‹ Le monde nouveau projet financier pour arriver a une complete reforme sociale ... par le baron Corvaja, italienChapitre 5 sur 24 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

De la cessation de tout agiotage religieux, politique et financier, et de la prh'cntion de toute crise commerciale.

Celui parmi mes lecteurs qui croirait à la possibilité (le l’existence de la société sans religion , ne se conformerait pas sur cela à l’avis des philosophes les plus profonds qui ont le plus médité sur la nature humaine. Libre à chacun de penser comme il voudra ; (juant à moi, je suis fermement convaincu qu’un peuple athée serait toujours menacé de sa dissolution sociale. Tout en soutenant la nécessité d’une religion, je suis prêt à admettre qu’elle doit subir , relativement à sa forme et à ses moyens, la loi commune à toutes les institutions sociales , celle du perfectionnement de nos idées.

Si l’on a vu pendant ce dernier demi- siècle se perfectionner et s’améliorer graduellement toutes les institutions politiepaes et civiles , on ne saurait comprendre pourquoi les matières de discipline religieuse seraient les seules à rester stationnaires.

Eh quoi I les maux infligés à l’humanité juscpi’à présent au nom de la divinité , seraient-ils inférieurs à ceux (pi’on a essuyés au nom de l’homme? Personne ne le pense. Donc si ces derniers, grâce au progrès de la raison et de la philosophie , ont gradueUe-

ment diminué les iLuits de l’homme et la volonté de Dieu, qui est la perfection même, ils exigent que l'on réforme les abus de la religion.

En passant du droit au fait, ne voit-on pas arriver tous les jours dans le catholicisme ce qui n’arrive pas dans les autres religions? Où la révolution a-t-elle formé son nid depuis cinquante ans, si ce n’est au sein des pays catholiques? N’est-ce pas dans les pays catholiques, sans en excepter celui de Rome même, que s’est propagée l’insurrection de 1830? D’où cela? Mais ce serait hors de mon sujet que de discuter ici sur le besoin d’une réforme religieuse. Je me contenterai seulement de dire que, selon moi , un peuple athée sera toujours révolutionnaire et inquiet

Passons maintenant à l’agiotage politique. Quelques mots suffiront pour comprendre comment toute intrigue pour parvenir au pouvoir sera écartée par la politique financière qui sera la conséquence du nouveau système. Les hommes, lorsqu’il s’agit de gagner de l’argent, ne prêtent leurs oreilles ni aux rhéteurs , ni aux doctrinaires, ni aux novateurs romantiques; ils ne prennent conseil alors que de leurs propres Intérêts pour donner la préférence à des hommes probes et solides, et qui ont donné , par les faits , des preuves de leur caractère. Lorsque le pouvoir est à l’abri de toute propagande , il n’a pas besoin de se faire un parti de gens qui lui soient dévoués. C’est celui qui saura mieux gérer les affaires publiques , et non celui qui montrera plus de dévoûment au chef de l’état, qui sera porté à la tète des affaires. L’on verra, par les dispositions de la loi organique sur la Banque nationale, que , dans une commaq-

dite générale, ce senties hommes solides, el non pas les rhéteurs et les sophistes, qui seront appelés à administrer la fortune publique.

Il nous reste à parler de cette funeste gangrène , de l’agiotage financier, qui , depuis la restauration, a su se glisser partout, détruire bien des fortunes, s’enrichir de toutes les économies, s’ériger en souverain et diriger la politique.

Qu’esi^ce que c’est que l’agiotage de la Bourse ? C’est un jeu entre deux spéculateurs, lesquels voyant les choses d’une manière différente, mais avec une conviction égale , parient de se payer mutuellement une amende égale à la différence entre le cours de la rente du jour oü l’opération a lieu, el celui d’une époque à venir plus éloignée.

On voit dés milliers de personnes se rassembler tous les jours dans les Bourses pour se livrer à ce pugilat financier, qui ne crée jamais un sou de nouvelles valeurs, mais qui fait passer seulement d’une main dans une autre les valeurs déjà existantes, rognées , bien entendu, d’un droit de courtage. Ce dernier suffit déjà pour faire, au bout de l’année, une assez riche moisson prise sur la fortune des joueurs, lesquels, quand même, ils joueraient à chances égales, se trouveraient toujours appauvris des sommes payées pour droit de courtage.

Il y a ensuite parmi la foule de ces athlètes, de ceux qui, doués d’une finesse extraordinaire, savent deviner la direction du cours de la rente, et attirer à eux de la manière la plus effrontée la plupart des capitaux employés à ce jeu funeste. C’est ainsi qu’ils sont parvenus

à ramasser des fortunes colossales et à dominer la diplomatie.

C’est en vain que les gouvernemens ont fait des efforts pour réprimer la manie de ce jeu infernal. Il n’est pas possible de faire disparaître l’agiotage lorsqu’on veut caresser les possesseurs de rentes.

Comment pourra-t-on obtenir la cessation de ce fléau dévastateur qui est la honte de notre temps, et qui, en s’augmentant tous les jours, menace d’engloutir toutes les richesses? Il n’y a pas d’autre moyen que celui de faire cesser la nécessité où se trouvent les gouvememens de flatter cette caste de sangsues financières, pour trouver en elle des secours dans leurs besoins d’argent , il ne faut pas offrir des chances de variation dans le cours de la rente.

Or, c’est justement ces deux grands résultats que l’on obtient par l’adoption du système de cette grande Banque nationale, où tout citoyen dépose ses trésors ou ses économies pour les faire fructifier, tandis que le gouvernement y trouve des garanties pour l’ordre et pour le progrès de la civilisation.

Si la mission de cette grande Banque est celle de ramasser toutes les valeurs disponibles en débutant au pair, il en résultera la chute de tout agiotage. Lorsque la Banque livre au pair, au moment de son installation, toute quantité de biUets de rente avec rapport d’intérêts contre argent comptant , qui est-ce ijui pourra acheter au-dessus de leur cours les billets de rente , d’après lequel la Banque est toujours prête à donner ou à rece- 1 oir ses coupons ?

L’on dira peut-être que ces agioteurs répandront

l’alarme panui le peuple pour le faire courir au remboursemenl. Mais tous ces efforts seront inutiles , parce que la Banque étant libre dans le réglement du cours de la rente , peut arrêter ce mouvement par la baisse , et aussitôt le peuple sera revenu de son erreur, sê -convaincra que le taux de la rente devra hausser toujours en proportion du revenu provenant du placement des capitaux déposés , et qu’il ne pourra jamais baisser.

Avant de terminer ce chapitre, j’invoquerai le secours de tous les publicistes , afin de m’aider à combattre les défenseurs de l’agiotage, et à concourir par leurs talens au développement de la théorie suivante. ' Lorsque les hommes se réunirent pour la presmièrc fois en état de société ^ ils renoncèrent à une partie de leurs droits naturels, qu’ils déposèrent diins les mains du gouvernement pour jouir , avec sécurité e t sous la protection de la loi, de ceux qu’ils avoient conservés. Les publicistes n’ont pas encore Cependant remarqué que l’homme , dans celte première transaction , ne se dépouilla pas seulement d’une portion de sa liberté , mais aussi d’une partie de sa fortune pour contribuer à l’aequittement de toutes les charges qu’exigent ou peuvent exiger l’entretien et ki conservation de l’état Ce dépôt de toutes ces portions de liberté individuelle fut regardé comme sacré , et on institua des juges et des lois pour défendre les propriétés et les personnes contre’ les abus et la violence. Le gouvernement auroit dA de même , dès-lors , avoir soin de garder avec jalousie le dépôt de toutes les portions de fortune individuelle que les citoyens, en acquittant les impôts, versèrent dans ses mains.

C’eat pourquoi , comme il n’est permis à personne de rien retirer du dépôt des parties de liberté cédées sans encourir la sanction pénale , de même personne ne devrait toucher au dépôt des parties de fortune cédées pour les besoins de l’état, au-delà de ce qui revient à chacun. Or, le crédit d’une nation n’est que l’intérêt de tant de millions de fractions de fortune individuelle déposées par les citoyens dans le trésor national pour le maintien de l’ordre social. /iC' —

-)r Disons un mot sur les crises commerciales : l’agiotage, ainsi qu’il a été défini dans ces derniers temps par un homme d’état, est un chancre de la société moderne. Or* il est de la nature du chancre de ronger les parties saines qui ont contact avec lui; et, si on ne le traite pas avec le fer et le feu , il finit par produire une gangrène générale , et par là la mort.

C’est ce qui est arrivé de l’agiotage. Ce mal , introduit par la restauration , commença par ronger tontes les économies et toutes les épargnes faites par les familles.

Les hommes qui , par nature , s’abandonnent à ces spéculations qui donnent l’espoir d’un plus grand profit dans un plus court délai et avec moins de travail , se sont lancés dans les bourses, desquels 999 sur mille ont été jetés sur la paille , dans les prisons , dans le tombeau. Une diminution ayant été faite de ce nombre d’agioteurs , les favorisés de la fortune devinrent banquiers , qui se servirent des appâts des escomptes , et ont par là entraîné tous les spéculateurs industriels et manufacturiers. En outre , ils ont formé des banques en sociétés anonymes ou en commandites , en sorte qu’ils ont séduit les producteurs à augmenter outre mesuré lews manufaetnres. ■ . , . ^

Mais le banquier agioteur , en escomptant , sa première opération est de prélever l’escompte en sa faveur. Par là une partie d’argent est aussitôt enlevée à la circulation , ou à la possibilité de pouvoir servir à la consommation. Par là , l’anomalie de voir augmenter la production en raison inverse de la diminution des moyens pour la consommation.

Alors le nouv eau producteur , en engageant par la nouveauté et par la fraîcheur de ses produits les pratiques devenues plus rares à cause de la soustraction du numéraire produite par l’usure, supplante les autres producteurs , qui se v oient forcés de vendre au rabais leurs produits. L’échange , en leur faisant retirer une somme plus petite que celle qu’ils avaient promise à leurs créanciers, les a forcés à la banqueroute : celle-ci a réagi sur les banquiers emprunteurs , qui, eux aussi, ont été forcés de faire faillite parce qu’ils n’ont pu rentrer dans leurs fonds.

^ Les autres banquiers, plus rusés, prévoyant les événemVns qui devaient résulter de cette facilité d’emprunts , ont enfermé à double tour leur numéraire , et limité leurs affaires , dans la certitude qu’ils se trouveraient compromis; et voilà comment la crise est ar-

nvée. , '

De cette manière , après que le chancre de l’agiotage eut rongé les parties qui touchaient à lui , il a dû réa^r sur lui-même ; par là il a produit la mort dans le commerce.

^ S’il n’est donc permis à personne de loucher au dépôt des libertés et d’en retirer aucune partie sans être criminel , comment serait-il permis à quelques agioteurs de s’approprier des millions de portions du crédit dh-

tional non-seulement avec impunité , mais en recevant des honneurs et des privilèges ?

Et pendant que tout citoyen paie des impôts d’après ce qu’il possède ou ce qu’il consomme , comment se fait-il que des banquiers agioteurs, possédant des millions en rentes , ne paient aucune contiibution pour les charges de l’état qui maintient l’ordre , sans lequel il n’y a point de crédit.

Il y a outre cela une anomalie qui n’est pas moins monstrueuse , et qui dérive de la quantité des sacrifices que tous les citoyens font de leur fortune envers l’état. Plus la portion de fortune que ceux-ci déposent dans le trésor public par les impôts est forte , plus la punition qu’ils reçoivent de leur ponctualité est grave. Le crédit de ce peuple s’élevant en proportion de la quantité des impôts qu’il paie , il sera forcé , pour s’acquitter envers ses créanciers , d’offrir un capital plus fort que celui qui ne paie pas autant.

Le cours de la rente publique , en Angleterre , est toujours très élevé , parce que le peuple anglais paie plus d’impôts que tout autre peuple. te.

Qui ne frémira pas à l’aspect fidèle du tableau des funestes effets de l’infâme agiotage ?

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