‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 163 sur 271 · Lyell, Principes de géologie, trad. Gincslou, t. II · texte numérisé non relu

Lyell, Principes de géologie, trad. Gincslou, t. II

2. V. Scnèque, Quœsliones naturelles, tib. VIF, 1G et 18, ou noire ouvrage Les Comètes, cl.. I, § 2.

velies sous les cendres du Vésuve. « Sous Vespasien, dit Fuchs, trois villes furent détruites dans l'île de Chypre et, en 115, Antioche éprouva le même sort. » En 526, un effroyable tremblement de terre, qui coûta, dit-on, la vie à 120000 personnes, ruina Antioche une seconde fois.

Dans les temps modernes, les événements de ce genre se sont tellement multipliés, qu'on ne peut les citer tous. Conlen-

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Fig. 252. — Région ébranlée par le tremblement de terre de 1785.

tons-nous de rappeler : Lisbonne ravagée en 1755, tous ses édifices, palais, églises, couvents et le quart de ses maisons en ruines; la Calabre secouée par le grand tremblement de terre de 1783, au point que, sur 575 villes et villages, 55 seulement restèrent debout; Riobamba, en 1797; Caracas, en mars 1812; Bhooj, dans le Kolch (delta de l'Indus), en juin 1819; Yaldivia (Chili) détruite par le tremblement de terre de novembre 1857 ; la Conception, déjà ravagée une première fois en 1751, renversée en février 1855, ainsi que plusieurs autres villes du

Chili, Talcahuano, Chillan,etc. ; la Pointe-à-Pilre, ruinée en février 1843; Mendoza, le 20 mars 1861 ; en août 1868, en deux secousses terribles survenues à trois jours d'intervalle le 15 el le 16, Arica, Arequipa, Iquique, Caracas, Cotocachi, Ibarra el trente autres cités plus ou moins importantes du Chili, du Pérou, de l'Equateur, détruites presque toutes de fond en comblé ; mêmes désastres, en mai 1877, dans la même région

Fig. 255. — Ruines de la cathédrale de Lisbonne (1755).

si souvent éprouvée du versant occidental des Andes ; et, pour revenir à nos contrées du vieux continent et à quelques années seulement en arrière, Céphalonie, Mételin, puis Chio, et enfin Ischia, ruinées par autant de secousses de tremblements de terre, survenues les deux premières en février et mars 1867, la troisième le 5 avril 1881, et la quatrième, encore présente à toutes les mémoires, dans la nuit du 28 juillet 1885.

Quelques citations sur les plus remarquables de ces destruc-

lions suffiront pour montrer quelle faible résistance les constructions humaines peuvent opposer à ces ébranlements dont la durée est cependant si faible, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Voici, par exemple, ce que dit Dolomieu de l'état dans lequel il trouva la petite ville de Polistena peu de temps après le tremblement de terre qui ravagea la Calabre et la pointe nord-est de la Sicile, en 1785 : « J'avais vu Messine et Reggio ; je n'y avais pas trouvé une maison qui fût habitable et qui n'eût

Fig. 254. — Tremblement de terre de Lisbonne (1755). Ruines de l'Opéra.

besoin d'être reprise par les fondements ; mais enfin le squelette de ces deux villes subsiste encore; on voit ce qu'elles ont été. Messine présente encore, à une certaine distance, une image parfaite de son ancienne splendeur. Chacun reconnaît ou sa maison ou le sol sur lequel elle reposait. J'avais vu Tropea et Nicotera, dans lesquelles il y a peu de maisons qui n'aient subi de très grands dommages, et dont plusieurs même se sont entièrement écroulées. Mon imagination n'allait pas au delà des malheurs de ces deux villes. Mais lorsque, placé sur une hau-

leur, je vis les ruines de Polistena, la première ville de la plaine qui se présenta à moi; lorsque je contemplai des monceaux de pierres, qui n'ont plus aucune forme, et qui ne peuvent pas même donner l'idée de ce qu'était la ville; lorsque je vis que rien n'avait échappé à la destruction, et que tout avait été mis au niveau du sol, j'éprouvai un sentiment de terreur, de pitié, d'effroi qui suspendit pendant quelques moments toutes mes facultés. »

La catastrophe qui ruina Caracas en 1812 est décrite par Lycll en ces deux lignes : « Toute la ville et ses splendides églises furent, en un instant, réduites en un monceau de ruines, sous lesquelles 10000 habitants se trouvèrent ensevelis. » De même, en 1819, « Bhooj, la ville principale de celte contrée (le delta de l'Indus), fut convertie en un amas de ruines, il n'y resta pas pierre sur pierre. »

Nous ne décrirons pas ici les terribles effets du tremblement de terre du 13 et du 16 août 1868, qui détruisit de fond en comble les villes dont nous avons plus haut cité les noms. Cette destruction épouvantable né fut pas produite seulement par les secousses directes, mais aussi en grande partie par les raz de marée qui en furent la conséquence, et qui entraînèrent et engloutirent toutes les constructions laissées debout par l'ébranlement du sol. Nous aurons plus loin l'occasion d'y revenir.

Quant à la catastrophe d'Ischia, tout le monde en a lu les relations dans les journaux de l'année dernière; tout le monde sait que la ville de Casamicciola et plusieurs villages ont été à peii près entièrement ruinés et des milliers d'habitants ensevelis sous les décombres de leurs maisons et de leurs édifices. Déjà en 1828 un tremblement de terre avait éprouvé cette île charmante, située à l'entrée de la baie de Baies, en face des Champs Phlégréens, et au centre de laquelle s'élève un volcan, aujourd'hui éteint, le montEpoineo. Plusieurs autres secousses, survenues en juin 1862, en août 1867, en mars 1881, s'étaient particulièrement fait sentir à Casamicciola, mais sans produire

d'aussi terribles effets que la dernière. M. Daubrée, en rapportant les circonstances de cette catastrophe, fait une remarque intéressante sur les conditions de solidité des constructions dans les diverses localités éprouvées. Yoici du reste un extrait de la notice du savant géologue :

« La secousse qui plongea dans la désolation cette riante contrée, survint le 29 juillet, à 9h,25m du soir. Elle fut accompagnée d'un mugissement épouvantable, qui dura, semble-t-il, une vingtaine de secondes.

« Casamicciola, Lacco Ameno, furent comme rasés au niveau du sol, avec un grand nombre de victimes humaines ; Serrara, Fonlana et d'autres localités éprouvèrent de moins grands dégâts. La commotion fut ressentie à Ischia sans y produire de dommages. Elle fut sensible aussi à l'île de Procida, et fut indiquée par des sismographes à l'observatoire de Rome. Mais, en résumé, l'ébranlement violent fut très restreint.

« A Casamicciola et à Lacco Ameno, ce fut d'abord, pendant quelques secondes, une trépidation ou un sautillement d'une violence extrême (mouvement subsidtoire) qui déchiqueta les édifices: le mouvement ondulatoire en différentes directions qui suivit a fait le reste. Il en fut de même à Forio....

« Les édifices construits sur le trachyte à Lacco Ameno et à Monte-Zale ont souffert incomparablement moins que ceux qui reposent sur le tuf de l'Epomeo et sur les argiles provenant de sa décomposition. Casamicciola était presque entièrement sur ces argiles, et l'on peut dire sans exagération qu'il n'en reste pas pierre sur pierre : il en est de même à Forio, qui était également sur ce tuf. A Lacco toutes les constructions reposant sur le trachyte résistèrent beaucoup mieux. Cette fâcheuse influence d'un sol peu solide a déjà été autrefois l'objet d'observations de M. Robert Mallet. »

Cette dernière remarque du savant académicien nous ramène à une autre classe d'effets mécaniques des tremblements de terre, aux mouvements et accidents qu'ils causent dans le sol luimême.

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