‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 165 sur 271 · Cosmos, t. IV · texte numérisé non relu

Cosmos, t. IV

paient en mer ont pu appartenir aussi à la région directement ébranlée. Voici une autre observation, faite le 17 novembre 1865, où il ne paraît pas douteux que le siège de l'ébranlement n'ait été sous-marin, et qu'il ne se soit agi d'un véritable tremblement de mer. Le navire V Orient, capitaine Harris, se trouvait à cette date par 51° 44' de latitude sud et 160° 49' de longitude (E. de Greenwich). Le vent était modéré, le ciel serein, quand le navire éprouva une secousse violente, comme s'il avait effleuré un bas-fond rugueux, dans une eau peu profonde. Cette commotion ne dura pas moins de deux à trois minutes. On jeta la sonde qui indiqua une assez grande profondeur, d'où le capitaine conclut qu'il s'agissait d'une éruption volcanique sous-marine, ou d'un tremblement de mer1.

§ 5. les mouvements sis51iques étudiés scientifiquement. — méthodes

d'observation.

Les récits ou descriptions de tremblements de terre, qu'il s'agisse d'ébranlements d'origine volcanique ou de secousses dont la cause reste problématique ou indéfinie, sont très nombreux. On ne manque pas de documents où sont énumérés les désastres, les victimes, les accidents de toute nature qui ont marqué le passage, souvent si rapide, du fléau. Mais les observations positives, scientifiques, sont rares. Cela tient à la fois au peu de durée, à l'imprévu du phénomène, et aussi, il faut le dire, à l'impression qu'il produit sur nos sens et notre imagination, à l'espèce de paralysie qu'il détermine dans l'intelligence. Humboldt décrit en termes saisissants l'effet tout particulier

1. En septembre 1869, la frégate la Néréide éprouva une secousse pareille à celle qui vient d'être décrite. « L'impression causée, disait M. l'enseigne de vaisseau Des Essards, est à peu près la même que celle qu'on ressent en heurtant un bas fond et en continuant à monter dessus. » Le 27 août 1868, le même navire avait rencontré au travers du cap Horn un tel amoncellement d'icebergs, indiquant une débâcle prématurée des glaces du pôle Sud, que l'officier que nous venons de citer crut pouvoir expliquer ce fait anormal, en admettant que le tremblement de terre qui venait de désoler les côtes du Pérou et du Chili, s'était fait sentir jusqu'au pôle Sud, et que les secousses avaient aussi été sous-marines.

que produit sur nous un tremblement de terre, môme quand il n'est, dit-il, accompagné d'aucun bruit souterrain. Si c'est le premier dont nous sommes témoin, l'effet est encore plus grand.

« Cette impression ne provient pas, à mon avis, de ce que les images des catastrophes dont l'histoire a conservé le souvenir s'offrent alors en foule à notre imagination. Ce qui nous saisit, c'est que nous perdons tout à coup notre confiance innée dans la stabilité du sol. Dès notre enfance, nous étions habitués au contraste de la mobilité de l'eau avec l'immobilité de la terre. Tous les témoignages de nos sens avaient fortifié notre sécurité. Le sol vient-il à trembler, ce moment suffit pour détruire l'expérience de toute la vie. C'est une puissance inconnue qui se révèle tout à coup ; le calme de la nature n'était qu'une illusion, et nous nous sentons rejetés violemment dans un chaos de forces destructives. Alors chaque bruit, chaque souffle d'air excite l'attention ; on se défie surtout du sol sur lequel on marche. Les animaux, principalement les porcs et les chiens, éprouvent cette angoisse ; les crocodiles de l'Orénoque, d'ordinaire aussi muets que nos petits lézards, fuient le lit ébranlé du fleuve et courent en rugissant vers la forêt'.

« Un tremblement de terre se présente à l'homme comme un danger indéfinissable, mais partout menaçant. On peut s'éloigner d'un volcan, on peut éviter un torrent de laves, mais quand la terre tremble, où fuir? partout on croit marcher sur un foyer de destruction2. »

A moins donc qu'il ne s'agisse de secousses trop faibles pour produire une vive impression sur les témoins du tremblement de terre, on comprend combien il doit être difficile de recueillir des observations assez nettes, assez précises pour servir à ré-

\. Une note lue a l'Académie des sciences par M. F. de Lesseps sur les secousses de tremblements de terre qui ont agité l'isthme de l'anama en septembre 1882, renferme ce passage : « L'impressionnabilité des animaux, souvent observée en pareil cas, a pu une fois de plus être constatée ici. Durant la journée qui précéda la secousse, les perroquets, ici très nombreux et toujours très loquaces, devinrent tristes, anxieux et muets. Dès la nuit, les chiens poussaient de longs et plaintifs hurlements; dans leurs boxes, les chevaux s'agitaient avec inquiétude, comme à l'approche d'un danger. »

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