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LAVES DU KILAUEA

sur les bords d'un lac irrégulier d'un feu liquide tout bouillonnant, roulant, se mouvant en roulis d'un bord à l'autre, répandant une chaleur constamment croissante, et lançant de vastes colonnes de fumée. Le fond des ravins était frangé de flammes et il semblait à tout instant que les rochers allaient se précipiter dans le lac enflammé. La lave qui en formait le

Fig. 100. — Lac de laves du Kilauea.

rivage ressemblait à du sang, comparée avec les rochers noirâtres qui se trouvaient au-dessus. Une cascade de feu semblait se livrer, au fond du lac, aux ébats les plus étranges : elle bouillonnait, se roulait sur elle-même, laissant échapper des jets de lave ardente, dispersant autour d'elle des rayons enflammés. Alors elle sembla s'affaisser pour un instant et le lac parut laisser refroidir à la surface une épaisse croûte grise et noirâtre; mais bientôt il se souleva de nouveau vers le centre

cl fit jaillir une colonne de feu à trente ou quarante pieds de liant, qui joua pendant quelques minutes comme une fontaine colossale, lançant de tous côtés des blocs de lave, poussant ses vagues enflammées contre les rochers avec un bruit qui ressemblait à celui du ressac sur un rivage rocailleux, bruit indescrip-. tiblc et diabolique. »

M. de Yarigny, dans son Voyage aux îles Sandwich, décrit un phénomène analogue, lorsqu'il montre deux vagues de lave, parties de deux points opposés du cratère, marchant à la rencontre l'une de l'autre, puis se heurtant avec une violence terrible. « Un bruit formidable comme celui d'un immense craquement souterrain marqua le moment de leur choc. Le sol oscillait autour de nous et sous nous. Elles se soulevèrent en une pyramide de feu de plus de soixante pieds de hauteur, au centre même du volcan, lançant leur écume brûlante dans toutes les directions. Puis la plus forte des deux vagues l'emporta et, refoulant devant elle sa rivale, s'étendit comme une nappe rouge et vint battre avec fureur les parois volcaniques, qui se fondirent sous l'étreinte de cette effroyable chaleur, et disparurent dans le bassin, comme le sable d'une falaise que la mer mine, sape et engloutit avec elle. Ce spectacle avait duré près d'un quart d'heure, et fut suivi d'une période d'accalmie ; la nappe de lave noircie se referma, fendillée çà et là en zigzags de feu; la masse reprit son mouvement lent et régulier comme celui du flot. »

Nous ne sachions pas qu'aucun volcan présente sur une telle échelle des témoignages aussi extraordinaires de l'intensité de la chaleur souterraine du globe et de la continuité de son action. Les phénomènes volcaniques du Stromboli égalent ceux des volcans d'IIavaï, mais sous ce dernier rapport seulement. Nous avons vu d'autres exemples de la puissance destructive de certaines éruptions paroxysmales. Mais la réunion de ces deux caractères dans une région aussi circonscrite que celle de l'île Havaï est certainement, selon l'expression de Fuchs, parlant du Kilauea, « un phénomène unique en son

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