‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 202 sur 271 · LES VENTS DU DÉSERT · texte numérisé non relu

LES VENTS DU DÉSERT

déserts sablonneux exposés aux rayons verticaux du Soleil, l'air desséché et brûlant soulève par sa violence des nuages d'une poussière fine qui pénètre partout et dont les animaux et les hommes ont peine à se défendre. Plus d'une caravane, surprise par ces ouragans de sable, a péri victime des accidents qui résultent d'une chaleur et d'une sécheresse excessives, et de la suffocation causée par l'introduction de la poussière dans les organes de la respiration. Ces vents du désert, ces vents empoisonnés comme les nomment les Arabes, soufflent en Syrie, en Arabie, en Egypte, dans le Sahara, dans les déserts de l'Asie centrale. En Arabie, c'est le simoun, samoum ou semoum (de somma, chaud et vénéneux). Les Turcs le nommaient aussi chamyelé ou vent de Syrie, dont on a fait samiel. En Egypte, c'est le kamsin (vent de cinquante jours), parce qu'il apparaît surtout dans les 50 jours qui avoisinent l'équinoxe. A l'ouest du Sahara, en Guinée, c'est Yharmattan; enfin, dans les déserts de l'Asie centrale, le mot persan tebbad (vent de fièvre) est la dénomination sous laquelle sont connus ces vents dangereux.

Voici, d'après Volney, la description du kamsin et de ses effets.

« Quand ces vents commencent à souffler, dit-il, l'air prend un aspect inquiétant. Le ciel, toujours si pur en ces climats, devient trouble ; le soleil perd son éclat, et n'offre plus qu'un disque violacé. L'air n'est pas nébuleux, mais gris et poudreux, et réellement il est plein d'une poussière très déliée qui ne se dépose pas et qui pénètre partout. Le vent, toujours léger et rapide, n'est pas d'abord très chaud; mais à mesure qu'il prend de la durée, il croît en intensité. Les corps animés le reconnaissent promptement au changement qu'ils éprouvent. Le poumon, qu'un air trop raréfié ne remplit plus, se contracte et se tourmente. La respiration devient courte, laborieuse; la peau est sèche et l'on est dévoré d'une chaleur interne. On a beau se gorger d'eau, rien ne rétablit la transpiration. On cherche en vain la fraîcheur; les corps qui avaient coutume de

la donner trompent la main qui les touche. Le marbre, le fer, l'eau, quoique le soleil soit voilé, sont chauds. Alors on déserte les rues, et le silence règne comme pendant la nuit. Les habitants des villes et des villages s'enferment dans leurs maisons, et ceux du désert dans leurs tentes ou dans les puits creusés en terre, où ils attendent la fin de ce genre de tempête. Communément elle dure trois jours : si elle passe, elle devient insupportable. Malheur aux voyageurs qu'un tel vent surprend en route loin de tout asile! ils en subissent tout l'effet, qui est quelquefois porté jusqu'à la mort. Le danger est surtout au moment des rafales ; alors la vitesse accroît la chaleur au point de tuer subitement avec des circonstances singulières : car tantôt un homme tombe frappé entre deux autres qui restent sains ; et tantôt il suffit de se porter un mouchoir aux narines, ou d'enfoncer le nez dans un trou de sable, comme font les chameaux, ou de fuir au galop, comme font les Arabes1... »

Les caractères du simoun, dans le Sahara et dans les Nefoud, du tebbad dans les déserts de l'Asie centrale, sont, à peu de chose près, les mêmes que ceux du kamsin décrits par Yolney. C'est toujours celte chaleur brûlante qui n'a de comparable que celle de l'air embrasé sortant de la bouche d'un four; celte poussière sablonneuse qui se tamise à travers les objets les plus hermétiquement clos, cette atmosphère terne qui ne laisse passer que les rayons blafards d'un soleil obscurci. « Dans le Souf, dit M. Ch. Martins dans sa description physique du Sahara, ces vents ensevelissent les caravanes sous des masses de sable énormes : c'est ainsi que périt l'armée de Cambyse, et les nombreux squelettes de chameaux que nous rencontrâmes témoignent que ces accidents se renouvellent encore quelquefois2. » Il arrive cependant que le simoun sévisse sans que sa violence soulève le sable du désert, et toutefois alors le ciel reste obscurci. Palgrave, dans son voyage en Arabie centrale, a observé ce phénomène : « L'horizon s'obscurcissait rapidement

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