‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 207 sur 271 · LES TYPHONS DES MERS DE CHINE · texte numérisé non relu

LES TYPHONS DES MERS DE CHINE

pièces, leurs cordages brisés, leurs vergues emportées, leurs mais brisés à fleur de pont. Plus d'une fois, à Hongkong, des coups de vent terribles ont détaché les corniches des maisons et fait voler, comme des brins de paille, les vérandas à travers les rues. Durant le fort de la tempête, les résidents, ou du moins la plu-

Fig. 294. — Typhon à Hongkong.

part d'entre eux, s'enferment chez eux, assujettissent de leur mieux les portes et les fenêtres, et attendent ainsi la fin de l'orage, non sans craindre à chaque instant qu'un coup de vent plus fort que les précédents n'emporte la maison et ne les enterre tout vivants sous les ruines.

« Je m'aventurai une fois à braver la furie de la tempête pour aller voir au bout de la Praya la masse de bateaux chinois et autres légers bâtiments de commerce que le vent avait jetés

au rivage et empilés comme un énorme las d'épaves, juste au bas de la ville, à l'extrémité ouest de la plage. Quelques étrangers intrépides étaient là, et ils avaient sauvé un grand nombre d'indigènes; mais un bien plus grand nombre de ceux-ci avaient sombré avec leurs bateaux. Le ciel était d'une sinistre couleur de plomb; et si, par moments, la rage du vent semblait se calmer, ce n'était, que pour reprendre avec plus de violence. On voyait le sommet des vagues se détacher et s'en aller, emporté par le vent, en longues traînées d'écume blanche, à travers lesquelles on apercevait indistinctement des navires démantelés voguant à la dérive, et des steamers chauffant pour être prêts, en cas de besoin, à fuir à toute vapeur1. »

Pendant longtemps les cyclones ont été considérés comme des météores des régions tropicales ; les tempêtes des latitudes plus élevées étaient des coups de vent, des orages locaux, et le caractère spécial de giration propre aux ouragans, typhons et cyclones de la zone torride ne leur était pas reconnu. Aujourd'hui il est prouvé que les ouragans qui dévastent les pays de hautes latitudes sont souvent des cyclones qui ont pris naissance dans le voisinage de l'équateur et que leur mouvement de translation a amenés progressivement jusqu'à la zone tempérée ou même au voisinage de la zone polaire. Depuis que les avertissements météorologiques ont pu, grâce aux câbles sous-marins, transmettre l'annonce de l'arrivée d'un cyclone d'un continent à l'autre, l'identité de certaines bourrasques européennes, par exemple, avec des cyclones partis du golfe du Mexique a pu être mise hors de doute par des observations positives.

Ce qui pouvait rendre incertain autrefois le caractère giratoire des tourmentes des hautes latitudes, c'est qu'il n'est pas aisé, quand un cyclone dépasse les régions tropicales, de constater le fait que le vent souffle, en ses diverses parties, de toutes les directions du compas. On n'observe plus alors que la moitié du tourbillon qui est tournée vers l'équateur, et l'aire de cette

Page 1