‹ Le monde nouveau projet financier pour arriver a une complete reforme sociale ... par le baron Corvaja, italienChapitre 11 sur 24 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la manière (Topérer une réforme sociale complète en persuadant aux hommes que leur existence est la meilleure possible.

Lorsqu’on parvient à placer les hommes dans un état de société parfaite entre eux, il parait que rien ne devrait, mieux que cela, les convaincre que leur existence sociale est la meilleure possible.

Les difAcultés que l’homme rencontre pour supporter sa vie, naissent des anomalies sociales qui supposent l’homme à même de produire et de consommer, tandis que le froid esprit individuel lui ferme tout chemin au travail qui est la source unique de toute richesse.

Il y aura donc un vice organique dans la société jusqu’à ce que l’intérêt individuel détermine les citoyens à apporter toutes les espèces qu’ils possèdent à la Banque. Ces capitaux , tandis qu’ils rapporteront des intérêts à leurs possesseurs, serviront aussi, à alimenter ceux qui vivent de leur travail.

Et comme le placement d’un capital à la Banque, pour en retirer un billet de rente, est l’œuvre d’un instant, tandis que la création d’un revenu demande du temps, il en arrivera une entière révolution sociale ,

c’est-à-diiv une exubérance de capilaux telle que ce seront les bras des hommes qui manqueront au travail, c\.no^ ^ /J /l’argent.

Il résultera de cette heureuse métamorphose que tous se croiront mutuellement utiles en concourant, les uns (>ar leurs capitaux, les autres par leurs bras, à la production de nouvelles richesses.

Cette fusion pourra faire exister ce parfait état de société où , d’après Solon , une offense faite à un individu serait regardée comme si elle était faite é la nation entière.

L’on verra alors tomber tout esprit de propagancîc ; et la remuante démagogie ne trouvant plus de prosélytes, prendra le parti de se taire à jamais et de se rendre utile par le travail ou par ses conseils utiles.

La Banque nationale s’occupant sans cesse de créer de nouvelles richesses, devra faire concourir à son but non-seulement les bras , mais aussi le talent de l’homme.

C’est pourquoi l’on verra les hommes de mérite et do talent, qui ont été jusqu’à présent généralement négligés , devenir la classe de la société la plus respectée, parce que c’est elle qui pourra utilement diriger toutes les entreprises , ôu en inventer de nouvelles.

Mais ce n’estpas tout ; le tableau dont je viens de faire la description ne représente que la prospérité d’une ou plusieurs nations qui auraient adopté ce nouveau plan ; mais tous les hommes sur la terre sont des frères ; et tant qu’il y aura quelque part des malheureux , le cœur d’un philantrope ne pourra qu’en gémir.

L’apostolat de la philosophie doit pénétrer dans cha-

([lie coin de la terre ; son langage sera cependant toujours faible tant qu’aux idées abstraites des droits de l’homme on ne joindra celles de son bien-être social. Celui-ci est le langage de tous les temps et de toutes les générations. C’est le bien-être , l’aisance et non pas le bavardage des rhéteurs qui produit l’amélioration matérielle de l’homme.

Essayons de montrer comment on peut s’introduire dans les autres états , pour procurer à ces peuples la jouissance des mêmes avantages cpi’on aura obtenus chez soi par l’introduction du nouveau système.

Suppo.sons que l’Angleterre ou la France, ou toutes les deux nations , aient déjà adopté le nouveau plan de finances , et qu’une Banque nationale telle que nous l’avons désignée y soit déjà installée ; supposons aussi que , par la suppression de l’agiotage, ainsi (pie par l’attrait de retirer des intérêts des espèces que l’on possède et qui ne rapportent rien tant qu’on les garde chez soi; supposons, dis-je, que tout le monde s’empressera d’aller à la Banque changer son argent contre ses billets, (piels seront les moyens que la Bancpic emploiera pour placer utilement tant de capitaux? Tant que les caisses d’épargnes ont pu placer leurs fonds à acheter des rentes sur l’état , on a pu trouver un placement utile à ses capitaux.

Mais lorsque le capital de la Banque s’augmentera d’une manière extraordinaire par l’effet des nombreux placcmens de fonds qui se succéderont tous les jours , on ne pourra plus acheter des rentes sur l’état à cause de l’élévation naturelle de leur cours, ou on en aura acheté tant qu’il y en aura eu , et alors la dette publi-

D' ‘ liv -- -•!

que aura passé dans les mains des possesseurs de billets de la nouvelle Banque.

Dans l’un ou l’autre cas il faudra que la Banque songe à placer utilement l’excédant de son capital, soit en achetant des rentes étrangères , soit en prêtant aux gouvernemens des pays étrangers, comme les banquiers agioteurs ont pratiqué jusqu’à présent.

Mais des hommes timides diront peut-être : Où est la garantie de ces placetnens? qui est-ce qui nous garantit U paiement des intérêts ?

Ah ! hommes du dix-neuvième siècle ! quand est-ce que vous bannirez ces idées ridicules et vides de sens, ainsi que l’ont fait ces banquiers agioteurs qui, depuis vingt ans , sont devenus , par ce moyen , plus riches que des nations entières , plus puissans que des rois ? Pourquoi refuser à vous-mêmes ce principe d’impossibilité de faire banqueroute, tpae les agioteurs vous accordent? Ne voyez-vous pas qu’à circonstances égales ces capitalistes offrent leur argent aux gouvememens plutôt qu’à des particuliers? Ne vous apercevez-vous pas que le principe de reconnaître la dette publique a été aujourd’hui consacré universellement et mis hors de toute atteinte ?

Si l’Angleterre, menacée toujours de banqueroute par des économistes ignorans et par Napoléon luimême , sut conserver le crédit à 800 millions de livres sterlings en papier point remboursablé , et qui n'avait d’autre valeur intrinsèque que celle du papier qui avait servi à leur fabrication , comment pourriezvous craindre des banqueroutes nationales ?

Il «St certain que tous les agioteims , qui voient dans

le nouveau système la fin de leur trafic infâme , ne manqueront pas , dans le but d’intimider les gens inexpérimentés , de mettre en avant l’exemple de la malheureuse Espagne. *

D’abord il suflirait , pour toute réponse , de dire à ces gens qui répandent ainsi l’alarme : Si les nations peuvent faire banqueroute, pourquoi , Messieurs les agioteurs, leur confiez-vous vos fortunes? Eh bien! nous en ferons autant que vous : c’est par ce moyen que vous vous êtes enrichis, c’est par ce même moyen que nous noits enrichirons.

Mais, pour revenir à l’Espagne , il faut d’abord observer que celle-ci possède proportionnellement autant de numéraire que les autres nations , et je soutiendrai même qu’elle en possède en proportion peut-être plus tfue l’Angleterre, qui est si riche et si puissante. L’Espagne est riche en numéraire appartenant aux individus ; elle est pauvre si l’on a égard au numéraire dont son gouvernement peut disposer. L’incertitude qui y règne par l’effet de la guerre civile , tient tous ses capitaux enfouis. Pour qu’une nation fasse banqueroute, il faut qu’il lui arrive un désastre comme à un particulier. Un incendie général , une inondation , un tremblement de terre , pourraient produire la banqueroute d’une nation. Tant qu’il n’arrive pas un de ces fléaux, les nations peuvent se charger d’autant de dettes que la Grande-Bretagne en supporte proportionnellement.

L’Espagne manque aujourd’hui de crédit : si elle reçoit à temps l’aide des nations libres , l’on verra monter le cours de sa rente au niveau de cebii de tous les pays jouissant d’une constitution. Mais quand même le

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prétendant pourrait pai-venlr à s’asseoir sur le trône de l’Espagne , ce qui sera fort difficile tant que celleci aura le stjcours de l’Angleterre et la majorité du peuple pour elle, qu’est-ce que cela ferait sous le rapport des finances aux Banques nationales de France, de l’Angleterre , de la Belgique , de la Hollande', etc. , qui auraient placé des capitaux sur les banques espagnoles? N’importe sous quel prince, à quelle époque , à quelles conditions l’emprunt ait été contracté, que ce soit Charles, Christine ou Isabelle, celui qui siégera sur le trône d’Espagne doit payer, il paiera. C’est un devoir qui leur est imposé par la justice, par leur propre intérêt, et, au besoin, par le canon, la baïonnette et les flottes des états créanciers. N ’avons-nous pas vu tout récemment une guerre prête à éclater entre la France et les Etats-Unis, par l’effet d’une créance liquidée ?

Je crois en avoir dit assez pour dissiper les craintes que l’on a sur le danger des banqueroutes nationales. Passons à l’examen de l’influence politique que la grande Banque d’une nation telle que la France etl’Angleterre , doit exercer sur les gouvernemens absolus.

Il sera statué par, la loi organique que les billets de la Banque seront remboursés dans toute place du globe. Cette faculté de demander le remboursement ne sera cependant , par le fait, que nominale, car aussitôt que l’agiotage, cause funeste de toutes les crises , aura cessé d’exister , et lorsque disparaîtra à jamais la guerre , personne ne songera à être remboursé.

Une grande Banque nationale , pour se rendre cosmopolite , n’a besoin que de tenir un banquier par place , qui , directement ou par l’intermédiaire d’un

changeur de monnaies , changera les effets de la Banque contre de l’argent , et vice rersâ. Cette facilité , qui sera fort utile surtout pour les voyageurs , ne manquera pas d’étonner les sujets des gouvememens absolus; ceux-ci, ne pouvant s’insurger contre leurs gouvememens qui tiennent moitié du peuple sous les armes pour tenir l’autre moitié sous leur obéissance , prendront leur revanche en s’empressant d’acheter chez le banquier étranger Ces nouveaux titres de rente, soit pour voyager^ soit pour les garder dans leur portefeuille avec rapport d’intérêt.

Ce concours et cet empressement seront d’autant plus grands, qu’il ne se trouve dans les pays soumis au despotisme ni caisses d’épargnes, ni facilité de se procurer des rentes par le placement de petites sommes qui ne pourraient supporter les frais de courtage , transferts, etc. , qui accompagnent l’achat d’une rente sur le Grand-Livre.

Que reste-t-il à faire dans ce cas-là à un gouvernement qui voit s’élever chez lui un nouveau maître , qui voit s’anéantir son crédit? 11 verra les capitaux de ses sujets à la merci d’une puissance étrangère qui les placera où elle trouvera plus d’utilité et de sûreté. Les libéraux de ces pays qui auront aperçu la force puissante de ce levier , seront les apôtres de ces nouvelles Banques , ce qui aura l’effet certain de déprécier les rentes sur l’état de leur propre pays.

Une Banque étrangère , d’aiUeurs, en faisant cela, ne fait que se servir d’un droit dont tout agioteur ou banquier a fait usage jusqu’à présent en émettant ses effets de toute nature.

Comment, un gouvernement absolu pourra-t-il se

soustraire ù la puissance financière de ces Banques étrangères? 11 ne lui restera que l’alternative ou de se soumettre à ce nouveau joug, ou d’octroyer une charte à son peuple en s’alliant è ces nouvelles Banques étrangères. 11 n’aura que ce dernier moyen pour tenir son crédit au niveau de celui de toutes les autres nations libres , et alors les grandes Banques nationales n’auront plus d’intérêt à posséder des rentes étrangères.

Le système des grandes Banques nationales , qui est de faire valoir leurs billets dans tous les marchés, n’existerait pas moins pour cela. Si le taux de l’intérêt est le même parmi les différens états qui auront des Banques nationales , il sera indifférent d’acheter les rentes de l’un plutôt que celles de l’autre. On pourra alors, entre une nation et une autre, échanger les coupons de rente respectifs comme on échange, entre un banquier et un autre , les effets respectivement endossés. Les vaisseaux qui gaspillent tant de richesses nationales , pourront alors transporter d’un endroit à l’autre l’excédant en espèces qui existe parmi les difl'érentes nations.

Je crois en avoir dit assez pour faire connaître l’importance politique d’une grande Banque nationale , et pour espérer que les libéraux , au lieu de rêver des sociétés secrètes pour obtenir une charte, tourneront leurs vues vers ce nouveau système d’association financière. Je vais à présent dire un mot sur la possibilité de perfectionner une constitution à un tel point, que les hommes puissent se convaincre d’en posséder la meilleure forme possible.

La grande Banque nationale sera , d’après mon pro-.

jel, la dépositaire de toutes les espèces qu’on possède dans le pays, (.les capitaux , pendant qu’ils sont destinés à produire journellement de nouvelles richesses laissent dans les mains de ceux qui en ont fait le placement, des cédules ou billets propres à représenter la portion plus ou moins forte de richesses que chaque individu a dans ce dépôt général , et à servir en même temps de moyen d’échange dans toutes les transactions sociales.

Voilà donc tous les citoyens devenus, par ce moyen, possesseurs d’une rente sur l’état qui s’augmente tous les jours jiar les intérêts , et les voilà par conséquent , d’après le langage des agioteurs / dans la hausse.

En effet, il est tout simple que le possesseur d’une valeur quelconque soit intéressé à en améliorer la condition et à écarter tout ce qui pourra la déprécier. En supposant que l’on puisse placer une pièce de vingt sous ou un schelling dans les caisses d’épargnes, et une pièce de cinq francs ou une livre sterling dans la grande Banque , ü s’ensuivra qu’il n’y aura pas de citoyen qui ne soit actionnaire ou possesseur d’une rente sur l’étaL

Comment pourra-t-on craindre alors des émeutes populaires , des barricades , des machines infernales , des fusils à vent? Il pourra bien se faire qu’il existe des scélérats qui, par leur dépravation , attentent à la vie' d’un roi, mais il n’y aura plus dans ces attentats l’illusion d’un but politique.

Lorsqu’il n’y aura rien qui puisse exciter le fanatisme à de tels crimes , on n’entendra plus parler de ces actions qui déshonorenl l’iiistoire des peuples.

Aussitôt que les hommes seront liés par leur propre intérêt au maintien de l’ordre et de la tranquillité , les chambres pourront, avec plus de calme, apporter tous leurs soins aux améliorations sociales signalées par les besoins du pays.

Il n’y aura plus besoin de concessions à aucun parti ; le gouvernement les contentera tous en améliorant le cours de la rente par la rapidité de création de nouvelles richësses nationales.

Les ministres ne pourront pas avoir de préférence pour quelques personnes ou quelques opinions ; car ils seraient renvoyés dans le scrutin annuel qui est fixé par la loi organique sur la Banque.

Le chef de l’État devenant un être plus idéal que réel par le besoin que les citoyens mêmes ont du maintien de l’ordre et de la tranquillité , n’aura plus rien à craindre , n’aura pas de direction à donner h ses ministres ; ceux-ci ne pourront avoir d’autre but que la prospérité et le bonheur du peuple, pour n’être pas renvoyés par les chambres législatives.

Il n’y aura plus d’intrigues pour l’élection des députés , parce que le peuple , lorsqu’il s’agira de nommer des personnes pour veiller de près à ses intérêts matériels , ne fera tomber son choix que sur des hommes probes et qui ont su bien administrer leur fortune.

Tous les hommes habiles à administrer, méconnus jusqu’à présent , seront regardés comme les citoyens les plus utiles à l’État. Ceux qui croient l’être , et qui , en attendant, tâchent, par leur imprudent bavardage, de pervertir l’opinion publique, seront invités à donner des preuves de leur savoir, et en échouant, ils seront

li^i-és au mépris public ; ils seront alors forcés de quilter la capitale et de trouver de quoi vivre dans les difl’érens travaux nationaux qu’on aura entrepris.

On verra alors cesser les crises produites par l’agiotage , par l’esprit aventureux et par l’individualisme des spéculateurs. Le gouvernement aura toujours devant ses yeux et dans ses mains le tableau des productions et des consommations: il aura ainsi les moyens de donner au travail la direction nécessaire pour éviter les calamités publiques et particulières causées par l’égoïsme.

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