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La météorologie nouvelle et la prévision du temps

uns, de sorte que les différentes couches d'air en mouvement formeraient sensiblement des cercles concentriques. Pour d'autres météorologistes, la véritable forme de la section horizontale du météore est celle d'une spirale, les couches d'air ayant une tendance croissante à se rapprocher du centre. Quoi qu'il en soit, ce qui est incontestable, ce qui a été mis en pleine évidence par les observations d'un grand nombre de navigateurs et de savants1, c'est le mouvement giratoire des tempêtes, qui leur a fait donner à toutes le nom de cyclones, d'abord réservé aux ouragans de l'Océan Indien.

Avant de dire ce qu'on sait de la marche progressive des cyclones et de leur mouvement giratoire, avant de donner l'énoncé de ce qu'on nomme la loi des tempêtes, entrons dans quelques détails descriptifs propres à en mieux faire connaître la physionomie caractéristique. Nous les emprunterons aux récits originaux des témoins de ces grands cataclysmes.

Christophe Colomb, dans ses divers voyages au nouveau monde qu'il venait de découvrir, naviguant dans une mer souvent visitée par les cyclones, en essuya plusieurs, dont la violence est dépeinte par le grand homme en termes d'une saisissante expression. « Jamais, dit-il, en relatant la tempête qui l'assaillit aux Antilles en 1502, je n'ai vu la mer aussi haute, aussi horrible, aussi couverte d'écume. Le vent s'opposait à ce qu'on allât en avant ; il ne permettait même pas de gagner quelque cap. Il me retenait dans cette mer, qui semblait être du sang, et paraissait bouillonner comme une chaudière sur un grand feu. Jamais on n'avait vu le ciel avec un aspect

1. Selon M. Cbevreul, on doit à l'un de nos compatriotes, J. Hubert, d'avoir le premier signalé, en 1788, le mouvement de rotation des ouragans de la mer des Indes, qui exercent si fréquemment leurs ravages sur notre belle colonie de la Réunion. Plus tard, Capper en Angleterre, Dove en Allemagne, Reid, Redfield, H. Piddington (le parrain des cyclones). Bridet, Roux, Ansart, en Amérique et en France, ont contribué à établir les lois du double mouvement de rotation et de translation de ces météores.

si effrayant; il brûla un jour et une nuit comme une fournaise, et il lançait des rayons tellement enflammes qu'à chaque instant je regardais si mes mats n'étaient pas emportés. Ces foudres tombaient avec une si épouvantable furie, que nous croyions tous qu'ils allaient engloutir les vaisseaux. Pendant tout ce temps, l'eau du ciel ne cessa pas de tomber : on ne

Fig. 292. — Cyclone du 10 octobre 1780, aux Antilles,

peut appeler cela pleuvoir, c'était comme un autre déluge. Les équipages étaient tellement harassés, qu'ils souhaitaient la mort pour être délivrés de tant de maux. Les navires avaient déjà perdu deux fois leurs chaloupes, leurs ancres, leurs cordages, et ils étaient ouverts et sans voiles. »

Nous ne ferons que citer les ouragans célèbres qui, en août 1681, en mai 1761, en octobre 1780, en avril 1782, en

juillet 1825, ravagèrent les parages des Antilles, causèrent, sur terre et sur mer, d'innombrables victimes, anéantissant plantations et constructions, navires isolés et convois de bâtiments. Le détail de toutes les ruines entassées sur tout le parcours de ces terribles météores ne ferait que donner une idée de leur furieuse violence, sans caractériser suffisamment les diverses phrases de leur développement. Le récit suivant, emprunté à Reid, qui le tient d'un témoin oculaire, nous semble plus instructif à cet égard. Il est relatif au cyclone qui passa sur l'île des Barbades, le 10 août 1831 :

« A sept heures du soir, le ciel était clair et le temps calme; celte tranquillité dura jusqu'à neuf heures et quelques minutes, moment où de nouveau le vent souffla du nord; vers dix heures et demie, on aperçut de temps en temps des éclairs dans la direction du nord-nord-est et du nord-ouest. Des rafales de vent et de pluie du nord-nord-csl se succédèrent jusqu'à minuit. Le thermomètre descendit jusqu'à 28°, montant jusqu'à 30° pendant les moments de calme. Après minuit, les éclairs et les coups de tonnerre se succédèrent avec une grandeur effrayante ; l'ouragan soufflait avec rage du nord et du nord-est ; mais sa fureur augmenta à une heure du matin, le 11 août; la tempête, qui jusqu'à ce moment avait soufflé du nord-est, sauta brusquement au nord-ouest et aux rumbs intermédiaires. A partir de cet instant, des éclairs incessants sillonnèrent les nuages; mais les zigzags des décharges électriques étaient encore plus vifs que les lueurs de l'éclair, et la foudre éclatait dans toutes les directions. Un peu après deux heures du matin, le fracas assourdissant de l'ouragan soufflant du nord-nord-ouest au nord-ouest devint impossible à décrire. Le lieutenant-colonel Nickle, commandant le 36° régiment, qui s'était mis à l'abri sous l'embrasure extérieure d'une fenêtre du rez-de-chaussée de sa maison, n'entendit tomber ni le toit ni l'étage supérieur qui s'écroulaient, et il n'en fut averti que par la poussière provenant de la chute des décombres.

« Peu après, les éclairs cessèrent en même temps que le vent,

et la ville demeura plongée dans une obscurité effrayante. On vit tomber du ciel plusieurs météores enflammés; l'un d'eux, de forme sphérique et de couleur rouge sombre, parut descendre verticalement d'une grande hauteur. Sa chute était évidemment due à son propre poids, non à l'action d'une force extérieure. En s'approchant de la terre avec une vitesse croissante, il devint d'une blancheur éblouissante, sa forme s'allongea et, eu touchant le sol de la place Beckwith, il se divisa en mille fragments comme unemasse de métal en fusion, puis s'éteignit soudainement. Par sa forme et sa grosseur, il rappelait les globes de lampe; par son éclat et la division de ses débris, il faisait penser à une boule de mercure de même dimension. Quelques minutes après l'apparition de ce météore, le bruit assourdissant du vent se changea en un murmure solennel, ou mieux en un rugissement éloigné; les éclairs qui, à part de rares et courts intervalles, n'avaient cessé de- sillonner le ciel, se montrèrent avec une vivacité et un éclat extraordinaires, couvrant pendant une demi-heure tout l'espace compris entre la terre et les nuées. L'immense masse des vapeurs semblait loucher les toits des maisons et lancer vers la terre des flammes que celle-ci lui renvoyait aussitôt.

« Immédiatement après cette singulière pluie d'éclairs, l'ouragan souffla de nouveau de l'ouest avec une prodigieuse violence, défiant toute description, chassant devant lui des milliers de débris arrachés sur la roule. Les maisons les plus solides étaient ébranlées jusque dans leurs fondements et le sol trembla sur le passage du fléau destructeur. Pendant toute la durée de l'ouragan, on ne put un seul instant distinguer nettement le bruit du tonnerre. Le rugissement et les sifflements du vent, le bruit de l'Océan, dont les vagues effroyables menaçaient d'engloutir tout ce que l'ouragan laissait debout, le choc des tuiles, la chute des toits et des murs et mille autres bruits confus formaient un fracas horrible, épouvantable. Ceux qui n'ont pas assisté à de pareilles scènes d'horreur ne peuvent se laire une idée de l'effroi et du découra-

gement qui saisissent l'homme en présence d'une telle rage de destruction.

« Après cinq heures du matin, la tempête mollit quelques instants ; on put alors entendre le bruit causé par la chute des tuiles et des débris de constructions que les dernières rafales avaient probablement soulevés à une grande hauteur. A six heures, le vent était au sud, à sept heures au sud-est, à huit

Fig. 293. — Cyclone des Antilles.

heures à l'est-sud-est, et à neul heures le ciel était redevenu serein.

« Dès que la clarté du jour permit de distinguer les objets, l'auteur de ce récit se rendit non sans peine sur ie quai. La pluie tombait alors avec une telle violence qu'elle blessait le visage, et elle était si épaisse qu'on pouvait à peine distinguer les objets au delà du môle. La scène qui s'offrit à lui était d'une majesté indescriptible ; les vagues gigantesques qui roulaient sur la plage semblaient devoir tout submerger; mais, en se brisant sur le carénage, elles disparaissaient sous les débris de toute nature : bois de charpente, planches, galets, douves et bar-

riques, bottes de foin et marchandises de toute sorte. Seuls deux navires étaient restés à flot en dedans de la jetée; tous les autres étaient chavirés ou échoués sur les petits fonds.

« Du haut de la tour de la cathédrale, la vue, de quelque côté qu'elle se tournât, n'apercevait qu'une vaste plaine de ruines; aucune trace de végétation, si ce n'est quelques champs d'herbe flétrie. Toute la surface de la terre semblait avoir été parcourue par une trombe de feu. Les quelques arbres restés debout, dépouillés de leurs branches et de leur fouillage, avaient le même aspect qu'en hiver, et les nombreuses villas des environs de Bridgetown, privées de leur luxuriant rideau de végétation, étaient en ruines. La direction suivant laquelle étaient tombés les cocotiers indiquait qu'un certain nombre avaient été déracinés par le nord-nord-est, mais que la majeure partie avaient été arrachés par les rafales du nordouest. »

Le cyclone du 10 août 1851, après avoir passé sur l'île des Barbades, son centre un peu au nord de cette île, poursuivit sa route avec une rapidité croissante; du 12 au 13 il traversait Haïti, du 13 au 14 Cuba, et du 16 au 17 il était à l'embouchure du Mississipi. A partir de ce point, on cessa de suivre son mouvement.

Le cyclone dont on vient de lire la description, comparable pour sa violence avec le grand ouragan de 1780, qui ravagea aussi les Antilles et dont le centre passa sur la Barbade, offre une particularité qui a été signalée également dans quelques autres : la chute de météores ignés1. S'agit-il là de météores électriques comme on en observe dans certains orages, de tonnerre en boule par exemple? Ou bien, si l'on a eu affaire à de vrais bolides, d'origine extra-terrestre, leur chute était-elle purement

1. Zurcher et Margollé, clans leur intéressant ouvrage Trombes et cyclones, mentionnant la tempête du 25 octobre 1859, ajoutent : « À l'entrée de la nuit pendant laquelle l'ouragan atteignit son maximum de violence, un globe de feu apparut au milieu des nuages, changeant rapidement de couleurs et se brisant ensuite en éclats. Il fut aperçu au même instant de Plymouth, où son passage fut suivi d'une rafale épouvantable, et de Dublin, où l'observateur se trouvait dans un calme parfait, probablement au centre du cyclone. »

fortuite, y aurait-il eu simple coïncidence? Les 10 et 11 août sont, comme on sait, une date critique de l'astronomie météorique : c'est celle du passage de la Terre au milieu de l'essaim des Perséides. Il n'est donc pas étonnant que des bolides appartenant à cet essaim soient venus confondre leurs feux avec ceux des étincelles électriques orageuses. Mais, d'autre part, ne pourrait-on imaginer que la naissance du cyclone a pu être le fait de la collision des météores cosmiques pénétrant dans une atmosphère à l'état d'équilibre instable? C'est là un sujet de recherches qui ne manquerait peut-être pas d'intérêt.

11 est un autre point de la narration précédente que nous relèverons encore, c'est le passage où il est dit que « la surface de la Terre trembla sous la force de l'ouragan ». Nous le rapprocherons du rapport de sir G. Rodney sur le cyclone du 10 octobre 1780 et sur les ruines qu'il occasionna à la Barbade. « Je n'aurais jamais pu croire, dit-il, si je ne l'avais vu moi-même, que le vent seul pouvait détruire aussi complètement une île si remarquable par ses habitations nombreuses et solides, et je suis convaincu que sa violence seule a empêché les habitants de ressentir les secousses du tremblement de terre qui a certainement accompagné V ouragan. Un tremblement de terre a pu seul arracher de leurs fondations les constructions les plus solides. » Si cette assertion est exacte, on peut se poser au sujet des secousses du sol la même question que pour les météores ignés. Le tremblement de terre est-il l'effet du cyclone, de la baisse barométrique considérable qui, nous le verrons plus loin, accompagne toujours celui-ci? ou, au contraire, aurait-il pu en être la cause déterminante? à moins encore qu'on ne doive voir, dans les deux phénomènes concomitants, qu'une coïncidence fortuite?

Les ouragans de la mer des Antilles, les cyclones de l'Océan Indien austral, ceux du golfe du Bengale, les typhons des mers de l'extrême Orient, diffèrent les uns des autres par les positions et les directions de leurs trajectoires et le sens de leurs mouvements de rotation. Ils se ressemblent singulièrement par

leurs effets destructeurs. C'est ce que Dampier constatait déjà dès la fin du dix-septième siècle, lorsqu'il disait dans son Traité sur les vents, les marées et les courants : « Pour ma part, je crois qu'entre un ouragan de l'océan Atlantique et un typhon des mers de Chine et de l'Océan Indien il n'y a de différence que les noms. » Nous passerons donc rapidement sur la description des cyclones célèbres. Nous citerons encore celui des 10 et 11 octobre 1846, qui ravagea les Antilles et notamment le port et la ville de la Havane, détruisant un nombre considérable de navires, de maisons, et faisant d'innombrables victimes. D'après le contre-amiral Laplace, le baromètre, au plus fort de l'ouragan, descendit à 687 millimètres. En 1867, Saint-Thomas fut visité par un effroyable cyclone; sur 80 navires en rade, 76 sombrèrent ou furent jetés à la côte; 450 marins périrent. •Quatre ans plus tard, la même île fut affreusement dévastée par un ouragan qui détruisit toute la partie orientale de la ville. Voici quelques détails qui suffiront à donner une idée de la violence terrible du météore. « Le malin du 21 août, la ville de Saint-Thomas, brillante naguère de toutes les beautés de la nature tropicale, présentait un aspect sinistre. Le ciel était gris, le port, la ville et les collines qui l'entouraient se couvraient de vapeurs; la pluie tombait à torrents. Vers midi, le baromètre baissait rapidement; le vent tournait à la tempête; d'énormes nuages de poussière humide s'élevèrent de la mer et furent chassés par-dessus la ville jusqu'au sommet des montagnes... Vers deux heures, l'ouragan était devenu si violent, que nous dûmes quitter l'étage supérieur de la maison et nous réfugier au rez-de-chaussée.

« A trois heures, la tempête était dans toute sa force. Tout à coup une masse sombre passe devant nos yeux et disparaît dans la mer. C'était le toit de la caserne qui était enlevé par le vent. Le bruit devint infernal. De toutes parts nous arrive le fracas des maisons qui s'écroulent. Les cocotiers et les palmiers les plus robustes sont brisés comme de simples cannes à sucre et emportés à plusieurs centaines de mètres. Au bout d'un

quarl d'heure, quatre cents maisons sont renversées, laissant 3000 personnes sans asile

« Toute la partie est de la ville de Saint-Thomas était en ruine, les rues jonchées de débris de toute espèce. J'ai vu les effets les plus étranges de la tempête. Ainsi le premier étage d'une maison avait été enlevé et l'étage supérieur avec la toiture était tombé sur le rez-de-chaussée, comme si le vent eut coupé une tranche au milieu de l'édifice1. »

Il semble que certaines années soient plus que d'autres fécondes en tempête. Ainsi, en celte même année 1871, un typhon sévissait sur la partie méridionale du Japon, le 5 juillet; un autre, à la date du 9 août, atteignait le nord de Formose, causant la perte de plusieurs navires; le 24 août, trois jours après le cyclone de Saint-Thomas qu'on vient de mentionner, un violent typhon ravageait Yokohama et la baie de Yeddo. Enfin, lé 10 octobre, un transport français, V Amazone, quittant la Martinique pour retourner en France, fut assailli par un ouragan qui mit le navire à deux doigts de sa perte ; surpris par le cyclone sur un point où la direction du vent se confondait avec celle des alizés, le commandant de Y Amazone reconnut trop tard la nature de la tempête et traversa le météore par le centre. On verra plus loin la succession des oscillations du baromètre pendant la durée de ce terrible trajet.

Les lignes suivantes empruntées au récit d'un voyageur anglais, M. J. Thomson, achèveront démontrer que les ouragans des mers de la Chine ne le cèdent pas en fureur à ceux de l'Atlantique ou de la mer des Indes. « J'avais longtemps, dit-il, désiré voir un typhon. Ce vœu a été plus d'une fois exaucé durant mon séjour à Hongkong. La force du vent, dans ces tempêtes, est plus grande que je ne l'aurais jamais cru possible. Ce vent terrible rompt les amarres et les ancres les plus solides, entraîne les vaisseaux et les fait tourbillonner comme des feuilles ; j'en ai vu qui, au sortir de l'orage, avaient toutes leurs voiles en

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