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LA PROFONDEUR DES MERS

L'opinion des Anciens était que la plus grande profondeur des mers ne dépassait point la plus grande hauteur des montagnes. Xénagore évaluait l'une et l'autre à environ dix stades (1847 mètres); d'après Cléomède, elles atteignaient 15 stades, soit 2770 mètres. Buffon, dans sa Théorie de la Terre, ne donnait aux mers qu'une profondeur moyenne d'un quart de mille d'Italie, « c'est-à-dire, dit-il, d'environ 230 toises » (448 mètres). Laplace déduisait de ses calculs sur l'aplatissement du globe que la profondeur moyenne de la mer est du même ordre que la hauteur moyenne des continents. Il l'évaluait à 1000 mètres, nombre trop fort pour la hauteur des terres, mais sur lequel il serait difficile de se prononcer en ce qui regarde la profondeur de l'Océan1. Citons encore l'opinion

1. Le savant Mitscherlich exagérait infiniment plus cette profondeur de la mer, si, comme le rapporte Saigey, il lui donnait 31 kilomètres. Un géologue italien, Collegno, la réduit à 5000 mètres, peut-être trop forte encore.

de Thomas Young, qui évaluait cette profondeur à 4800 mètres, celle de Humboldt,qui la considère comme cinq ou six fois plus grande que celle des continents, et enfin les calculs hypothétiques de Saigey, qui assignent une profondeur moyenne de 600 mètres seulement à l'ensemble des mers qui recouvrent le globe.

Ce qui est certain, ce qui résulte des sondages de plus en plus nombreux effectués par les marins , c'est que le lit des mers présente une configuration semblable à celle des terres émergées : ici des plaines, là des vallées plus ou moins profondes, ailleurs des gouffres qui accusent de brusques dépressions de niveau, ailleurs encore des plateaux s'étendant sur de vastes espaces. Quant aux plus grandes profondeurs atteintes par la sonde, elles ont été tout d'abord notablement exagérées, ce qui tenait à la fois à l'imperfection des appareils employés et à l'influence des courants faisant dévier plus ou moins, suivant leur force, la corde de sonde de la verticale. On citait des profondeurs de 10500 à 14000 mètres, toutes deux dans l'Atlantique nord, mais en des points voisins du Gulf- Stream. D'après le professeur Wyville Thomson, le chef scientifique des expéditions du Challenger, du Lightning et du Poreupine, la

profondeur moyenne de cet Océan serait d'environ 2000 brasses (3240 mètres). Les profondeurs maxima trouvées furent de 5700 mètres dans le voisinage des Canaries, de 5530 mètres près des îles Vierges (un des groupes des Antilles). A 80 milles marins au nord de Saint-Thomas, la sonde descendit à la profondeur énorme de 7137 mètres, 2327 mètres de plus que la hauteur du Mont-Blanc. « Sur la ligne de Saint-Thomas aux Bermudes, et des Bermudes à Halifax, le Challenger mesura des profondeurs considérables, comprises entre 5700 cl 5400 mètres. De Halifax le Challenger revint aux Bermudes, pour traverser de nouveau l'Atlantique dans toute sa largeur de l'ouest à l'est, en passant sur les points signalés comme les plus profonds. Le résultat de neuf sondages exécutés par son infatigable équipage donne une moyenne de 4800 mètres, exactement la hauteur du Mont-Blanc, qui se réduit à 2550 sur le plateau sous-marin en forme d'S s'étendant, au nord de l'équateur, du 20e au 52e parallèle, et à 1800 au milieu des îles de l'archipel des Açores. De Saint-Miguel, la principale de ces îles, la corvette revint le 16 juillet h Madère, que l'expédition avait quitté le 5 février. Le navire mit ensuite le cap sur les Canaries, et de là sur les îles du Cap-Vert, où il aborda le 27 juillet. De ces îles, le Challenger traversa une troisième fois l'Atlantique de l'est à l'ouest, et arriva à Bahia le 14 septembre , sans avoir trouvé de profondeurs supérieures h 4000 mètres, sur des points où des sondes antérieures accusaient 12 000 mètres, preuve de l'imperfection des anciens appareils de sondage. Les nombres du CJiallenger sont dignes de confiance à une centaine de mètres près, et ils permettront de faire clans l'Océan des profils bathymétriques comparables aux profils altitudinaux de nos plateaux et de nos montagnes1. »

Dans la récente exploration que le navire français le Talisman a faite sous la direction de M. Alphonse Milne Edwards,

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