MONTAGNES ARDENTES
vent une odeur bitumineuse. On le conduit au loin, dans des tuyaux de bambou portatifs ou à demeure, et on s'en sert pour
Fig. 209. — Le temple du feu à Atesh-Gah, d'après M. Moynet.
faire du sel, pour chauffer les maisons et éclairer les rues. Dans quelques cas rares, l'hydrogène carboné s'est trouvé épuisé ou
l'émission en a été interrompue par des tremblements de terre. Ainsi, l'on sait qu'un célèbre ho-tsing, situé au sud-ouest de Kioung-Tscheou , dont le jet enflammé était accompagné de bruit, s'éteignit au treizième siècle, après avoir éclairé toute la contrée depuis le second siècle de notre ère1. »
Les montagnes ardentes sont répandues sur une grande partie de l'Empire Chinois. « En beaucoup d'endroits, dit encore Humboldt, par exemple dans le roc du Py-Kia-Schan, au pied d'une montagne couverte de neiges éternelles, les flammes s'élancent de longues crevasses inaccessibles et montent à de grandes hauteurs. Ce phénomène rappelle les feux éternels du Mont-Schagdagh, dans le Caucase. » Nous avons vu plus haut que Bakou et ses environs abondent en sources de naphte. Quelques puits, accidentellement enflammés, ne se sont pas éteints depuis lors, M. Moynet, qui visitait cette région en 1858, vit un de ces puits qui, enflammé au commencement de ce siècle, brûlait encore. C'est dans les environs de Bakou, à 23 kilomètres de la ville, que se trouve le fameux temple des Parsis, où quelques fidèles de la religion des Guèbres ont profité des propriétés des sources naturelles de naphte, pour consacrer un sanctuaire au feu éternel. Atesh-Gah est le nom du lieu saint ; le voyageur que nous venons de citer en donne cette description : « Nous arrivons dans une vaste plaine : des feux s'échappent d'ouvertures irrégulièrement placées ; au milieu s'élève un édifice crénelé (fig. 209); de chaque créneau sort une gerbe de flammes ; un foyer plus intense, composé de cinq feux, couronne la plus haute coupole. A l'intérieur, le spectacle est imposant : partout le feu sort de terre ; sous la coupole centrale, l'autel est couvert de flammes2. » Comme en Chine d'ailleurs, les habitants de la presqu'île d'Apchéron utilisent le gaz inflammable, qu'ils tirent du sol au moyen de roseaux, aux usages domestiques, à l'entretien des fours à chaux et même à la crémation des cadavres.