VOLCANS DES ANDES
de Cotopaxi et de Chimborazo. Je n'ai vu sur ces montagnes que des vestiges de calcinalion sans liquéfaction. » L'Orizaba et les autres volcans du Mexique ont, au contraire, vomi des laves. Sur 18 cônes de l'Amérique centrale, il en est quatre, d'après Humboldt, qui vomissent des laves1. On retrouve le môme caractère dans les volcans chiliens, notamment clans l'Antuco.
rig. 19à. — Cratère de l'Orizaba.
M. Boussingault, dans son Mémoire sur les volcans des Cordillères et leurs sources acides, définit ainsi la nature de leurs projections :
« En étudiant, il y a bien des années, les volcans des Andes équatoriales, je reconnus qu'ils émettent de la vapeur d'eau,
1. Le Nindiri, le El Nuovo, le Coseguina et le San-Miguel. D'après Fuchs, il faudrait y ajouter le Miranvelles et le Chiriqui dans 1 État de Costa Rica. Les coulées de lave de ce dernier volcan, formé de cinq cônes, n'ont pas moins de il kilomètres de longueur.
de l'acide sulfhydrique, dans certains cas du gaz acide sulfureux et, ce qui, je crois, n'avait pas encore été signalé à cette époque, des quantités considérables de gaz acide carbonique, apportant continuellement à l'atmosphère du carbone, l'un des éléments indispensables à la constitution des êtres organisés. » C'est, comme on voit, la composition des émanations des fumerolles de la quatrième catégorie, celles qui correspondent à la phase de déclin dans les éruptions du Vésuve, de l'Etna, en un mot des volcans qui vomissent des laves incandescentes. Comme dans les éruptions javanaises, l'eau joue un rôle extrêmement important dans celles des volcans des Andes : aux pierres incandescentes, mais solides et sans traces de fusion, aux cendres sèches, succèdent les émissions de boues liquides, comme nous avons eu déjà l'occasion d'en donner des exemples1. Outre l'eau, vomie ainsi à l'état liquide et à l'état de vapeur, d'abondantes sources thermales se rencontrent dans le voisinage des cônes et des cratères, et la composition de l'eau de ces sources en indique suffisamment l'origine. Citons comme exemple la source qui donne naissance au Rio Yinagre, sur les flancs du Puracé, volcan de la Cordillère centrale. D'après les dosages de M. Boussingault, un litre de l'eau de cette rivière ne contient pas moins de lgr,l d'acide sulfnrique et de lg\2 d'acide chlorhydrique, et, comme le débit du cours d'eau n'est pas inférieur à 34 785 mètres cubes par vingt-quatre heures, il en résulte que la rivière acide entraîne par jour près de 47 000 kilogrammes
1. « Le Puracé, si calme lorsque je le visitai, dit M. Boussingault dans le Mémoire que nous venons de citer, eut dans le cours de 1849 une série d'éruptions qui inondèrent le terrain environnant d'une boue liquide; en se consolidant, cette boue avait formé, au point d'émission, une enceinte circulaire de 100 mètres de diamètre, un véritable cratère d'épan- •chement. Les années suivantes, les tremblements de terre furent très fréquents dans la province de Popayan : c'étaient les précurseurs de la catastrophe du 4 novembre 1869. A trois heures du matin, le Puracé fit une éruption épouvantable ; des pierres incandescentes, des cendres, allèrent tomber à plusieurs lieues de distance; le lit de l'Ànambio, du Pasambio était encombré de boues sulfureuses. La mission du Puracé fut détruite. Deux jours après, le 6 octobre, h trois heures de l'après-midi, il y eut une seconde éruption; les projectiles atteignirent la ville de Popayan, située à plus de 16 kilomètres; des masses énormes d'une Loue noire sulfureuse dévastèrent toute la contrée. Dans les Cordillères, ces émissions boueuses (moyas) sont fréquentes : ce qui fait dire aux montagnards des Andes que leurs «volcans lancent à la fois le feu et l'eau. »