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LES GEYSERS DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE

volcans actifs ou ayant eu de récentes éruptions : le Tangariro, le Rangitoto, le Naugarohoe, etc. Toute la région comprise entre ces cônes est remplie de sources thermales, de solfatares et de geysers. Nous nous bornerons à décrire, d'après

Fig. 198. — Sources chaudes et geysers de la Nouvelle-Zélande.

M. F. de Hochstetter, qui a exploré ces régions si intéressantes en 1878, pendant l'expédition de la Novcwa, la source bouillonnante et jaillissante du Te-Ta-Rata, située au nord-est du Rotomahana, cratère-lac produit par explosion.

« Le Te-Ta-Rata, dit le savant autrichien, qui descend de

terrasse en terrasse jusque dans le lac, est la plus grande merveille de ce merveilleux pays. Sur la pente d'une colline couverte de fougères, à 80 pieds environ au-dessus du Rotomahana, se trouve le principal bassin, dont les parois d'argile rouge ont de 50 à 40 pieds de.haut. Il est long de 80 pieds, large de 60, et rempli jusqu'au bord d'une eau parfaitement claire et limpide, qui doit à la blancheur de neige des stalactites de ses bords de paraître d'un admirable bleu de turquoise, irisé parfois de teintes d'opale. Sur le bord du bassin, je constatai une température de 84 degrés centigrades; dans le milieu, d'où l'eau s'élève à une hauteur de plusieurs pieds, elle a la chaleur de l'eau bouillante. D'immenses nuages de vapeur, qui réfléchissent la belle couleur bleue du bassin, tourbillonnent audessus et arrêtent le regard; mais on peut toujours entendre le bruit sourd du bouillonnement des eaux. L'indigène qui nous servait de guide nous dit que parfois toute la masse des eaux est lancée soudainement avec une force immense, et qu'alors on peut apercevoir, cà 30 ou 40 pieds de profondeur, le bassin vide, qui, à la vérité, se remplit très promptement. Si le fait est vrai, la source du Te-Ta-Rata est sans doute un geyser à longues intermittences, comme celles du grand geyser d'Islande; mais ici, le bassin étant plus grand, la masse projetée doit être plus considérable.

« L'eau a un goût légèrement salé, mais nullement désagréable. Comme dans les sources islandaises, le dépôt est une stalactite siliceuse. En s'écoulant du bassin, cette éau thermale a formé un système de terrasses qui, blanches, et comme taillées dans du marbre de Paros, forment un coup d'œil dont aucune description, aucune image ne peut donner l'idée. Il faut avoir gravi ces gradins d'albâtre et avoir examiné les particularités de leur structure pour savoir combien elle est merveilleuse.

« Le pied de la colline s'avance très loin dans le Rotomahana ; au-dessus commencent les terrasses contenant des bassins dont la profondeur répond à la hauteur des degrés de

ce gigantesque escalier : plusieurs ont 2 à 3 pieds, quelquefois 4 et 6. Chacun de ces gradins a un petit rebord élevé d'où pendent sur le degré inférieur de délicates stalactites, et une plate-forme plus ou moins grande qui renferme un ou plusieurs bassins d'un bleu admirable. Ce sont autant de baignoires naturelles, que l'art le plus raffiné n'aurait pu rendre ni plus commodes ni plus élégantes. On peut choisir parmi elles les dimensions que l'on préfère et la température que l'on veut ; car celle-ci diminue en raison de la distance de la source mère. Quelques-unes de ces piscines sont assez grandes et assez profondes pour que l'on puisse y nager commodément.

« La terrasse la plus élevée entoure une large plate-forme, dans laquelle sont creusés plusieurs jolis bassins de 5 à 6 pieds de profondeur, dont l'eau a une température de 30, 40 et 50 degrés centigrades. Au milieu de cette plate-forme s'élève, tout près du bassin principal, un rocher d'environ 12 pieds de haut, couvert de buissons de manuka, de lycopodes, de mousses et de fougères; on peut y monter sans danger, et de là le regard plonge dans l'eau bleue et couverte de vapeurs du bassin central. Telle est la célèbre source du'Te-Ta-Rala. Le blanc pur des stalactites qui fait ressortir le bleu foncé de l'eau, la verdure de la végétation environnante, le rouge vif des parois nues du cratère aquatique et enfin les nuages de vapeur qui tourbillonnent sur eux-mêmes en se renouvelant sans cesse, tout contribue à former un tableau unique en son genre1. »

Vers le 45e degré de latitude nord et le 112e de longitude occidentale, dans la partie nord-ouest des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, existe une région si intéressante par sa beauté pittoresque et ses curiosités naturelles, qu'une loi votée en 1872 par le Congrès en a réservé la jouissance pleine et entière au peuple américain, sous le titre de Grand Parc National. Sa superficie est de plus de 8000 kilomètres carrés, et son altitude moyenne dépasse 2000 mètres, de sorte que les sommets des

1. Voyage à la Nouvelle-Zélan le, par M.Ferdinand de Ilochstetter (Tour du monde, année 1865).

montagnes qui la couvrent sont revêtus de neige durant toute l'année. C'est un des points de partage des eaux du Pacifique et de l'Atlantique ; le Missouri et l'un de ses affluents, la Yellowstone, ont leurs sources à peu de distance, et ce dernier cours d'eau y forme un lac magnifique de 24 kilomètres de largeur sur 35 kilomètres de longueur, dont le niveau est à l'altitude de

Fig. 199. — Le Parc National des États-Unis de l'Amérique du Nord.

2260 mètres au-dessus de l'Océan. Mais le côté intéressant pour nous de cette région extraordinaire tient au caractère éminemment volcanique de ses montagnes. D'après le géologue américain Hayden, le bassin de la Yellowstone n'est autre chose qu'un ancien cratère, formé de milliers de fissures et de crevasses, cratère aujourd'hui éteint, ou du moins ne donnant plus que des signes de la dernière phase d'activité, mais qui pendant

la période tertiaire, pendant l'âge du pliocène, a été le théâtre des phénomènes volcaniques les plus intenses. D'innombrables sources chaudes, principalement situées au débouché de la Yellowstone, hors du lac qui porte son nom, ou encore, dans la vallée de la Firehole, des geysers dont les eaux jaillissent par intermittences, de minute en minute, d'heure en heure, témoignent encore aujourd'hui de ce qu'a dû être jadis l'activité des forces souterraines en ce lieu.

Ce qui semble vraiment extraordinaire lorsqu'on lit les relations où sont décrites ces sources et ces jets d'eau et de vapeur, c'est la variété infinie d'aspects, de couleurs, de dimensions qu'ils présentent. Qu'on en juge par quelques citations empruntées au récit du lieutenant Doane, qui accompagna en 1870 le général Washburn dans une exploration de ces contrées : « Le soir, dit-il, nous arrivâmes à une quantité de petites sources d'eau chaude, et, bientôt après, apparut tout un système de sources bouillantes d'eau boueuse, qui jetaient des nuages de vapeur. La plus grande mesurait de 25 à 50 pieds : l'eau était d'une teinte ardoisée; la seconde, large de 4 pieds, bouillait avec force et débordait : l'eau était d'un brun foncé, vaseuse, mais sans dépôt. La troisième, de 20 à 25 pieds, lançait de temps en temps un violent jet de vapeur qui s'élevait à une centaine de pieds. Elle coulait à intervalles fixes. Elle était comme enveloppée sous un revêtement de formation calcaire sulfureuse, et dans un angle se trouvait une espèce de dépôt, en forme de gâteau de miel, d'une coloration extrêmement belle, et composé de sulfure sublimé sur un lit métallique brillant ressemblant à de l'argent. Ce dépôt avait plusieurs pieds de haut et pouvait peser plusieurs tonnes. La vapeur jaillissait à travers les interstices avec un bruyant sifflement. » Les sources décrites ci-dessus se trouvent dans la vallée de la \ellowstone. En un autre point de cette vallée, et à une faible distance du lac, le même voyageur en découvrit une multitude d'autres, évents de vapeur, jets d'eau vaseuse, chaudières d'eau calme, etc., dont il décrit en ces termes les plus remarquables :

« A 400 yards de la rive du lac, dit-il, s'offrit d'abord à nous un bassin de vase d'une brillante couleur rose ; sa largeur était de 70 pieds ; le centre était une masse bouillante; tout autour étaient de petits cratères coniques en éruption constante. Les dépôts rejetés se durcissaient rapidement en une pierre argileuse lamellée, solide, d'une belle texture, quoique la jolie couleur rose s'effaçât et se changeât en un blanc crayeux. Dans le voisinage se trouvaient une douzaine de jets, larges de 6 à 25 pieds, où bouillait une eau épaisse, de couleurs qui variaient du blanc pur au jaune foncé ; puis venaient plusieurs sources de 10 à 50 pieds de diamètre, d'où sortait une eau limpide et chaude; le bassin et le lit de ces ruisseaux étaient garnis de dépôts rouges, jaunes et noirs, d'un effet merveilleusement splendide, mais si friables qu'ils s'émieltaient au toucher. Ces couleurs éclatantes n'existent qu'à la surface du rocher et ne pénètrent pas dans son épaisseur.

« Au-dessous nous trouvâmes plusieurs larges cratères d'eau bleuâtre imprégnée de sulfate de cuivre ; au centre cette eau bouillait à la hauteur de 2 pieds; elle s'échappait en larges ruisseaux et laissait sur les bords des cratères un dépôt rocheux de quelques pouces formant une margelle ornée de franges délicates. Plus loin étaient deux lacs d'eau pourpre, chaude, mais non bouillante, qui donnait des dépôts d'une grande finesse de coloris. Au delà, nous vîmes les deux plus grandes sources que nous eussions encore rencontrées : l'une avait 30 pieds sur 40, et une température de 77 degrés; elle coulait dans une autre placée à 70 pieds de là, 6 pieds plus bas, large de 40 pieds sur 75, et d'une température de 84 degrés ; de cette dernière source sortait un ruisseau donnant 100 pouces d'eau. Les cratères de ces sources étaient de stalagmite calcaire, garnie d'un dépôt blanc argenté qui, par reflet, illuminait l'intérieur à une immense profondeur; les deux cratères avaient des parois perpendiculaires, mais irrégulières, et la distance à laquelle les objets étaient visibles du fond de leurs abîmes est vraiment extraordinaire. Aucune imagination ne pourrait

se représenter', aucune description ne pourrait retracer les

Jf'ig. '200. — Le Vieux fidèle, geyser de la vallée de la Firehole.

merveilles que ces grands bassins offrent aux regards1. »

1. Le Parc National des États-Unis, par MM. Hayden, Doane et Langfort (Tour du monde, 1874, t. II).

Les geysers sont très nombreux dans la vallée de la Firehole. Nous reproduisons, d'après la photographie, quelques-uns des plus remarquables parmi ceux dont les membres de l'expédition ont pu observer les éruptions. Mais sur 1500 sources thermales qui s'y trouvent disséminées, il était difficile de reconnaître celles qui, à des intervalles plus ou moins longs, font jaillir de leurs orifices les eaux qu'elles renferment à l'intérieur de leurs cratères.

Le Vieux fidèle (fig. 200) lance à plus de 40 mètres de

Fig. 201. — Petit geyser.

hauteur ses gerbes éblouissantes, mêlées à des flots de vapeur. La fissure d'où sortent les jets est tapissée de concrétions calcaires; elle était jadis beaucoup plus grande; mais peu à peu les dépôts l'ont réduite à une ouverture qui mesure 1 mètre de large sur un peu plus de 2 mètres dans son plus grand diamètre. Le monticule formé par la source a environ 13 mètres de hauteur. Les éruptions du Vieux fidèle, qui se font avec de bruyants sifflements, durent environ cinq minutes, et se succèdent régulièrement toutes les cinquante minutes; c'est à la

régularité de sa période d'intermittence que ce geyser doit son nom. A distance, le roc qui forme le cratère paraît d'un gris métallique avec des bords roses et jaunes de la plus rare finesse de ton; l'eau qui les mouille constamment donne à ces teintes un éclat extraordinaire.

Dans le voisinage, on voit nombre de vieux geysers, engorgés par leurs propres dépôts. Quelques-uns ont encore des éruptions d'eau et de vapeur, mais leurs cratères rétrécis, leurs parois à moitié détruites donnent à penser que nombre de ces sources avaient été jadis des geysers de première grandeur, comme est encore aujourd'hui le Château fort, la plus considérable des formations de la vallée. « L'éminence calcaire sur laquelle il est placé, dit le lieutenant Doane, a 40 pieds de haut et couvre plusieurs acres. Le cratère s'élève au centre; ses parois irrégulières, garnies de concrétions sphériques d'une beauté merveilleuse, se dressent en forme de tourelle, ayant 40 pieds de haut et 200 pieds de circonférence à la base. Le sommet est creusé en embrasures séparées par de grosses nodosités en roc couleur de rose ; au centre est un cratère de 3 pieds de diamètre, bordé et garni d'un glacis couleur safran. A quelque distance, on croirait voir un vieux donjon féodal à moitié ruiné. Le cratère lance continuellement des vapeurs ; par suite de leur condensation, des gouttes d'eau tombent constamment le long des parois extérieures du cône, qui reste toujours humide. Le dépôt formé est d'une couleur grise argentée, et sa structure est surprenante par sa masse, sa perfection et l'exquise recherche de son dessin en réseau. A la base de la tourelle était étendue une forte branche de pin, recouverte d'une brillante incrustation en forme de nodosités, épaisse de plusieurs pouces ; le bois lui-même était pétrifié.

« Les eaux de ce geyser ont percé, à travers le roc, à une nouvelle place près du pied de l'ancien cratère ; elles coulent là avec abondance en bouillonnant. Cette issue diminue l'action de la grande ouverture ; cependant nous vîmes celle-ci lancer une fois de l'eau à une hauteur perpendiculaire de 60 pieds, en

laissanl échapper en même temps d'épais nuages de vapeurs. Quand elle était intacte, cette source devait être la plus grande

Fig. 202. — Le Château fort, geyser de la vallée de la Firehole.

de toutes. Auprès, sur le même tertre, est une source avec un bassin de 25 pieds de diamètre, aux bords dentelés, plein jus-

qu'aux bords; l'intérieur est d'une teinte argentée, cl le fond d'une profondeur insondable1. »

Citons encore, parmi les geysers de la Firehole, celui que les explorateurs dont nous venons de parler ont baptisé le Géant, dont le cratère, en forme de corne brisée, a 4 mètres

Fig. 205. — L'Éventail.

de hauteur, 2m,30 de diamètre, et dont les jets s'élèvent à des hauteurs qui varient entre 50 et 70 mètres. La durée de l'éruption n'est pas moindre de trois heures, et lorsqu'elle se produit, l'eau qui sort des profondeurs souterraines est assez

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