‹ Le monde, ou, On pataugeChapitre 19 sur 35 · LE GÉNÉRAL. — SON AIDE DE CAMP · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL. — SON AIDE DE CAMP

Au champ de manœuvres. — Marches et contremarches.

(Le général est à cheval. -- Son aide de camp aussi.)

LE GÉNÉRAL [fortissime).

Mais voilà une compagnie qui manœuvre très bien ! Il y a un homme, là! Qui est-ce qui commande ces gens-là?

l’aide de camp {toujours piano ^ mais non moins à cheval).

Mon Général, c’est lui : — c’est Lapommerays!

LE GENERAL [fortissime).

Qui ça, Lapommerays ?

l’aide de camp [piano).

Mon Général, c’est Lapommerays dont vous avez bien voulu me permettre de vous parler ce matin... — qui veut nous quitter...

LE GENERAL [fortissime).

Nous quitter? Et pourquoi veut-il nous quitter, cet homme-là? Il ne sera jamais mieux qu’avec nous !

l’aide de camp [pia.no).

Assurément, mon Général! — Mais j’ai dit à mon Général les graves motifs de famille...

LE GÉNÉRAL [fortissime).

Bah ! bah ! il n’y a pas de famille qui tienne ! Un vrai officier doit toujours résister à des influences qui n’auraient pas le sens commun !

l’aide de camp [piano).

Mais, mon Général, il n’y a pas d’influences... — Mon Général a oublié... C’est à cause du procès et de la condamnation de son frère, — un médecin...

LE GÉNÉRAL [fortissime).

Ah! oui ... oui!... oui!... Je connais, je connais !

C’est une sale affaire !... — Eh bien, alors, celui-là veut donner sa démission? — Il a raison, cet homme-là ! Il comprend qu’il ne peut pas rester au corps !

l’aide de camp [piano).

En effet, mon Général, et il ne le comprend que trop bien, car nous le regretterons beaucoup. C’est un excellent camarade qui n’a que des amis dans tout le corps d’officiers. Et puis, c’est un des plus anciens de la promotion...

LE GENERAL [fortissime).

Alors, vous voudriez qu’il reste?...

l’aide de camp [piano).

Oh ! oui, mon Général!

Le general [fortissime).

Eh bien, alors, pourquoi ne reste-t-il pas? Personne ne le force à nous quitter !

l’aide de camp [piano).

Oh! certainement, mon Général!... — Mais j’ai expliqué à mon Général que Lapommerays est un véritable officier et que ses sentiments d’honneur...

LE GENERAL [fortissime).

Oui, oui, c’est très bien, cela !... ~ Alors, il s’en va? *

l’aide de camp [piano).

Gomme j’ai eu l’honneur de le dire à mon Général,

nous avons tous pensé qu’il n’y aurait que mon Général qui aurait peut-être assez de pouvoir sur lui pour le faire rester...

LE GÉNÉRAL [fortissime).

Vous croyez ? Mais qu’est-ce que vous voulez que je lui dise, à cet homme-là? Je ne connais rien à tout ça, moi !

l’aide de camp {piano).

Oh ! mon Général, dès que vous êtes assez bon pour nous accorder ce que nous vous demandons, mon Général, qui connaît si bien les hommes , dira tout de suite à ce pauvre Lapommerays ce qu’il y a à lui dire : — que les fautes sont personnelles ; — qu’en somme, il n’est pour rien, lui...

LE GÉNÉRAL {fortissimé).

Oui, oui!... Parbleu ! je le sais bien, ce qu’il faut lui dire !... — Allez me le chercher I

l’aide de camp {piano).

Oh ! merci, mon Général !

L’aide de camp file au galop. — Faux départ.

Retour au trot. — L’aide de camp^ piano toujours t

Mon Général?...

LE GÉNÉRAL (fortissime).

Eh bien I qu’est-ce qu’il y a encore ?

l’aide de camp [pianissimo)'.

Mon Général, j’ai eu l’honneur de vous dire toute

la délicatesse de sentiments de notre pauvre camarade Lapommerays. Gomme mon Général le comprend trop bien, pour ne rien réveiller de pénible en lui, nous prenons toutes les précautions, tous les ménagements possibles... Nous avons tant à cœur de lui épargner tout ce qui pourrait sembler faire la moindre allusion au terrible événement !... — Ces ménagements...

LE GÉNÉRAL {fortissime).

Oui, oui! Vous avez raison! Il faut des ménagements, beaucoup de ménagements ! ! Le pauvre diable est déjà bien assez à plaindre!... Allez !

l’aide DE CAMP,

ravi, part au galop — et ramène aussitôt Lapommerays

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