Cosmos, t. I
2. On cite plusieurs exemples de tremblements de terre qui ont coïncidé avec des perturbations atmosphériques, avec [un abaissement considérable du baromètre, avec de violentes tempêtes. Fuchs mentionne ceux qui ont ébranlé le sol de l'Angleterre en 1795, celui de l'Italie en 1870. Les mois d'été qui précédèrent le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 avaient été extrêmement pluvieux; des pluies abondantes accompagnèrent aussi le tremblement de terre de février 1851, en Suisse, dans le Tyrol et une partie de l'Italie. Mais on cite aussi, nous l'avons dit, de nombreux cas où aucun phénomène météorologique remarquable ne précède ou n'accompagne l'ébranlement du sol. Il est donc possible que les exemples dont nous venons de parler ne témoignent que d'une simple coïncidence,
Pendant les forts tremblements de terre, on entend d'ordinaire des bruits sourds, dont l'origine paraît être souterraine. Quelquefois, c'est après l'événement que le bruit se fait entendre. Ainsi, lors du tremblement de terre de Riobamba en 1797, une détonation souterraine formidable se produisit à Quito cl Ibarra, mais seulement vingt minutes après la catastrophe : chose curieuse, on n'entendit rien dans des villes plus rapprochées que celles-là du centre d'ébranlement. Un quart d'heure après le tremblement qui détruisit Lima le 28 octobre 174(3, on entendit un coup de tonnerre souterrain à Truxillo, sans toutefois ressentir de secousse. De même, en 1827, ce n'est que longtemps après le grand tremblement de terre de la Nouvelle-Grenade qu'on entendit des détonations dans la vallée de Cauca : ces bruits, qui se succédaient toutes les demi-minutes, ne correspondaient à aucune secousse. On explique cette absence de concordance entre les ébranlements du sol et les bruits souterrains, par la différence de vitesse des vibrations du sol qui transmettent le choc et des ondes aériennes qui propagent les bruits. Dans certains cas cependant, c'est par les couches profondes du sol que le son se transmet, et l'on se rend compte ainsi des distances considérables auxquelles il parvient, sans que la secousse elle-même soit transmise.
Les bruits qui accompagnent les tremblements de terre sont dénature très variée : tantôt ils éclatent comme le tonnerre; tantôt c'est un fracas pareil à celui de roches qui se brisent, ou au roulement de chariots; tantôt il semble qu'on entende un cliquetis de chaînes, ou des décharges d'artillerie, ou enfin un sourd bruissement. L'impression que produisent ces détonations souterraines est toujours profonde, même sur les personnes qui habitent des contrées où les tremblements de terre sont fréquents. « On attend avec anxiété, dit Humboldt, ce qui doit suivre ces grondements intérieurs. Tels furent les bramidos y Iruenos snbterraneos de Guanaxato, riche et célèbre ville mexicaine, située loin de tous les volcans actifs. Ces
PHÉNOMÈNES DES TREMBLEMENTS DE TERRE. 64ô bruits commencèrent le 9 janvier 1784, à minuit, et durèrent plus d'un mois. Du 15 au 16 janvier, on eût dit un orage souterrain ; on entendait les éclats secs et brefs de la foudre, alternant avec les longs roulements d'un tonnerre éloigné. Le bruit
f'ig. 250. — Ruines à Torre ciel Grcco (8 décembre 18tiJ).
cessa comme il avait commencé, c'est-à-dire graduellement. Il était limité dans un faible espace; à quelques myriamètres de là, sur un terrain basaltique, on ne l'entendait plus. Presque tous les habitants furent frappés d'épouvante; ils quittèrent la ville, où de grandes quantités d'argent en barre se trouvaient
amassées, et il fallut que les plus courageux revinssent ensuite disputer ces trésors aux brigands qui s'en étaient emparés. Pendant toute la durée de ce phénomène, on ne ressentit aucune secousse, ni à la surface, ni môme dans les mines voisines, à 500 mètres de profondeur. Jamais, avant celte époque, on n'avait entendu pareil bruit au Mexique, et jamais il ne s'y est répété depuis1. »
Les effets mécaniques des secousses et des ondulations sismiques offrent une variété infinie, aussi bien en raison de la nature du mouvement lui-même ou de la cause qui le détermine, de sa plus ou moins grande intensité, que des mille circonstances dépendant des lieux où ces effets se produisent : nature et structure du sol, disposition des objets, édifices, rochers, arbres, etc. Ici les terres sont soulevées ou affaissées; le sol, sur le passage de l'onde, oscille comme la surface d'une masse liquide agitée par le vent; les constructions humaines, maisons, palais, églises s'écroulent. Là, c'est le terrain luimême qui se disloque; des fentes s'ouvrent et se referment, engloutissant les objets, les hommes, les animaux qui se trouvaient sur leurs bords au moment de leur formation; des rochers, des falaises s'écroulent, des rivières, dérangées de leur cours, forment des lacs; dans le voisinage des côtes, la mer elle-même est soulevée, et des vagues immenses, couvrant ou découvrant alternativement le rivage, s'élancent jusqu'au milieu des terres, détruisant et entraînant tout dans leurs effrayantes oscillations.
Donnons quelques exemples authentiques de chacune de ces manifestations du fléau.
Les secousses et oscillations du sol sont visibles dans les ébranlements violents. Pendant le tremblement de terre de 1783, le sol de la Calabre ondulait comme la surface d'une mer agitée, et il en résultait pour les habitants un malaise analogue au mal de mer. Ces oscillations avaient une telle ampli*