AU PÉRIGÉE
l'apogée
RIFFÉR.
Total. . . . .
L'examen de ces nombres dénote une prépondérance, assez faible il est vrai, mais très nette, de la fréquence des tremblements de terre aux époques des syzygies, c'est-à-dire des plus fortes marées océaniques; cette plus grande fréquence s'exprime par la fraction ~ du total des ébranlements, ou par la fraction i du nombre le plus petit, s'il s'agit des syzygies ; elle est plus forte encore (g et f0) s'il s'agit du périgée2.
1 . Lorsque, le même jour, il y a des tremblements de terre dans des régions distinctes, séparées par des régions non ébranlées, M. Perrey les a comptés comme autant de tremblements de terre distincts. Ils sont d'ailleurs groupés par semaines correspondant aux quatre phases lunaires principales. Ceux qui correspondent aux distances de la Lune à la Terre, comprennent chacun une période de cinq jours, dont le périgée et l'apogée forment les milieux. En comparant les nombres de ces cinq jours, jour par jour, au périgée et à l'apogée, les différences sont toujours dans le même sens.
2. « M. Schmidt, directeur de l'observatoire astronomique d'Athènes, a réussi, d'après ses propres observations et les catalogues faits par d'autres, à recueillir des données sur plus de 2000 tremblements de terre, qui ont eu lieu en Grèce et à Smyrne dans les cinquante dernières années. Il en a déduit qu'on observe un minimum à l'époque des quadratures et un maximum aux syzygies, avec une augmentation notable dans les jours de pleine Lune.
Enfin, M. Perrey a trouvé également, en groupant les tremblements de terre d'après les heures du jour lunaire, qu'il y avait un maximum de fréquence à chacun des passages de la Lune au méridien, ou au midi et au minuit lunaires. De sorte qu'il semblerait prouvé, sinon que les secousses sismiques sont dues aux seules actions des masses de la Lune et du Soleil combinées, du moins que l'attraction des deux astres joue un rôle dans la production de ces phénomènes. Une telle influence ne pouvant guère se comprendre que comme une attraction sur les matières fluides intérieures, sur le noyau fluide tout entier si ce noyau existe dans cet état, ou tout au moins sur les nappes liquides qui s'épanchent sous forme de laves, il s'ensuit qu'elle doit se produire aussi sur les éruptions. On a vu plus haut M. Fouqué l'admettre pour une part, c'est-à-dire en tant qu'elle en détermine la production, quand toutes les autres conditions sont déjà réunies. C'est sans doute dans la même mesure qu'on doit l'admettre pour les ébranlements sismiques.
Y a-t-il une corrélation du même ordre entre les tremblements de terre et les maxima et minima des taches solaires, comme quelques savants l'ont avancé?
On sait que les taches du Soleil sont plus ou moins abondantes selon les années ; leur nombre est sujet à des affaiblissements et à des recrudescences périodiques, les maxima comme les minima étant séparés par des intervalles de onze années et ^ à peu près, ainsi qu'il résulte des travaux de M. Wolf (de Zurich). Ce savant avait cru pouvoir conclure, d'après une chronique zurichoise embrassant un intervalle de huit siècles (de l'an 1000 à 1800), que les tremblements de terre étaient plus nombreux dans les années de taches solaires
Dernièrement le professeur Forel, de Morges, a confirmé le même fait d'après les données recueillies en Suisse.
« On a examiné les registres du professeur Berteili, de Florence, où les mouvements microscopiques du sol sont marqués par le trémosismomètre de son invention. On a constaté une allure rythmique en accord avec les phases lunaires, et ayant un maximum aux syzygies. » (Étude sur les tremblements de terre, par M. le professeur Cordenons, dePadoue; Bulletin de l'Association scientifique de France, octobre 188-4.)
abondantes. An contraire, M. Kluge, s'appuyant sur d'antres documents, trouva, aussi bien pour les éruptions volcaniques que pour les tremblements de terre, une période de même durée que celle des taches ; mais plus celles-ci sont abondantes, plus les phénomènes éruptifs et sismiques sont rares, conclusion que paraît avoir adoptée M. AVolf.
Depuis, M. A. Poëy a repris l'étude de la même question pour les éruptions volcaniques sur tout le globe de 1749 à 1861, et pour les tremblements de terre au Mexique et aux Antilles, de l'année 1634 à 1871. Les éruptions se groupent de façon que leurs nombres maxima correspondent aux minima des taches ; mais les tremblements de terre ne présentent aucune corrélation appréciable avec le phénomène solaire, du moins si l'on ne considère, comme M. Poëy l'a fait, que les périodes de convulsion un peu intenses, celles auxquelles il donne le nom de tempêtes sismiques. Ainsi, sur 38 tempêtes sismiques observées aux Antilles, 17 coïncident avec les maxima des taches, 17 avec les minima; les 4 autres se trouvent placées a égale distance des périodes extrêmes. Sur 52 tempêtes sismiques au Mexique, 16 correspondent aux maxima des taches, 13 aux minima, 3 aux périodes intermédiaires. En résumé, sa conclusion basée sur les nombreux cas américains qu'il a analysés, est que « les convulsions sismiques sembleraient s'accumuler presque en égale proportion sur les maxima et les minima des taches 1 » .
On a essayé récemment d'établir une coïncidence entre les grandes tempêtes sismiques et les passages des planètes au travers des essaims d'étoiles filantes; chose assez curieuse, d'après l'auteur de cette théorie2, qui en a déduit un moyen de prédire les tremblements de terre, le passage de la Terre dans un essaim cosmique ne donnerait lieu qu'à des secousses d'ordre secondaire ; c'est quand cette rencontre a lieu pour l'une des grosses planètes ou mieux pour deux grosses planètes
1 . Comptes rendus de F Académie des sciences pour 1874, t. I, "2. M. .I. Delauney, capitaine d'artillerie de marine.
à la l'ois, que noire globe serait secoué avec le plus de Violence. Ces idées théoriques sont bien difficiles à concevoir; quant au fait de la prétendue coïncidence des passages en question avec les tremblements de terre réellement observés, elle ne paraît reposer sur rien de positif.
Nous avons eu l'occasion de parler plus haut des relations qui pourraient exister entre les ébranlements de l'écorce terrestre et certains phénomènes météorologiques ; nous avons cité des observations pour et contre l'existence de telles relations. En voici quelques autres qui viennent à l'appui.
En 1872, M. Fron rappelait, dans une note adressée à l'Académie des sciences, qu'Arago avait entrevu la liaison que les phénomènes sismiques présentent avec les orages ; Poulett Scrooe, dans son ouvrage sûr les Volcans, Bridet, Piddingtoh, Keller, dans leurs études sur les cyclones, avaient cité quelques faits favorables. « Moi-même, ajoutait-il, qui depuis huit années ai discuté et comparé les situations atmosphériques de chaque jour à la surface de l'Europe, je suis arrivé à ce résultat, que certaines conditions de l'atmosphère sont favorables aux tremblements de terre dans des régions spéciales de l'Europe ; mais jusqu'ici je n'avais pas osé formuler à ce sujet de prévision directe. » Le 24 janvier 1872, ces conditions nécessaires lui paraissant remplies (une dépression barométrique considérable passait sur l'Angleterre et la mer du Nord), il adressa une dépêche dans le sud de l'Europe, à Rome, à Vienne, à Constantinople, pour informer que des grains, orages et tremblements déterre étaient à craindre. Le lendemain jeudi, un fort tremblement de terre était signalé à Toultcha, en Turquie, et dans les principautés danubiennes. Le directeur de l'observatoire d'Alger, M. Bulard, avait déjà signalé de semblables coïncidences entre les perturbations atmosphériques et les tremblements de terre. Les observations microsismiques effectuées à Florence, en 1873, par M. Bertelli, ont montré que les oscillations augmentent d'intensité avec l'abaissement de la colonne barométrique « comme si, dit-il, les masses gazeuses emprison-
nées dans les couches superficielles s'échappaient plus aisément quand le poids de l'atmosphère diminue ». L'opinion que des oscillations du sol s'observent fréquemment à la suite de pluies abondantes qui succèdent elles-mêmes à une sécheresse prolongée, a-t-elle quelque chose de fondé? Certains faits récents lui donnent de la vraisemblance, par exemple les secousses qui, en juillet 1881, ont ébranlé une vaste étendue dans le bassin du Rhône et en Suisse.
Il paraît certain que les saisons exercent une influence sur les phénomènes sismiques ; leur fréquence est plus grande en hiver qu'en été. Déjà en 1834 Mérian constatait cette loi pour 118 tremblements de terre observés à Bâle ou dans les contrées d'alentour. A. Perrey trouvait plus tard que sur 656 secousses du sol de la France, les 3/5 s'étaient produites pendant le semestre de novembre à mai. Dans les Alpes, la proportion est plus forte encore pour les secousses hivernales : pendant les quatre mois de décembre à mars, elles sont trois fois plus nombreuses que de mai à août. Plus la surface sur laquelle on répartit de la sorte les tremblements de terre d'après les saisons est étendue, moins cette prédominance est sensible, et cela se comprend, car alors il se fait, entre des climats différents ou même opposés, des compensations qui masquent la loi. Au contraire, elle s'accentue si l'on restreint la région en vue. E. Reclus cite, d'après 0. Volger, la région du Valais moyen, où, sur un chiffre de 98 ébranlements, 1 seul a eu lieu en été, tandis que 72 se sont produits en hiver.
Enfin, le nombre des oscillations du sol est également plus grand la nuit que le jour. Peut-être ce résultat est-il dû en partie à ce que, pendant la journée, les secousses très faibles sont plus difficilement perçues : le silence relatif et l'immobilité plus grande de la nuit les rendent au contraire plus aisées à constater.
En résumé, parmi toutes les relations qu'on a cherché à établir entre les tremblements de terre et les phénomènes cosmiques ou météorologiques, il n'en est pas une qui présente
CAUSES DES TREMBLEMENTS DE TERRE. 10b
un tel caractère de constance, qu'un puisse lui donner légitimement le nom de loi. Mais les statistiques sont bien incomplètes encore, les observations bien insuffisantes souvent el les instruments sismographiques sont systématiquement employés depuis trop peu d'années, pour qu'on puisse se prononcer. Il faut ajouter que les observations recueillies s'appliquent à des faits qui n'ont peut-être parfois entre eux qu'une ressemblance tout extérieure ou toute mécanique, et dont les causes sont multiples, qui dès lors peuvent ne pas être régis par des lois communes. C'est ce que le paragraphe suivant fera plus aisément comprendre.
§ 8. HYPOTHÈSES SUli LES CAUSES DES TKEMBLEMEM'S DE TERME.
On a vu que de nombreux tremblements de terre ont une origine volcanique; que d'autres, peut-être plus nombreux encore, paraissent n'avoir aucune relation avec les phénomènes éruptifs des volcans. Si cette distinction était réelle, il est clair que la théorie qui rend compte des premiers ne pourrait convenir aux autres. Occupons-nous d'abord des tremblements de terre volcaniques.
Pour celte catégorie de secousses sisniiques, la cause est évidemment la même que celle des éruptions, ou du moins s'y trouve étroitement liée. Dès lors, si l'on se reporte à la théorie généralement adoptée aujourd'hui pour ces dernières, c'est à la tension des vapeurs élastiques contenues dans les matières fluides intérieures, vapeurs provenant de l'infiltration des eaux de la mer, de celles des lacs ou des neiges arrivant au contact des couches incandescentes, qu'il faut attribuer les effets mécaniques des tremblements de terre quand ceux-ci précèdent, accompagnent ou suivent les éruptions des volcans. Mais il reste toujours à se demander comment agit cette tension , si elle est la cause directe ou seulement indirecte du choc. Il y a à cet égard diverses manières de voir, que nous allons rap-
porter brièvement. Le passage suivant de l'ouvrage de P. Scropc va nous renseigner sur celle que ce savant a adoptée et sur celle qu'admet Robert Mallet.
« J'ai attribué, dit Scrope, les mouvements ondulatoires sensibles de la surface terrestre, que nous appelons tremblements de terre, au mouvement vibratoire occasionné par la rupture violente et soudaine de roches solides, et aussi peut-être par l'injection instantanée de la matière fondue qu'elles recouvrent. M. Mallet, dans son lumineux rapport sur les tremblements de terre, voit, au contraire, dans les éruptions sous-marines l'agent principal de la production des tremblements de terre les plus violents. Il pense « qu'une éruption de matière ignée se manifestant sous la mer doit ouvrir, dans le fond rocheux, d'énormes fentes ou fissures à travers lesquelles l'eau arrive aux surfaces ignées de la lave ». « L'eau, pense-t-il, demeure d'abord à l'état particulier que Boutigny appelle sphéroïdal, jusqu'à ce que la lave soit refroidie au degré où cesse la répulsion et où l'eau vient en contact avec les surfaces échauffées ; puis un vaste volume de vapeur s'échappe avec explosion et disparaît dans l'eau froide et profonde de la mer, dans laquelle elle est aussitôt condensée. C'est ainsi qu'une espèce de coup, d'impulsion de la plus grande énergie serait donnée au foyer volcanique et, se répandant dans toutes les directions, est transmise comme tremblement de terre. » Mais quelle est la cause première des fissures qui, d'après Scrope, produisent l'ébranlement par leur formation même, ou qui, d'après Mallet, laissent pénétrer l'eau jusqu'aux couches incandescentes? Le premier de ces savants pense que l'éruption volcanique et le tremblement de terre ont même cause, savoir « l'expansion de quelque matière minérale profondément située, expansion due à l'augmentation de température ou à la réduction de pression ». Or cette réduction est la conséquence de l'ouverture de la fissure. Il y a donc là une sorte de cercle vicieux, auquel n'échappe point d'ailleurs la théorie de Mallet, puisque, comme on vient de le voir, ce savant admet que les fissures sont produites par l'é-
ruption et que celle-ci est causée par la vaporisation de l'eau pénétrant par les fissures. Nous avons vu, dans la théorie des volcans, que la formation de ces dernières peut s'expliquer par les mouvements de l'écorce qui s'affaisse et se ploie par l'effet de la contraction du noyau intérieur due au refroidissement. En admettant ce mode de formation, on échappe au reproche que nous venons de formuler.
Voilà pour la cause des tremblements de terre volcaniques. S'il est légitime de faire de tous les autres ébranlements du sol une catégorie distincte, on doit en chercher la cause ou les causes ailleurs que dans l'action des vapeurs élastiques qui se forment dans les couches profondes du globe. M. Boussingaull, étudiant en particulier la région des Andes, si souvent bouleversée par les tremblements de terre, ne croit pas que ces vibrations du sol soient dues à l'activité des volcans qui se trouvent échelonnés en grand nombre sur les flancs des Cordillères. « Dans les Andes, dit le savant académicien, l'oscillation du sol, due à une éruption de volcan, est pour ainsi dire locale, tandis qu'un tremblement de terre qui, en apparence du moins, n'est lié à aucune éruption volcanique, se propage à des distances incroyables. Dans ce cas, on a remarqué que les secousses suivaient de préférence la direction des chaînes de montagnes, et sont principalement ressenties dans les terrains alpins. La fréquence des mouvements dans le sol des Andes, et le peu de coïncidence que l'on remarque entre ces mouvements et les éruptions volcaniques, doivent nécessairement faire présumer qu'ils sont, dans le plus grand nombre des cas, occasionnés par une cause indépendante des volcans. . . . J'attribue la plupart des tremblements de terre dans la Cordillère des Andes à des éboulements qui ont lieu dans l'intérieur de ces montagnes par le tassement qui s'opère et qui est une conséquence de leur soulèvement. Le massif qui constitue ces chaînes gigantesques n'a pas été soulevé à l'état pâteux ; le soulèvement n'a eu lieu qu'après la solidification des roches. J'admets, par conséquent, que le relief des Andes se compose
de fragments de Lonles dimensions, entassés les uns sur les autres. La consolidation des fragments n'a pu être tellement stable, dès le principe, qu'il n'y ait des tassements après le soulèvement, qu'il n'y ait des mouvements intérieurs dans les masses fragmentaires1. »
Cette théorie des ébranlements causés par les effondrements à l'intérieur des cavernes souterraines, que M. Roussingaull limitait sagement aux contrées qu'il avait étudiées spécialement, a été généralisée depuis : des savants tels que Hopkins, Volger ont pensé que cette même cause rendait compte des tremblements de terre même les plus étendus. Tout récemment, un professeur de l'université de Padoue, M. Cordenons, a exposé une théorie qui s'en rapproche. Pour lui, la croûte solide qui constitue les couches extérieures du globe ne repose pas partout sur la surface de la mer de lave intérieure; entre cette surface et le plafond de la voûte, il existe de vastes cavités. Quand une cause quelconque, explosion de gaz qui se dégagent entre les couches, agents chimiques rongeant ou transformant ces couches, contraction lente tendant à plisser l'écorce terrestre, etc., fait détacher de gros fragmenls solides des couches les plus profondes, la rupture d'équilibre qui résulte de cette chute détermine une série de secousses ondulatoires qui s'étend au loin : de là les grands tremblements de terre. La chute de blocs plus petits , dans des espaces situés à une moindre profondeur, formant des cavernes locales, pour ainsi dire, produit des tremblements de terre, violents quelquefois, mais dont les effets sont très limités en étendue. Tel est le cas, par exemple, des tremblements de terre d'Ischia.
M. Daubrée, en rendant compte précisément des phénomènes qui ont accompagné la dernière secousse subie par Ischia, a exposé ses vues sur les causes générales des tremblements de terre. Essayons de donner une analyse de la théorie proposée par l'éminent géologue.
1. Sur les tremblements de terre des Andes (Annales de Physique et de Chimie, t. LVIIF, année 1835).
Il commence par faire observer que les secousses sismiques sont loin d'être réparties au hasard à la surface de la Terre. Les contrées les plus tranquilles sont, comme la France, la Belgique, une partie de la Russie, celles dont les couches ont conservé leur horizontalité première. Les violentes commotions se font surtout sentir dans les régions qui ont subi des accidents mécaniques considérables et ont acquis leur relief actuel à une époque récente : telles sont l'Italie, la Sicile, les Alpes. Les contours des aires ébranlées, dans les tremblements de terre à grande surface, se rattachent d'une façon si frappante aux lignes de dislocation préexistantes, que plusieurs géologues, entre autres Dana, A. Heim, ont regardé ces secousses comme ayant un lien étroit avec la formation des chaînes de montagnes. A toutes les époques géologiques, on constate les effets gigantesques des pressions latérales qui ont ployé et reployé les couches sur des épaisseurs considérables, les ont fracturées dans tous les sens. Ces mouvements du sol continuent aujourd'hui, malgré la tranquillité apparente de la surface; l'équilibre n'existe pas en réalité dans les couches du sol ; ici elles s'affaissent, là elles s'élèvent graduellement. « On conçoit, dit M. Daubrée, que des actions lentes de ce genre, après des tiraillements plus ou moins prolongés, aboutissent à des mouvements brusques, comme Elie de Beaumont le supposait. On le voit aussi dans les expériences destinées à imiter les ploiements de couches, où des inflexions graduelles amènent tout à coup des fractures et des rejets. » Tout en admettant que l'opinion de M. Boussingault sur les écroulements intérieurs soit plausible en certains cas, M. Daubrée ne pense pas cependant qu'il soit possible de considérer ces mouvements comme la cause générale des tremblements de terre.
Cette cause générale, il la trouve dans l'énorme tension qu'acquiert la vapeur d'eau lorsqu'elle se produit à une température aussi élevée que celle des laves. L'eau qui pénètre à ces profondeurs se vaporise à une température qui dépasse certainement 500° et, atteint sans doute 1000° et au delà (température des
laves qui s'échappent à la surface); d'ailleurs la vaporisation a lieu sous un volume assez faible pour que la densité de la vapeur soit très peu au-dessous de celle de l'eau elle-même. « Dans ces conditions de surchauffement, dit M. Dàubrée, la vapeur d'eau acquiert une puissance dont les plus terribles explosions de chaudières ne donneraient pas une idée, si l'on n'en avait le résultat sous les yeux. » Et en effet, dans des expériences entreprises par le savant géologue pour étudier l'action de l'eau surchauffée dans la formation des silicates, des tubes en fer d'excellente qualité et d'une épaisseur de 1 1 millimètres firent plusieurs fois explosion, projetés en l'air avec un bruit comparable à celui du canon. La température n'était cependant que de 450°, et quelques centimètres cubes d'eau suffisaient pour produire un tel effet. Qu'on juge par là de la force explosive que doit avoir la vapeur d'eau, lorsqu'elle se forme dans les profondeurs des couches du globe, à des températures beaucoup plus élevées et dans des conditions de pression l'obligeant à se condenser dans un volume restreint.
Mais comment l'eau pénètre-t-elle jusqu'à ces profondeurs? Soit par infiltration, par les fissures dont les roches sont traversées, soit par pénétration capillaire de certaines roches poreuses. « La simple action de la capillarité agissant concurremment avec la pesanteur force l'eau à pénétrer, malgré les contrepressions intérieures très fortes, -des régions superficielles et froides du globe jusqu'aux régions profondes et chaudes, où, à raison de la température et de la pression qu'elle y acquiert, elle devient capable de produire de très grands effets mécaniques et chimiques. Que l'on suppose que l'eau pénètre, soit directement, soit après une étape dans une région où elle reste encore liquide, jusqu'aux masses en fusion, de manière à y acquérir subitement une tension énorme et une force explosive, on possédera la cause possible de véritables explosions antérieures et de chocs brusques dus à des gaz à haute pression.
« Si les cavités, au lieu de former un réservoir unique, sont divisées en plusieurs parties ou compartiments distincts, il n'y
a pas de raison pour que la tension de la vapeur soil la môme dans ces divers récipients, pourvu qu'ils soient séparés par des parois de roches. La pression peut être même très diffé renie dans deux ou plusieurs d'entre eux. Cela admis, si un excès de pression brise une paroi de séparation, ou que la chaleur la fonde et la fasse ainsi disparaître, de la vapeur à grande pression se mettra en mouvement et, en présence des masses solides qu'elle viendra frapper, elle se comportera de même que s'il y avait une formation brusque et instantanée de vapeur, comme on Ta supposé d'abord. »
M. Daubrée n'admet pas la démarcation tranchée qu'on a faite entre les tremblements de terre des régions volcaniques proprement dites et ceux des contrées dépourvues de volcans. Entre les uns et les autres il y a des tremblements de terre, ceux de la région de l'Eifel par exemple, qui peuvent servir de traits d'union entre les deux groupes. D'ailleurs les manifestations externes les plus caractéristiques des uns et des autres sont identiques. Même en admettant, comme cause des tremblements de terre non volcaniques, les mouvements intérieurs des roches, c'est encore, selon lui, à la chaleur développée mécaniquement et à la formation de vapeur qui en résulte qu'il faudrait attribuer les secousses en question. D'ailleurs, poulies régions disloquées qui sont le siège d'ébranlements fréquents, il y a une cause bien plus probable : les cavités internes et les fissures qui existent sans doute dans les couches du sol de ces régions rendent facile l'accès de l'eau jusqu'aux profondeurs où une approximation grossière place le siège des ébranlements. A 11, 27, 58 kilomètres, l'accroissement normal de la température donne un degré de chaleur plus que suffisant pour rendre compte de la vaporisation de l'eau et de sa force explosive.
En résumé, l'éminent géologue voit dans la tension de la vapeur d'eau intérieure surchauffée, dans les mouvements rapides des gaz brusquement développés ou subitement dilatés, la cause générale probable des tremblements de terre. La puissance mécanique dont sont capables de tels corps gazeux, est
d'une énergie qui dépasse tout ce que l'on pouvait imaginer avant que, par des expériences précises, on eût mesuré des pressions de plus de 6000 atmosphères. Mieux que les ébranlements intérieurs de masses solides, les explosions de masses gazeuses surchauffées expliquent toutes les particularités des tremblements de terre, « leur régime, simulant des coups de bélier, leur violence, leur succession fréquente, leur récurrence sur les mêmes régions depuis bien des siècles ; ils expliquent aussi leur prédilection pour les contrées disloquées, surtout si les dislocations en sont récentes, et leur subordination aux cassures profondes de l'écorce terrestre. Les tremblements de terre paraissent être comme des éruptions volcaniques étouffées, parce qu'elles ne trouvent pas d'issue, à peu près comme le pensait déjà Dolomieu. »
D'autres savants contemporains, Fuchs par exemple, maintiennent comme essentielle la distinction des ébranlements du sol en tremblements de terre volcaniques et en tremblements de terre non volcaniques. Tandis que M. Daubrée leur attribue à tous une même cause, s'exerçant dans des conditions différentes, et y voit des manifestations d'une même force, la chaleur souterraine du globe, les savants dont nous parlons admettent, pour la seconde catégorie d'ébranlements, des causes multiples, mais simplement mécaniques, telles que les affaissements des couches, leurs dérangements ou glissements, tous les changements en un mot de nature à rompre l'équilibre des roches formant ces couches. Mais d'où proviennent ces changements? De circonstances très diverses. Voici, d'après Fuchs, celles qui paraissent les plus importantes.
Il y a d'abord l'action des eaux d'infiltration qui dissolvent les roches avec lesquelles elles sont en contact : en arrivant comme sources à la surface du sol, ces eaux ramènent tous les éléments solubles de ces roches ; des vides se forment entre les couches (calcaire, gypse, sel marin), qui deviennent de plus en plus minces et n'ont plus la force de supporter les couches supérieures. De là des affaissements, des glissements qui peu-
vent se produire brusquement en une seule fois, ou par reprises, donnant lieu ainsi soit à un ébranlement unique, soit à des secousses réitérées. Fuchs cite les nombreux tremblements de terre des environs de Bâle comme dus aux sources salines du Rhin supérieur, ceux de la vallée du Rhône produits par les sources salines du Valais et les thermes de Louèche.
Sans dissoudre les éléments des roches, les eaux peuvent les ramollir, les rendre pâteuses, molles et mobiles, incapables par suite de résister à la pression des roches supérieures. Ainsi s'explique, dit l'auteur que nous venons de citer, la coïncidence qu'on prétend avoir observée entre les grandes pluies et les tremblements de terre. Parmi les causes pouvant aussi donner lieu à des affaissements et à des secousses sismiques, il invoque également les réactions chimiques qui peuvent avoir lieu dans les profondeurs des couches. Ainsi les transformations lentes qui ont produit la houille, se continuent encore, surtout dans les houillères exploitées, parce que la pénétration de l'air favorise la décomposition. De là les fréquents ébranlements qu'on ressent dans les districts houillers. Il en est de même dans des contrées non houillères, quand les couches internes renferment de grandes proportions d'eau et de matières organiques : l'eau s'évapore peu à peu, les matières organiques disparaissant par la putréfaction, et des affaissements en sont la conséquence. En général, toutes les causes physiques propres à déterminer dans l'écorce terrestre des mouvements, glissements, dislocations, etc., produisent des ruptures d'équilibre, des secousses plus ou moins intenses et plus ou moins étendues, en un mot des tremblements de terre.
Il y a donc, comme on le voit, pour expliquer les mouvements sismiques qui ne sont pas évidemment liés aux éruptions volcaniques, deux théories opposées : l'une, que M. Daubrée a exposée tout récemment, rattache ces phénomènes à l'action de la vapeur surchauffée ; l'autre, généralisant la théorie proposée par M. Boussingault pour les tremblements de terre des Andes, n'invoque que des causes toutes mécaniques. Il ne nous
appartient pas de décider entre ces théories, et ce n'est point ici le lieu de les discuter. Nous dirons toutefois que, sans méconnaître ce qu'il y a de plausible dans la dernière, surtout en ce qui regarde les ébranlements locaux, les trépidations faibles et de peu d'étendue, elle nous semble au moins insuffisante pour rendre compte des tremblements de terre qui embrassent une grande surface de pays ou dont la violence est assez intense pour ruiner des contrées tout entières. Des ébranlements pareils, se propageant à des distances énormes, ne peuvent avoir leur origine qu'à de grandes profondeurs au-dessous de la surface du sol, en des points où, d'après tout ce que nous savons de la constitution physique de l'écorce terrestre, règne certainement une haute température, et où se trouvent réunis tous les éléments, toutes les conditions des explosions les plus formidables.
Quant aux oscillations les plus faibles de la croûte terrestre, à ces sortes de tressaillements du sol qui ne sont perceptibles qu'aux appareils microsismiques, et dont la fréquence est cependant telle qu'on a pu dire que l'écorce du globe est toujours ébranlée en un de ses points, ne peut-on les expliquer comme des manifestations rythmées de ces mouvements d'une grande lenteur constatés en différentes régions ? Ou encore, ainsi qu'il semble résulter d'observations positives, ne peut-on attribuer ces faibles balancements à l'action des mouvements atmosphériques, aux brusques variations de pression qui précèdent ou accompagnent les grandes perturbations de l'air ? Quand le baromètre monte ou descend rapidement, il en résulte un subit accroissement ou une diminution du poids de l'enveloppe fluide qui doit se traduire par une oscillation, dans un sens ou dans l'autre, des couches élastiques du sol sur lesquelles l'atmosphère repose. Mais des observations suivies pourront seules élucider ces questions encore douteuses.