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LA PRESSION, LA TEMPÉRATURE ET LES VENTS. — ISOTHERMES

ET ISOTsAIiES.

Les changements que nous venons d'étudier dans la direction et la force des vents sont limités de deux façons : dans l'espace d'abord, puisqu'ils n'intéressent qu'une portion fort restreinte de la surface du globe : ce sont des phénomènes locaux; ils le sont aussi dans le temps, puisque c'est dans l'in tervalle d'un jour et d'une nuit qu'ils manifestent leur périodicité. Néanmoins ils offrent un grand intérêt au météorologiste, parce qu'ils lui permettent de reconnaître la cause qui les produit, par les relations que présentent leurs phases de maxima et de minima avec les phénomènes météorologiques dont l'observation lui est familière.

Nous avons déjà, du reste, noté les divers rapports qui existent entre les vents de directions différentes et la température, la pression barométrique, l'état de sécheresse ou d'humidité de l'air. Cela, il est vrai, en ne considérant toujours à la fois qu'une localité déterminée, en n'envisageant les choses qu'au point de vue de l'équilibre actuel et local, en faisant, selon l'expression consacrée, de la météorologie statique, point de départ obligé d'une partie de la science qui a pris de nos jours un grand développement, de la météorologie dynamique.

Il s'agit maintenant de passer du particulier au général, d'envisager les phénomènes météorologiques dans leur en-

semble et d'essayer de voir, par une étude à la fois simultanée et successive, comment ils s'engendrent les uns les autres et comment les mouvements locaux sont modifiés par les mouvements généraux, dont ils dépendent le plus souvent. Il faut, en un mot, à la suite des météorologistes contemporains, tacher de découvrir les lois de la circulation atmosphérique sur les continents et sur les mers.

Cette circulation générale se compose, en premier lieu, de vents affectant, dans leur intensité et dans leur direction, une certaine régularité, une périodicité ou une constance suffisante pour qu'on les comprenne sous la dénomination de vents réguliers. Tels sont les vents alizés des océans Atlantique et Pacifique, les moussons des mers de la Chine et de l'Inde, les vents étésiens de la Méditerranée. Outre ces mouvements généraux de l'atmosphère qui s'expliquent, ainsi qu'on le verra bientôt, de la même manière que les brises périodiques étudiées plus haut, et que séparent des zones ou des centres de calme, il se produit de temps à autre de grands mouvements tourbillonnants qui se propagent à de grandes distances, depuis les régions comprises entre l'équateur et les tropiques jusqu'aux confins des deux zones tempérées. Ces phénomènes perturbateurs de l'équilibre atmosphérique, connus sous les dénominations de bourrasques, de cyclones, de tornados, de typhons, jouent un rôle d'une grande importance dans les changements de temps qui caractérisent nos saisons et nos climats.

Mais qu'il s'agisse des vents réguliers ou des bourrasques, il est dès maintenant prouvé que les mouvements de l'atmosphère dépendent, à des degrés divers, de la répartition à la surface du globe, soit à une époque donnée, soit à des époques successives, de la température ainsi que de la pression barométrique. Et par conséquent, il importe de connaître comment se fait cette répartition sur le globe terrestre, et de compléter ce que nous en avons dit dans le Livre premier de ce volume.

Nous avons vu que Humboldt eut l'idée, en 1817, de repré-

san lenl mil

ISOTHERMES ET ISOBARES.

senter sur la carte, par des ligues auxquelles il donna le nom d'isothermes, la suite des lieux dont la température moyenne pour l'année est la même. Grâce à ce mode ingénieux de représentation graphique, on peut juger d'un coup d'œil comment se distribuent à la surface du globe les effets de la chaleur que la Terre reçoit du Soleil. L'illustre auteur du Cosmos étendit celte méthode aux saisons extrêmes, de manière à décomposer la moyenne annuelle en deux moyennes semestrielles ; il eut de la sorte les isothermes de l'été, qu'il appela isothères, et les isothermes de l'hiver, auxquelles il réserva le nom à'isoehimènes*. En discutant et en groupant toutes les observations thermométriques recueillies jusqu'alors en diverses régions du globe, Humboldt parvint à construire les isothermes de notre hémisphère. Depuis lors,Kaemtz, Mahlmann, et à leur suite un grand nombre de savants, ont refait le même travail pour le globe entier, en s'appuyant sur la statistique thermique de plusieurs centaines de stations situées dans toutes les parties du monde2. En examinant, sur la planche XIX, ces trois systèmes de courbes thermiques, on ne peut manquer d'être frappé de deux grands faits généraux qui les caractérisent : premièrement le défaut de parallélisme des isothermes avec les cercles de latitude ou parallèles géographiques, parallélisme qui devrait exister partout si la répartition de la chaleur n'avait pas d'autre cause que l'influence purement astronomique ; en second lieu, le relèvement à peu près général des courbes isothères sur les parties continentales de l'hémisphère nord, tandis que les isochimènes s'abaissent au contraire clans

1. Isothère, de ïoo;, égal et 6:'?&;, été; isochimène, de )(si[awv, hiver.

2. L'étude et le tracé des isothermes moyennes ont été constamment poussés depuis h un plus grand point de perfection. En spécialisant ces recherches, en les hornant à des régions limitées, et aussi à des intervalles de temps plus resserrés, on est parvenu à leur donner une précision qu'elles ne pouvaient avoir au déhut. Citons seulement ici les recherches de M. Wild pour l'Asie et l'Europe (Empire Russe), de MM. Blandford pour l'Inde, Schott pour l'Amérique du Nord, Iloffineyer pour le Groenland et l'Islande, Hann pour l'Afrique du Sud, etc. Notre savant compatriote. M. Teisserenc de Bort, résumant tous ces travaux, a publié d'excellentes cartes des isothermes moyennes de tout le globe dans les Annales du Bureau central météorologique de France.

les mêmes régions en passant des océans sur les terres ; ce caractère est moins prononcé dans l'hémisphère sud, où d'ailleurs les parties continentales traversées sont plus étroites. Il est à remarquer aussi que c'est dans les parties maritimes des deux hémisphères, notamment dans l'océan Pacitiquc, dans l'océan Atlantique austral et dans la mer des Indes, que les isothermes se rapprochent le plus, dans leur direction, des parallèles géographiques. Ces remarques générales, qui demanderaient à être précisées s'il s'agissait de l'étude comparée des différents climats, suffisent pour faire comprendre les rôles opposés que jouent les continents et les mers dans la distribution de la chaleur à la surface de la planète. Les grandes étendues liquides égalisent et tempèrent les quantités inégales de chaleur qu'elles reçoivent dans les saisons extrêmes ; les terres au contraire s'échauffent plus en été, se refroidissent plus en hiver et présentent ainsi, d'une saison à l'autre, des écarts de température qu'on verrait s'accuser bien davantage, si l'on donnait, au lieu des isothermes moyennes d'été et d'hiver, celles de chacun des mois de l'année, comme l'ont fait du reste plusieurs météorologistes contemporains1.

La considération des isothermes a d'ailleurs un grand intérêt en ce qui concerne la circulation atmosphérique générale, puisque, comme nous l'avons vu plus haut, les vents sont principalement causés par les inégalités de température de l'air en des régions plus ou moins voisines les unes des autres. Comme ces différences de température déterminent des différences de pression des couches de même niveau, il est clair que les lois de la circulation ne pourront se découvrir sans qu'on connaisse la relation qui existe, à tout instant, à la surface du globe, entre la distribution de la température et la distribution de la pression atmosphérique. C'est à ce point de vue seulement que nous parlons des isothermes dans ce paragraphe. Mais alors il importe de faire ici une remarque essen-

1. Voyez dans les Annales du Bureau central météorologique de France (année 1881) les isolhermes moyennes du globe pour les mois de janvier, mars, juillet et octobre.

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