c'est la domination d'ua petit nombre de citoyens sur les neuf dixièmes de la population ou les esclaves. C'était la liberté de la Grèce et de Rome.

La liberté du monde christiano-païen, c'est l'asservissement de la masse, serfs, vilains, apprentis, à un petit nombre de privilégiés, seigneurs féodaux, maîtres.

La liberté du monde de la Révolution ou de l'évolution, c'est la liberté pour tous en théorie, la liberté du bien et du mal, du vrai et du faux, placés sur le pied de l'égalité. Mais, en fait, la liberté du monde de la Révolution, c'est l'erreur s'étalant avec effronterie et la Vérité réduite à se taire.

La liberté du monde nouveau, c'est la vérité émancipée, la vérité secouant ses chaînes et prenant triomphalement possession de l'empire.

La liberté du monde nouveau c'est l'âme humaine prenant son essor hors du vieil homme, hors du péché, rejetant la livrée de l'esclave pour prendre la robe du

fils de la maison. « Quiconque commet le péché est es- « clave du péché (1). »

La liberté du monde nouveau est une réaction énergique contre Terreur et le mensonge, c*est Terreur et le mensonge foudroyés par la parole libre des enfants de Dieu, usant avec audace de leurs droits d'hommes libres.

Depuis six mille ans TÉglise de Dieu, les Saints sont réduits à une sorte de servitude. La liberté du genre humain commencera le jour oîi ils seront complètement affranchis, le jour où le zèle pourra se produire sans aucune entrave dans toute la plénitude de ses droits et de sa puissance. Convions les hommes à la liberté, à la grande liberté, à la liberté pleine, à la liberté des enfants de Dieu.

La Révolution a affranchi les hommes du vieux monde, mais elle les a fait passer sous sa domination. Affranchissons les hommes de la Révolution, et alors ils seront complètement libres, libres du vieux monde, libres de la Révolution, de vrais fils de famille, de vrais enfants de Dieu.

La plénitude de la liberté réside dans la plénitude de la possession de soi-même. Or on ne se possède soi-même qu'en possédant Dieu complètement. La possession de Dieu, c'est la possession de la vérité, de la justice, et la

(i) Saint Jean, ch. viii.

possession de la vérité et de la justice établit Thomme dans la liberté et dans le droit de la manifester sans entraves.

Le Christ est donc encore ici la solution de la question si épineuse de la liberté- Quiconque possède le Christ, quiconque est uni à l'Église, a un droit absolu à la liberté. Faire entrer l'homme, faire entrer l'humanité dans le Christ et l'Église, c'est leur donner là liberté intégrale, la liberté dans sa plénitude, la liberté illimitée.

C'est donc un très-grand crime, un crime de lèseliberté divine au premier chef, que de créer au zèle des entraves, à l'Église des entraves. Dieu réserve un châtiment terrible, le châtiment des déicides, à ceux qui viennent l'entraver. Créer des obstacles au zèle, entraver Taction de l'Église, c'est tuer Dieu autant qu'il dépend de l'homme de le tuer.

Opprimer la conscience des catholiques, c'est opprimer Dieu, c'est le tuer,^ toujours* le crime de déicide. Rien ne saurait être comparé à ce crime.

11 n'y a pas de liberté sur la terre qui puisse être mise en ligne de comparaison avec la liberté des catholiques, avec la liberté de l'Église. Car c'est la liberté de Dieu. Porter atteinte à cette liberté, c'est un abominable sacrilège.

Comment ose-t-on comparer cette liberté, la liberté de Dieu, aux autres libertés? Comment ose-t-on la mettre sur la même ligne?

De quel droit l'homme ose-t-il se comparer à Dieu?

ou LE BIONDE DE JÉSUS-CHRIST. 9Î

Il y a de la liberté de Thomme à la liberté de Dieu la distance du fini à Finfini. La liberté de Tbomme est essentiellement finie ou limitée, la liberté de Dieu est essentiellement infinie ou illimitée. Voilà les principes. Voilà ce qui explique toutes les luttes du Sacerdoce et de TEmpire.

La liberté des catholiques, la liberté de l'Église est bien réellement la liberté de Dieu. L'Église est le canal et l'âme des catholiques, le théâtre des manifestations divines, de la liberté divine.

Dieu agit par et dans l'Église, par et dans l'âme du catholique. La coopération du catholique et de l'Église à l'action de Dieu, c'est la liberté humaine coopérant à la liberté divine, c'est la liberté humaine au service de la liberté divine.

Porter atteinte à la liberté du zèle et de l'ÉgUse, c'est donc réellement porter atteinte à la liberté de Dieu, c'est donc un sacrilège, un déicide.

IH

Voilà le droit dans sa majesté souveraine, le droit à la liberté illimitée. Le reste est une affaire de police. M. de Montalembert l'a dit : « Dans l'état actuel du « monde la liberté est un bien, un bien relatif, non « absolu. »

Mais il s'agit ici, et M. de Montalembert l'a sans doute ainsi compris, de la liberté de Tordre inférieur, de la liberté de l'homme, car la liberté de Dieu, la liberté

du catholique et de l'Église est un bien absolu, un bien sacré, un droit divin, un droit à la souveraine majesté, un droit à l'empire.

Mais l'autre liberté, la liberté de l'homme, la liberté de Tordre inférieur, c'est encore M. de Montalembert qui le dit, « peut et doit varier dans son applica- « tion et son étendue, selon les temps et les lieux, les « hommes et les choses (!).>)

Nous croyons bien interpréter cette parole de M. de Montalemb^rt en ajoutant, que ce droit de la Société à restreindre la liberté de l'homme ne peut jamais aller jusqu'à supprimer toute contradiction, toute discussion, toute manifestation.

Il est des contradictions, des discussions et des manifestations nécessaires. Le zèle a besoin d'être contenu, stimulé ou redressé par la contradiction, la discussion et des confre-manifestations décentes, respectueuses et renfermées dans les limites des convenances.

Supprimer tout contradicteur, même décent, c'est supprimer le combat; supprimer le combat, c'est supprimer la victoire.

« Si tollis hostem, tollis pugnam ;

« Si tollis pugnam, tollis et coronam (2). »

Saint Colomban ajoute : « Supprimer toute liberté, c'est supprimer toute dignité. »

« Si tollis libertatem, tollis dignitatem. »

(1) Des intérêts catholiques au dix -neuvième siècle.

(2) Ad frat., cap. iv.

ou LE MONDE DE JÉSUfihCHRIST. 93

Et saint Thomas : « Le gouvernement humain ayant « sa source dans le gouvernement divin, doit s'efforcer « de rimiter. Or, Dieu est tout-puissant et souverai- « nement bon, et néanmoins il laisse certains maux « qu'il pourrait empêcher. Il les permet soit pour ne c< pas ravir à l'homme des biens plus considérables, « soit pour prévenir des maux plus graves (1). »

« Si Dieu voulait rendre tout abus impossible, dit « encore monseigneur de Ketteler, il serait forcé d'en- « lever à l'homme le principe même de sa dignité et « de sa grandeur, sa liberté (2). »

Nous ajoutons ; Supprimer toute contradiction, toute discussion, toute contre-manifestation renfermées dans des bornes décentes, c'est arrêter Téclosion des germes divins, l'épanouissement du dogme, la floraison de la vérité, la fructification de la religion, c'est empêcher le travail de formation des Saints, Supprimer toute contre-manifestation, toute discussion, toute contradiction, c'est faire courir à la vertu, à la piété^ à la sainteté même le danger de se corrompre. C'est exposer l'Église à la dissolution en exposant ses ministres au danger de la vie placide, contrairement au plan de Dieu qui la protège et la conserve en la livrant aux attaques des hommes. C'est appeler l'apostasie des derniers jours ou l'abomination et la désolation dans le Saint des saints, c'est appeler la fin du monde.

Supprimer toute discussion, toute contradiction,

(1) 2*, 2« q. X, art. xi.

(2) Liberté, antorité,Églis€j Paris, 1862, p. i30.

^é LE MOKDB NOUVEAU

toute contre-manifestation, c'est rendre impossible le monde nouveau, le monde de la croix, le monde de Tâge viril, Tâge des glorieux labeurs de l'humanité.

Nous venons de définir la liberté du monde nouveau, la grande liberté, que le monde païen, le monde christiano-païen et le monde de la Révolution n'ont pu nous donner. Cette question, comme toutes les autres, appelle donc le monde nouveau.

En dehors du monde nouveau, anarchie ou despotisme. On serait mal venu de le nier. L expérience, et une expérience de six mille ans, est là qui atteste les vaines tentatives faites, dans tous les temps et sous toutes les formes possibles de gouvernement, pour établir la liberté sur la terre.

Mais le christianisme en faisant de lautorité un service et de l'obéissance un amour ^ en plaçant le sacrifice à la base de lautorité et de la liberté, et en inspirant des sentiments de fraternité aux peuples et aux souverains, rend possible et même facile ce qui, avec le vieil homme, est impossible et impraticable.

Le nouvel homme ou le nouveau monde donne donc encore ici la clef de la solution. Le monde nouveau, le monde de Jésus-Christ est par conséquent dans Tordre de toutes les aspirations humaines. 11 faudra donc qu'il vienne bon gré, mal gré, si ces aspirations veulent être satisfaites.

ou LE MONDE DE lÉSDS-GBRIST. 95

Tout nous ramène à la même conclusion : le monde de Jésus-Christ est nécessaire, le monde de Jésus- Christ se fera, ou plutôt il est en voie de se faire, et, dans la question de la liberté comme dans les autres, il est à moitié fait, puisque déjà la lutte, signe avantcoureur du triomphe, est vivement engagée sur ce terrain.

Le monde nouveau est déjà fait en théorie sur cette question capitale, du moment où il est prouvé, par Texpérience des siècles, que le vieil homme est impuissant à réaliser la liberté en pratique. La notion de la liberté est à peu près comprise. Il ne reste qu'à la mettre en application. Cela se fera; c'est l'affaire du monde de la croix, ou du monde de la réalisation par le sacrifice de toutes les utopies impossibles.

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