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G. LES COULÉES DE LAVES : TEMPERATL'UE, VITESSE D'ÉCOULEMENT

Revenons maintenant aux particularités propres aux coulées de laves, à leur température, à leur mode de progression pendant les éruptions volcaniques, aux formes qu'elles prennent après leur refroidissement.

Au premier moment de l'écoulement de la lave, soit que la masse fluide s'épanche sur les points les plus bas des rebords du cratère, soit, ce qui est plus fréquent, qu'une fissure lui ail ouvert un chemin sur les flancs ou à la base du cône, il n'est pas possible de mesurer expérimentalement la température du liquide incandescent. Le danger des projections de blocs de lave, de scories, etc., ne permet point de s'approcher suffi-

1. « Il a suffi à ces savants expérimentateurs de soumettre, dans des creusets de platine de 20 centimètres cubes de capacité, des verres parfaitement homogènes, constitués de façon à présenter en bloc la composition moyenne de la roche dont on tentait la reproduction, à des températures successivement décroissantes, pour obtenir, par voie de fusion purement ignée, des produits artificiels présentant, non seulement les mêmes éléments cristallins, niais la même structure que les roches volcaniques. » (Yélain, Joc. cit.)

somment de l'endroit par où sortie courant1. Les observations faites en 1820 au Strornboli par Poulett Scrope et en 18G8 au lac de laves du Kilauea par Coan ont montré que la température de la lave dans le foyer même dépasse certainement celle de la fusion du cuivre (1000 à 1100 degrés).

Cette température s'abaisse d'ailleurs promptcment à la surface, dès que, coulant à l'air libre sur les flancs- de la montagne, pareille à un bain de métal en fusion, la lave se recouvre d'une croûte solide qui se durcit assez vite pour qu'on puisse y marcher sans crainte. Celle croûte se brise d'ailleurs en fragments irréguliers, scoriformes, que le courant charrie comme les blocs de glace des rivières gelées, et bientôt l'abondance de ces fragments est telle, que la masse en fusion disparaît aux regards. Toutefois des crevasses se forment, à travers lesquelles on aperçoit encore la lave, liquide à l'intérieur, d'une couleur rouge pendant le jour et d'un blanc éblouissant pendant la nuit. C'est par ces fissures, plus nombreuses sur les bords comme le sont les crevasses latérales des glaciers, que s'échappent les émanations gazeuses ou fumerolles. On a pu prendre la température aux points où se font ces "dégagements et, comme nous le verrons bientôt, constater que la nature chimique des émanations varie avec cette température, depuis les points où elle dépasse 400° jusqu'à ceux où elle s'abaisse à la température ordinaire.

Les coulées de laves conservent leur chaleur intérieure pendant un temps quelquefois considérable, ce qui lient évidemment à la protection de la croûle scoriforme, dont la conductibilité est très imparfaite. Pour expliquer la rapidité de la formation de cette croûte, on admet qu'elle est due, non seulement au refroidissement qui résulte du rayonnement extérieur, mais aussi à l'abondant dégagement des gaz et de la vapeur

1. « Dans les premiers temps (de l'éruption), dit M. Fouqué, les blocs de lave incandescente projetés de tout côté sont si abondants, qu'en essayant d'approcher des bouches on serait infailliblement écrasé par ces masses brûlantes, dont le volume est souvent de plusieurs mètres cubes, et qui retombent avec une effroyable vitesse après s'être élevées dans les airs h des hauteurs de 1500 à 1800 mèlres. » (Rapport sur l'éruption de l'Etna en 1805.)

d'eau contenue à l' intérieur de la lave. Cette évaporation exige une consommation énorme de chaleur, qui est surtout empruntée à la surface du courant. Nous avons signalé ce fait que, vingt et un ans après l'éruption qui a donné naissance au

Fig. 181. — Laves de l'Etna, d'après une photographie de M. Paul Berthier.

Jorullo, on pouvait encore allumer des cigares dans les crevasses des hornitos, et qu'en 1805, c'est-à-dire après quarantequatre ans, le thermomètre y marquait encore 95°. Une coulée de lave du Vésuve avait encore une température de 72° à sa surface sept ans après l'éruption qui avait eu lieu en 1858. On compare le mouvement de la lave sur les pentes du vol-

caîi à celui d'un ruisseau de métal en fusion, ou de tout liquide visqueux, imparfait, sur un plan incliné. Mais la rapidité de ce mouvement dépend de bien des circonstances ; d'abord de la plus ou moins grande fluidité de la lave, puis de l'inclinaison de la pente, des obstacles qui s'y rencontrent, enfin du temps écoulé depuis le début de la coulée. « En octobre 1822, dit M. P. Scrope, je vis de mes yeux, en compagnie de MM. Monticelli et Covelli, une lave descendre tout le flanc du Vésuve, du cratère à Pedamentina, en quinze minutes. » Une coulée de laves du même volcan, pendant l'éruption de 1872, franchit 5 kilomètres en un jour; ce n'est, en moyenne, que 208 mètres par heure ; mais cette vitesse n'est point uniforme et la même lave, en une heure, parcourut les 900 mètres de largeur du Fosso délia Vetrana.En un jour et demi, la lave était consolidée et la coulée arrêtée. A ce propos, Charles Sainte-Claire Deville faisait observer que la lave du Vésuve en 1858, bien autrement fluide, avait mis plusieurs mois à se consolider. L'intérieur d'un courant de laves, grâce à la très faible conductibilité de la surface durcie, conserve longtemps sa haute température et jusqu'à un certain point sa fluidité : son mouvement, quoique considérablement ralenti, peut être constaté. « J'ai vu moimême, en 1819, dit P. Scrope, un courant de lave encore en mouvement, très lent, il est vrai, à son extrémité inférieure, neuf ou dix mois après que l'éruption qui l'avait produit avait cessé. «

La résistance occasionnée par les aspérités du terrain sur lequel se meut la coulée, produit, dans le mouvement de ses diverses parties, des effets qui ont beaucoup d'analogie avec ceux que nous avons reconnus dans le mouvement de progression d'un glacier. Les blocs de lave solidifiés s'accumulent sur les côtés de la coulée de manière à former des sortes de moraines latérales. La partie supérieure de la masse fluide comprise sous la croûte se mouvant avec plus de rapidité que les couches inférieures, il en résulte une sorte de rotation en avant, les scories et les croûtes de la surface, sur le front de la

v. Go

coulée, roulent devant elle. Tant que le noyau fluide persiste, le courant présente une section transversale convexe au centre: mais si, par suite d'une diminution dans le débit de la source

incandescente, ce noyau s'écoule et finit par disparaître, la croûte s'affaisse au centre, qui prend au contraire une courbure concave à l'extérieur. Parfois la partie liquide de la coulée

laisse, en disparaissant, un canal vide, une sorte de tunnel où l'on peut pénétrer, lorsque le refroidissement est définitif.

« Ces tunnels, dit M. Vélain, sont très fréquents à la Réunion, dans toute l'étendue du Grand-Brûlé, où ils facilitent singulièrement l'accès du volcan de ce côté. On circule en effet facilement dans ces conduits souterrains, qui sont larges et

Fis;. 185. — Fissures h la base du Frumento, formées pendant l'éruption de l'Etna de 1865, d'après une photographie de M. P. Berthier.

hauts de plusieurs mètres. La voûte en est arrondie, presque régulièrement, sous la forme d'un plein cintre légèrement déprimé, et, quand elle est intacte, le sol de la galerie est assez uni pour que la marche y soit facile. On y voit, à la surface du sol, les traces de l'écoulement des dernières laves sous la forme de traînées noirâtres, ridées à la surface, dans lesquelles chaque ride présente sa convexité du côté de la pente. D'autres

marques plus curieuses encore de l'écoulement des laves s'observent sur les parois latérales : ce sont des stries plus ou moins fortement accentuées, des espèces de moulures dont quelques-unes font à peine saillie, tandis que d'autres avancent de plusieurs décimètres. A chacune de ces moulures saillantes, sur l'une des parois d'une galerie, correspond une moulure exactement symétrique sur la paroi opposée. Ces saillies représentent les différents niveaux auxquels la surface de la lave est, plus ou moins longtemps, restée stationnaire pendant la durée de l'écoulement1. » Ce sont les laves basiques ou lourdes, plus riches que les laves acides en matière vitreuse, et aussi beaucoup plus fluides, qui présentent cette tendance à se creuser ainsi des tunnels ou des grottes pendant leur lent refroidissement. Le savant que nous venons de citer utilisa de semblables canaux souterrains de plusieurs centaines de mètres de longueur, dans l'exploration qu'il fit, en 1872, de File Amsterdam; ces souterrains, de 8 à 10 mètres de large, sur une hauteur double, lui permirent d'atteindre le sommet de l'île, en circulant ainsi sous les laves basaltiques qui le recouvrent.

Dans leur mouvement de progression, les coulées de lave offrent une particularité curieuse, quand un obstacle, un rocher, un mur, se trouve sur leur route. Alors on voit le courant s'arrêter, à quelques centimètres de distance, comme si un objet invisible s'opposait au contact. Quand la force d'impulsion du courant est considérable, l'obstacle peut céder; mais si le mouvement est lent, par suite de l'imparfaite fluidité de la lave, elle s'arrête comme on vient de voir, puis s'élève jusqu'à ce que le niveau du courant atteigne la hauteur du mur; elle le franchit alors en cascade, à moins qu'elle ne puisse prendre une direction latérale. Dans la fameuse éruption de l'Etna en 1669, un courant de lave qui coula jusqu'à Catane, s'arrêta devant les murailles de la ville, s'y accumula et

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