‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 126 sur 271 · LAVES DU KILAUEA · texte numérisé non relu

LAVES DU KILAUEA

genre ». Pour terminer ce que nous voulions dire de ce cratère, nous insisterons surtout sur le fait de ses variations de niveau. Toute ascension de la lave à l'intérieur d'une cheminée volcanique a pour cause évidente un accroissement de la force expansive des gaz ou vapeurs qui produisent les éruptions. Celte force est certainement considérable, puisqu'elle est ca-

Fig. 191. — Choc de deux vagues de lave dans le lac de Kilauea.

pable de faire équilibre au poids énorme d'une colonne de matières fondues dont la densité dépasse deux fois et demie et atteint même trois fois la densité de l'eau. Pour chaque 100 mètres de hauteur de la colonne, la pression intérieure vaut de 25 à 30 atmosphères ; pour chaque kilomètre, de 250 à 300. C'est donc par milliers d'atmosphères qu'il faut certainement compter, et cela n'a rien d'extraordinaire, si l'on songe avec quelle rapidité croît la force élastique des vapeurs avec

leur température. Or eette température peut être excessive à de grandes profondeurs, l'eau, s'il s'agit de vapeur d'eau, pouvant conserver sa liquidité sous l'influence d'une pression énorme elle-même. Quoi qu'il en soit, à mesure que la lave monte, la pression qu'elle exerce sur les parois latérales de la montagne va en croissant, et il arrive un moment où la résistance offerte par ces parois est vaincue, effet qui se produit nécessairement dans les points les plus faibles. De là formation de fissures, de cratères adventifs sur les flancs du volcan, parfois même à sa base. Plus la distance verticale entre le niveau de îa lave dans le cratère principal et le niveau de l'orifice accidentel est considérable, plus l'éruption est violente, plus l'écoulement de la lave est rapide et abondant. Mais, en raison même de cette abondance, celte sorte de soutirage diminue la hauteur de la lave dans le cratère. C'est ainsi qu'en juin 1840 des éruptions latérales firent baisser de 110 mètres le niveau de la lave dans le Kilauea. Le cratère, qui était plein jusqu'aux bords, fut vidé pour ainsi dire par cette énorme coulée, dont Dana évalue le volume à 5 milliards 500 millions de mètres cubes, et qui forma un fleuve de 25 kilomètres de longueur sur 5 de largeur. Ce torrent s'écoula jusqu'à la mer.

On peut constater sur la carte des éruptions d'Havaï (fig. 186) que la plupart des coulées de lave duMauna-Loa ou du Kilauea ont leur origine à un niveau inférieur à celui de l'un ou de l'autre de ces cratères. Le même phénomène se présente fréquemment dans les éruptions de l'Etna ou du Vésuve. Nous venons de dire que la coulée de lave de 1840 à Havaï s'avança jusque dans la mer; elle changea la configuration du littoral et fit périr tous les poissons de ces parages. Un phénomène semblable signala l'éruption du Vésuve en 1794. Cette éruption fut terrible. Le fleuve de lave d'un demi-kilomètre de large, de 5 mètres de hauteur, descendit jusqu'à Torre del Greco, et s'avança jusqu'à 200 mètres en mer. « L'ambassadeur anglais, sir William lîamilton, monta dans une barque, le troisième jour de l'éruption, pour voir celte muraille ardente ; à trois cents pieds à la ronde

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