DE BOUE
§ 1. ÉRUPTIONS SANS LAVES DES VOLCANS DES ANDES ÉQUATORIALES ; LEURS SOURCES ACIDES.
Dans la plupart des descriptions que nous avons données des éruptions volcaniques, parmi les matières rejelées au dehors par les forces expansives intérieures, la lave joue un rôle d'une grande importance : sous des formes diverses et des états physiques qui varient avec les phases de l'activité du volcan, nous l'avons vue faire son apparition dès le début du phénomène, en marquer le paroxysme au moment de son épanchement hors du cratère en torrents incandescents et fluides, puis, dans son mouvement de plus en plus ralenti sur les pentes du cône, rester le siège des émanations gazeuses dont la température s'abaisse avec la sienne jusqu'au déclin de l'éruption. Mais les volcans que nous avons pris pour types de ce mode d'activité, le Vésuve et l'Etna, les volcans islandais, ceux des archipels indiens et océaniens, et nombre d'autres bouches éruptives, actives ou éteintes, qui, dans leurs phases d'activité paroxysmale, ont presque toujours vomi des laves fluides et incandescentes, ne forment après tout qu'une classe dans la nombreuse famille des volcans terrestres. 11 en est d'autres, plus nombreux peut-être, qui n'ont jamais vomi de laves, au moins sous la forme dont nous venons de parler, c'est-à-dire de matières liquéfiées par une haute température. C'est ce que constatait
Humboidt, dans le premier volume de son Cosmos, lorsqu'il disait : « Il est pourtant une classe singulière de volcans, tels que le Galunggung de Java, qui ne vomissent point de laves, mais qui lancent des torrents dévastateurs d'eau bouillante, chargés de soufre en combustion et de roches réduites en poussière. » Plus lard, Humboidt ne considère plus comme aussi certaine l'absence de coulées de lave dans les volcans de Java. Les échantillons de roches volcaniques rapportés par Junghuhn de cette île si riche en cratères ébranlèrent sa croyance en ce point. Ce dernier et savant explorateur a décrit d'ailleurs clairement trois coulées de lave noire, basaltique, sur trois volcans javanais, le Tengger, l'Idgen et le Slamat. 11 distingue en outre les coulées proprement dites de ces sortes d'avalanches de scories, de pierres enflammées, mais non fondues, que vomissent parfois certains volcans. Nous avons vu le Giorgios, dans la baie de Santorin, se former et s'élever par l'accumulation de semblables masses, qui ne sont autre chose que des blocs de lave solidifiée. Dans l'éruption du Gunung-Lamongan (Java, juillet 1838) des torrents de pierres étaient incessamment vomis par le volcan. « On entendait, dit Junghuhn, le craquement des pierres qui s'entrechoquaient, et qui, semblables à des points enflammés, roulaient en bas à la file ou pêle-mêle. » On a vu plus haut les éruptions de plusieurs volcans de la même région, le Temboro, le Krakatoa, vomir des masses prodigieuses de cendres, de pierre ponce, de boue; mais t'absence de laves incandescentes paraît un trait tout à fait caractéristique de ces volcans.
On retrouve ce caractère dans les volcans de la Cordillère des Andes, principalement dans ceux de la zone équatoriale, ainsi que Boussingault, Humboidt le constatent dans leurs savantes et intéressantes relations. Déjà La Condamine (1756) avait signalé cette absence de coulées de laves des volcans des Andes : « Je n'ai point connu la matière de la lave en Amérique, quoique nous ayons, M. Bouguer et moi, campé des semaines et des mois entiers sur les volcans, et nommément sur ceux de Pichincha,