LES BRISES DES PAYS ALPESTRES
comparativement aux terminaisons douces et insensibles des montagnes primordiales. Dans la vallée de Joux, par exemple, les alternatives de chaud et de froid sont si brusques, que l'on y éprouve quelquefois des variations de 20 degrés en quelques heures, et que l'on a vu des faucheurs couper de la glace le matin avec leurs faux, tandis que quelques heures après le thermomètre indiquait 38 degrés au soleil ; il est impossible que de pareilles différences ne produisent pas des courants extraordinaires. »
L'effet de ces marées atmosphériques, plus prononcé dans les vallées larges, s'affaiblit dans leurs ramifications latérales; toutefois si, dans la vallée du Rhône, le bassin s'élargit au point de devenir une véritable plaine capable de subvenir à une grande dépense ou d'absorber des masses d'air considérables, leurs effets s'affaiblissent. C'est ainsi que rarement le ])ontias atteint le cours du Rhône.
Les marées atmosphériques jouent un rôle important dans la formation des nuages, dans la distribution des pluies et des orages. Elles emportent avec elles, en effet, pour les condenser autour des hautes cimes, les vapeurs des vallées. L'air chaud des plaines, s'élevant durant tout le jour, tend à échauffer les vallées et les sommités; mais cet effet est contre-balancé en partie par l'évaporation qu'il occasionne, en sorte qu'il peut dessécher et refroidir (Maurienne) ; d'un autre côté, la brise nocturne tend à refroidir les vallées en y portant le froid des régions supérieures; de là l'explication de la fraîcheur subito occasionnée par Yaloup du vent, des congélations de vapeur d'eau occasionnées par le po?itias, des gelées printanières qui, à rayonnement égal, affectent plus particulièrement les végétaux des vallées.
« Les vents généraux supérieurs, dit en terminant M. Fournet, peuvent, dans certaines circonstances, altérer le flot ou le jusant aérien (Maurienne, Aoste, Ossola, Martigny, mont Cenis) ou bien les compliquer (Cogne) ; mais leur effet n'est pas toujours assez énergique pour le détruire entièrement (mont
Thabor, val Sésia) ; quelquefois ils produisent un calme plat (Tarentaise). Il suit de là que les pronostics de beau temps, déduits de la régularité de l'allure des brises, sont souvent contredits par l'expérience (vallée de la Brévanne, Chessy, Bex). Cependant on peut dire qu'en général le renversement des courants est suivi d'une pluie (Maurienne). Enfin les circonstances de température locale peuvent encore annuler les brises montagnardes ; c'est ainsi que le pontias cesse de souffler lorsque, dans le court intervalle des nuits chaudes de l'été, la terre, échauffée par un soleil brûlant, n'a pas le temps de se refroidir suffisamment. »
Quant à l'explication des brises de montagne, l'auteur des observations que nous venons de résumer la trouve, ainsi que nous le disions plus haut, dans réchauffement des cimes par le soleil levant, d'où résulte un courant ascendant ; pnis, au milieu de la journée, par réchauffement du sol des plaines plus fort à cet instant que celui des hauteurs, d'où provient le courant descendant du soir.