‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 209 sur 271 · LES CYCLONES DES HAUTES LATITUDES · texte numérisé non relu

LES CYCLONES DES HAUTES LATITUDES

témoignages de cette intensité des cyclones qui abordent nos climats. Le 11 janvier 1866, un ouragan, se dirigeant de l'ouest vers l'est, passa sur Cherbourg. Le vent qui, la veille, soufflait de la région du sud à l'est, passa au nord et acquit une violence dont le passage suivant du Rapport de l'amiral La Roncière Le Noury donnera une idée : « La digue qui, depuis qu'elle est achevée, n'avait pas encore passé par une telle épreuve, n'a subi aucune avarie sensible. L'œuvre de M. Reibell est définitivement jugée, et constitue un des plus beaux et des plus solides travaux des temps modernes. Des pierres du poids de 2000 à 5000 kilogrammes, qui forment l'extérieur de l'enrochement sur lequel elle repose, ont été projetées par des lames, de l'extérieur de la digue par-dessus le parapet; quelques-unes sont restées sur le parapet même; elles ont, par conséquent, été soulevées à une hauteur verticale de 8 mètres environ. On ne peut se faire une idée de la puissance qu'avaient acquise les lames sous la pression du vent. En frappant la digue, elles s'élevaient à une hauteur égale à trois fois la hauteur du fort central, qui a 20 mètres de haut; puis, entraînées presque horizontalement par le vent, elles venaient tomber en poussière à une grande distance en dedans, et couvraient les bâtiments qui étaient venus se mettre à l'abri sous la digue. »

Les exemples que nous venons de citer suffisent pour montrer ce que sont les tempêtes dans leur aspect général et dans leurs effets ; mais il y a lieu maintenant d'insister sur les caractères particuliers qui font de ces grandes perturbations atmosphériques une catégorie toute spéciale de phénomènes, et justifient le nom commun de cyclones sous lesquels on les range tous maintenant, qu'il s'agisse des tempêtes et bourrasques de l'Atlantique, des typhons de la Chine et du Japon ou des ouragans de l'Océan Indien.

g 5. LES CYCLONES : SYMPTOMES PRÉCURSEURS. — LA PRESSION A L'INTÉRIEUR D'UN CYCLONE. — CALME CENTRAL ET ROTATION DES VENTS.

Le plus souvent on est averti plusieurs jours à l'avance de l'approche d'un ouragan. Trois sortes de signes précurseurs annoncent son arrivée prochaine : l'aspect du ciel, l'état de la mer, les mouvements du thermomètre et surtout du baromètre. Pendant le jour, l'apparition de bandes de cirrus, de ces nuages déliés auxquels les marins donnent le nom de queues ou de barbes de chat; au lever ou au coucher du soleil, des colorations très vives, rouge-orangé ou lie de vin; puis, peu avant que l'ouragan se déclare, l'horizon chargé de véritables banquises de nuages sombres, dont les bords supérieurs reflètent une teinte cuivrée. La nuit, la scintillation des étoiles est plus vive que d'ordinaire. Parfois des éclairs sillonnent le ciel presque sans interruption, avec cette apparence toute particulière qui les fait ressembler aux lueurs des coups de canon. Les marins sont encore avertis de l'existence au large ou de l'approche d'un cyclone par cet état de la mer où les lames n'ont pas de direction déterminée et qu'ils nomment communément mer tourmentée. « Les lames, dit M. Roux dans son Guide des ouragans, semblent venir de trois ou quatre côtés différents ; mais par intervalles on en distingue une, qui est particulièrement dure, déferlante, presque cylindrique, et beaucoup plus volumineuse que les autres. La soudaineté avec laquelle ces lames apparaissent, et la dureté avec laquelle elles frappent l'avant, la hanche ou le travers du navire, par un temps sombre et de faibles brises, sont autant d'indices qui doivent engager le capitaine à se tenir sur ses gardes, car ils dénotent le voisinage d'un cyclone. Il se produit, enfin, à l'approche d'un cyclone, un bruit tout particulier, qui a lieu par le beau temps, et que les Anglais désignent sous le nom de Yappel de la mer. Ce bruit ressemble, par moments, au mugissement qu'on entend dans les vieilles maisons, en Europe, par des nuits d'hiver. »

Page 1