‹ Le monde nouveau projet financier pour arriver a une complete reforme sociale ... par le baron Corvaja, italienChapitre 9 sur 24 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Du redoublement périodique de la valeur des billets de rente d’une Banque nationale.

L'argent ne sert à l’homine que pour lui procurer les objets dont il manque , comme il sert aussi à payer le salaire du travail qui crée les richesses; c’est ainsi que l’on a fixé l’argent , comme représentant de toutes les valeurs, et comme la mesure des richesses qu’il a fait naître. Voilà l’origine de l’intérêt de l’argent.

Lorsque ce métal, que l’on appelle argent, on le garde dans un coffre , sans le destiner à la production de quelques valeurs , il ne représente alors que la possibilité de rapporter de l’intérêt ; mais en effet il est au dessous de tout autre objet mobilier. Ce qu’il y aurait donc de plus avantageux pour le possesseur de ce métal,' ce serait de ne pas le laisser un seul moment oisif; car tous les instans où il pourrait produire des richesses, SC passeraient en pure perte pour celui qui le possèdo*. Mais toute fraction monétaire peut-elle suffire à créer une rente ? cela n’est pas possible.

Il faut donc songer à un moyen, pour que tous ceux qui possèdent une monnaie quelconque , en la joignant à tant d’autres , qui sont dans le même cas, puissent la rendre productive. C’est le service qu’ont jusqu’à présent rendu les caisses d’épargnes à quelques-

uns; et c’est justement celui qu'on rendra par ce nouveau système d’une manière plus générale à l’humanité entière.

Les caisses d’épargnes connues jusqu’à présent ne sont, pour ainsi dire, que des individus vis-à-vis de la nation entière; elles ne peuvent produire, parleur mouvement, que de faibles effets individuels. Nous croyons même qu’elles ne sont établies que pour favoriser le monopole des agioteurs, qui parce moyen augmentent leur numéraire , qu’ils donnent à un plus haut intérêt qu’ils ne le paient. L'ne grande caisse nationale d’épargnes détruit toute espèce d’esprit individuel, prend son rang au dessus de toutes les combinaisons formées jus qu’à présent par l’esprit humain , et devient la source de toute espèce de richesse individuelle.

Presque tout le inonde a plus ou moins quelque argent à placer ; mais il y en a fort peu qui ont le talent ou le bonheur de le placer avantageusement.

C’est la nation , dans ce nouveau système, qui s'engage de placer l’argent pour tous ; et le froid esprit individuel de l’agioteur rusé ne trouvera pas à s’enrichir par l’inexpérience, ou les fausses espérances de son semblable , si ce n’est qu’autant qu’il mettra luimême des capitaux dans cette grande commandite nationale.

Aussitôt qu’une grande caisse générale sera installée, à quoi servirait-il de toucher les intérêts des fonds placés, puisque la Banque offre toujours le paiement du capitol et des intérêts? A quoi sei'virait-il d’en demander le paiement en espèces, puisque, tant qu’ils ne sont pas présentés par les billets de la Banque, ils ne rapporteront pas d’intérêt.

Les espèces ne serviront-elles donc à rien ?

Lorsque la grande Banque nationale commencera à fonctionner, les espèces passeront tout de suite des mains de ceux qui les possèdent , dans la Banque , par l’entremise des changeurs. La Banque les mettra en circulation en payant les entrepreneurs de tous les travaux nationaux. Les entrepreneurs les donneront en paiement aux ouvriers, dont le salaire est au dessous du cbilTre du plus petit bUlet. Des mains des ouvriers, elles passeront dans les mains de ceux qui leur vendent les objets de leur consommation. Ces derniers, à peine en auront-ils amassé assez pour se procurer un billet de rente, iront le retirer chez le changeur; et celui-ci à son tour ira en faire le versement à la Banque. Voici une rotation continuelle qui pourra donner une idée de la vie sociale, telle que ce système doit l’introduire chez tous les peuples civilisés qui sauront apprécier ces vues philantropiques et éminemment sociales.

Prenez bien garde, mes chers lecteurs, de ne pas regarder comme des utopies ce tableau brillant, qui est le résultat de mon nouveau système. Luttez contre ces renards rusés, qui , en vivant sur l’agiotage religieux, politique et financier, remueront ciel et terre pour àttaquer mon projet, pour le mettre peut-être en dérision. Je ne vous abandonnerai pas dans vos combats contre les castes menacées. Tout faible cpie je suis, je ne crains pas les attaques, lorsqu’elles sont dignes d’une grande nation et du siècle où nous vivons; elles serviront à mieux perfectionner et à faire triompher le système d’une Banque nationale cosmopolite, qui seule peut assurer le bonheur des peuples.

— .“iO

CIIAPITIIE Vlll.

De. 'la manière de rendre comme titres rtmhoursubles Us actions de toutes les sociétés ou commandites existantes, ou qui pourront exister.

Chacun sait que les billets des actions d'une banque , d’une société, d’une commandite , ne sont pas remboursables comme des billets de banque. Le possesseur d’un de ces billets, ou actionnaire, ne peut pas, dans. une transaction commerciale, faire passer ce titre comme des espèces; il faut d’abord qu’il trouve un acheteur ; et ce n’est qu’après être parvenu à le trouver qu’il pourra entreprendre ses opérations.

Ce serait donc certainement un des plus grands prodiges du crédit, que celui de rendre remboursables tant d’actions montant à des milliards, qui rapportent maintenant des intérêts à ceux qui les possèdent , mais qui ne peuvent circuler dans les stipulations journalières comme des billets de banque.

Il est facile d’opérer l’exécution de cet échange.

Dès que la grande caisse nationale sera installée, tout le monde s’empressera d’aller y déposer son argent dans le but de lui faire rapporter des intérêts ainsi que l’on fait maintenant avec les caisses d’épargnes.

Lcs'direcleurs de la Banque, pour utiliser les tapi-

taux qu’on y dépose, ne pourronf pas les placer en achetant des rentes sur le Grand-Livre , car les possesseurs de ces rentes voudront continuer à les garder. D’ailleurs les demandes que la Banque ferait de ces rentes , et la paix qui sera la conséquence de ta fusion générale de tous les intérêts matériels et politiques d’une nation, éleveraient naturellement le cours de la rente à un taux extraordinaire. *

La Banque se dirigera donc à acheter des rentes étrangères dont le cours est au dessous de celles du pays ; elle créera tous les travaux possibles d’utilité publique qui donnent lieu à des impôts, elle fera l’acquisition de tout titre qui rapporte des intérêts.

Les banques, ou sociétés, qui voudront rendre remboursables leurs actions, demanderont naturellement le secours de la grande Banque nationale ; elles consentiront de se soumettre à sa surveillance. Celle-ci leur dictera ses conditions ; elle proposera peut-être des changements dans leurs personnels , ou dans quelques articles de l’acte de société ; elle leur rendra enfin cette confiance , et ce crédit , faute de quoi leurs actions sont sujettes à une variation ou dépréciation continuelles.

Voilà conpme il sera indifférent pour la grande Banque d’acheter indistinctement toute action ou billet de rente appartenant à une banque ou société quelconque.

Mais peut-on avoir la certitude que ces actions ou billets de rente, dont la Banque fera l’acbat, lui rapporteront autant d’utilité que les rentes sur le Grand-Livre?

Lorsqu’on aura achevé la lecture de mon projet, et de la loi organique, qui le concerne, l'on verra' <jn’il

— Al —

y aura autant de sécurité dans l’acquisition de ces effets que dans toute autre spéculation financière delà banque.

Tout actionnaire d’une société , ou banque quelconque, doit regarder ce nouveau système comme le palladium de ses intérêts. C’est Tapotage immoral qui tient dans un état d’oscillation continuelle le cours des différentes actions de toute entreprise ; et il arrive souvent que pendant que les capitaux d’une entreprise ne sont pas atteints , pendant que l’on a en vue de grands bénéfices, il arrive, dis-je, que l’actionnaire, alarmé par le bavardage des agioteurs , vend son action avec une grande perte. La grande Banque en faisant cesser l’agiotage , en prenant sous sa protection toute société , en surveillant le personnel et les formes de l’administration d’une société ou entreprise, devient le véritable interprète de leur état financier.

Mais j’entends s’élever deux questions, l’une par les pseudo-économistes, et l’autre par les possesseurs d’un privilège ou monopole accordé aux banques par le ^ gouvernement.

Les premiers diront que les nations seront inondées de papier dont l’excès a été fatal du temps de Law et de la république française. Nous répondons que notre système diminue le papier qui actuellement est en circulation, et qu’il n’a rien de semblable aux billets Law, ni aux assignats républicains.

Nous prions les savans économistes de considérer que nos billets représentent un bordereau de rente , et que quand on est obligé de les dépenser, on dépense un capital avec droit à la rente. Si aujourd’hui, 20 ou 30,000 individus suffisent pour conserver les bordereaux des rentes

actuelles, croyeï-voiis que les citoyens devenus proprit^taires de grands et petits bordereaux , n’auront pas le même intérêt à les garder ? Alors on en verra en circulation autant que les besoins individuels peuvent en absorber, mais le reste sera enseveli dans les colTrcl'orts. Alors aussi le papier qui actuellement est en circulation , lequel a une valeur imaginaire , disparaîtra tout-à-fait pour faire place à un papier réel, que l’on n’obtient qu’en le payant argent comptant.

Mais comment pourra-t-on détruire les monopoles accordés aux banques actuelles? Rien de plus facile. Les actionnaires de ces banques possèdent les titres de leurs actions, sur lesquelles on n’a aucun droit au remboursement sur leurs banques. Eh ! bien , lorsque la représentation nationale aura adopté notre loi, alors elle donnera le droit à tous les actionnaires des banques actuelles favorisées par le droit du monopole, de changer leurs actions à la valeur de leur coure , contre des' billets remboursables par la Banque nationale : et voilà comment les droits de propriété seront sauvés.

D’un principe vrai il n’en peut sortir que des conséquences vraies. Supposons que tous les citoyens demandent la liquidation de leur Banque nationale. Tout actionnaire, ou possesseur de billets, en les achetant, a voulu acheter une rente. Cette rente est représentée par les nouvelles richesses produites par la Banque. Alors il en résulte matliématiquement , qu’à chaque billet est attachée sa rente, et que dans la liquidation il ne manquera pas un sou ou un pence à aucun des possesseurs de billets (1).

(!' I.'iuileur, rnniine (>hilaii(ro;>e et comme économiste, c.st en

En assurant en Angleterre aux actionnaires de la compagnie des Indes l’intérêt de leurs actions, et en rendant celles-ci remboursables, ce sera bien naturel que la nation reprenne la souveraineté réelle et effective de ces vastes contrées, sans faire du tort aux droits dos actionnaires actuels pour lesquels cette souveraineté n’a pas d’attraits.

iiemi de la colonisation. Comme pliilantrope , il reconnaît le devoir d'améliorer son semblable , eu le faisant jouir des avantages de la civilisation. Comme économiste, il est d’avis que l'on gagne davantage en émancipant les colonies, car elles augmentent la consommation des produits de leur mère-patrie. Mais nous revicmlron.s souvent sur ce sujet.

— IxU —

Page 1