LES VENTS DU DÉSERT
et prenait une teinte violette; un vent de feu, pareil à celui qui sortirait de la bouche d'un four gigantesque, soufflait au milieu des ténèbres croissantes... Chose singulière! Pendant toute la durée de l'ouragan (qui fut très courte, il est vrai, et d'une demi-heure à peine selon le récit du voyageur) aucun tourbillon de poussière ou de sable ne s'était élevé, aucun nuage
Fig. 291. — Le lebbad dans les déserts de sable de l'Asie centrale.
ne voilait le ciel, et je ne sais comment expliquer les ténèbres qui tout à coup avaient envahi l'atmosphère. » Peut-être un nuage de sable, soulevé d'un point plus éloigné était-il interposé à une certaine hauteur entre le soleil et le lieu où Palgrave éprouva cette atteinte d'ailleurs tout à fait passagère du fléau. Arminius Yambéry, traversant le désert situé entre Tùnûklù et Bokhara, dans l'Asie centrale, insiste surtout sur la sensation pénible que cause le sable. « Nos pauvres chameaux, dit-il, avaient déjà reconnu l'approche du tebbad;
après une clameur désespérée, ils tombèrent à genoux, allongeant leurs cous sur le sol et s'efforçant de cacher leurs têtes clans le sable. Derrière eux, comme à l'abri d'un retranchement, nous venions de nous agenouiller, quand le vent passa sur nous avec un frémissement sourd et nous enveloppa d'une croûte de sable épaisse d'environ deux doigts. Les premiers grains dont je sentis le contact produisirent sur moi l'effet d'une véritable pluie de feu. »
On a cru longtemps, sur la foi des récits orientaux et de l'élymologïe, que le simoun avait des propriétés toxiques spéciales. Il reste établi que les vents du désert sont dangereux ; mais c'est à l'évaporation excessive, à la soif intense qui en est la suite, c'est à l'action suffocante d'un air chargé de particules sablonneuses d'une extrême finesse, qu'il faut attribuer sans doute les effets funestes de ces vents sur les voyageurs assaillis par ces tourmentes, préalablement énervés et affaiblis d'ailleurs par une température torride.