PHOTOGRAPHIE CÉLESTE
phénomènes relatifs aux objets connus depuis longtemps et refléchissant une forte lumière.
« Je citerai, en premier lieu, les taches du Soleil, doni le 4lessin demande une faible fraction de seconde, et qui sont reproduites avec une grande netteté. Cependant, même dans cette circonstance, on n'arrive point h fixer les détails que de bons observateurs habitués à ces ))hénomènes peuvent reproduire; mais on obtient, ce qui est très important dans l'espèce, une image du Soleil pour un moment déterminé, et, si Ton nous permet de nous servir d'une expression de sir John Herschel, on oblige le Soleil à nous écrire §a propre histoire.
ce Ces expériences seront, ou, pour parler plus exactement, ont déjà été très utiles, particulièrement dans les éclipses totales de Soleil. Il n'y a pas de dessinateur, quelque expéditif qu'on le suppose, qui puisse faire en deux ou trois minutes, <lurée ordinaire du phénomène, ce que Warren de la Rue a fait en Espagne lors de la dernière éclipse de Soleil ; car, si l'on suppose que tout ait élé préparé, on peut obtenir, non pas seulement trois, mais douze ou quinze images d'un phénomène 4|ui disparaît si rapidement. Pour les planètes, même pour les grosses, la photographie est de peu d'usage et nous apprendra peu de choses nouvelles. L'expérience sera encore moins utile quand elle s'appliquera aux étoiles. On a photographié le groupe des Pléiades et celui d'Orion, et l'on pouvait bien reconnaître les constellations dans les images ainsi obtenues; mais un œil sain, sans lunettes, voyait plus de choses dans le ciel pue la photographie ne lui en montrait. Nous nous félicitons du nouveau moyen d'étude que plusieurs observatoires, parmi lesquels nous citerons l'observatoire de Wilna, possèdent d'une façon complète, ou peu s'en faut ; mais nous n'attendrons pas que la sphère d'action de l'astronomie pratique puisse être agrandie par son intervention, et l'art des observations ne sera pas bouleversé par la découverte de la photographie, comme il Ta été lors de l'invention de la lunette astronomique. »
La planche XXVI, qui représente deux portions identiques
e« LE MONDE PHYSIQUE.
de lu LiiiK', pcnncUail de coiislator IVsaetilude du juj-i-incnl [lorlé |iar Mrcdiei'. du uiuins à l"éiio(]iie (1808) où il (il lu cimli'rencc dont nous venons de roiiniduirp un Iragincul : )a jircmit^re poi^lioii est iiii fac-similc de In carie séléiioprapliique dessinée par l'illuslre astronome; l'autre est la reprtiduL^lion d'iinr belle pliologruphie lunaire amplifiée due à M. Warren d<' b Rue. Dans celle-ei, le i-eliof de la surface est adniirablemeiil aceiisé |iar les opposili'Uis des lumitTcs et des ombres; mais un n'y distinjtuc point une Ibule de détails t(ipograplii<iues d'un gi'and intérêt que rasli'ouonie, aidé de puissants înslruinonl'^. a dessinés nettement et ipii font de sa belle carie de la Linic un monument précieux }ioni" les futures recbercbes de séléntH grapliie.
Toutefois depuis, des perfectionnements apportés atix appareil ont permis d'obtenir des pliolographies de la Lune beaucoii]' plus précises, bien que, cnjiime l'a dit justement M. Faye, elles ne puissent dispenser ni du secours d'une carte de la I^une bieu faite, comme celle de lîecr et de MiPilier ou encore de Sclimidl. ' ni de l'étude de )a Lune elle-même au moyen de puissants télescopes. Un astronome américain, M. Kuiherford, a obtenu de? épreuves fort belles du discpie lunaire, à l'aide d'un objeclil achromatique de 13 pouces de diamètre, auquel était jointe une troisième lentille dont la densité et la courbure avaient été calcnlées de manière à donner à l'ensemble l'acbromatisme eliimiquc.
Adapté à une lunette équatoriale que faisait mouvoir un excellent mouvement d'horlogerie, l'objeclif de M. Rutherfonl fournit un négatif d'environ 4 pouces (101 millimètres) de diamètre, qui donna lui-même une épreuve positive de même grandeur. La durée de la jicse, d'un quart de seconde à la Pleine Lune, était de deux secondes au Premier ou au Dernici Quartier. Enfin, le positif soumis à un appareil d'agrandissement dans la lumière solaire convergente a donné les magui- (iqucs épreuves de la Lune que connaissent aujourd'hui tous les astronomes et qui nous nn;iih'onl notre satellite avec Ions ks
1. Hiinl.ijincs liinaifCs, d'apii^s I» carlp ilc lii I.iitie rit- Iki-r i-l Vxdler. — 2. Ln ini}inc n-jjion, d'a|iK>s une |.lLi.lr.grai.liic Ji- Jl. WaiTen àe. la Hiic.
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détails (le sa surface. Sur ces épreuves le disque ne mesure pas moins de 50 centimètres de diamètre. JiCS grandes lâches sombres auxquelles on est convenu de donner le nom de mei'Sy les aspérités qui en bordent les contours, et dont quelques-unes sont si étendues, si abruptes et d'une hauteur si grande, qu'elles sont désignées sous le nom de chûmes de montagnes, cette multitude de cavités de toutes les dimensions qui criblent le sol des régions les plus brillantes de la Lune, enfin les points lumineux, les bandes en forme d'arcs de grands cercles qui sillonnent toute la surface, tout cela se voit avec une netteté, avec un relief presque aussi sensible que si Ton avait l'œil au télescope. Evidemment, beaucoup de détails manquent encore, que les grandes cartes dont nous avons parlé |)lus haut figurent avec précision, et qu'on ne j)eul voir que l'œil au télescope. Néanmoins, telle qu'elle est, celle belle phologra|)hie lunaire peut rendre de grands services ; les ombres ))orlées peuvent servir à la mesure des hauteurs; l'élude des diverses formalions, (les accidents si variés de la surface, des relations de forme et de position sera rendue bien plus facile et permettra d'aborder utilement les questions de géologie comj)arée qui intéressent la constitution physique de la Lune, toujours controversée.
Parmi ces questions, il en est une qu'on parviendra peut-être à résoudre en comparant des épreuves photographiques de la Lune obtenues à de longs intervalles de temps : c'est celle qui a été agitée il y a quelques années, lorsque certains astronomes crurent avoir remarqué des changements suivenus dans un cratère situé au milieu de la tache qu'on nomme }ileY de l^a Sérénité. Le cratère Lin/w^, auquel nous faisons allusion, dessiné très nellemenl sur la carte de Ahedler (1837) et observé depuis par Schmidl en 1841, semblait avoir disparu en octobre 1860; du moins il n'en restait qu'une trace à peine visible au milieu d'une tache blanche. Cette différence d'aspect impliquaitelle un changement véritable? Y aurait-il eu, sous l'influence de forces physiques, volcaniques ou autres, une éruption
observée et dessimieV
Ix pinir et le contre ont ûté longuement discuU5s : on coin- ]»rend combien, dans cette circonslaiiec eussent été |u*écieux (les documents im|)ersonnels, tels que des épreuves pliotognipbiques, surtout quand d s'agissait de décider s'il y ;ivait eu disparition d'objets préalablement représentés.
On a eu Tidée de prendra des vues j)liotograpiuques de l:i Lune k un intervalle de temps suriisant pour que. gràci* au cbangement qui pi-ovïcnt de la libi-ation, les éjireuves convinsent à la vue stéréoscopique. Ainsi observées, les divei'ses aspérités lunaires olîrent un relief d'une netteté extraordinaire, et la courbure de l'Iiémisplière semble très sensible. Gel béniispbèi-e, d'après la tbéorie, doit i>tre allongé vers la Terre. Or celte conclusion a été, panitl^il, établie par la discussion de mesures micrométriques elTectuées par un astronome russe. M. Gousse!', sur les épreuves de deux pti otographies de la Lune. M.Warren de la Rue a pris pareillement en I8(î8, à deux jours d'inlenalle, deux vues i^liotographiques d'une même tache sohiiro; l'exiinien sLeréoscojiirjue des deux irn.i^'es a mis l'ii évidence la dépression de la surlaec solaire à l'endroit de la tache.
La photographie céleste ne s'est pas seulement atta(|uée au Soleil et à la Lune. Warren de la Rue, qui a obtenu le premier de belles épreuves lunaires, a tourné son objectif vers les planètes : Saturne et Jupiter ont été pliotograpliiés ; le même savant a photographié des vues s téréosco piques de la planète Saturne et de son anneau. Enfin, les étoiles et les nébuleuses ont eu leur tour et, après des essais infructueux, ont mai-qué leur image sur le collodion. Avec un objectif de 11 pouces d'ouverture, M. Ilutherford a pu, en moins de 3 minutes, photographier les étoiles jusqu'à la 9* grandeur. Li durée de pose, pour ces expériences, variait non seulement avec les circonstances atmosphériques , mais avec l'éclat slellaire. En une demi-seconde l'étoile double de Castor donnait une impression
parfaitement nette. Le même savant a obtenu des épreuves 4les groupes stellaires, tels que les Pléiades, Piaesepe, Persée. Le directeur de Tobservaloire de Cordoba, M. Gould, est parvenu également à photograpbier plusieurs amas d'étoiles : citons le beau groupe qui entoure Ela du Navire ; Tépreuve de ce groupe ne contenait pas moins de 180 étoiles, dont un j^rand nombre ne dépassent pas en éclat la 9* grandeur.
Ces résultats suffiraient à montrer quels services la photographie peut rendre à la partie de l'astronomie qui a pour objet l'étude physique des astres. Mais elle a été aussi appliquée à des observations de précision : pendant le phénomène du passage 4le la planète Vénus sur le Soleil en décembre 1874, de nombreuses jdiotographies ont été prises aux diverses phases du passage; il ne semble pas toutefois que cet essai ail répondu, comme on aurait pu le croire, aux espérances qu'avaient connues plusieurs astronomes. Peut-être sera-t-on plus heureux au prochain passage, qui aura lieu eu décembre 1882.
g O. APPLlCATIO>'S DIVERSES DE LA THOTOGRAPHIE.
L'énumération (jue nous avons faite plus haut des services que la photographie est appelée à rendre et a déjà rendus aux ^sciences et aux arts, ne peut donner qu'une idée bien imparfaits de l'importance (pie cette application de la photochinn'e prend de plus en plus dans nos sociétés civilisées. I^ dernière exposition française de photographie renfermait à cet égard des spécimens remarquables, dont nous allons, pour terminer ce chapitre, donner une rapide analyse.
Parlons d'abord des apj)lications scientifiques. La photographie astronomique y était représentée par des épreuves daguerriennes du passage de la planète Vénus sur le Soleil et par des épreuves positives des taches solaires, et par les belles photographies lunaires de Rutherford et de Warren de la Rue ; mais nous avons traité longuement déjà ce sujet. L'observatoire de