‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 133 sur 271 · Voyage dans l'intérieur (le l'Islande, par J. Nongarct · texte numérisé non relu

Voyage dans l'intérieur (le l'Islande, par J. Nongarct

LES GEYSERS OU VOLCANS D'EAU. 5i5

formées les force à s'élever par les ouvertures libres jusqu'à la surface, ou même à s'y frayer un chemin en forant les couches aux points de moindre résistance. C'est vraisemblablement à ce dernier procédé que sont dus les puits verticaux des geysers.

Les eaux geysériennes ont une composition chimique analogue à celle des émanations volcaniques à leur déclin. Elles renferment une notable proportion de silice, ce qui explique la nature du revêtement des tubes et de la cuvette des geysers. Ce revêtement est en effet formé d'une couche extrêmement dure et parfaitement polie, qui n'est autre chose que de la silice hydratée. Les minéralogistes, en raison de son origine, ont donné à cette variété particulière de silice le nom de geysérite. D'après Tyndall, ce n'est point par précipitation que s'est formé le dépôt siliceux, puisque l'eau du geyser conservée dans un vase reste des années entières aussi claire que du cristal, sans montrer la plus légère tendance h former un précipité. Mais c'est par évaporation, sur les bords du bassin, qu'a lieu le dépôt de silice. Si cette explication est exacte, il en résulte que le geyser a dû former lui-même son tube ainsi que le cône qui l'enveloppe et au centre duquel il paraît creusé. Quoi qu'il en soit, les couches siliceuses sont si dures clans le bassin ou sur ses bords, qu'on a grand peine à les briser à coups de marteau. Souvent les bords du bassin sont revêtus d'incrustations de formes bizarres, qui, dans certains geysers, les font ressembler à des coraux, à des fruits, à des arabesques aux fines dentelures.

Arrivons maintenant à l'explication de l'intermittence des éruptions geysériennes. D'après les observations de Bunsen, qui a réussi à déterminer la température du tube du grand geyser, du niveau du bassin jusqu'au fond, et cela quelques minutes seulement avant une éruption, en aucun point de la colonne liquide cette température, qui va en croissant de haut en bas, n'atteint le point d'ébullition. On peut voir sur la figure 196, à droite du tube, les chiffres qui marquent les indications du thermomètre à diverses profondeurs. Sur la gauche,

et en regard de chacun des points en question, se trouvent les chiffres de la température d'ébullition, calculés en tenant compte à la fois, comme il est nécessaire, de la pression atmosphérique et de la pression de la colonne d'eau superposée. C'est vers le milieu du tube, en un point marqué A, que la température observée se rapproche le plus de la température d'ébullition. L'eau y est à 121°, 8, tandis qu'à cette profondeur elle ne peut commencer à bouillir qu'à 125°, 8. 11 y a, on le

voit, une différence de 2 degrés centigrades.

A ce moment, commencent à se produire les détonations marquant que le début de l'éruption est proche. Ces détonations sont dues à l'arrivée de bulles de vapeur dans les parties profondes des canaux souterrains qui amènent l'eau du geyser. La force expansive de la vapeur soulève l'eau de la colonne à une hauteur d'au moins 2 mètres ; le liquide qui se trouvait en A monte jusqu'en B, où, supportant une pression moindre, sa température d'ébullition n'est plus que de 120°, 8, tandis que la sienne propre est supérieure de 1°. Cet excès de chaleur détermine instantanément la formation de la vapeur. La colonne est de nouveau soulevée et l'eau inférieure déchargée d'une partie de sa pression; progressivement, du milieu du tube jusqu'en bas, toute la masse liquide entre en ébullition ; elle est projetée avec violence, mêlée à des nuages de vapeur, hors de l'orifice.. Le geyser est en pleine éruption.

Les gerbes aqueuses lancées dans l'air se refroidissent à son contact, retombent dans le bassin et dans le puits qu'elles

Fig. 196. — Théorie des geysers, d'après Bunsen.

Page 1