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LES LAYES DANS LA MER

la lave faisait fumer et bouillonner l'eau, qui montait à une hauteur énorme, sur un point surtout, où se rencontraient deux

courants. Jusqu'à deux milles de là, les poissons périrent, même les fruits de mer (on nomme ainsi les coquillages). Sir

William Hamilton dut regagner la rive en toute bâte, car sa barque prenait l'eau de tous côtés. Le goudron avait fondu dans l'eau bouillante1. »

On vient de voir quel rôle jouent les laves dans les éruptions volcaniques. Mais s'il est un petit nombre de volcans où l'on puisse observer d'une façon permanente la matière éruplive à l'état d'incandescence et pour ainsi dire prêle à s'épancher au dehors des cratères, il n'en est pas moins vrai que leur écoulement ne se produit que pendant les crises, ordinairement rares, des foyers souterrains. Au contraire, les émanations volatiles ou gazeuses, très abondantes dans le paroxysme des volcans, n'en persistent pas moins bien longtemps après qu'a cessé la phase éruplive. La plupart des volcans qu'on pourrait croire éteints, si l'on ne considérait comme actifs que ceux qui rejettent des laves, des matières solides, cendres et scories, restent pendant des siècles entiers le siège de dégagements de gaz ou de vapeurs. Les volcans des Andes, si remarquables par leurs énormes dimensions, n'ont pour la plupart jamais fourni de matières en fusion; mais, en revanche, leurs cratères émettent en abondance des déjections solides, scories, blocs de rochers, dont la projection est déterminée par la force élastique des vapeurs qu'ils vomissent incessamment.

On peut donc dire que, mieux encore que les laves, dont l 'étude a été toutefois si fructueuse, les émanations volcaniques gazeuses constituent le phénomène le plus constant et le plus caractéristique des volcans. Pendant longtemps toutefois on s'est borné à constater le rôle mécanique ou physique que l'on attribuait, avec raison du reste, aux vapeurs ainsi dégagées dans les éruptions elles-mêmes. On avait bien reconnu que la

1. Éruptions du Vésuve, par M. Marc Monnier [Tour du monde, 1862).

composition chimique de ces vapeurs n'était pas la même dans les diverses éruptions; mais on croyait que cette diversité dépendait de circonstances locales particulières à chaque foyer éruptif \ La grande loi découverte par Ch. Sainte-Claire Dcville, qui montre que les variations dont nous parlons sont en rapport avec le degré de l'activité volcanique, et qu'elles marquent pour ainsi dire les phases de cette activité dans un même foyer, ne pouvait être soupçonnée tant qu'une analyse minutieuse n'avait point profité des ressources de la chimie perfectionnée pour suivre méthodiquement ces variations. Il est intéressant de savoir comment est née et s'est développée peu à peu cette branche de la science des volcans. L'un des savants contemporains qui ont le plus contribué à ses derniers progrès, M. Fouqué, en retraçait ainsi l'histoire dans son Cours du Collège de France :

« L'examen des matières volcaniques volatiles est né avec la chimie et en a suivi les progrès. Presque aussitôt après la publication des grandes découvertes qui, à la fin du siècle dernier, ont inauguré la chimie moderne, Spallanzani et Voila cherchèrent à comparer les gaz des émanations volcaniques avec ceux qu'on peut produire artificiellement dans les laboratoires. Spallanzani, notamment, visita dans ce but, en 1788, le Vésuve, l'Etna et le Stromboli, et y lit diverses expériences. Gay-Lussac en 1806, Davy en 1814 et 1819, transportèrent leurs réactifs et leurs instruments d'analyse sur les flancs du Vésuve, et étudièrent tout particulièrement les fumées qui s'y développent au-dessus des laves incandescentes. A partir de ce moment, à chaque éruption nouvelle, les produits des fumerolles y furent étudiés. Monticelli et Covelli, Pilla, de Buch, Breislack, Abich, portèrent successivement leurs investigations sur ces phénomènes. L'examen chimique de ces matières fut poursuivi non seulement au Vésuve, mais encore sur plusieurs

1. « C'est ainsi, dit M. Ch. Vélain, que le Vésuve devait rejeter constamment de l'acide chlorhydrique et des chlorures, tandis que le soufre et ses composés dominaient à l'Etna, l'acide carbonique dans les grands volcans à projection des Andes, etc. »

autres centres éruptifs. Boussingault opéra jusque sur la cime des volcans des Andes, dont il recueillit et analysa les déjections gazeuses. L'éruption de 1854 à l'Etna fut pour M. Elie de Beaumont l'occasion d'un savant travail, où la considération des produits volatils tient une place importante. Le mémoire publié en 1847 par l'illustre professeur sur les émanations volcaniques et métallifères et le savant traité publié par Bischof à la même époque apparaissent comme digne couronnement de toutes ces savantes et laborieuses recherches et, en même temps, comme point de départ d'une ère nouvelle. Dans la période qui s'ouvre à cette date et qui se-prolonge jusqu'au moment actuel, la précision des expériences et la rigueur des procédés d'observation progressent de plus en plus. Une vive impulsion est donnée par Bunsen et par M. Ch. Sainte-Claire Deville. » Bunsen, en effet, dès 1844, analysait les gaz des volcans islandais et notre savant compatriote, peu de temps après, étudiait les lagoni de la Toscane, puis, successivement, de 1855 à 1867, les fumerolles du Vésuve, de l'Etna, du Stromboli, de la solfatare de Volcano, des Açores. Puis vinrent les travaux de M. Fouqué, qui complétèrent ceux de Ch. Sainte-Claire Deville, ayant pour théâtre expérimental les mêmes foyers volcaniques, et en outre la récente et si intéressante éruption de Santorin.

Essayons de donner une idée sommaire des connaissances actuelles sur ce sujet.

Les émanations volcaniques gazeuses qui s'échappent, soit des cratères en pleine activité, soit des autres évents, fissures du sol, crevasses des laves, etc., comprennent, outre la vapeur d'eau qui en forme toujours la plus volumineuse partie, les gaz suivants : l'acide chlorhydrique, les acides sulfutïque et sulfureux, sulfhydrique, carbonique; du gaz hydrogène et des gaz hydrocarbonés. On y reconnaît en outre la présence de composés salins, des chlorures de sodium, de potassium, de 1er, de plomb, de cuivre, etc., qui, se dégageant à l'état volatil de la lave incandescente, se condensent ensuite par le refroidissement, puis se déposent sur les parois des fissures, dans les

anfractuosités des crevasses, sous forme d'abondants dépôts cristallins, nuancés de vives couleurs.

Toutes les substances que nous venons d'énumérer (et notre énumération est incomplète) se trouvent dans les laves, et s'en dégagent successivement dans les fumerolles qui s'échappent de leurs interstices, depuis le moment de leur émission jusqu'à l'époque où, à peu près complètement refroidies, elles marquent la fin de la période éruptive. Mais dans quel ordre se fait leur apparition, quelles relations existent entre les fumerolles de diverses natures, leurs températures, leurs distances du foyer, l'époque où elles se produisent? Ce sont ces questions, résolues expérimentalement, qui ont conduit Ch. Sainte-Claire Deville à formuler la loi à laquelle nous avons fait allusion plus haut, et que nous allons énoncer en y introduisant les modifications reconnues par ses successeurs et élèves, lesquels sont aujourd'hui des maîtres.

D'après cette loi, les fumerolles des éruptions peuvent se distinguer en plusieurs catégories, qui sont les suivantes si on les range dans l'ordre de leurs températures décroissantes :

La première catégorie de ces émanations est caractérisée par la plus haute température qu'on observe dans les foyers éruptifs : elles se dégagent, soit des cratères eux-mêmes, soit de la lave incandescente, ne se trouvant jamais que dans les courants principaux, là où la température dépasse celle de la fusion du zinc, atteint et dépasse même celle de la fusion du cuivre. Les gaz dont elles se composent sont les chlorures alcalins, dont le plus abondant est le chlorure de sodium. Elles laissent sur les roches du voisinage un dépôt blanc, formé par voie de volatilisation, dont la texture cristalline microscopique permet de reconnaître, outre le sel de sodium, des sulfates et carbonates de soude et aussi de potasse. C'est à cette première catégorie que M. Ch. Sainte-Claire Deville avait donné le nom de fumeî'olles sèches, parce qu'il y avait constaté l'absence constante de la vapeur d'eau. Depuis, les observations et expériences de M. Fouqué pendant l'éruption de l'Etna en 1865

lui ont démontré nettement que les fumerolles à très haute température sont souvent très chargées de vapeur d'eau. Elles dégagent en outre des vapeurs acides1.

Dans la seconde catégorie sont les fumerolles acides, qui se reconnaissent à l'acidité des vapeurs émises, et sont principalement formées d'acide sulfureux, d'acide chlorhydrique, de chlorures de fer, quelquefois mais très rarement d'acide sulfhydrique, avec accompagnement d'une grande quantité de vapeur d'eau. Leur température, encore très élevée, dépasse généralement 400°, mais elle reste inférieure à la fusion du cuivre. On les observe sur la crête des moraines latérales des coulées, et tout autour elles laissent de brillants dépôts de perchlorurc de fer et de chlorhydrate d'ammoniaque. Dans certains cas (à l'Etna en 1869) le soufre et ses composés sont absents.

Viennent ensuite, ordinairement sur le revers extérieur des coulées, jamais sur les cratères, à une température plus basse que les précédentes et comprise entre 400° el 100°, les fumerolles alcalines, dont les gaz bleuissent fortement la teinture de tournesol. Elles sont formées de chlorhydrate et de carbonate d'ammoniaque. Comme les fumerolles de cette troisième catégorie se trouvent sur les parties les plus déclives, là où la végétation devient abondante, on regarde le carbonate comme provenant des matières organiques des végétaux, décomposées par les coulées de lave incandescente. Quant au chlorhydrate d'ammoniaque, il appartient à la lave elle-même ; et en effet on trouve d'abondants dépôts de ce sel sur les flancs des cratères , en des points où la quantité de matière organique décomposée est trop insignifiante pour rendre compte de leur présence.

Les fumerolles de la dernière catégorie, dont la basse température est inférieure à 100°, et que, pour cette raison, l'on nomme fumerolles froides, ne contiennent le plus souvent que

1. D'après ce savant, la distinction à faire entre ces deux ordres d'émanations est celle-ci : les fumerolles sèches se dégagent à la surface des laves incandescentes ; les matières les plus volatiles s'échappent rapiJement dans l'atmosphère, tandis que, les autres sortant de points plus profonds où la température reste toujours très élevée, le dégagement de ces matières persiste pendant toute leur durée.

de la vapeur d'eau pure; quelquefois cependant elles contiennent de faibles proportions d'acide carbonique, ou encore d'acide sulfhydrique, de gaz des marais'. Elles caractérisent la fin de l'éruption, mais elles peuvent persister longtemps dans

Fig. 193. - Bouillonnement de la mer pendant l'éruption du Vésuve du 8 décembre 1861 ,

d'après une photographie.

les fissures, sur les bords de la lave. On donne le nom de mofettes aux émanations gazeuses dont la composition est un mé-

1. C'est à des dégagements de cet ordre que furent dus les soulèvements de la mer qu'on observa pendant l'éruption du Vésuve en décembre 1861, et que représente la figure 195. « Au pied du Vésuve, en face de Torre del Greco (voir la figure 192 où GGG marquent les points où se firent les dégagements de gaz), la mer était soulevée par d'énormes bouillonnements, dus au dégagement d'un mélange gazeux dont l'hydrogène protocarboné constituait le principal élément. » (Fouqué, Cours du Collège de France.)

lange à proportion variable d'azote et d'oxygène, et pour le reste de gaz acide carbonique et de vapeur d'eau. Les solfatares ne sont autre chose que d'anciens foyers volcaniques, où l'activité à son plus faible degré est caractérisée par des dégagements continus de fumerolles froides sulfhydriques. 11 y a là une intéressante manifestation de la persistance des actions éruptives qui mérite d'autant plus d'attirer l'attention, que les émanations dont nous parlons donnent lieu à d'importantes exploitations industrielles.

Avant d'entrer dans quelques détails sur les mofettes et les solfatares, terminons par quelques remarques sur les fumerolles volcaniques et sur leur classification. La distinction établie entre les divers ordres de fumerolles qui viennent d'être énumérés, n'est pas, dans la nature, aussi nette, aussi tranchée que l'indiquent les caractères par lesquels on spécifie chacun d'eux. Il arrive au contraire qu'on passe de l'un à l'autre d'une manière insensible, ainsi qu'on l'observe presque toujours dans les phénomènes naturels. C'est ainsi que les fumerolles sèches de Ch. Sainte-Claire Deville ne sont qu'un cas particulier des fumerolles du premier ordre reconnues par M. Fouqué, lesquelles peuvent être considérées elles-mêmes comme des fumerolles acides à température assez élevée pour volatiliser les sels de potasse et de soude; tandis que, dans les fumerolles acides ordinaires ou de second ordre, cette volatilisation est rendue impossible par l'abaissement de la température. De même, les fumerolles alcalines sont des fumerolles acides peu actives, et enfin les fumerolles à vapeur d'eau pure ne sont que des fumerolles alcalines faibles dépouillées de leurs éléments salins. La lave liquide à l'état d'incandescence fournit en définitive tous les éléments qu'on rencontre dans les émanations gazeuses; mais à mesure que sa température s'abaisse, le nombre des . éléments susceptibles de volatilisation décroît et celui qu'on trouve dans les fumerolles successives diminue d'autant. « Les sels alcalins, dit M. Fouqué, manquent les premiers, le perchlorure de fer disparaît ensuite, et la proportion d'acide chlor-

SOLFATARES ET MOFETTES.

hydrique devient assez faible pour que le carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition des végétaux le neutralise le plus souvent; enfin tous ces éléments finissent par manquer complètement et la vapeur d'eau reste la dernière1. »

§ 8. SOLFATARES ET MOFETTES.

On vient de voir que, parmi les émanations gazeuses des volcans, les unes, constituées par les gaz dits permanents, se perdent dans l'atmosphère; mais un grand nombre d'autres substances qu'une température plus ou moins élevée avait seule pu volatiliser, se condensaient sous forme cristalline, par l'effet du refroidissement. Le chlorure de sodium, les chlorures de fer et de cuivre, le chlorhydrate d'ammoniaque, des sels de potasse et de soude, se déposent ainsi quand les fumerolles ont cessé, sur les'anfractuosités des laves d'où elles s'échappaient. De brillantes cristallisations, de couleurs variées selon leur composition, tapissent les roches voisines. On a vu, au Vésuve et à l'Etna, des dépôts si abondants de chlorhydrate d'ammoniaque ou de chlorure de sodium, que les cônes des deux volcans étaient recouverts d'une couche blanche qu'on eût prise pour de la neige. Comme les sels de ces dépôts sont presque tous solubles dans l'eau et déliquescents, ils n'ont point une longue durée : une légère pluie, la rosée de la nuit suffît à les faire disparaître.

Mais certaines fumerolles, appartenant à la dernière phase de l'activité volcanique, contiennent, nous l'avons vu, outre la vapeur d'eau, des gaz hydrosulfurés qui donnent lieu principalement à des dépôts de soufre. De Là le nom de solfatares donné aux régions volcaniques où se produisent et se recueillent industriellement ces dépôts; de là aussi le nom de 2)hase solfatarienne appliqué au dernier degré d'activité volca-

1. Rapport sur les phénomènes chimiques de l'éruption de l'Etna en 18G5 (Archives des missio?is scientifiques et littéraires, 2° série, t. III).

nique, lequel, nous l'avons vu déjà, est le plus souvent caractérisé par une très longue durée.

La solfatare de Volcano (ouYulcano), l'une des îles Lipari, est remarquable sinon par l'abondance de ses produits, du moins par l'énergie et la continuité des dégagements gazeux de son cratère. Toutes ses fumerolles ne sont pas froides, et M. Fouqué en a observé dont la température atteignait 150 à 360°, et qui, outre le soufre et l'acide borique, laissaient comme dépôts du sulfure d'arsenic, du chlorure de fer, du chlorhydrate d'ammoniaque. Le cratère de la solfatare a de rares recrudescences d'action éruptive, qu'on soupçonne être en relation, comme celles du Stromboli, comme la solfatare de Pouzzoles, avec les éruptions du Vésuve ou de l'Etna. Les deux dernières de ces phases ont eu lieu en 1786 et en 1873, séparées, comme on voit, par un intervalle de près de cent années. Elisée Reclus, qui visita Yolcano en 1805, décrit ainsi le cratère de la solfatare : « Cette immense cuve, la plus grande de toutes celles qu'offrent les volcans de l'Europe méridionale, n'a pas moins de 2 kilomètres de circonférence sur le pourtour supérieur, et ses parois méridionales se dressent à près de 300 mètres de haut : le fond de l'abîme peut avoir environ 100 mètres de large. A travers le brouillard qui s'élève de cette chaudière, on aperçoit les escarpements rouges comme le cinabre, ou jaunes comme l'or, que rayent çà et là les couleurs les plus diverses des substances sublimées dans ce grand laboratoire. Sur les talus qui s'inclinent vers le fond du gouffre les pierres croulantes cèdent sous les pas, et cependant il faut descendre en courant, car en certains endroits le sol caverneux est brûlant comme la voûte d'un four. Des fumées rampent sur les pentes. L'air est saturé de gaz où domine une odeur sulfureuse difficile à respirer. Un bruit incessant de soupirs et de sifflements emplit l'enceinte, et de tous les côtés on voit entre les pierres de petits orifices d'où s'élancent en tourbillonnant les jets de vapeur. Là, quelques ouvriers, accoutumés à vivre dans le feu comme les salamandres légendaires, vont recueillir les stalac-

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lites de soufre doré qui craquent encore dans la main par l'effet de la chaleur, et les fines aiguilles de l'acide borique, aussi blanches que le duvet de cygne »

La réaction qui produit le soufre est extrêmement simple : quand l'hydrogène sulfuré mêlé h la vapeur d'eau arrive à l'air

Fig. 194. — Volcano (îles de Lipari); sa solfatare.

libre, il se décompose, son hydrogène se combinant avec l'oxygène de l'air pour former de l'eau ; le soufre en liberté se dépose sur les parois. Il se forme aussi en même temps de l'acide sulfureux, qui, attaquant les roches voisines, laves poreuses de

I. La Sicile et l'éruption de VElm en 1865 [Tour du monde, 1860, I).

nature trachytique, donne lieu, par des réactions successives, à des incrustations de gypse et d'alun.

La solfatare de Pouzzoles, dans les Champs Phlégréens, plus active que celle de Voleano, est un ancien volcan qui n'a pas eu d'éruption depuis la fin du douzième siècle. Dans l'antiquité, les émanations sulfureuses existaient déjà, comme le prouve un passage de Strabon1.

La Soufrière de la Guadeloupe, dont la dernière éruption, en 1843, donna lieu à une fine pluie de cendres blanches qui recouvrirent la végétation comme d'un manteau de neige, émet constamment des fumerolles sulfureuses à la température de 96°. Dans les régions volcaniques de l'Asie centrale, on cite la solfatare d'Ouroumtsi ; dans l'île de Java, le Papandayang, qui tire son nom (forge), comme la Forgia Vecchia de Yolcanello, du sifflement des vapeurs que lancent ses fumerolles ; dans l'Amérique centrale, le Saint-Vincent; enfin, au Mexique, le Popocatepetl (montagne fumante). Sous le manteau de neige qui en recouvre les flancs extérieurs, les parois de ce cratère se tapissent de cristaux de soufre. On dit que Fernand Cortez, après la prise de Mexico," faisait recueillir le soufre du Popocatepetl pour fabriquer la poudre dont ses troupes avaient besoin. M. J. Laverrière, qui fil en 1861 une ascension au cratère de ce volcan, évalue à 8000 quintaux métriques la quantité de soufre produite par l'exploitation industrielle de la solfatare. A Volcano, on ne récolte guère qu'une dizaine de tonnes par an, même en y comprenant le soufre qu'on extrait des pouzzolanes et des scories qui, s'imprégnant de soufre cristallin ou pulvérulent, forment un véritable minerai. La production qui provient des émanations et condensations est le plus souvent minime. D'après Amédée Burat, « des expériences et des calculs faits pour apprécier l'exploitation possible de la Soufrière de la

1. « Juste au-dessus de la ville s'élève un plateau connu sous le nom de Forum Vuîcani et entouré de toutes parts de collines métalliques, d'où se dégagent, par de nombreux soupiraux, d'épaisses vapeurs extrêmement fétides ; de plus, toute la surface de ce plateau est couverte de soufre en poudre, sublimé apparemment par l'action de ces feux souterrains. » {Géographie, liv. V, cb. iv, 6.)

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Guadeloupe, une des plus riches en apparence, ont démontré que la production ne pourrait dépasser 8 à 10 tonnes par année. » Ce ne sont donc pas les solfatares, malgré l'intérêt scientifique qu'elles offrent, qui pourraient suffire à la consommation de soufre nécessitée par la fabrication de la poudre, des divers produits chimiques et surtout de l'acide sulfurique. On trouve encore le soufre à l'état natif dans certains dépôts stratifiés ; des gîtes nombreux de ce genre existent dans les couches marneuses et calcaires, souvent bitumineuses, de la Sicile ; le soufre s'y montre en amas lenticulaires, en veinules, en géodes cristallines, mêlé à du gypse, à de la strontiane sulfatée. La production annuelle du soufre brut en Sicile ne s'élève pas à moins de 250000 tonnes. C'est que là l'exploitation ne récolte plus seulement le produit journalier des émanations volcaniques, mais les masses accumulées probablement de la même manière pendant des milliers de siècles d'activité souterraine, la formation de l'Etna remontant, comme on l'a vu, au delà de l'époque tertiaire.

Les soffioni de Toscane1 sont des émanations sortant par des fissures du sol d'origine volcanique, sous l'apparence de colonnes de vapeurs blanchâtres dont la température varie de 110° à 140°. Outre la vapeur d'eau, ces émanations contiennent de l'hydrogène sulfuré, de l'acide carbonique et notamment de l'acide borique. Les eaux pluviales, en s'accumulant autour de ces soufflards, forment à leur pied de petites lagunes, célèbres sous leur nom italien de lagoni. En barbotant dans ces eaux, les softioni les saturent des différentes substances minérales contenues dans leurs vapeurs : le soufre, le gypse (albâtre de Yolterra), l'acide borique2 qu'on y recueille

1. A Monte-Cerboli, au sud de Volterra, près de Florence, et aussi à Monte-Rotondo, à Castel-Nuovo.

2. « On commença, dit A. Burat, à recueillir cet acide en évaporant l'eau par le combustible; puis on eut l'idée de régulariser le barbotage des soffioni en choisissant les plus riches en acide pour saturer les eaux, et en évaporant ensuite l'eau par la chaleur des soffioni les inoins riches. Depuis celte époque, la fabrication de l'acide borique a considérablement augmenté en Toscane; elle est évaluée aujourd'hui à 50 000 quintaux métriques par année. » (Minéralogie appliquée, par Amédée Burat.)

industriellement et qui est si précieux pour la fabrication des vernis céramiques.

Le dernier gaz qui persiste, avec la vapeur d'eau pure, dans les émanations volcaniques qui marquent le déclin de l'activité des foyers, est l'acide carbonique. Comme c'est un gaz irrespirable, on donne le nom de mofettes aux fumerolles qui le dégagent. En ce cas, la température s'est abaissée au même degré thermométrique que celle de l'air ambiant.

Il est probable que c'est à des dégagements d'acide carbonique qu'est due l'antique réputation du lac Averne, dans la région si éminemment volcanique des Champs Phlégréens. On sait que les anciennes traditions rapportaient que les oiseaux ne pouvaient traverser le lac; en volant au-dessus, ils tombaient asphyxiés. Si, du temps de Strabon1, cette réputation méritait déjà d'être traitée de fabuleuse, tout fait croire, comme le remarque fort justement Poulett Scrope, qu'elle était fondée sur des phénomènes réels. Selon lui, le lac Averne « est certainement un cratère de date récente, d'où l'acide carbonique et l'acide nitrique ont pu un jour, en s'élevant dans l'atmosphère en raison de leur haute température, s'exhaler avec une abondance capable de tuer les oiseaux qui volaient au-dessus de ce lac ». C'est du reste dans les mêmes régions que se trouve, près du lac Agnano, la fameuse Grotte du Chien, célèbre par les expériences assez niaises et barbares qu'y font les guides sur les animaux qu'ils y entraînent. Par sa densité, l'acide carbonique reste confiné dans les couches d'air voisines du sol, sans incommoder les visiteurs de taille convenable.

Ce qui prouve bien que les fumerolles à acide carbonique ou mofettes caractérisent le dernier degré de l'activité volcanique,

1. « Il y a, dit-il, autour de l'Àverne une ceinture de hautes montagnes, interrompue seulement là où est l'entrée. Les flancs de ces montagnes, que nous voyons aujourd'hui défrichés et cultivés, étaient couverts anciennement d'une végétation sauvage, gigantesque, impénétrable, qui répandait sur les eaux du golfe une ombre épaisse, rendue plus ténébreuse encore par les terreurs de la superstition. Les gens du pays ajoutaient d'ailleurs ce détail fabuleux qu'aucun oiseau ne pouvait passer au-dessus du golfe sans y tomber aussitôt, asphyxié par les vapeurs méphitiques qui s'en exhalent, comme il arrive dans les lieux connus sous le .nom de Plutonium. » (Géographie, loc. cit.)

SOLFATARES ET MOFETTES.

c'est qu'on les rencontre en abondance clans les régions où ont existé des volcans que leur long repos permet à bon droit de regarder comme des volcans éteints. La région des Puys d'Auvergne, celle du Vivarais, celle des maars de l'Eifel, toute la chaîne basaltique de l'Allemagne du Nord, depuis le Riesengebirge jusqu'au Rhin, renferment de nombreuses émanations de gaz acide carbonique. D'après Rischof, le développement de ce gaz est dû à la décomposition du carbonate de chaux sous l'influence de la chaleur du foyer volcanique sous-jacent. C'est dans l'île de Java, sur les flancs du Papandayang, que se trouve la fameuse Vallée de la Mort, ou Vallée du Poison (Gouva Dupas), dont le fond est couvert d'émanations d'acide carbonique. Les animaux sauvages, les oiseaux n'en approchent pas impunément, et l'on affirme que le sol est jonché d'ossements de bêtes fauves, et même de squelettes humains. C'est probablement la plus abondante source d'acide carbonique connue, si l'on en excepte les volcans des Andes équatoriales, qui, comme nous le verrons plus loin, émettent des torrents d'eau chargée d'acide carbonique et d'acide sulfurique.

Nous venons de passer en revue, dans toutes leurs phases, les volcans dont les produits éruptifs sont principalement des matières incandescentes ou des laves accompagnées de vapeurs et de gaz. Nous avons vu quelles transformations subissent ces matières, depuis le début de l'éruption où elles se présentent à l'état de scories, de ponces, de masses pulvérulentes, projetées à de grandes hauteurs dans l'atmosphère, jusqu'au moment où la pression qu'elles exercent, fluides, sur les parois du cône, produit des déchirures par où les laves s'épanchent en coulées sur les flancs de la montagne en éruption. Nous avons dit quelle était, d'après les récentes analyses des chimistes et des micrographes, la composition de ces laves, quelle était celle des gaz et des vapeurs qui en sortent à des températures décroissantes.

11 nous reste à décrire les éruptions des volcans qui n'é-

53i LE MONDE PHYSIQUE.

mettent généralement point de laves, et en particulier celles où les matières rejetées sont de l'eau à une haute température, ou encore un mélange d'eau et de matières pulvérulentes, c'està-dire de la boue. Les volcans (Veau ou geysers, et les salses ou volcans de boue, vont former le sujet du chapitre suivant, que nous terminerons par un résumé de la théorie des phénomènes volcaniqués et un aperçu général de la distribution des volcans à la surface du globe.

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